FRANKLIN
(Extrait de la BiograpMe totlveritltt, IBld.}
Franklin (Benjamin], l'un des hommes qui ont le plus contribaé aux progrès de la civilisation en Amérique, naquit à Boston, dans la Nouvelle-Angleterre, en n06, d'une famille pauvre et ' nombreuse, mais industrieuse et honnête. Son père, ses frères étaient de simples artisans, et lui-môme semblait ne devoir jamais être autre chose : cependant l'ardeur qu'il montra dès sa première enfance pour lire et pour apprendre, donna h son père l'envie d'en faire un ecclésiastique, et comme il le dit lui-même, le chapelain de la famille. En conséquence, pour l'y préparer, on l'envoya d'abord, k l'flge de huit ans, dans une petite école ; mus, un an après, son père trouvant cette éducation trop chère, et considérant d'ailleurs que les éducations de collèges ne font Jamais de bons ouvriers, il le retira de cette école el le mil dans une antre où l'on apprenait seulement à lire et k compter. Franklin acquit ainsi en peu de temps une belle écriture, mais ne réussit point du tout au calcul. Ce fut % dans son éducation, tout ce qu'il dut h d'autres qu'à lui-même. A dix ans, son père le reprit pour l'aider dans son métier qui était de fabriquer des chandelles. L'enfant ne put se plùre à ce travail. Son imagination déjà active lui donnai! un goût très-vif pour la vie de mer.
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et le lieu le favoiisaot, il apprit de bonne' heure tout seul k nager, çt à conduire une barque : deux taleats qui plus tard furent presque pour lui une ressource. Son père, qui n'approuvait point ce désir de voyager, chercha à le fixer, et essaya s'il ne pourrait pas en faire un coutelier ; mais cela ne réussit pas mieux, et il fut encore obligé de le rappeler à la maison.
Le premier goût du jeune Franklin pour la lecture était devenu une passion véritable. Les' voyages surtout el l'histoire le charmaient. Du peu d'argent qu'il avait reçu en bien du temps, il avait acheté quelques livres. 11 avait lu avidement loiile la petite bibliothèque de son père, qui par malheur ne contenait presque que des livres de controverse. Il y trouva pourtant deux ouvrages qui durent, comme il nous l'apprend lui-môme, avoir une grande influence sur sa destinée : l'un était les Vies de Plutarque; l'autre, VEsiai sur les projets, par de Foé, l'auteur de RobiMO% Crusoé. Cet essai, peu connu en France, traite de tous les projets d'utilité générale applicables aux sociétés modernes. Il a pour but le perfectionnement du commerce, l'emploi ([u'oa peut faire des pauvres, l'indication des moyens les plus propres à augmenter les richesses publiques. On conçoit combien un pareil ouvrage, plein d'inventions toujours tournées vers la pratique, dut produire d'effet sur le jeune Franklin, et comment il put lui inspirer ce go(ti des applications utiles qu'il conserva et développa si bien pendant tout le reste de sa vie. Son amour irrésistible pour les livres décida enfin sou père à en faire un imprimeur, quoiqu'il eût déjà un autre fils dans cette profession.
Benjamin fut, à l'âge de douze ans, mis en apprentissage chez son frère James Franklin, sous la condition d'y travailler comme simple ouvrier jusqu'il vingt-un ans, sans recevoir de gages que la dernière année. Le jeune Franklin devint bientôt fort habile dans cette besogne : il eut alors la faculté de se procurer de meilleurs livres. Les rapporte qu'il avait nécessairement avec les commis des libraires le mettaient eu état d'emprunter de temps
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en temps an volume, qu'il avait grand soin de rendre ponctuellement, el sans être gUé. Un marchand instruit qui fréquentait l'imprimerie, et qui avait nne bibliothèque assez nombreuse, le remarqua, l'invita à venir la voir, et lui prêta des livres. Alors 11 lui vint un goût démesuré pour la poésie, et il composa plusieurs pièces de vers. Son frère, qui espérait bienytrouver son compte, l'engagea i. composer quelques ballades populaires : FrankUn en fit deux sur des aventures de marins : elles étaient détestables, et, comme il le dit lui-même, de vraies chansons d'aveugle. Son frère, après les lui avoir fait imprimer, l'envoya les vendre par la rille. L'une d'elles eut un succès prodigieux, ce dont il fut fort Batte: mais'BOQ père, qui était un homme éclairé au-dessus de sa profession, rabaissa son orgueil en lui faisant sentir tout la ridicule de cette pièce ; et il le saava ainsi du malheur d'être toute sa vie un mauvais poëte, c'eet-à-dire la plus inutile créarture qui soit au monde. Ce bon père lui rendit encore un autre service. Franklin avait un ami nommé CoUins, qui, comme lui, était passionné pour la lecture et l'&rgumentation. Ds avaient engagé par écrit une grande controverse sur l'éducation des feoimes. Le jeune imprimeur l'emportait, par ta raison et l'or- Ibograpbe, son adversaire par l'élégance des tournures et le choix des expressions. Le père de Franklin lui fit remarquer ses défauts et les avantages de son rival. Le fils sentit la justesse de ces remarques, et se promit de faire tous ses effarts pour acquérir ce qui lui manquait.
Dans ce temps-là UD volume du Speclalewr lui tomba entre les mains. Jamais il n'avait rien vu de pareil ; il le lut, et le relut encore : il en fut enchanté, trouva le style excellent, et résolut de travailler de tout son pouvoir à l'imiter. Pour cela, il en cbol- Giisait de temps en temps quelque morceau dont il faisait un court extrait, indiquant seulement le sens de chaque, période, puis il le mettait de cêté sans le regarder davantage; et après quelques jours, il s'exerçait li le recomposer. Recourant ensuite
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à l'original, il voyait ses faates et se corrigeait, n traduisit anssi pituieurs de ces morceaux, de prose en vers, puis de vers en prose, pour voir ce qu'ils auraient éprouvé d'altération dans ces transformations successives. D'autres fois il mêlait tous ses estraits et cherchait ensuite it les rétablir dans le meilleur ordre, n en vint ainsi à retrouver avec assez de bonheur la série des idées, et jusqu'à l'expression même de l'auteur anglais. Ce fut là ce qni lui donna depuis la facilité d'en reproduire si souvent les grftces piquantes dans une infinité de peUtes pièces, où la meilleure morale se trouve présentée sous les formes de la plus fine plaisanterie, n employait à ces études lea ^uls moments qu'il eût de libres, c'est-kH]ire les malins avant le travail commencé, le soir après qu'il était fini.
Parmi la multitude de livres qu'il parcourait, il lui en tomba un qui recommandait la diète végétale comme le plus sûr moyen de miUntenir le corps sain et l'esprit dispos. Aussitôt le voilà pi s'échanflé pour cette manière de vivre. Il se met au fait des procédés de l'auteur pour faire cuire le plus économiquement possible des pommes de terre et du riz. Puis, quand il fut en possession de ces découvertes, il proposa à son frère James de se nourrir lui-même, à son propre compte, avec ta moitié de l'argent que James employait peur cela. On conçoit que la proposition fat acceptée. Franklin observa rigoureusement les principes de la vie frugale, dînant plus d'une fois avec du pain, des raisins secs et un verre d'eau; mais cela lui donna le moyen d'économiser pour acheter plus de Uvres. Il Doit pourlant par renoncer à son régime pythagorique. Ayant trouvé un jour un petit ppisson dans l'estomac d'un autre, ob I oh ! dit-il, puisque vous vous mangez bien entre vous, je ne vois pas pourquoi nous nous passerions de TOUS manger; ce qui prouve, ajoule-t-il, que l'homme est justement appelé animal raisonnable, puisqu'il trouve si aliment des raisons pour justifier tout ce qu'il désire.
Vers celle époque, il se remit à étudier l'arithmétique; il apprit
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assez de calcul et de géométrie pour lire des ouvrages de navigation, cala, comme tout le reste, seul et saas maître. Il lut aussi YEttai sur l'entendement humain, de I^ocke, et l'Art de penser, de Port-Royal. Uais chaque faculté nouvelle qui se développait dans cette tête neuve, devenait presque toujours, au premier moment, une source d'exagération ou d'erre4r, faute d'un guide pour en diriger les appUcations. Ainsi, Franklin devenu métaphysicien, se fit aussitôt sceptique avec Shaftesbury et Collins. Pour mieux défendre ses nouveaux principes, il adopla par prédileclion la méthode socratique ; et il devint si adroit Ji préparer des inductions imprévues par des questions en apparence indiflFérentes, qu'il réussit à obtenir souvent des triomphes que la raison était loin d'approuver. It renonça depuis à ce que cette méthode jette de ruse et d'inquiétude dans la dispute, pour n'en garder que les formes de doute et d'incertitude ; et au lieu d'une urne peut combattre, il n'eu ât plus qu'un attrùt pour perniader.
Si nous sommes entrés dans tous les détails de cette éducation que Francklin se fit ainsi à lui-même, c'est d'abord parce qu'un résultat pareil prouve mieux que nous ne saurions le dire la force d'esprit et de caractère de celui qui en est capable; et ensuite, parce que le mode de développement d'un tel homme est un phénomène très-digne d'être remarqué. Le premier essai qu'il fit de son savoir n'est pas moins original. Son frère, dont il ét^t, comme nous l'avons dit, uu des ouvriers, entreprit de publier une nouvelle gazette : il n'y en avait jusqu'alors qu'une seule pour toute l'Amérique. La rédaction de cette feuille attirait & l'imprimerie un certain nombre de gens instruits. Francklin prenait beaucoup d'attention à leurs discours, aux jugements qu'ils portaient des divers articles, aux éloges qu'ils faisaient de ceux ~ qui leur semblaient les meilleurs. U voulut essayer ce qu'il pourrait faire dans ce genre; mais, craignant les moqueries de son frère, il le fit «1 secret, et glissa le soir sous la porte de l'imprimerie
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ses petitea productions. Le frère les goAta, les imprima : eUa reçurent l'approbation générale; on ne les attribuait qu'aux jAm babiles : en an mot, le jeune Franklin savoura tout ii son aise le délicieux plaisir de s'entendre louer sans étre'connu. Alon il se déclara ; et tout le monde, excepté son frère, commença à loi témoigner plus d'égards. Quelque temps après, un article de politique inséré dans la gazette déplut; et l'on Ût défense k James Franklin d'en continuer la publication. Pour éluder celte défense, il At paraître sa feoille sous le nom de son jeune frëni, ' auquel it eut l'air de la céder ; et afin de donner h cet arrangement l'apparence de la téidité, il lui rendit son engagemeot d'apprenti, en lui faisant toutefois Mgner une contre-lettre, liais quelque temps après, de nouveaux débats a'étant élerét entre les deux frères, Bepjamin réclama sa liberté; et, comme il l'avait pensé, James n'osa pas faire valoir publiquement la contre-lettre. Cette action bl&mable, c'est Franklin lui-même qui nous la raconte dans ses mémoires ; et s'il en cherche quelque excuse, ce n'est que dans les mauvais traitements que son frère lui faisait subir. Celui-ci le discrédita tellement parmi les imprimeurs Qe Boston, que Franklin ne put point y trouver d'ouvrage: d'ailleurs, l'affaire de la gazette l'avait rendu suspect au gouvernement; et enfin, comme il nous l'apprend eacoK, ses propos indiscrets sur la religion commençaient & le faire 'voir de Irismauvais œil : c'était, dit-il, une grande erreur de ma vie.
Pour se soustraire k tout cela, il résolut de changer de lieu ; et, sans rien dire k personne, & la faveur d'un bon vent, il se trouva en trois jours k New-York, éloigné de trois cent milles de b maison paternelle, à dix-sept ans, sans connaître un seul individu dans le pays, et presque sans un sou dans sa poche. Arrivé là, il ne trouva point de travail ; il poussa hardiment jusqu'i Philadelphie, où il y avait alors deux imprimeurs. I>e premier le refusa; te second, nommé Keimer, lui promit de l'employer; et, en attendant, il lui fit ranger les casses de son imprimerie. Bien-
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Ht en effet il lui donna du travail. Franklia gagna quelque argent; et, gràoe à sa frugalité, il vivait heureux. Sir Williams Keftb, gouverneur de la provioce, le rit par hasard, lui fit toutes sortes d'amitiés, lui offrit la direction d'une imprimerie qu'il voulait établir pour son propre compte, et lui proposa d'en aller chercher les matériaux eu Aogleterre. Franklin accepta la proposition; et, après un court voyage à Boston pour prendre, congé de ses parents, il revint k Philadelphie, s'embarqua par les soins du gouverneur, avec des lettres de recommandatioa i bord. Arrivé k Londres, 11 se trouva qae ces lettres n'avaient aucun rapport avec Franklin. D se vit donc encore une fois au milieu d'un nouveau monde, sans crédit, sans connaissances et aiec fort peu d'argent. Ce peu qu'il avait, il fut obligé de le partager avec un ami, nommé Ralph, mauvais poëte, dont Pope a fût justice par un vers de la Dunciade, et qui était venu en Europe avec Franklin, dans le magnifique espoir d'y faire foi^lune par ses vers. Enfin, pour comble de malheur, un autre prétendu ami lui avait emprunté en Amérique trente-six livres steriiDg qu'il avait reçues en dépét, et n'avait jamais depuis songé à les lui rendre; de sorte que le pauvre Franklin était sans cesse dans la frayeur qu'on ne vint le sommer de restituer. Ainsi, sans ressources pour le présent, et avec peu d'espoir pour l'avenir, il alla, selon sa coutume, se présenter, k un imprimeur. Il en trouva un, nommé Falmer, qui lui donna de l'ouvrage. Peu de temps après, ayant eu k imprimer la seconde édition du traité de Wolliston sur la religion naturelle, ses ancienoes idées de scepticisme lui revinrent, et il les imprima dans une dissertation sur La UberU et la néeastilé, U plaisir et la peine. Cela lui attira les compliments de quelques personnes, même ceux de Palmer; DtaJs il s'aperçut que si celui-ci avait acquis une meilleure idée de ses talents, il en avait pris une très-mauvaise de ses principes et de sa doclrine, qu'il abhorrait. Ralph, gui les partageait, lui en ât en ce moment une application assez dure,>en refusant de
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le rembourser. It fut donc contraint dé chercher un autre impri> meur, et de recommencer encore sa petite fortune ; mais, cette fois, il sentit le besoin de diriger sa conduite morale par des principes plus sévères. Non-«eulement it se réforma, mais il entreprit de rendre le même service k ses camarades d'atelier; il les ramena à la sobriété, k l'économie, i. l'ordre, par son exemple et ses discours. Ce succès lui attira une sorte de réputatioD, et, ce qui valait mieux, une véritable estime.
On lui fit diverses propositions pour qu'il resl&t en Anglet^re; et, entre autres projets qu'il avait en tête, il songea un momat il y établir une école publique de natation, car déjà ses idées se tournaient vers les projets d'utilité générale. Hais le désir de revoir sa patrie l'emporta; il résolut de consacra toutes ses économies h se faire une petite pacotille, pour y rentrer d'une manière honorable; et dès qu'il eutfonnécedess^n.ilnes'accorda plus d'autre plaisir que d'acheté quelques livres, et d'aller de temps en temps au spectacle.
Enfin il revint à Philadelphie. Un ancien sentiment l'y rappelait. Avant de quitter cette ville, il avait été presque engagé avec une jeune personne nommée miss Read, qu'il aimait beaucoup alors; mais pendant son séjour en Angleterre, il l'avait un p«i oubliée, et môme il avait tout à fait cessé de lui écrire. A son retour, il la trouva mariée. C'est dans cette circonstance, que, réSéchissant sur sa propre conduite envers cette jeune personne, sur celle de Ralph, de l'ami au dépAt, et de quelques autres ifii pn>fessaient les mêmes principes, il en vint à comprendre que si ces principes étaient vrais, ce qui pouvait bien ne pas être, du moins, à coup sûr, ils ne conduisaient point au bonheur, et ne pouvaient être utiles à la société. Dés cet instant, il adopta d'autres sentiments, et sentit tout ce qu'une religion douce et raisonnable donne de sùntà au cofnmerce de la vie. Après avoir chfflrhé vainement de l'occupation dans un comptoir, il rentra chez l'imprimeur Keim^, où il avait déj& travaillé avant son départ pour
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l'Earope; mais ce fut à des conditions bien plus avantageuses. Néanmoins il le quitta bientAt après, un de ses camarades nommé Heredith, lui ayant proposé d'établir une imprimerie pour leur propre compte. Franklin apporta dans cette association l'industrie et l'activité, l'autre l'argent et ta paresse. Ce fat alors, qu'encooragé par te sentiment de la propriété, il entreprit le genre de vie le plus sage, le plus laborieux, dont un homme vertueux soit capable. Il faut l'entendre lui-même raconter la peine qu'il prit pour gagner l'estime publique, travaillant le matin avant le jour, et le soir bien avant dans la nuit, s'imposant uoe t&cbe, et ne se couchant jamais qu'elle ne fût achevée. C'est proprement ici que commence son existence publique. Hais, si la dernière partie de sa .vie fut plus remarquée que la première, celle-ci est bien au moins aussi instructive; car, parmi les hommes qui se sont élevés par des moyens légitimes, il n'y en a point peut-être dont la vie offre une si grande distance entre le commencement etlaflo. A cette époque, les délassements mêmes de Franklin avaient des résultats utiles. Il forma une réunion de personnes instrnites, qui s'assembifùent une fois par semaine, pour traiter enseâible des questions de morale, de politique, ou de physique. Chacun des membres était, en outre, obligé de lire tous les mois un essai de sa composition; ce fut pendant longtemps la meilleure école de politique de toute cette province. La société cherchait nalurellement à procurer du travail aux deux jeunes imprimeurs. FrankUn acheta le privilège d'un papier-nouvelle jusqu'alors obscur ; il le vivifia par des articles pleins de sens et de finesse, par une discussion ferme et lumineuse des intérêts qui séparaient aloi's les colons et le gouvernement : ce succès augmenta sa réputation et ses ressources. Son associé, peu propre à l'état d'imprimeur, entra en arrangement avec lui , et le laissa seul propriétaire de l'établissement. La fortune et l'existence de Franklin prirent alors UD accroissement rapide. Pour comble de bonheur, miss Read était redevenue libre ; il l'épousa en 1730.
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Tout était à faire en Amérique pour les établîssemeDts publics ; iU'efforça d'en jeter les bases. Sentant combien les livres 'loi avaient été utiles, il forma, bous le titre de Library-Con^anif, une association de lecture, dans laquelle, pour une faible rétribotion, l'on éttùt admis & jouir eu commun d'upe bibliothèque nombreuse. Il obtint bientôt hd grand nombre de dons volontaires pour cet établissement, auquel il fit lui-même des présents considérables ; et il eut le plaisir de le voir bienldt imité dans plusieurs autres provinces.
Sentant la nécessité de rendre populaires les principes d'honnêteté et de morale, il commença h publier, en 4732, VAlmtoutek du bonhomme Richard, où les plus sages conseils, et les vérités les plus graves, sont présentés avec une originalité d'expression et une tournure proverbiale qui les rendent faciles k saisir et impossibles à oublier. Il en rassembla depuis les principaux traits dans un petit écrit intitulé : Tke way ta weallk (Le chemin de la foi^ tunej; c'est le meilleur traité d'économie publique et particulière que l'on puisse lire. L'Almanach du bonhomme Richard fut si recherché, qu'on en vendit plus de dit mille exemplaires dans une année ; succès prodigieux, si l'on considère l'état du pays et sa population.
En ^^^&, Franklin fut nommé député & l'assemblée générale (le la Pensylvanie ; et. Tannée suivante, il obtint l'emploi lucratif de directeur des postes de Philadelphie. Cette ville lui dut alors la création d'un corps de pompiers, et, quelque temps après, une compagnie d'assurances contre les incendies. Toutes ses actions semblaient tendre à réaliser la maxime : Vis unita fortior. En ni*, l'Angleterre étant en guerre avec la France, les Indiens menacèrent le territoire de la province de Pensylvanie, et y (Irenl des incursions dangereuses. Le gouvernement, en opposition avec les citoyens, ne pouvait organiser aucune mesure de défense générale. Franklin proposa une association de défense volontaire, et dix mille personnes s'inscrivirent pour marcher. On voulut lui
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déférer le commandenient de ce corps; il s'excusa de l'accepter. Ses idées étaient alors (oumées vers un autre objet.
La société de lecture de Philadelphie avait reçu d'Âuglelerre le détail des nouvelles expériences sur l'électricité, qui faisaient alors rétounement des physiciens d'Europe. On avait envoyé des tabès de verre et les autres instrumeuts nécessaires , avec des renseignements sur la manière de s'en servir. La société chargea Franklin de répéter ces observations ; et non-seulement il tes répéta, mais il fit un grand nombre d'autres découvertes. Il reconnut, par une discussion très-ingénieuse, et démontra, par des apériences certaines, la distribution de l'électrietté sur les deux surfaces, intérieure et extérieure, des bouteilles de Leyde. D montra la cause qui en déterminait l'accumulation; et quoique les termes de plut ou de moins, dont il fit usage pour représenter l'état des deux surfaces, ne soient au fond que l'expression de la découverte de Dufay, sur Texisteace des deux électricités vitrée et résineuse, il a pu, de son cAté, être conduit aux mêmes conséquences, sans avoir connu ta découverte du physicien français, on même sans avoir senti ce qu'elle avait d'applicable à sa doc~ trioe. Il reconnut aussi le premier, le pouvoir que les pointes possèdent de déterminer lentement, et à distance, l'écoulement de l'électricité; et tout de suite, comme son génie le portait aux applications, il conçut le projet de faire descendre ainsi sur la terre l'électricité des nuages, si toutefois les éclairs et ta foudre étaient des effets de l'électricité. Un simple jeu d'enfant' lui servit !i résoudre ce hardi problème. Il éleva un cerf-volant par un temps d'orage, suspendit une clef au bas de la corde, et essaya d'en tirer des étincelles. D'abord ses tentatives furent inutiles; enlin une petite pluie étant survenue, mouilla la corde, lui donna ainsi un faibledegré de conductibilité, et, à la grande'joie'de Franklin, le phénomène eut lieu comme il l'avait espéré : si la corde eût été plus humide, ou le nuage plus intense, il aurait été tué, et sa découverte périssait probablement avec lui. Tout autre aurait pu
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s'arrêter là; mais l'utile Franklin saisit le parti qu'on pouvait tirer de cette découverte, pour préserver les édifices de la foudre. Nous lui devons ainsi les paratonnerres, qui furent, en peu de temps, adoptés dans toute l'Amérique, et qui le sont aujourd'hui dans toute l'Europe.
Ces belles recherches n'absorbaient pas tdlement les loisirs de Franklin, qu'il perdit de vue le perfectionuement de l'état social de ses compatriotes. Il voulait surtout leurdonner leseutimeut de leur force, et il sentait bien que, pour cela, le premier pas h faire était de les éclairer. Les sociétés littéraires avaient ce but; moelles ne suffisaient pas. Les écoles étaient pauvres, peu fréquentées, et mal dirigées. Franklin composa un plan d'instruction publique, approprié h Vélat présent du pays, et il proposa une souscription pour le réaliser : elle fut aussitôt remplie au delà de ce qu'il espérait. On enseigna, dans le nouvel établissement, le latin, le grec et les mathématiques. Franklin ne le soutint pas seulement de son crédit et de sa fortune, il y donna son temps, ses soins, et prépara les développements que cet établissement devait acquérir par la suite. C'est aujourd'hui le collège de Philadelphie. Outre le génie qui invente, Franklin possédait encore le bon esprit qui fait adopter les idées utiles que les autres ont imaginées, et il y joignait le talent de les mettre en vogue. Ainsi, un homme peu connu avait songé à former un hdpilal pour les malades et un établissement pour les pauvres. Franklin embrassa le projet, le proposa par souscription, et il fut réalisé. H obtint ensuite de l'assemblée provinciale qu'on y consacr&t une somme annuelle. Ces entreprises d'utilité publique ne le détournaient point de ses devoirs particuliers. Il s'acquitta si bien de son emploi de directeur des postes de Pensylvanie, que le gouvernement le nomma, en 1753, à la place beaucoup plus importante de directeur général.
Patriote zélé, mab sage, il ne négligeait aucune des occasions qui pouvaient assurer les droits politiques et constitutionnds de
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ses concitoyens. Les ravages que les partis indiens avaient commis et commettaient encore tous les jours sur les vastes frontières des colonies américaines, avaient fût désirer un plan d'union qui focilil&t les mesures de défense générale. Des commissaires furent nommés & cet effet; et Franklin se trouva du nombre. It fit dans cette circonstance l'occasion favorable d'obtenir pour les colonies l'avantage d'une existence politique reconnue et stable, aa lieu des droits équivoques et toujours contestés dont elles «vùent joui jusqu'alors. Dans ces intentions, il rédigea le projet appdé depuis Albany-Plan, du nom de l'endroit où les conférmces avaienl eu lieu. Il demandait que les colonies fussent régies par un gouvernement central, administré par un président k la nomination du roi, d'après les délibérations d'une assemblée représentative dont les membres seraient choisis en proportion de la quotité d'impôts payés par chaque province. Ce plan fut idopté par les commissaires; une copie en fut transmise au roi, et une à chaque assemblée provinciale. Il eut la singulière destinée d'être désapprouvé, comme trop royaliste parles assemblées, et comme trop populaire par le cabinet. Peut-être, s'il avait été adopté, aurait-il maintenu, pour longtemps encore, des nœuds que, depuis, tout tendit à rompre.
Cqiendant la continuation de la guerre avec la France ayant oblige les colonies k des dépenses extraordinaires, la répartition des charges nécessaires pour y faire face, excita un grand procès public entre les restes de la famille Penn, qui prétendaient, aux ternes de la charte de .propriété, devoir être exempts de toute taxe, et les colons qui voulaient que les taxes fussent réparties également. Ces derniers résolurent d'en appeler à la mère-patrie, et Franklin fut chargé d'aller plaider leur cause. C'était en 1 757. Arrivé & Londres, il commença par essayer de faire entendre aux propriétaires la nécessité de se soumettre aux taxes communes: mais n'ayant pu en venir à bout, il présenta sa pétition ; et après bien des peines i) obtint la sanction du biti, à condition qu'il en-
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gag^mt sa parole que la répartition bb ferait équitablement entre tons les imposés. Sa seule parole parut donc valoir autant qu'un engagement de ses concitoyens. Cette afTaire terminée, il resta encore en Angleterre, comme agent de l'Élat de Pensylvanie; et bientôt, son intégrité et les connaissances étendues qu'il avait des localités, lui firent donner les mêmes pouvoirs par les États de Massachussets, de Géorgie, et du Maryland. Ce séjour lui donna l'occasion de se livrer à son goût pour les sciences. Il fréquenta les hommes les plus Instruits, fut reçu membre de la Société royale de Londres et de diverses autres académies européennes. Il entra en correspondance avec les savants les plus distingués. l£B lettres qu'il leur écrivit, oCtrent le mélange piquant d'un esprit cultivé, et d'une imagination vive et neuve comme le pays d'où il sortait.
Dans l'été de 1763, il retourna en Amérique, et reçut les remerciements publics des États qu'il avait représentés. Il prit place datis l'assemblée de Philadelphie, où il avait toujours été réélu pendant son absence; et 11 continua de s'y montrer le zélé défenseur des droits constitutionnels des colons, ce qui lui acquit une grande popularité. Mais de nduveaux débats s'étant encore élevés, en 1764, avec les propriétaires, il fut une seconde fols député & Londres, comme agent de la province de Pensylvanie. Jamais l'union des colonies avec la métropole n'avait été plus forte et plus sincère qu'à cette époque. La paix qui venait d'être conclue avec la France, rendant la sécurité à leur immense agriculture, rouvrait pour elles des sources intarissables de prospérité; et la part glorieuse que les Améiicains avaient prise Èk la guerre, les relevant à leurs propres yeux, leur faisait encore porter plus haut les avantages qu'ils avaient concouru à obtenir. Dans leur entbousiasme, ils ne considéraient point tout ce que les règlemenls de l'administration mettaient d'entraves à leur commerce extérieur, en faveur de la métropole : les mœurs, les usages, les modes mêmes des Anglais étaient l'objet de leur admiration, et
ils payaient chèremeDl les moindres bagatelles qui venaient de ce pB^ fovorisé ; en un mot, ils étaient Angliùs de cœur , et flers de l'être d'ori^^ne. Ce furent U les sentiments qu'une suite de mesures vexatoires, humiliantes, et par-dessus tout injustes, par- TJnt à changer en éloignement et en haine. Le mal commença sous le ministère de George Orenville, en 1764. Les fr&is de la dernière guerre areo la France avaient porlé la dette de l'Angleterre h une hauteur si effrayante, et si dispropurlionnée à sa population, qu'on ne savait comment inventer des i&\m suffisantes pour y faire face. Dans cet embarras, le ministère crut qu'il pourrait rejeter sur les Américains une partie du fardeau qui accablait licultureet les manufactures de la métropole ; et il fut d'autant plus porté k prendre ce parti, que les colonies n'ayant point de représentants dans le parlement d'Angleterre, on pouvait étouffer pins aisément leur opposition si elles en manifestaient. En conséquence, pour essayer ce système, le ministère Qt passer un bill qui assujettissait toutes les iraasactioos dans les colonies à un droit de timbre, dont le produit présumé , ne devant élre que de IMOOOliv. slerling, semblait trop faible pour leur donner aucune ilarme. Hais l'intention qui avait dicté cette mesure n'échappa pointa la sagacité des colons : ils réclamèrent avec une énergie proportionnée au danger qu'ils prévoyaient. lia nièrent qu'un parlement oi!! ils n'étaient pas représentés, pût légalement établir sur eux des impôts : ils ne refusaient point de prendre part aux diaïf es communes; mais ils demandaient que, selon les anciens ut^es, on leur en fit la proposition par un écrit signe du secrétaire d'État, et qu'on leur laissât le soin de les répartir entre eux, par les actes de leurs assemblées provinciales. Ces justes remontnmces ayant été écartées par le ministère , 'dont elles dérangeaient complètement les projets, il s'étabht spontanément en Amérique une sorte de ligue générale, dont l'histoire n'offre auparavant aucun exemple ; ligue purement défensive et résistante, (lUi se bornait à cesser absolument tout usage des marchandises
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anglaises, et toute action judiciaire, jusqu'à ce que l'acte vexaloire du timbre eût été rapporté, et le droit des colons recoDou. Od établit entre toutes les provinces des comités de cOTrespondance, chargés de veiller à ce grand intérêt national pendant la vacance des assemblées, provindales. Enfin, les députés de plusieurs comtés se réunirent en un congrès général, et protestèrent hautement contre la violation de leurs constitutions. Tout cela ne se passa point sans beaucoup de mouvements tumultueux : heureusement des circonstances imprévues aywt renversé le ministère, l'acte du timbre put être de nouveau attaqué avec plus de succès.
Franklin, comme agent des colonies, se trouvait alors à Londres ; il fut appelé à la Cbambre des communes, pour donner des rens^gnements sur l'état des choses dans ce pa;s : it le fit avec une netteté, une justesse d'esprit et une fermeté qui produisirent une impression profonde. Commerce, administration, finances, inléréls politiques, on le trouva prêt sur tout ; et la simplicité épigrammatique avec laquelle il osait dire les vérités les plus sévères, rendiUt leur force irrésistible. L'acte du timbre fut révo- . que, et devait l'être, après de tels renseignements. La nouvdie de cette décision causa des transports de joie en Amérique. L'assemblée de la Virginie décréta qu'il serait élevé une statue fui roi, pour lui en témoigner sa reconnaissance : mais dans quelques autres provinces le retour ne fut pas aussi sincère, tant il est difficile d'apaiser les flots des agitations populaires, quand ils ont été une fois soulevés. D'ailleurs, le ministère anglais avait renoncé à l'acte du timbre par convenance plulât que par principe : il soutenait toujours que le parlement avait le droit d'établir des taxes sur les colonies, quoiqu'il ne le mtt pas actuellement à exécution. Or, c'était précisément ce principe qui alarmait les Américains, à cause des vexations ultérieures dont il les menaçait. Il eût été politique de ménager ces disposiUons : mais le besoin d'argent, et peut-être aussi l'orgueil anglais offensé, parlèrent
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plus hautque la prudence; et le cbaacelier Tovnshend flt décréter de Douveaui droits sur l'importation du tbé, du papier, des couleurs. Les sommes que ces impAts devaient produire étaient affectées au payement des gouverneurs, des juges et des autres employés de l'administration, qui, jusqu'alors, ayant tenu leur . traitement des assemblées provinciales, avaient au moins ce motitpoarlesconvoquer et les ménager. Alors les Américains ne doutèrent plus du projet qu'on avait formé de leur dter leur liberté, pour les soumettre au ministère. La prohibition des marctiandises anglaises fut de nouveau concertée ; l'opposition, qui n'avait pas été générale, le devint. On essaya de calmer les esprits, en révoquant les nouveaux droits, excepté celui du thé: cette restriction ne ât que changer les soupçons en certitude ; et le peuple jeta le thé à la mer. On recourut aux mesures de rigueur; la résistance en devint plus opini&tre : le port de Boston fermé, la constitution changée, les magistrats révoqués, et d'aubes nommés par la couronne, tout cela parut autant de présages du sort qu'on préparait aux colonies ; enfin l'arrivée du général Gage à Boston, avec un corps de troupes, et leur attitude hostile, achevèrent d'enflammer les esprits, et l'opposition devint révolte.
La conduite de Franklin, pendant cette grande crise, est trèsremarquable, parce qu'il montra constamment le caractère d'un ïélé patriote et d'un véritable ami de la paix : il servit habilement les colonies par ses liaisons, par son influence personnelle, et par les avis importants qu'il leur donna; il servit aussi, tant qu'il put, la Grande-Bretagne, en disant aux ministres toutes tes vérités qui pouvaient les éclairer. On trouverait la preuve de cette dernière assertion dans la correspondance qu'il eut alors avec les principaux hommes d'État d'Angleterre; correspondance qu'il avut rassemblée dans un corps d'ouvrage, et accompagnée d'un grand nombre de remarques Bnes et profondes sur le caractère politique et moral des personnages avec lesquels il avait traité
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Cet écrit précieux doit sans doute être resté entre les mains du petil-BIs de l'auteur, M. Temple Franklin, auquel il appartenait. Hais des personnes à qui il fut longtemps confié, ainsi que plusieurs autres papiers relatifs au^t négociation^ de ce temps, assurent qu'on y reconnaît partout les intentions d'un homme sincèrement ami de l'union, qui prévoit, mais qui redoute une rupture définitive ; et qui, pour la prévenir, cherche tous les appuis, emploie tous les moyens compatibles avec la droiture de son caractère et les intérêts de ses commettants.
Nous appuierons encore ce témoignage d'une lettre écrite p«r Franklin à un Ecossais, nommé Slrahan, qui avait été chargé par le gouvernement anglais [en 4769) de lui demander quels seraient les moyens les plus sûrs pour rétablir la bonne intelligence entre la Grande-Bretagne et les colonies V « Sachant, lui dit Slrahan,
< que vous avez une parfaite connaissance du sujet, et pleinement * convaincu, comme je le suis, de votre fidèle attachement à Sa « Majesté, ainsi qlie du désir sincère qui vous anime pour le bien t de tous ses sujets également et sans distinction, je vous prie de ■ m'envoyer, aux questions suivantes, une réponse à votre ma-
< nière, c'est-à-dire claire, courte et franche. » Franklin répond « que le vrai moyen et l'unique pour tout concilier, c'est de fajre c justice, en retirant les troupes et rendant aux colonies les droits
< constitutionnels qu'on leur a injustement enlevés. > Puis il ajoute : « Après avoir répondu h, vos questions sur les conséquences « qui pourront, à mon avis, résulter de telles ou telles mesures, je « Tais maintenant aller un peu plus loin et vous dire quelles sont,
< d'après les apparences, mes craintes sur ce qui doit réellement « arriver. » Alors il lui prédit les effets que produira le système de rigueur adopté par les ministres ; et il en montre, pour résultat
1 L'auteur de cet arUcle a tu une copie de cctis lettre écrite de 1» main du respectable duc de La Rocberoucauld, qui probablemeDC la tenait de Franklin même, arec lequel U Était peiwnuiellemeiit lié.
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ioévitâble, le soulèvement des colonies et leur séparation de Ja métropole, exactement comme tout cela est arrivé : de sorte que tant de sa part que de celle de l'opposition, qui ne cessait de répéter les mêmes choses, les prophéties n'ont pas manqué aux mjoislres.
Un des événements les plus influents de cëtio époque, fut l'en- TOi que Franklin fit à l'Assemblée pensylvanienne, en 1773, de plusieurs lettres originales adressées au gouvernement anglais pu- le gouverneur général Hutchînson et le lieutenant général Olivier. Dans ces lettres, où les Américains étaient traités avec le plus grand mépris, od expliquait ce qu'on pouvait attendre d'eux, ce qu'on en pouvait craindre, et quelles mesures de rigueur il (allait employer pour les réduire. La publication de tels projets excita, en Amérique, une indignation universelle, et ne contribua pas peu à détruire toute idée de réconciliation. Franiilin en restentil le contre-coup en Angleterro. Le gouvernement lui ât interner un procès scandaleux sur la manière dont ces lettres lui étaient parvenues ; et, pendant les débats auxquels il était présent, on ne lui épargna ni les menaces ni les plus grossières invectives. A tout cela, le philosophe ne répondit, diton, que par un simple geste de la main, comme pour renvoyer loin de lui chaque injure qui lui était adressée. Peu de temps après, on lui dta son emploi de directeur général des postes de l'Amérique.
Franklin, voyant que tous ses efforts pour rétablir l'harmonie étaient désormais absolument inutiles, retourna soutenir l'orage avec ses compatriotes. Il arriva en Amérique, dans les premiers mois de 1 775, la guerre étant déjà dans toute sa force. Le lendemain de son arrivée, il fut élu député de la Pensylvanie au Congru gênera), et prit une grande part aux opérations fermes et courageuses de cette assemblée. L'année suivante, il fut envoyé ^ Canada pour essayer d'en étirer les habitants dans la ligue commune : mais la différence des opinions religieuses, que les Anglais avaient respectées, et plus encore, peut-être, le revers
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éprouvé devant Québec par Les armes américaines, firent écbooer cette entreprise. A cette époque, quoique la guerre fût commencée de Tait, la séparation des colonies n'élait pas encore absolument inévitable. Le Congrès, dans ses actes, n'avait pas cessé de reconnaître le roi d'Angleterre; il ne demandait que de partager, avec les Anglùs, les droits civils et constitutionnels : mais un peuple ne peut pas se tenir longtemps dans un état mixie de soumission et de guerre. Les idées républicaines faisaient tous les jours plus de progrès : elles étaient favorisées par l'espoir éloigné, mais séduisant, d'un commerce libre avec tous les peuples du monde; enfin, elles éclatèrent de toutes parts, lorsqu'on sut que les colonies étaient déclarées en révolte ouverte, et que, pour frapper le coup qui devait les réduire, la Grande-Bretagne se préparait à employer, k la fois, 'des troupes étrangères, le soulèvement des esclaves, et la bâche et le scalpel des féroces Indiens. Dès lors tes Américains comprirent qu'il n'y avait plus pour eux de salut que dans la victoire, ni de moyens d'écbapper à l'esclavage, qu'une indépendance absolue.
L'indépendance fut donc proclamée le 2 juillet 1776, et l'inconcevable persévérance dû ministère anglais dans ses mesures barbares et impolitiques, réduisit ainsi l'Amérique k la nécessité d'être libre. Franklin concourut puissamment h cette détermination honorable : il s'employa plus énergiquement encore pour la soutenir. Le temps était, en effet, venu où il ne fallait plus regar- . der en arrière, ni espérer une véritable réconciliation. La nouvelle expédition des troupes anglaises et étrangères était arrivée dans la rivière Hudson, sous les ordres du général Howe. La première action qui allait s'engager, semblait devoir décider du sort des- colonies : elle leur fat défavorable ; leur armée y éprouva un grand revers. Le général anglais, profitant de l'influence morale de cet événement, annonça une amnistie pour toutes les personnes qui se soumettraient k la cause royale dans le délai de soixante jours. Il invila même le Congrès à lui envoyer des com-
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fflissaires pour traiter avec lui, comme simples particuliers, du rétablissement de la paix. Un refus eût été peu convenable au caractère de modération et de justice que le Congrès avait déployé jusqu'alors. Il envoya donc trois commissaires; Franklin fut du nombre. Hais, comme d'un cAté on ne parla que de pardon et de soumission, de l'autre que de droits et d'indépendance, les négociatiotts furent bientât rompues. Cependant le sort des armes conUaua d'être défavorable aux Américains. New-Yorck fut pris; les deux Jersey furent envabies, Philadelphie menacée ; et sans les incroyables efforts de Washington, dont l'armée se trouvait réduite au plus à 4,000 hommes, là cause de l'indépendance était perdue pour jamais.
Dans cet extrême péril, le Congrès conserva la persévérance la plus courageuse : il renouvela hautement sa déclaration d'indépendance; mais en même temps il sentit que, pour soutenir la latte aussi imprévue que terrible où il était engagé, il fallait qu'il se fltdes alliés parmi les grandes puissances de l'Europe, et il se jeta dans lés bras de la France.' Franklin partit donc vers la fia de 477$, poursuivre les négociations déjà entamées par Silas Deane. Sa célébrité personnelle, comme le remarque judicieusement Condorcet, était le seul titre que les Américains pussent trouver pour suppléer aux dignités ordinaires des ambassadeurs d'Europe. Les découvertes qui lui avaient valu, en 1773, le titre éminent d'associé étranger de l'Académie des sciences, l'avaient mis en relation avec les membres les plus distingués de cette compagnie. L'un d'eux, M. le duc de La Rochefoucauld, qui l'avait connu & Londres en 1 769, avait conservé avec lui une correspondance qu'une csaç communauté de sentiments nobles et vertueux avait rendue intime. Franklin se trouva -ainsi naturellement introduit, dès son arrivée, parmi les persoanes qui tenaient le premier rang dans la société de la capitale,- et cela à une époque où l'esprit de société était tout en France. Il s'y présenta, non comme un zélateur ardent de nouveautés, mais comme un
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sage ami da la liberté, dans un temps où le mot de liberté, que ne souillaient point encore d'odieux souvenirs, faisait tressaillir toutes les Ames. On remarqua, on admira bientdt sa réserve, sa patiente fermeté, sa nfodération, et la réunion bien Tare d'un jugement solide joint k un esprit délicat et ingénieux. On aima sa noble Qgure, que de beaux cheveux blancs rendaient encore plus vénérable, -et jusqu'à cet.aird'étrangeté, qui ne nuit point en France. Conformant ses manières extérieures à la fortune présente de sa patrie, il était, à sod arrivée, grave et réservé, comme un homme que de chers intérêts et de grands périls occupent; parlant peu, dans les commencements, moins encoreJi l'époque oCi la cour de Versailles bësitait k se déclarer, mais donnant k ce peu qu'il disfût une tournure fine et profonde, qui ne pouvait manquer de faire fortune. Tout l'art de sa politique consista à se former une grande considération personnelle qu'il pût faire rejaillir sur sa patrie ; et au lieu que, dans les cas ordinaires, l'ambassade soutient l'ambassadeur, lui soutenait l'ambassade. Le succès fut tel qu'il l'avait espéré. Bienlét TenthouSiasirïe fut au comble; le départ de H. de La Fayette, qui en fut l'effet, le rendit plus vif encore et plus général. Enfin la cour, poussée pour ainsi dire irrésistiblement par la force alors toute puissante de l'opinion publique, conclut, en 4*778, le tr^té d'alliance avec les États-Unis, reconnus comme puissance indépendante. La même reconnaissance fut faite bientôt par la Suède et la Prusse, qui signèrent des traités d'amitié et de conomerce entre les mains du négociateur.
Ayant atteint ce but, et assuré ainsi l'oeuvre suprême de l'indépendance de sa patrie, Franklin resta encore plusieurs années en France comme ministre plénipotentiaire. Il passa ce temps, non à Paris, mais à Passy, dans une agréable retraite, dont il ne sortait que pour remplir les devoirs de sa place, ou pour jouir des délices du commerce des sciences et des douceurs de l'amitié. Ce fut là qu'il composa ses essais les plus ingénieux dans le
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^aareda Spectateur. L'Académie des sciences, dont il suivait les séances avec une grande exactitude, le nomma un de ses commissaires pour examiner les expériences, disons mieux, les prestiges de Mesmer. Franklin n'y vit que ce qu'il devait y voir, des effets physiques produits par l'influence combinée des sens et de rimaginatiOD. Il avait vivement souhaité, dans sa jeunesse, d'être présenté au grand Newton; mais il n'avait pas eu ce bonheur. Il fut plus heureux dans sa vieillesse; car il eut le plaisir de voir Voltaire à l'Académie des smences. Le patriarche de la liberté présenta, k celui des lettres, son petit-fils, le priant de lui donner sa bénédiction. Voltaire posa ses mains sur la tête de l'enfant, et s'écria : God and Uberty ! Dieu et la liberté 1 Voilà, ajoula-t-il, la devise qui convient au petit-fils de Franklin. Les deax grands hommes, en se quittant, s'embrassèrent les larmes aux yeux. Hais le repos de Franklin fut bientôt troublé par une infirmité douloureuse, qui lui fit tourner ses regarda vers sa cbère patrie. Il voulut aller lui faire ses derniers adieux ; et il partit, en 1785, accompagné de H. Le Yeiliard, qui, pendant son séjour à Passy, lui avait prodigué tous les soins d'une tendresse llliale. Son arrivée fut un véritable triomphe. Toute la population de Philadelphie et des environs, à une grande distance, était accourue pour le voir, et bénir celui que tous regardaient comme le libérateur de leur patrie. Jamais on n'avait vu en Amérique tant d'hommes réunis. Il reprit sa place à l'assemblée de la province, dont il fut deux fois élu président. Mais en 1 788, son &ge et ses infirmités le flrent se retirer entièrement des affaires.
Son dernier acte public fut un discours pour engager ses collègues à faire le sacriûce des opinions individuelles que chacun d'eux pouvait avoir sur les défauts de la nouvelle constitution, »&u de lui imprimer, aux yeux de leurs concitoyens, l'autorité résultant d'un consentement unanime. Franklin offrait lui-même l'exemple de ce sacrifice. Jusqu'alors il avait regardé l'unité du Corps législaUf comme un principe fondamental de la liberté :
Sd MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTERAIRES.
mais 00 avait élé obligé de renoncer h cette simplicité idéale, dans la constitution nouvelle, pour donner au gouvernement plus de stabilité et de vigueur. Franklin céda au vœu çénéral, quoiqu'il ne fût pas sans inquiétude sur les résultats. Il écrivait à ce sujet au duc de La Rochefoucauld ; « Nous faisons des expé- « riences en politique; nous en retirerons sans doute un jour de < grands avantages i mais il me semble que nous risquons beau- « coup par cette manière de les acquérir. > |
Franklin n'a pas assez vécu pour voir le succès de ce qu'il ip- , pelait alors une expérience : mais on peut s'étonner que ses amis, en France, n'en aient pas profilé pour abandonner de môme une théorie que, plus sage, il avait su sacrifier k la nécessité. L'incitation qu'il adressa alors h ses collègues est courte et simple : c'est une conversation familière, pluldt qu'un discouts étudié- Telle était, en général, la manière de Franklin, dans les assnnblées publiques. Il ne discourait point; il raisonnait : il ne re- | cherchait point de grands mouvements oratoires ; m^ un mi ■ vif et bien placé, un trwt qui frappait juste, composaient loule ] sa rhétorique. Ses réparties étaient souvent piquantes, et toujours i originales. Chargé de demander au ministère anglais l'abolitioii , de l'insultant usage d'envoyer aux colonies américaines les mal- | faiteurs d'Europe, le ministre lui alléguait le nécessité d'en pof- ' ger l'Angleterre : « Que diriez-vous donc, répondit-^1, si, par 1* , t même raison, nous envoyions chez vous nos serpents à son- , « nettes î » Une autre fois, il voulut faire comprendre aux ministres l'impossibilité absolue où étaient les Américains d'adnKttre les taxes intérieures, telles que le droit sur le Ihé et l'acle du timbre. « Figurez-vous, disait-il, que c'est la même chose que si «c vous placiez un homme, avec un fer rouge, sur le pont de ^'^ . < minsler, avec l'ordre k tout Américain de se laisser enfoncer « ce fer rouge dans le corps, s'il veut passer sur le pont. > H éiai' reslé en France assez de temps pour être témoin de la découver'* des ballons ; et quelqu'un, peu frappé de celte invention éwn-
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■ fLANCKB SCIBNTIPIOOBS ET LITTÉltAIRES. SI
Dânie, ayaot dit devant lui : « A qooi bon les ballons? * —
< A quoi bon, demanda Franklin, l'enfant qui vient de
< oaltraT >
Pendant le reste du temps qu'il vécut loin des affaires pnblîqœs, il trouva encore assez de force pour travailler à fonder plusieurs Institutions utiles, telles que la Société de Philadelphie, pour te soulagement des prisonniers, et la Société de Fensylvanie, pour l'abolition du commerce des esclaves. Il présenta, au nom de cette dernière, un mémoire au CongrËs des États-Unis, en rinvitant k employer, pour la cessation de la traite, tous le; moyens que lui donnait la constitution.- Pendant les débats auxquds ce mémoire donna lieu, Franklin publia un petit écrit, ligné Hittoricut, dans lequel il parodie pldsamment ses adversaires, en rapportant un prétendu discours prononcé en faveur de la piraterie et de l'esclavage, par un membre du divan d'Alger. Toutes les raisons alléguées parles défenseurs de la traite, y sont fidèlement appliquées à justiSer la vente et l'esclav^ des chrétiais. Il continuait aussi, dans sa retraite, à s'intéresser aux affaires de France et aux amis qu'il y avait laissés, principalement «1 respectable duc de La Rochefoucauld, auquel il avait voué le pins fidèle attachement, f Vous avez raison, écrivait-il à ce der-
< nier en 1788, vous avez raison de penser que les affaires de « France m'intéressent : j'aime la France , et j'ai mille raisons de
< l'aimer Son bonheur me touche comme ferait celui de ma mère *niéme... Je viens de terminer ma présidence; et, m'étant promis « de ne plus rentrer dans les affaires publiques, j'espère, pendant * le peu de vie qui me reste, jouir du loisir que j'ai toujours sou-
< hailé. J'ai déjà commencé à en faire usage pourcomplétercelte I histoire particulière de ma vie, dont vous roe parlez. Je l'ai «maintenant conduite jusqu'à ma cinquantième année. Ce qui « reste, comprendra des objets plus importants : mais il me semble t que ce qui est fait sera d'une utilité plus générale pour les « jeunes lecteurs, comme montrant, par des exemples énergiques,
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a les effets d'une pi-udeote ou imprudente conduite uir le com- « m^œment d'une vie laborieuse. >
Ces mémoires ont été publiés depuis ; et nous y avons puisé let particularités que nous avons données sur les premières époques de sa vie : ils sont écrits da la manière la plus atlàcbante, et plàm de simplicité, de franchise. En les lisant, on conçoit tout ce que peuvent le travail et la persévérance: l'&mes'y échauffe de l'amour du bien public, el ce récit fidèle est encore un service rendu i l'humanité. Ils ne vont que jusqu'en 17&7 ; mais ils ont été continués par un ami de Franklin, le docl«ur StuW, de Philadelpfiie. On les a réunis en un petit volume, avec les divers morceaux publiés par Franklin, dans le genre du Spectateur. Le tout ensemble (orme un cours de morale pratique aussi solide, et plus appropriée k nos usages, que les leçons de tous les philosophes de l'autiquili- Au milieu de ces douces et utiles occupations, Franklin attendii, avec résignation , la fin de sa carrière; enûn, it fut attaqué delà fièvre et d'un abcès dans la poitrine, qui terminèrent sa vis, le n avril 1790, k l'&ge de quatre-vingt-quatre ans. Depuis plu~ sieurs années, il était cruellemenl tourmenté de U goutl« et de 1b pierre : cette maladie le retint même au lit pendant les douze derniers mois. On était obligé de lui donner de fortes doses d'opium pour calmer ses douleurs ; et dans les courts intervalles où dies devenaient moins' vives, il s'amusait soit h lire, soit à converser avec une douce gaieté, soit enfin k diriger quelque entraprite d'utilité publique. Il exprimait souvent sa reconnaissance pour l'Être suprême qui, d'une position humble et obscure, l'avait conduit k l'opulence et & un rang si élevé parmi les hommes. HeureuK en tout par le sort autant que par son caractère, il COO' serva pendant cinquante ans la femme qu'il aimait, et il fui accompagné au tombeau par l'estime et l'admiration générale de ses compatrioles.
Son testament se trouva, comme sa vie, rempli d'intentions g^ néreuses et patriotiques. Il y fondait plusieurs institutions utiles
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et ajoutait h celles qu'il av^it déj^ créées. Il la l^nninait par cette ptira»e ; f Ja Ugu« h mon ami, l'ami du c^Dre bumaio, le géoëral « Wasbingipp, le b&toB de pommier sauvage avec lequel j'ai cou- < tume de me promener. Si ce bfttoQ éi^it un sceptre, il lui eow t viendrait de mém?. > Quel élcge l et quelle réunion admirable que celle de deux hommes pareils, tous deui modèles accomplis d'une vertu parfaite, du désiatéreasement, de t'bonneur et de Ions les sentiments bonorables, dans m pa^s & peine civilisé I
Plusieurs années avant ta mort, Frankliniivait composé, pour lui-Diëma, l'épitapba suivante, qui montre & la fois la. (ouruure singulière de son esprit et le fond de son cœur.
Ici repoM,
Uvré Kax ren,
La cwpa Ai BrajVDin FraafcUa, fDPrimeori
Çomine U couvarture d'un rleui liyre,
Dont les fenilleu sont arrachâB,
Bt Ik doran et la titra elhcte,
Hais i^oar ceU l'oavface aa wr» paa pardo g
Car il repanttrt.
Comme il la eroydt,
PriB* DBe pMTSJIa et meillanrP 4dîfi>n,
BeTne et, corrigée
{t'Mitenr,
Lorsque la mort de Franklin fut connue dans toute l'Amérique, ce fut un regret et une consternation générale. Le congrès et la population entière de Philadelphie rendirent les plus grands honneurs à sa mémoire. En France, h la nouvelle de cel événement, l'Assemblée nationale ordonna un deuil public : ainsi le nouveau et l'ancien monde s'accordèrent pour' pleurer un sage, dont les vertus et le génie avaient honoré l'humanité.
Les Œuvres de Franklin ont été réunies en 3 vol. in-S", Londres, i 606, en anglais.' L'édition française la plus ample pour la partie physique, est celle qui a été publiée par Barben du Bourg, Paris, 1773, S vol in-i°; la traduction est de M. Lécuy.lJi plupart
Si UiLANCES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
des pièces qui forment cette coUectioQ, avaient déjà paru dans les recueils de diverses académies, et principalement dans les Trangactiom philosophiques, où l'on avait inséré, dès 1 751 , sa Lettre eonctmant les effets de ta foudre, et, en 1758, son Analogie du tonnerre avec réleeiridté, traduites du français par James ParsoDs. Ces belles expériences électriques, étant uiie fois publiées, furent-à l'envi répétées par tous les physJàens; et Noilet ai paraître, en 1753 et 1769, ses Lettres sur Véleetrieité, dans lesquelles on soutient le principe des efftuenees et afftuences simuttane'es contre la doctrine de M. Franklin, Paris, % roi. iD-1S.
Parmi les autres Mémoires de Franklin qui ornent les Transactions philosophiques, nous indiquerons seulement celui qu'il donna, en 1774, sur U manière de calmer la violence des flots, en répandant de l'huile sur la surface de la mer*. Sa Cheminée de Pensylvanie, dont il publia la description et les avantages en <787, et qui est décrite tome XI de la Collection académiquer a quelque temps été à la mode, sous le nom de Cheminée d la Franklin, et a reçu depuis de nouveaux perfectionnements, surtout par Désarnod , en 1 789 .
Pranklin a été avec Robinet, Court de Gibelin fils, etc., rédacteur d'un ouvrage péridioque, publié à Anvers en 1776 et années suivantes, sous le titre dU/foire* de l'Angleterre et de l'Amérique. Les Mémoires de sa.vie privée, écrits par lui-même et adressés h son Dis, ont été traduits en français, Paris, 1791, in-8°; en allemand, par Burger, Berlin, 1972, ia-S". L'édition frant^se est suivie de la Science du bonhomme Richard, qui avait déjà été traduite par M. Quêtant, Paris, I77S in-IS, et dont M. Ginguené
' LsB AngJaiB, qui ont dû Juger svec grande rigueur les titres de Friuiklin i Il pOBléritâ, ont retrouvé Ift substance de cette découverte dans le trotaltms lÎTre de VlUUotn ecelétlatilgue Ht Btdi. (Ou peut voir cette matière traitée aTec.le plus grand détail dans les ÈphéiiUridei géùgraphiqtin de novembre et dëtambre ITOB et mar» 1790.)
MELANGES BCIEIfTIE'tQUES ET LITTÉRAIHES. 85
, donna nofl meilleure édition en 179i, précédée d'un abrégé de ta Vie de Franktm, et suivie de son Interrogatoire devant la Chambre des communes, Paris, an II, \a-\% avec cette épitapbe altribuée àTnrgot:
Brtputl ettl« yW/Mm tctptrvmqitt ij/rmuitt.
L'édition la plus recherchée de la Science du bonhomme Biekard eit celle de Dijon, Causse, 1 795, in-8°, anglais et français. Castera a donné la meilleure traduction de la Yie de Benjamin Franklin, e'erite par lui-même, suivie de set OEuvreg morales, politiques et littéraires, dont la plus grande partie n'avait pas encore été publiée, Paris, an VI [1798], S vol. in-8<>, avec le portrait de l'auteur.
L'Éloge de Franklin (par Condorcet),- lu à la séance publique de l'Académie des Sciences, a été inséré dans ses Mémoires , et publié à Paris, 1 791 , in-S". Un Éloge civique de B. Franklin lut prononcé le 21 juillet 1 790, par l'abbé Faucbet, dans la rotonde, ■n nom de la commune de Paris.