COULOMB
(Elirait da la m*(B"vV* iMWmM*, lllf, )
Couloab (Ghirle»'ÀogoitiD de), cMèbre phyiicien, Diqaità ABgouUme, en 178S, d'une ftoiilla de magistrats. Il fit ses études h Paris, et entre de bonne beura au service, lyabord employé à . la Martinique, il y eonslruisil le fort Bourl>oii ; son talent déjfc itistiB^é, et son caractère, lui méritèrent un avancement rapide. Halgré le dépérissement da sa santé, attaquée par l'influence du dimat, it resta encore trois ans dans cette lie, pour les besoins du Nrrice : presque tous ses camarades y périrent, et, lorsqu'il reriôt en France, un changement de ministre le prira de la juste rteompenae de son dévouement. Pendant un court séjour qu'il flt k Paris, il se lia avec les savants, dont il était déjfc'très-connu par un premier mémoire sur la statique des voûtes, qu'il avait prfrsraté à l'Académie des sciences ea 1776. En 1779 , il fut envoyé à Rochefort. Ce fui U qu'il composa son mémoire intitulé : Théorie des maekinet simples, qui remporta le prix double proposé par l'Académie des sciences sur cette' question importante, oA il s'agissait surtout de bien apprécier les effets du frottement et de la rtîdflur des cordages. H. de la Touclie-Trévilie , qui commandait alors à Rochefort , donna les ordres les plus précis pour que
100 hAlANCKS SGISNTiriQOKB ET LITTÉRAIRES.
l'on mit à la disposition de Coulomb tout ce dont il avùt besoin pour fRire en grand ses eiipérieDces, et cdui-ci a parié toute a vie, avec reconnaissance, de cette faveur. Il fut successivemeDl envoyé à l'Ile d'Aix et à Cherbourg, poar les travaux du génie, et, deux ans après , il fut reçu à l'Académie des sciences, à Vana- . nimité.
Bientôt, une occasion délicate ât éclater la pureté de son carattère et son inaltérable probité. Un projet de canaux de navigation fut présenté aux États de Bretagne ; il fallut en discuter la possibilité et les avantages. Le ministre de la marine nomma Coulomb commissairedu roi prèsdesétats, pour procédera cette vérification. Coulomb, transporté sur les lieux, ne tarda pas à reconnaître que les avantages présumés du projet seraient bien loin de compensa les frais énormes qu'entraînerait l'exécution. Il le combattit avec force, et, m^gré l'inBuence d'un parti puissant, son opinion prévalut. Ce service important lui valut d'être desservi près du mi- Distre de la guerre, et sa récompense fut une détention & l'Abbaje, sous le frivole prétexte ([ue, en acceptant cette commission booorable, il n'avait pas demandé l'agrément de son supérieur immédiat, le ministre de ta guerre. Coulomb, blessé de cette injustice, donna sa démission, que l'on ne voulut point accepter. Il eal l'ordre de retourner eu Bretagne, pour le même objet; il y porta la même fermeté, la même intégrité ; enSD, les États, éclairés sur leurs véritables intérêts, reconnurent leur erreur, firent k Coalomb des offres brillantes, qu'il refusa, et obtinrent seulement de lui qu'il acceptât un bijou, aux armes de la province. C'était uae excellente montre à secondes, dont il se servit, dans la suite, pour toutes ses expériences. Jamais présent ne fut mieux cboisi, ni pl^s employé.
En 4784, Coulomb fut nommé intendant des eaux et fontaines de France. En 1786, on lui donna, sans qu'il l'eût demandée, la survivance à la place de conservateur des plans et reliefs. Vers cette époque , il fut un des commissaires que l'Académie des
HtLANOKS SCIENTIFIQUES ET LITTÉBÀIHBS. 101
S eoroya en Angleterre , pour prendre des renseignements sur l'administration des hApilaux. I) était alors chevalier de Saint' Louis et lieutenant-colonel du génie. La révolution éclata ; Coulomb donna la démission de toutes ses places, perdit tout ce qu'elles lui donnaient de fortune, et, dans une retraite absolue, se coDsaraa à l'éducation de ses enfants. Cependant il ne cessa point de cultiver les sciences. Car, même au milieu des occupations qu'entraînaient ses emplois, il avait donné à l'Académie un grand nombre de mémoires importants sur diverses questions de mécanique, sur le frottement, sur le magnétisme et l'électricité. Comme, dans ces deux dernières parties, Coulomb doit être mis au rang des inventeurs, nous devons entrer aussi dans plus de détails.
L'habitude qu'il avait prise, dans ses premières recherches, d'allier le calcul aux expériences, lui avait donné ce sentiment et ce besoin de la précision, sans lequel on ne peut jamais pénétrer dans les principes secrets des phénomènes. Coulomb avait entrepris une suite d'expériences sur l'élasticité des Qls de métal, et, pour la connaître, il eut l'idée ingénieuse de chercher h observer la force avec laquelle ils revenaient sur eux-mêmes quand ils avùent été tordus. Il découvrit ainsi que ces Qls résistaient à la tonion d'autant plus qu'on les tordait davantage, pourvu que l'on n'allât pas jusqu'il les altérer dans leur constitution intime. Comme leur résistance était extrêmement faible, il conçut qu'elle pourrait servir pour mesurer les plus petites forces avec une extrême prédsioD. Pour cela, il suspendit en équilibre une longue aiguille horizontale à l'extrémité d'un âl de métal. En supposant cette aiguille en repos, si on l'écarté d'un certain nombre ded^rés de sa position naturelle, le fil qui se trouve ainsi tordu tend à l'y lamener par une suite d'oscillations dont on peut observer la durée; cela suiBtpoiir que l'on puisse évaluer, par le calcul, la force qui a détourné l'aiguille. Telle fu't l'idée et la disposition de l'instrument ingénieux que Coulomb nomma Balance de torsion. n s'en servit bientôt pour découvrir les lois que suivent les attrnc-
db,Gouglc
409 HÎLANaKfl iCIKNTiriQUia IT LlTTit&lEBI.
lions et les répulsions électriques et magnétiques. Il Irouva qu'sllM sont les mêmes que celles de l'attraction céleste. Quelques innées après, le physicien anglùs Cavendish se servit du méioe procédé pour mesurer l'attraction d'un globe de plomb et te comparer à celle du globe de la terre. Nous devons à la justice de dire que le célèbre astronome Tobie Ha;er était aussi parreoii, de son Gâté, h découvrir la loi des attrscUoas magnétiques, pu une voie, k la vérité, beaucoup plus pénible que celle que Coulomb avait suivie ; mais son travail n'avait jamais été publié, et nous en devons la connaissance à l'extrait de cette partie de ses maauscrits, que le âls de cet homme célèbre a bien voulu nous eommuniquer.
Coulomb senlait trop bien l'utiUlé de l'instrument aouTean qu'il avait découvert, pour n'en pas multiplier les apptioatioDi. Il entreprit de s'en servir pour déterminer, par etpériences. Ut véritables lois de la distribution de l'électricité à la surface des corps et du magnétisme dans leur intérieur : l'ordre qu'il mit dau ses ret^Mtbes n'est pas moins admirable que l'euctitudeetU nouveauté de ses résultats. Il commença par déterminer ta quantité d'électricité qui se perd, dans un temps donné, par les diven supports ; alors il put non-seulement déterminer la nature de csi ^ supports la plus favorable à la conservation de l'électricité, maii il put encore les considérer comme parfaits, et les rendre tels par le ceUcuI. Il prouva ensuite, par l'expérience, que l'électrieité h portage entre les con», non pas en vertu d'une affinité cbioii' que, mais en vertu d'un prindpe répulsif qui lui est propre; il prouva de même que l'électricité libre se répand tout entière à U surface des corps sans pénétrer à leur intérieur, et il démonln par le calcul que ce résultat était une conséquence nécessaire de sa loi de i-épulsion. Avec ces données, il put chercher et déterminer, par l'expérience, la manière dont l'électricité se dietnbae à la surface des corps conducteurs , considérés isolément ou ea présence les uns des autres. Ces observations nombreuses et pré-
NiLiHQIS BGIBNTiriQUBH ST LITTÉBAIHIB. 103
dus éraieot oomme tutant de conditions fandimectales aux.qoellM une bonne ^éorie devait satisfaire, si quelque jour on parvenait à soumettre au calcul les questions épineuses de l'élec- Incité : c'est ce que rient de faire * un de nos meilleurs géomètres, H. Poisson ; et son travail, en dévoilant dans les résultats de Coulomb des rapports que le puissant instrument de t'analyse pouvait seul faire apercevoir, a mis encore dans un plus grand jour l'admirable sagacité de cet tiabile observateur, l'enaclitude de ses expériences, et son extrême fidélité. Coulomb prépara de même il la théorie du magnétisme les éléments qui serviront un jour pour h soumettre k l'aniilyse ; il détermina également la manière dont le magnétisme se distribue dans l'intérieur des corps aimantés en se partageant entre eux. Ses expériences, conduites avec une mêtbode parfaite, lui apprirent les moyens qu'il fallait employer, «oit pour donner le plus haut degré de magnétisme, soit pour reconnatlre ce degré lorsqu'il existe déjà. On nous pardonnera les détails dans lesquels nous venons d'entrer, si l'on considère que les découvertes de Coulomb portent sur les parties les plus neuves de la physique, sur celles qui, avec la chaleur et la lumière, promettent aujourd'hui le plus de faits nouveaux.
Coulomb fut nommé membre de l'institut dès la créatioti de cette compagnie; on croît même qu'il fut désigné pour occuper une place dans le premier corps de l'État , mais qu'une certaine conformité de nom fit attribuer cette distinction à un concurrent plus connu que lui dans la carrière politique. Il fut nommé l'un des inspecteurs généraux de l'instruction publique, à l'époque oh cette place était la première dans l'enseignement, et sa bonté eut l'occasion de s'y exercer, autant que sa fermeté et sa justiro. Tous ceux qui ont connu Coulomb savent combien la gravité de son caractère était tempérée par la douceur de son arae, et ceux qui ont eu le bonheur d'approcher de lui ti leur entrée dans la carrière
' Cet uiicle s été publié en 1SJ3. J. B.
bvGoogk'
104 HiLANQES SCIENTIFIQUES ET LITT&BAIRE8.
des sciences, ont gardé de sa bienveillance le plus tendre sonrenir. Coulomb fut très-heureux, par les affections de famille. 11 mourut le 23 aoAt 1806. Outre les mémoires assez nombreoi qu'on trouve de lui dans les coIlecUons de l'Académie des sciences, de l'Institut, etc., on a imprimé séparément ses Betherehei iw Ut moyent d'exécuter sont Feau ioutet tortu de irmau hydrauiûfuet sont employer aucun épuitemmt, Paris, 1779, in-8, flg.
Ces deux hommes remarquables, Coulomb et Clouet, doiu offrent le plus complet contraste de caractère et d'existence qui se puisse imaginer. Clouet, rempli' d'un orgueil farouche, s'est tenu isolé de la société humaine, comme un sauvage. Coulomb a vécu avec patience parmi les hommes de son temps, ne se séparant que de leurs passions et de leurs erreurs, se maintenant toujours juste, calme, ferme et digne, in te totut tere atqut rotundus, comme le sage d'Horace. Qui des deux a le mieni employé les dons que lui avait faits la nature? qui des deuia été le plus honorable et le plus heureux? J. B.
bvGoogk'