‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 6 sur 24 · NOTICE HISTORIQUE SUR M. U&RANGE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE SUR M. U&RANGE

( Extrait dn /«trnwl évtMmfirt du IB »rU 1813.)

Kolis avons annoncé dernlireinent la grande perte que les sûences TÎeQDent de faire dans ta personne de H. Lagrange. Nous aTODs rapporte les discours qui ont été prononcés snr sa tombe. L'histoire complète de ses travaux appartient aux sociétés savantes de l'Europe; mais nous avons pensé que l'on verrait avec plaisir quelques détails sur sa vie et ses ouvrages.

H. Lagrange naquit à Turin, le 25 janvier K 73fi ; it commença

< Cette notice, pnUlée uns Dom d'iatear, qulnie Jouta iprto \et mnéniiles de Ligruge, avait iiA rëdigée en commun par Ppisaon et moi. Un motif moral, plus encore qun adentiflqne^ noua avait portée t l'écrire. Noaa avions voulu donner sue idée fidèle des baliitDdea de toa esprit, et de son atistractlon pbi- Inophiqoe i cenaidérer lee cbotes de ce monde ; trait dlttlnctir de ce profond pengeur, qu'une relation de Mi dernier» moments , écrite dani une Intention de flttterie politique, avait complètement déRguré. Lorsque N^ioléon , consul, TDolnt rétaUir en France un gouvernement dont lei fomiM funent asaortiea k Il grandeur de la nation, il ne manqua pai d'j rattacber toaies les gloire* qui ponvaieut l^lluatrer. Il avait un aejitiment trop ]uate du génie de La^anfie, pan ne pas le revêtir de toutes Ici diBlinctions qu'il créait. Lagrange en fut tectniDiinant, comme U devait l'être, tant pour lul-mËme que pour les Bciencea. Mali, ni le consul n'aurait attendu de lui autre choM que ce sentiment de gratilude réservée , ni Lagrange n'aurait pu donner davantage. L'entlionslasme politiqae était étranger à cet esprit abstrait, qni, se concentrant avec un entier

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de très-bonne heure ses études dans cette ville, et les fit avec distinction : cependant il ne montra pas d'abord l'extrême passioD qui l'entraîna depuis vers les mathématiques. On sait que l'on enseignait alors les éléments de ces sciences dans la classe appelée ! de philosophie. M. Lagrange y assista une première année sans i goût et sans fruit : les études liltéraires lui plaisaient davantage; mais, ayant été obligé d'y apporter plus d'attention une seconde année, son génie s'éveilla et se développa rapidement. A seize tsa, il était professeur de mathématiques aux écoles d'artillerie. Ses premières recherches eurent pour objet la propagation du son; ; il les publia en 1739 et 4760 dans les Mémoires de l'Âcadéiais \ de Turin. De là 11 recevait des lettres du grand Euler : à la vérilé, | ces lettres étaient encore d'un maître à un disciple. Hais bieilAI toute inégalité disparut. A vingt-quatre ans, M.- Lagrange piÊlii le Calcul des variations, qu'il possédait d^ci depuis quelque temps. C'était l'exiension la plus générale que l'on pûl donnerila grande découverte de Descartes sur l'analyse indéterminée- £U( fut accueillie avec admiration. Euler surtout, qui arait écritsur ' le même sujet un de ses plus beaux ouvrages, qui pouvaitre- i gretter qu'une idée si simple et si féconde lui eût échappé, Ënler fut le premier à signaler la méthode de son jeune rival. Il tovt

amoar dam les Jouissaocea d« se» pensées, envisageùt .les événeoMiu eitérieurs comme de ùmples accidents, Tavorables ou dâravarables, auiqntlill fUtsIt se' prêter arec modération, ou se résigoer avec pMIosopbie, sans es tn troubla intérieurement 11 se coarorinaic, autant qu'il le pouvût, au piëcc^ d'Horace ;

£quam mémento, rébus m arduis

Servare meDlem, non aeous in bonis

Ab iuaolenti lemperstam Isetitia.

C'est ainsi que nous avons voulu le peindra. La simplicltâ du pwtrtit V noua avons Itacd de ce grand gânie, ne sera pas inutile poar le dëb*rr*ser*> aDcessoiree qu'un reste d'adulation politique j> avait attachas, soit dint l'Afi que Delambre a Tait de lui (MiSmoires de l'Inslitut pour 18t3), soit dauU

X composée par le géomËtrs Uauriu da Ueuëve, pour la tàograpbi* »«>'

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■ tLANOKS SOIENTiriQOIS ET LITTftitAIREa. 419

pou plusieurs Hâmoires pour Ift commenter, et ce fut lui qui l'ippela le Calcul du variations. Le jeune géomètre s'était borné à la présenter sous le titre i'Estai. H. Lagrange répondit k uo si grand honneur par de nouveaux titres de gloire ; en 1 764, il remporta le prix proposé par l'Académie des sciences sur la libnlion de la lune. Non-seulement son analyse embrassait la quesUon proposée, 11 apprenait encore aux géomètres rél«ndue et la fécondité du prinape des vitesses virtuelles, pour résoudre Ions les problèmes de mécanique. Cette idée renferme le germe d'un de ses plus beaux ouvrages, qu'il a nommé la Mécanique analytique, parce que, en effet, il y réduit d'avance aune seule formule d'analyse toutes les questions de mécanique imaginables, lorsqu'on connaît la direction et le mode d'action des forces qui déterminent l'équilibre ou Le mouvement. H. Lagrange a remporté quatre autres grands prii proposés par l'Académie des sciences. Nous ne ferions pas apprécier justement ce que cette drconstance a de remarquable, si nous n'ajoutions que ce genre de concours diffère beaucoup des concours d'éloquence ou de poésie proposés par l'Académie française; Ce sont les questions les plus importantes de la science, les théories les plus di£Bcilee et les plus profondes, sur lesquelles on appelle les efforts des géomètres; el l'on pourrait presque compter les pas des sciences par le nombre des questions ainsi proposées et résolues.

M. I^renge quitta sa patrie en 1766. Euler, qui étut alors directeur de l'Académie de Berlin* passait h Pétersbourg. JLe grand Frédéric proposa à d'Âlembert de venir le remplacer. O'Alembert remercia le roi et lui désigna U. Lagrange, qui fut choisi. Son arrivée k Berlin fut marquée par un grand travail sur les équations numériques, qui devint depuis la base du Traité qu'il a publié sur cette matière. Bientét après il donna ses Rtekereke$ suY le» e'quations algébriques; et, pendant vingtdeux ans qu'il resta directeur de l'Académie de Berlin, il publia ^nsi pris de soixante Ditsertaiioni sur toutes les parUes des

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matbéfflatiques, sur les différeDoes partielles, les différences Mts, les probabilités, ia tbéorie des nombres, et les questions les plus élevées d'astronomie générale. Cela ne renipé(Aait pas d'eBTOjer aussi des Mémoires i> l'Académie de Turin, qai avut é(é honorée de ses premiers succès. H ne fallait pas moins qu'une si graoïk étendue de génie et une fécondité si prodigieuse pour succéder k un homme tel qu'Buler; mais on dut convenir qu'Euler avait on digne successeur.

Pendant son séjour à Berlin, H. Lagrange s'était marié, moins par un désir qui lui fût venu de lui-même, que parce qu'on èUit, disaiWl, dans l'usage d'être marié i. l'Académie. Cette union fol troublée par beaucoup de malheurs. H. Lagrange eut, à ce qne nous croyons, un enfant qui mourut en bas &gfl : sa femme moarut aussi après une maladie longue et douloureuse. H. Lagrange la saigna avec un entier dévouement, ne la quittant jamus, etimigînant de nouveaux moyens pour la panser. Cette seconde perte lui rendit le séjour de Berlin très-pénible; d'ùlleurs, il craignait que la tranquillité de la Prusse ne tOl troublée. Ces motife le Hterminèrent à écouter les offres qu'on lui faisait pour l'attira ai Franco, oii il espérait être plus tranquille. Il 7 vint en 1 787, etU révolution l'y surprit. Il la traversa sans en éprouver persoonellement les malheurs. Vers cette époque parut la Méeanigut analyiigue : M. Lagrange en avait envoyé le manuscrit de Ber^ lin, et il en avait confié la publication à l'un de nos premiers géomètres. Cet ouvrage était imprimé depuis deux ans avant qœ H. Lagrange eût seulement songé à l'ouvrir; et comme quelqu'un, à qui il racontait cette circonstance de sa vie , lai témoignait de l'ëtonnement de tant d'indifférence : < J'étais dégaâlé, répondit-i), de ce genre de combinaisons, et je m'étais mis i. ^ prendre la chimie, qui maintenant est aisée, car elle s'apprend comme l'algèbre, » n fallait être H. Lagrange pour aller ch«cher dans l'algèbre un modèle de facilité. Hais ce qui est sononl remarquable, c'est que la passion des mathématiques puisse s'é-

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leiodre et se ranimer, et il paraît qao d'AIeipberl a égaleroent éprouvé ces alternatives. En 1 793, H. Lagrange se maria de nouveau à une jeune et belle personne, flUe de M. Lemonoier, un de ses coDfrëres à l'Académie. Elle rendit sa vie trëa-heureuse; aussi disait-il, dans ses derniers moments, qu'il trouvait la mort aisée, mais quels chagrin seul de quitter une bonne femme pouvait la rendre pénible. Lorsque, après les événements de thermidor, OD réorganisa l'instruction publique, H. Lagrange fut nommé professeur à l'École normale. Les leçons qu'il y donna sont imprimées. Quand on forma l'École polytechnique, il en fut aussi DD des premiers professeurs; et ceux qui ont eu le bonheur de l'oiteadre, savent avec quel respect on l'écoutait Ce fut alors qu'il publia le Calcul des fondions analytiques, le Traité des fonctions, et celui de la Résolution des Equations numériques. Ces ouvrages, composés pour l'École polytechnique, ne sont pas ime des moindres causes de la célébrité de cet établiss^nent A l'époque où Von créa l'Institut, H. Lagrange fut nécessairement nommé le premier, membre de la section de géométrie. Lors de la formation du bureau des longitudes, il y fut également appelé; et, jusqu'au dernier jour de sa vie, personne n'était plus exact que lui anx séances de ces deux compagnies savantes. A l'époque du 18 brumaire, il fut nommé sénateur, et successivement grandofficier de la Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre de la Béunioa. L'éclat du monde et de la fortune ne le séduisit pas un moment II conserva toujours la même manière de vivre, les mêmes habitudes de travail, la même simplicité. Cette sagesse lui était d'autant plus nécessaire, qu'il avait toujours été d'une faible consUtution; et ce n'est qu'à son extrême modération en tout, excepté dans le travail,, qu'il a dû une longue vie et une vieillesse sans infirmités. Il eut aussi le rare bonheur de conseï^ TerjDsqu'&la On son génie. Bn général on peut suivre ses travaux à toutes les époques de sa vie, on y trouvera toujours la marche progressive des sciences , mais jamais les traces de l'ftge.

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1S1 HâLANOKS'SOIEFtTiriQDBS KT LITtÊRAtRES.

n avait «ntreprii, jJaas ces derniers temps, de donner une noo- -velle édition de la' Mécanique analytique, considérablement augmeDtée. Il en publia le premier volume où, entre autres additions remarquables, on admire la belles recherches qu'il avait récemment publiées sur les questions les plus générales de l'astronomie et de la mécanique*. Il travaillait avec une ardeur Infatigable aux deux Tolumes suivants, ob 11 devait, à ce qu'on assure, traiter aussi les grands phénomènes du syslëmedu monde; mais ce travail ftircé avança le terme de sa vie. On dtt que le manuscrit du second volume existe, écrit tout entier de sa main. Il est à désirer, pour le bien des sciences, que la publicalioD de ce précieux monument soit confiée à des personnes qui s'en acquittent avec promptitude et fidélité *. 1 Le caractère du génie de M. Lagrange a été parfaitement ap- : précié par une personne dont le nom dans les sciences est depuis i longtemps prononcé avec le sien. 3i nous osions ajouter quelque |

* n y ■ exposé fttse la plus grande f^bérdttd la théorie de la variattoa ém umiUDtea arbitraires, dans les problèmes de méMuiqua, théorie sar IkqueUa une remarquable découverte de Po!s»on relatÎTe k l'inrariabililé dea gnods | aies de* orbes plinélaires avait nppelé son atteDlion et celle de Laplace. Ha- i nlmé pour ainsi dire, K l'Age da saiiaal^ouie ans, par oetle décooTerte ioattendue , il embrassa ce sujet arec une ardeur i. laquelle les années n*aTaieot rien ât4 du f«u du sa Jeunesse. 11 appoltalt ses calculs arec lui à l'Acadéiaie dans sa voilure, et se plaisait i. en faire remarquer l'admirable élégance A celiâ t|ui fcrit celte note, lequel siégeait ajprts dt lui. Dans les conversations qse ' res cotoitiualcallons ameubrent, on poutait voir, avec autant d'admlrUion que de reqwot, combien cette paissante résarrection da son génie matbAnaaliqae lui était plus précienxe et plus chère que t^iules les distinctions dont il était rCTètu. J. b.

1 Ce TiBU a été rempli aussi bien qu'il pouTalt l'Gtre. Tous les papiers laiHfa par Lagrange ont été minutieusement coolpulsés par une commission de l'Académie des sciences, composée de Prony, Lacroix et J. Binet. Leurs retJierclics ont (Ut connaître qu'une partie seulement du deuiibma rolume, k la véHlé Ih plus considérable, était complètement rédigée et écrite de sa main. Lre reste n'Oint qu'imparraiiement prépiiré et fort incomplet, i. Binet accepta !k tAcbe ' difBdle de coordoaoer ces matériaux épare, et de les complétet' autant que rata était possible par les notes mai^ inale» gue Lagrange avait écrites sur son i »m plaire de Tédition précédente. Le second volume ainsi restauré fut publié m

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