‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 4)Chapitre 25 sur 33 · III · texte numérisé non relu

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bore devant une Vaste banquise. Du côté de la mer, une muniUe àe glaôes droite et abrupte bordait ses approches, et rendait toute tentative de débarquement impossible. MMi Dumoulin et Coupveiit, chargés des observations magnétiques, obtinrent de d'irville d'aller porter au moins leurs instruments sur une des lies de glace environnantes, qui, à raison de son étendue et de sa masse, Semblait devoir se maintenir presque immobile parle p^M de vent qui régnait. Ce fut Toccasion d'une découverte vivemetu désirée. Pendant que V Astrolabe restait en panne pour attendre les observateurs» les officiers demeurés à bord étudiaient cori£iH sèment la terre avec des lunettes. Un d'eux, M. Duroch, aperru: RU pied de la côte quelques points noirs et fixes, qui semblaient être des sommets de rochers découverts. Ce lieu de débarquement Une fois signalé» chaque corvette y expédia un canot, à travers les glaces, avec une joie indicible. Ces deux embarcations tm- Térent heureusement sur les rocs, prirent possession de la tem* lau nom de la France, et revinrent avec leur pleine charige de pierres antarctiques. Les hommes qui les montaient n'avaient envisagé que le but, non le péril. Sous ce ciel instable et orageni du pdle» on n'est jamais certain de revoir ceux qui se sont un moment séparés de vous ; le moindre coup de vent, qui aurait surpris les corvettes sur une pareille côte, parmi les glaces, les aurait forcées de fuir au large» sacrifiant peut-être la vie de quelquesuns au salut de tous.

Peu s'en fallut que, deux jours après, la fuite même ieur foi interdite» et qu'elles ne dussent périr toutes deux misérablemeat. ^D'Urville avait appelé cette terre, la terre Adélie^ du nom de sa femme qui 6'aq)pelait Adèle. Le 22 janvier au matin, se trouvant dans une vaste baie entièrement libre» avec un beau temps, une faible brise de Test et presque pas de nuit, il se laissait aller doucement dans l'ouest, longeant la côte et reconnaissant ses anfrac* tuosités. Le 23 au matin» la route ée trouva barrée par une chalof d'tles de glace» appuyées en arrière sur une banquisa oonliniie,

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tenant à la terre, s'étendant au nord, puis retournant à Test. C*était un golfe de glaces solides, où Ton s*était engouffré. Pendant qu'on louvoie pour tâcher d*en sortir, la brise de Test fraîchit subitement^ la mer devient grosse et une tourmente se déclare. t)es tourbillons de neige enveloppent les corvettes ; elles se perdent de vue et sont abandonnées chacune h leur sort. Les grandes voiles sont emportées ; le peu de toile qu'il faut indispensable^ ment garder, pour gouverner et se soutenir contre le vent, fait ployer les m&ls comme des baguettes, que Ton craint & tout instant de voir rompre. Des lames monstrueuses, déferlant par un froid glacial, couvrent lé pont d'une couche de verglas que la neige augmente. Les matelots n'ont plus pied sur ce sol glissant ; les cordages devenus rigides, et couverts de neige, résistent à leurs efforts. La nuit est venue : le navire court à toute vitesse parmi des montagnes de glaces flottantes que Ton ne peut voir assez tôt pour les éviter. Le hasard d'un seul choc Tabtmera. Et, dans cette extrémité, on ne sait où l'on va, ni dans quel sens on marche. La proximité du pôle magnétique, rendant la force di-^ rectriœ presque verticale, son influence dans le sens horizoûlal est à peine sensible; elle ne donne plus aux boussoles un pointé assuré : le fer qui entre dans la construction du navire les dévie dans toutes sortes de sens. Tout ce que Thabileté de M. Dumoulin put entrevoir dans leur désordre,' c'est que € Astrolabe recule devant le vent à chaque bordée, et qu'en moins de dou2e heures elle ira s'abattre sur la banquise, si le vent ne cesse. Par bonheur, dans la matinée du t5, il perdit de sa force. L'horiKon s'écladrcit, mais on ne voyait plus la Zélée. Le canon, tiré pour rappeler, resta sans réponse. Enfin, dans la soirée, on l'aperçut cinglant sous toutes voiles pour rallier. Le 37, les deui corvqttes réunies parvinrent à sortir du golfe, non sans de grands hasards, en taisant d'abord un long détour dans le sud-est, à travers les glaces, pour se porter au delà du bras de la banquise qui leur fermait la route, avant d'entreprendre de le doubler. Un coup de vent du sud

les seconda, et, le lendemain 28, elles voguaient loin dans k nord, tout à fait libres.

Dans la journée, le vent était passé à Touest ; le del s*éuit dégagé ; on remit le cap au sud, dans l'espérance de rejoindre et de reconnaître plus complètement la terre Adélie. Mais le 29, le vent se fixa de nouveau & Test, avec des tourbilloDS de neige et une grosse mer. D'Urville, après avoir consulté M. Dumoulin, ne se proposa plus que de porter ses bâtimesu sur les directions qui conviendraient le mieux pour acheter d'établir tous les éléments du magnétisme terrestre, sans perdre l'espoir de découvrir de nouvelles terres, chemin faisant. II If» dirigea donc au sud-ouest pour ce double but. Leur marche, devenue alors fort rapide, les amena bientôt devant une autre barrière de glaces d'une grande étendue, n fallut tourner le cap ao nord, et serrer le vent pour ne pas tomber sur elle. Pendant que la grand'voile était carguée pour cette manœuvre, on aperçut, à peu de distance, & travers la brume, un navire arrivant avec rapidité, vent arrière. A ses couleurs, il fut reconnu pour un bào* ment de guerre américain. On sut, plus tard, que c'était U Purpoise, qui avait cru rallier ses compagnons. D'Urville arbora se« couleurs françaises; puis, lorsque l'étranger fut proche, craignant d'en être trop rapidement 'dépassé pour pouvoir échanger a^K lui des communications, quand il aurait pareillement infléchi sa route et tourné t Astrolabe, il fit déployer sa grand'voile, afin de diminuer la différence des deux vitesses en reprenant la sieaoe propre. Cette manœuvre était insolite. Elle pouvait être interprétée comme un refus d'attendre. L'américain s'y méprit, et pensa que d'Urville ne voulait pas communiquer. Il continua de fairt voile vers le sud, et s'éloigna. Ce fut peut-être heureux. En efftl les instructions de la' flottille américaine imposaient à ses officiers le plus profond secret sur les résultats de leurs opératioib. et ils se sont partout, strictement conformés à cet ordre. Si dTrville avait parlé' au b&timent qui l'approchait, il lui aurait srl»

doute annoncé sa découverte; Tainéricain n*aurait pu répondre que par le silence; cela n*aurait paru ni courtois, ni loyal. A tout prendre, il a mieux valu que les bâtiments niaient pas communiqué. Dans la relation de M. Wilkes, le commandant du forpoise impute ce fait à d'Urville comme un manque de charité : « Il ignorait si nous n'étions pas en détresse, si nous n'avions pas « besoin de secours I » C'est là un mouvement de sensibilité hors de place. Le bâtiment américain arrivait brillamment, vent arrière, couvert de voiles, sans donner le moins du monde k croire qu'il eût besoin de rien. Il passa tout proche de VAstrolabe^ à portée de voix, en silence. Le sentiment d'humanité est complètement étranger à l'affaire.

Cette incursion si heureuse de d'Urville, dans la mer Australe, était indispensable & mentionner dans inon récit. Je le laisse compléter ses déterminations magnétiques, entrevoir d'autres terres défendues par d'inabordables falaises de glace, et revenir à Hobart-Town jouir de son succès. Il y rentra le M février 4840. Je n'ai pas la douloureuse nécessité de le suivre plus loin.

La flotte américaine avait quitté Sydney le 29 décembre 4 839, deux jours avant le départ de d'Urville ; elle y rentra le \ 4 mars \ 840, vingt-trois jours après son retour. Elle avait ainsi tenu beaucoup plus longtemps la mer dans ces mêmes parages, exposée à la même continuité de périls, et poursuivant son but avec une constance, une habileté, une énergie admirables. Le Peacock, surtout, parti de Sydney en si mauvais état, s'était vu dans la chance imminente d'une entière destruction. Le 24 janvier, se trouvant engagé dans une baie profonde, parmi les glaces flottantes, et, selon toute présomption, en vue de terre, il alla heurter de l'arrière contre une haute banquise, brisa son gouvernail et resta sans défense contre les cho.cs des masses qui l'assaillaient. Entouré, pressé, froissé de tous côtés par elles, il ne sortit qu'à grand'peine de leurs étreintes, ayant sa membrure endommagée et l'avant de sa fausse quille enlevé. U ne fallut pas moins que

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rindomptable sang^froid du commandant, le capitaine Hodson, et les efforts inouïs de tout son équipage pour le ramener jusqu a Sydney, comme par miracle, sans couler bas. Cette rude cam* pagne fait )e plus grand honneur h la marine américaine. Sur ce point, en Angleterre comme en France, il n*y a qu'une opinion. J'arrive maintenant aux découvertes géographiques. On en pourra prendre une idée très-claire et très-fidèle en jetant les yeux sur la carte jointe à cet article. Elle représente, en projection polaire, toute la portion de Focéan austral que les navigateurs ont explorée depuis Cook dans Fespoir d^y découvrir de nouveUe:» terres autour du pâle, et Von y a marqué toutes celles qu'ils ont reconnues, de près ou de loin, avec assez de certitude pour que leur existence doive être admise. C'est une imitation de la cart£ construite par les ordres de Vamirauté anglaise, pour la publication des découvertes faites par sir James Ross proche du pâle sud, en 1 841 . Elle a été dressée par M, Daussy, pour servir h Texposé critique qu'il a donné du premier rapport de H. Wilkcs, dans I0 Bulletin de la Société de géographie de Paris j, %* série, n"" < 0^. Le cuivre avait été conservé au dépôt des cartes de la marine. Nous ^vons demandé au ministre de vouloir bien accorder aa Journal de^ Savants le nombre d'exemplaires nécessaires poor accompagner notre article, en sollicitant cette, faveur h titre de l'assistance que l'État nous donne ; et nous avons été aussi henreux que reconnaissants de recevoir de lui cet instrument indispensable de notre exposition. Avec son secours, elle sera trisaisée à comprendre * ,

* Ce même secours me redevenait indispensable pour la réimprp<isioo «r* tnelle. Mais Je pouvais seulement le réclamer aujourd'hui comme one Hn^^tr personnelle, qui me mettrait en état do reproduire une discussion destio» s mettre dans une éclatante lumière le succès de d*Urville, et le couraçe heomi des marins français qui ont pris part à sa découverte. A ce titrf» le miri^'f^ de la marine, M. ramiral Hamelin, a bien voulu mettre à ma dispoUtii>n V* cuivre de cette môme carte polaire, que Tadministration avait const>r%é;e:> I me fab un devoir de lui en témoigner ici ma respectueuse ^econnais^aQoe.

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Dans ce système de projection, le pAle austral 46 h tePffl Q0« cupe le centre de la carte. Les méridiens sont représentés par 499 lignes droites partant de ce point, et les parallèles géegrapl^iquM se projettent suivant des cercles qui lui sont concentriques, Qq y a marqué les degrés de latitude australe de 10 en 4Q. I<e diamètre qui porte à ses deux extrémités les indications 0 et 180, figure le méridien de, Paris. Le sopimet 0 est celui d*où partent las longi-r tudes comptées de cette ville; les orientales vers la gauche du lecteur, les occidentales vers sa droite, comme Tannencent déjà évidemment les extrémités australes de TAfrique et de TAmérique. s*avançant respectivement de ces deux côtés dans la prcgection. Au loin» dans Test, on voit la pointe sud de TAustraUe, et plus h Test encore la Nouvelle-Zélande. La portion de la mer Australe, comprise de là jusqu'au pôle, est le théâtre. des nouvelles découvertes ; et, jusqu'à la mémorable expédition de sir James Ross» en 4844| elles ^'étaient étendues presque exclusivement sur le contour du cercle antarctique, vers 66° ^0' de latitude australe. Les deux points extrêmes de Tare qu'elles embrassent ont été les premiers reconnus ^ Celui qui se présente d*abord à Torient, vers 48"* de longitude, est la terre d*Enderby, découverte en 1831 par le capitaine John Biscoe, commandant le brick de commerce le Tula, frété par la maison Enderby de Londres. Vautre limite, beaucoup plus orientale, du même arc, est le groupe dlles volcaniques découvert en 1839, vers 161^ de longitude, par le capirtaine Balleny, montant la goélette VÉliza-SeotU frétée par les mêmes négociants. Elles sont appelées d'après lui les lies BaU leny, comme on le voit sur notre carie à la longitude indiquée. On y a également marqué une autre terre, aperçue aussi ou soup* çonnée par le même navigateur dans la même campagne, et qu'il a nommé Sabrina, en souvenir de la petite conserve qui Taccopi''

< Ici, commo dans toute rexposition qui va saivre, ]*enploierai les longitudes eomptées du méridien de PariB,

pagnait et qui périt dans ces parages. Entre cesdeax découTertes, on a placé celle de d'Urville, la terre Adélie ; et enfin cette longue bande, semée d'immenses volcans éteints ou en éruption, qui s'avance vers le sud, à laquelle sir James Ross a donné le nom de la reine d'Angleterre, Vittoria. Celle-ci n'est connue que depuis 4 841 . Mais je la mentionne pour que l'on puisse apercevoir d*an coup d'œil rintention des mouvements que nous allons suivre, et l'ensemble des résultats qu'on en espérait.

Lorsque la flottille américaine quitta Sydney , elle ignorait te» découvertes de Balleny, et celles de d'Urville étaient à faire. Le plan de M. Wilkes consistait à plonger d'abord dans le sud par le méridien des lies Macquarie, vers 1 58^ de longitude orientale, en s'avançant sur cette direction tant qu'il ne trouverait pas la m» barrée par les glaces. Alors il devait se retourner vers l'ouest, et suivre le contour du cercle antarctique, jusqu'à rejoindre, s'il était possible, le méridien de la terre d'Enderby, s'efforçant toujoars de pénétrer au sud par chaque point de cette route où il pourrait trouver un passage libre. Sa première incursion dans le sud lui fit rencontrer les glaces flottantes dès le 1 0 janvier, ayant à peine atteint le 61 * parallèle. D'abord, elles se présentèrent en masses isolées, peu nombreuses, rongées sur leurs flancs par la mer. Bientôt leur nombre s'accrut ainsi que leur grandeur; et, le lendemain 4 1 janvier, elles formaient devant lui une barrière compacte qui rarréta. Il se trouvait alors à 64'' 11' de latitude australe, et par 463* (c de longitude orientale, un peu à l'est du méridien qu'il avait voulu suivre. En conséquence , il fit voile vers l'ouest en longeant cette barrière, qui paraissait s'infléchir vers le sud. En effet, le 46 janvier, après l'avoir côtoyée ainsi jusqu'à 4 55^ 26' de longitude orientale, il atteignit en latitude ee"*. « C'est de ce jour-là, dit M. Wilkes, € que nous datons la découverte dont nous réclamons l'honneor. > Pour établir ce droit, il rapporte que, ce même jour, on aper^t des apparences de terre, à bord des trois bâtiments le Vineenna, le Peacock, le Porpoise; et il cite des notes de plusieurs oiGcien

qui avaient en effet consigné ce soupçon sur leurs livres de loch. Il donne même, dans sa relation , la gravure d*un dessin de sa main, fait sur place, représentant une montagne qu'il avait distinguée, et qu'il a nommé Ringgold's-Kholl, le mont Ringgold, en rhonneur du commandant du Porpoise. La distance, d'après sa carte, n'était pas moindre de 66 milles marins. La légitimité de ces allégations a été attaquée devant une cour martiale, tenue, après le retour de M. Wilkes, à bord du b&timent des Etats-Unis le North'Carolina, Des officiers de la flottille ont même contesté que la terre eût été vue avec certitude trois jours plus tard, le \ 9 janvier. Il a été avancé que M. Wilkes n'avait émis et accueilli ces présomptions qu'après son retour à Sydney, lorsqu'il eut appris que les Français avaient débarqué le 22 janvier sur un point de la côte. On peut voir les détails de ce procès dans le Bulletin de la Société de géographie^ déjà cité. Nous ignorons quelle en a été l'issue. Mais, sans nous prévaloir des doutes qu'il a pu faire naître sur la réalité des droits que M. Wilkes réclame, nous discuterons seulement la valeur des preuves physiques sur lesquelles il les appuie. Dans le rapport présenté par lui à l'Institut national de Washington, à son retour en 1842, il a indiqué lui-même, sans le vouloir, le degré de certitude que l'on doit leur attribuer. « Peu- € dant que nous longions la barrière de glace, dit-il, je préparai « une carte sur laquelle je marquais la terre, non-seulement aux < points où nous avions positivement constaté son existence, mais « encore dans les places où toutes les apparences annonçaient « qu'elle devait exister*. » Cette carte, il l'avait envoyée de Sydney à sir James Ross, qui l'a* insérée dans la relation de son propre voyage au pôle sud. C'est, à quelques détails près, la même que M. Wilkes reproduit dans son ouvrage actuel, sauf qu'il en a effacé

i « During our cruise, as we sailed along the icy barrier, I prepared a « chart, laying down the land, oot only where we actually detennined it to

a exist, but those places in which ever^- appcarance dcnoted its existence »

Wilkes, Synopsis ofthe cruise, etc„ p. 21. Washington, I8i!i2.

496 Mil^ANGCS aeiENTIFIQUES ET LITTiRAIRBB.

qne portion de terre qu*il y avait marquée, et sur laquelle ûr J^inea a déclaré depuis avoir navigué librement. Cette confiance da porter comme autant de découvertes réelles, des soupçons de terre, ^ paru aux marins européens fort surprenante, et tout à fait insolite. li'expérienoe leur a trop appris combien il se présente de ces apparences trompeuses, surtout dans les mers australes, parmi les glaces. Les hydrographes les plus eiercés ont vu ainsi apparaître au loin des terres fantastiques, dont ils ont dessiné les contours et relevé les détails pendant de» journées entières, après quoi elles se sont évanouies. 8ir James. Ross en rapporte an curieux exemple dans son Voyage au pôle sud^ tome I, page 177. Le 5 janvier i Bil > se trouvant à 66^ 53' de latitude australe parmi les glaces, « on signala dans la soirée une remarquable apparence « de terre. Cette manifestation ayant subsisté pendant des heures, « sans aucune modification de formes, plusieurs officiers s'ima* € ginërent qu'ils voyaient effectivement une terre réelle, semée de « collines entièrement couvertes par la neige, et d'un aspect gè« a néral tellement propre à tromper des yeux inexpérimentés, qoe, « si nous n'avions pu avancer plus loin , ils auraient indubitable- € ment affirmé, à notre retour en Angleterre, que nous avions « découvert la terre dans cette position. Ce n'était pourtant rien « autre chose que le contour supérieur d'un nuage, marquant, « par un trait parfaitement défini, mais irrégulier, la limite de « hauteur que la vapeur aqueuse peut atteindre sous ces latitudes. « Plus bas, celte vapeur se montre h tous les états de condensa- « lion ; plus haut, on* aperçoit Tespace froid et clair ou elle ne € saurait s*é1ever. C'est surtout aux approches des glaces, que « ces apparences de terre sont les plus marquées et les plus trom* « penses. » Après de tels faits, peut-on raisonnablement admettre que toutes les apparences indistinctement rapportées par M. Wilkes sont autant de terres véritables, qui établissent les dates de ses découvertes ? et ne doit-il pas s'en prendre à lui seul sî^ parmi celles qu'il mentionne, on ne sait pins aujourd'hui, comme il ne

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saurait plua lui-même, distinguer ce qui a été iUusioii de ce qui a pu être la réalité.

Du 16 janvier au 47 février, c'est*^-dire, pendant un mois, M. Wilkes continua de marcher dans l'ouest, en suivant le contour du cercle antarctique, jusqu'au 93* degré de longitude orientale, La saison ne lui permit pas de pousser cette exploration jusqu'au méridien de la terre d*£nderby, comme il Taurait voulu. Pendant ce trajet on signala presque tous les jours, dans le sud , det apparences de terre qui sont indiquées par autant de traits sur notre carte. Mais les bâtiments américains ne purent jamais en approcher d*assez prés pour y débarquer, étant rejetés au loin par les tempêtes, ou se trouvant arrêtés par des remparts de glace qui en obstruaient les approches. Une seule fois ils se crurent au ma* ment de réussir : c'était le 30 janvier. Ils avaient pénétré à travers les glaces dans une baie profonde où ils voyaient enfin, la terre à, nu devant eux, a'étendant de l'est vers Touest h toute distance. Elle était haute, escarpée, couverte de neige. Assuré ainsi de son existence et de sa grandeur, M. Wilkes Vappela continent antarci tiquct et il donna à la baie le nom de baie Piners^ qu*il lui conserve dans sa relation. Il la place par GG'^ ii' de latitude et \ 37® i%' de longitude orientale. Ce fut tout ce qu*il en put saisir. Une tempête furieuse le força de fuir au large parmi les glaces, et l'entraina dans Touest sans chance de retour. Les forces de ses équipages étaient épuisées. Pourtant, il continua encore de marcher vers Touest, remarquant, çà et là, des apparences de terre, qu*il jugea être autant de portions du continent antarctique. Hais il ne put mettre pied nulle part. II dut se contenter de débarquer sur une grande île de glace, portant des débris de terre, de sable, et de roches, qu*il supposa s'être détachés avec elle de la côte prochaine. On y recueillit principalement des échantillons de grés rouge et de basalte. Bnlleny, dans le cours de son voyage au sud, avait aussi rencontré, à plus de \ 00 milles au large de toute terre, une grosse masse de rochers incrustés dans les hautes falaises

d'ane tle de glaces flottantes. II n*est pas improbable qae les blocs erratiques répandus sur nos continents y aient été ainsi amenés quand la mer était plus haute, ou les terres plus abaissées.

Nous examinerons tout à Theure jusqu'à quel point les découvertes maintenant effectuées dans ces parages jusliflent la dénomination de continent antarctique adoptée par H. Wilkes. Mais nous avons d*abord à vider avec lui une question. Les élémenU de position qu'il assigne à sa baie Piners, la route par laquelle il y est parvenu, les indications qui précèdent son arrivée et celles qui suivent son passage, prouvent qu'elle est identiquement celk dans laquelle les bâtiments français avaient pénétré le 21 janiier 4840 et avaient mis pied à terre le 22. En conséquence, on peu: faire à M. Wilkes cette argumentation : Lorsque vous êtes arrivé dans cette baie le 28 ou le 30 janvier 4840, vous ignoriez que d'Urville vous y eût précédé, et en eût pris possession. Vous pouviez donc la croire alors une de vos découvertes , et lui donner a ce titre un nom de votre choix. Mais, quand vous imprimiez votre relation en i 845, vous ne pouviez plus avoir cette croyance. ly titre de d'Urville, antérieur au vôtre, vous était connu, puisqu^ en 4842, dans votre communication àl'Institut national de Wa?hington, page 27, vous vous plaigniez que l'on eût porté les découvertes des Français sur la carte anglaise, sans y mentionner le^ vôtres. S'il vous restait quelques doutes sur l'identité du lieu et l'antériorité du temps, vous pouviez facilement les éclaircir m consultant les Annales maritimes et coloniales de 1840, où cette partie de la relation de d'Urville a été imprimée, avec les canes de relèvement de la terre Adélie. Vous pouviez encore consulter séparément ces cartes elles-mêmes, qui ont été rendues publiques à cette époque en France, en Angleterre , et que l'on doit présumer être également parvenues aux États-Unis. Si vous avez pri^ connaissance de ces documents, comme l'équité semblait Texiger, vous avez dû voir que vous n'aviez plus de titre à la décoorerie de la terre Adélie, et qu'il n'était pas juste de la maintenir dani

votre relation, ni sur votre carte, comme vous étant propre. Si vous n'avez pas jugé à propos de vous enquérir de la vérité, votre négligence ne vous crée pas de droit. Tous n'aurez pas accru vos mérites réels, en donnant à vos compatriotes une iUusion qui ne saurait être de longue durée ; et peut-être auront-ils lieu de vous exprimer leurs regrets plutôt que leurs félicitations, quand ils verront que, sur toutes les cartes nautiques excepté sur la vôtre, cette terre sera marquée du nom que lui a donné d*Urville, à l'exclusion de celui que vous avez voulu lui attribuer.

Quant à la dénomination de continent antarctique, sous laquelle H. Wilkes réunit les terres australes qu'il pense avoir découvertes, et celles qui étaient connues avant lui sur le contour du même parallèle, un raisonnement très-simple montrera qu'elle est au moins prématurée. L'existence de la terre n'a été jusqu'ici matériellement constatée qu'aux deux extrémités de cet arc et au point intermédiaire où d'Urville a débarqué. Les apparences de terre remarquées par M. Wilkes, et qu'il mentionne sans discussion partout où elles se sont présentées à lui, ne comportent pas, à beaucoup près, une pareille certitude. Au jugement des marins, elles ne fournissent que des présomptions généralement douteuses, dont l'ensemble est seulement rendu ici plus vraisemblable, par. leur connexion avec les points dont l'existence est assurée. Mais, ni ces points, ni les portions de terre que M. Wilkes aurait aperçues n'ont été assez complètement explorés pour que l'on puisse savoir si ces terres se tiennent, ou si elles sont séparées par des bras de mer habituellement gelés. Leur contiguïté est donc jusqu'à présent incertaine. On ne saurait afSrmer qu'elles fassent partie d'un même continent; et, si l'on venait à constater ultérieurement un tel fait, la découverte de ce continent devrait être rapportée aux navigateurs qui ont signalé les premières terres, c'est-à-dire à Biscoë et à Balleny.

Ce jugement, qui a été exprimé en Europe par des marins de la plus haute distinction, et la justice que Ton y a unanimement

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rendue aux droits de d'Urville, paraissent avoir tivement impr»fiionné M. Wilkes ; car il en a fait le sujet de récriminations doot Tamertune ne prouve nullement la justesse, t Le mérite de nos « découverte^/ s'écrie-MI» a été réclamé par une nation élraogèrp, « et leur réalité même a été mise en question par une autre ; « toutes deux ayant en mér des expédilions rivales : lune dans h « même année» Tautre dans Tannée suivante. •—- Chacune de ces « nations a paru disposée tk nous déroker Thonneur (to rob u> « of the honour}, en exagérant Fimportance de ses propres re- « cherches; et elle voudrait restreindre la terre antarctique aux « petitts portions qu*elle a respectivement découvertes *. > Noter que» parmi ceÊ petites portions ^ il y a la terre Vittoria, matériellement reconnue et suivie par sir James Ross, sur une étendue de côtes qui occupe neuf degrés de latitude, et qui approche da pOle jusque par delà le 78* parallèle. Hais ce sont là des oolèfes; je cherche des raisons»

« L*existenee dé la terre sur le contour dû cercle antarctiqne. « poursuit M» Wilkes, est maintenant confirmée par les lémoi- « gnages réunis des marins français et anglais. Peu de joun « après que la terre eut été tue par les trois bâtiments de notrv « flottille, d*Urville, le célèbre navigateur français, rapporte que t ses canots ont débarqué sur une petite pointe de rochers, dans « Tendroit, à ce que je suppose^ qui nous parut accessible dans « la baie Piners, d*où le Vincennes fut chassé par une violente « tempête. Cest te qn'il a nommé lu terre Clarie (this be callcd « Clarie land] ; et cela lui donne la croyance (teslifles to his belief « qu'il existe une grande étendue de terre, là où la vue que nous « en avons eue ne laisse aucun doute sur son existence eflectire. » Ici je ferai remarquer d'abord que là côte Clarie de d'Urvillc il ne Ta jamais appelée la îtrre Clarie) est située à UO ou 1 90 milles dans Touest, du point où les Français ont débarqué. Non-seule-

^ àMUrkm tMpeiUiên, t. VL^ p. ISl ei suivaiites.

ment d*Urville n'a jamais dit y avoir pris pied, mais il déclare expressément n*en conclurerexistence que parinduction. Il D*avait devant lui qu'une immense muraille de glaces, continue» sans fissures, ayant de 1 00 à 4 50 pieds de hauteur ; il la côtoya sur un développement de 20 ou S5 lieuesi sans en atteindre le bout. La proximité où il se trouvait de ces hautes falaises Tempéchait de voir s'il existait une terre par delà. II présente seulement ce fait comme présumable, Tinférant de ce qu'une ceinture de glaces, si étendue et si solide, semblait n'avoir pu se former et se maintenir avec tant de continuité, qu'étant appuyée contre une grande terre. Jamais il ne s*est exprimé qu'avec celte réserve; et, dans sa carte publiée en 4 840, comme dans toutes les réimpressions qu'on en a faites depuis, la côte Clarie porte^ écrite sur ses contours, la spécification suivante: Falaises de glaces escarpées et tin»formes, supposées envelopper une base solide. Si on l'a marquée terre Clarid dans la petite carte polaire de la Sodété de géographie que nous reproduisons, cela ne fait pas autorité contre d'Urville; et nous n'y avons laissé subsister cette dénomination que poiir en prendre occasion de signaler ce qu'elle a de trop absolu. Maintenant, posons une question de bonne fol. Lorsque M. Wilkes imprimait en 4845 l'ouvrage que nous avons sous les yeux, dans quel document officiel^ français ou étranger, a-t-il pu voir le lieu et les circonstances du débarquement de d'Urville, représentés comme il les rjLppprte, de manière & en changer tous les caractères réels, et les faire passer du certain à l'incertain T Ce n'est pas dans la relation originale de dUJr ville, ni dans sa carte pu-bliée en Europe dès 1840. Ce nest pas non plus dans la carte dressée par Vamirauté anglaise, au retour de sir James Ross. On y a inscrit la terre Clarie comme conjecturée (supposed land) ; c'est celle que M. Wilkes mentionne. Hais on y a porté la terre Adélie comme reconnue effectivement; c'est celle que M. Wilkes ne nomme pas. Pourtant il a connu cette carte anglaise, puisqu'il se plaint qu'on n'y ait pas inscrit ses découvertes. Comment

a-t'il pu voir la certitude où Ton avait marqué le doute ; et oe pas voir la réalité où on la marquait? Dans un exposé de faits, dont l'exactitude était une condition si essentielle, par quelle fatalité a-t^il laissé le vrai pour prendre le fauxT

Au reste, M. Wilkes ne s*irrite pas seulement des doutes qne Ton a paru concevoir sûr la réalité du continent antarctique et sur les droits qu*il prétend avoir à sa découverte. Il eo réclamf même le soupçon et la conjecture. « Qui donc, demande-t-îl, qui « donc, avant 4840, en Amérique ou en Europe, avait eu h « moindre idée qu'une grande étendue de terre existait au sod « de la Nouvelle-Uollande? Et qui en doute aujourd'hui, sou « qu'on la suppose être une chaîne d'iles ou un vaste continent? « Examinez toutes les cartes publiées jusqu'à cette époque, j « trouverez-vous le moindre indice d'une terre ainsi placée? Noo, « sans doute, et par une raison péremptoire. On n'en comuit « point, et Ton ne soupçonnait pas même qu'il en existât. »

Si Ton ne devait pas voir dans ce passage l'effet d'une préoccupation d'esprit, il faudrait croire que les conceptions earxK péennes se propagent bien tard en Amérique. L'existence d'un continent austral est une des plus vieilles idées de la géographii* spéculative : on le supposait nécessaire pour faire contre-poid» aux terres arctiques. La terra australis incognita est marquée à ce titre dans les cartes de Hercator, comme s'étendant sur tout le contour du globe, au sud des continents déjà connus. Lorsque Kerguelen, en 1773, eut découvert la terre qui porte son nom, û présenta cette idée comme ayant fourni le motif de son vopf^ dans les mers australes. « Ces mers, dit-il, embrassant une éten* « due de plus de 1 ,500 lieues en diamètre, les géographes et le^ « savants étaient persuadés qu'il existait un continent*. > N*au* rait-on pas la relation de Kerguelen dans la bibliothèque da

* Relation de deux voyages, dans les merê Australes et des itutes, pu IL or

Kerguelen, p. 1, iii-S*. Paris, 1782.

NauHcal office de Washington ? Alors, voici une autre autorité. Dans rintroduction au deuxième voyage de Cook» introduction écrite par lui-même, ce grand navigateur s'exprime comme il suit : « Les puissances et les savants de FEurope cherchent depuis « longtemps àdécouvrir si la portion de Thémisphère austral qu'on « n'a point encore explorée n'est qu'une immense plage d'eau, « on si elle renferme un autre continent, comme la géographie « spéculative semble l'indiquer. En ordonnant le voyage dont [on € publie ici la relation, Sa Majesté a eu pour premier objet de c fixer l'opinion sur une matière aussi curieuse et aussi impor- « tante. » Sans nul doute, M. Wilkes trouvera à Washington l'ouvrage de Cook; il pourra vérifier la citation.

Les difficultés-personnelles dans lesquelles cet officier habile et courageux s'est trouvé enveloppé, à la suite de son expédition, expliquent très-naturellement les prétentions trop étendues qu'il s'est cru obligé de soutenir. Les exigences de ses compatriotes ne lui laissaient pas la liberté d'être juste dans ses appréciations. L'honneur réel, et incontesté, que son voyage a fait à la marine américaine ne suffisait pas à la vanité populaire. La foule ignorante veut l'impossible. Elle ne se contente pas à moindre prix. Hais il sera dédommagé de ces amertumes par les éloges sincères de ceux-là même qui, en Europe, ont dû combattre quelques-unes de ses assertions. Dans un dernier article, j'extrairai de son ouvrage plusieurs faits importants de physique générale, et divers détails curieux sur les rapides transformations de mœurs que la fréquentation des Européens a opérées de nos jours chez des peuples naguère sauvages. Mais je commencerai par compléter les notions que j'aa données précédemment sur les glaces polaires, en tirant, du dernier voyage de sir James Ross dans la mer australe, des observations d'une parfaite justesse sur les causes physiques et mécaniques dont l'influence annuelle paraît devoir être la plus efficace pour les rompre et les disperser.

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