‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 4)Chapitre 24 sur 33 · DU VOYAGE DE DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

DU VOYAGE DE DÉCOUVERTES

BXKCUTÊ PAR l'ORDRB DES ÉTATS-tNlS d'amÉRIQUE, PENDANT

LES ANNÉES 4838, 4839, 4810, 4841, 4842, RioioÉE par le

LIEUTENANT CHARLES WILEES, COMMANDANT DE l'EXPEDITION. 5 VOL. IN-4^, PHILADELPHIE, 4845.

( Extrait du Jimmal 49$ Samm, iS4S et 1S49. )

Ai««B^b*a*a*AMai^.4a

Toutes les nations maritimes de TBurope tiennent aujourd'hui à honneur, et se font presque un devoir, d'envoyer leurs vaisseaux explorer des mers lointaines; non plus, comme autrefois, pour y chercher de For ou des conquêtes, ni même dans la seule vue de protéger les intérêts exclusifs de leur commerce ; mais aussi dans le dessein généreux d'agrandir la sphère des idées et des connais* sances communes k tous les peuples civilisés. Des expéditions pacifiques ainsi conçues, étant commandées par des hommes résolus, prudents, et désintéressés, dissipent l'ignorance et les pré^

jugés nés de réloignement ; étendent les rapports commerci&u\, ou en suggèrent l'utilité réciproque; découvrent les lignes de transport les plus favorables ; indiquent les points de la terre oa des mers que la navigation particulière trouvera le plus de profit à exploiter; et ces récoltes de documents fructueux, de communications importantes, co^^)ensent bien au delà les avances qu'elles coûtent. Mais Ie§ intérêts matériels ne sont pas les seuls qui en tirent avantage. Depuis le mémorable voyage fait par Cook eo 4769, dans les îles du grand Océan, pour y observer le passage de Vénus sur le Soleil, on a muni ces expéditions des instnimoits et des moyens d'exploration nécessaires pour perfectionner la géo> graphie générale, accroître nos connaissances, sur rhistoire naturelle de rhomme, des animaux, des minéraux et des plante»; recueillir toutes les données relatives à la physique .du globe» qu'il est impossible de se procurer, même de soupçonner, autnemeni que par des études locales aussi étendu&s. On a excité TémulatioD courageuse des marins à chercher des terres nouvelles, désertes ou habitées, jusque dans les régions glacées les plus proches des deux pôles, qui semblaient avoir été exclusivement réservées par la nature à Torganisation froide et rigide des grands cétacés el des oiseaux de mer, mais qui ne se sont pas trouvées impénétrable> à rhomme civilisé ; puis, à ces mêmes hommes, revenus dans de» climats plus doux, on a recommandé d*être compatissants et inof* fensifs envers les pauvres peuplades sauvages qui se rencontreraient sur leur route ; de leur apprendre, par des échanges bienveillants, les rapports mutuels de t)onté, de justice humaine qu'iU ignorent ; surtout de ne leur donner des marques d'une puissaoor qui leur sera irrésistible, et qui leur semblerait surnaturelle, qu'en les leur montrant tempérées par la patience et par la charité ée» peuples chrétiens. Voilà quel a été généralement le but el le principe moral des expéditions de découvertes, ordonnées de 005 jours par les gouvernements européens. C*est un des plus beam fruits de notre civilisation, et une de ses gloires les plus pores.

Le gouTemement des États-Unis n*avait pris jusqu'à présent aucune part à ces grandes explorations maritimes qui profitent à toutes les nations. Ce n*était pas assurément qu'il manquât de moyens d*y concourir. Le pavillon militaire et commercial de yUnion sillonne toutes les mers du monde ; le commerce américain embrasse la surface entière du globe. M. Wilkes nous ap*prend que la seule flotte baleinière des États-Unis compte 675 bâtiments, jaugeant ensemble 200000 tonnes, et dont la manoeuvre occupe annuellement 1 5 ou 1 6 mille matelots, qui s*y endurcissent aux plus rudes travaux de la mer. Mais, dans une république, où r^rdeur des intérêts privés trouve à se satisfaire pleinement par ses propres efforts, sur un champ illimité d'entreprise, il ne paratt * pas facile de faire comprendre le besoin, ou la convenance, d'opé* rations générales qui semblent n'être que glorieuses, et qui doivent s'exécuter aux frais de tous. Le Dragon à mille têtes se laisse mal aisément diriger vers un but unique et spéculatif. L'expédition nationale dont nous allons rendre compte n'a pu être réalisée qu'assez longtemps après la décision du congrès qui l'avait autorisée. H. Wilkes laisse entrevoir qulelle n'était pas en faveur dans l'opinion publique. Il va même jusqu'à dire qu'on en parlait et qu'on la contrêlait beaucoup trop ; ce qui semblera quelque peu aristocratique aux partisans de Tinfaillibilité populaire. Il n'en . reçut et n*en accepta le commandement qu'après les refus successifs de plusieurs oflSciers auxquels on l'avait proposé. Ces hésitations eurent ainsi un très-bon résultat. A son expérience comme marin, M. Wilkes joignait les connaissances scientifiques indispensables pour donner à une expédition de ce genre tout son éclat et toute son utilité. Il avait été, en 1833, directeur du magnifique observatoire national de Washington, dont le prétexte est la conservation des caries nautiques. Tous les détails de son voyage le montrent tel qu'il fallait être : hardi, prudent, éclairé. L'habileté de ce choix, et la persistance dans l'exécution de cette noble entreprise, à travers la houle de l'opinion publique, feront

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toujours honneuF h la présidence de M. Van Buren ; el les eom* patriotes de cet homme d*État doivent maintenant lui savoir gré de les avoir fait entrer pour une si belle part dans le conootin généreux des anciennes nations à compléter l'eiploFation do globe. Il faut louer également la libéralité avec laquelle las membres du Congrès ont pourvu aux frais d'une prompte et magnifique publication des résultats. Elle s'explique, et sa justlliait sans doute aussi, par le succès obtenu. Mais le monde scientifique doit s'en féliciter, comme d'une initiative à tant d'autres eoDtn* butions d'une utilité générale, que l'Amérique peut aujourd'hui apporter dans le trésor commun des connaissances humaine»; succédant ainsi peutrétre à la vieille Europe, et lui rendant do moins ce qu'elle en a reçu.

Six navires furent attachés à l'expédition. D'abord deux oor* vettes, U Vineenneê, df 750 tonneaux, le Feoeoek^ de ê50; la première aménagée comme une petite fségate. Puis U Porp&ù$^ brick de iSO tonneaux, et le Reliefs bâtiment de charge, destiné à porter les approvisionnements. Ce dernier, récemment construit, se trouva gênant par sa marche trop lente. Enfin , deux petits bâtiments pilotes, le Sea-Guil, de 4 4 0 tonneaux, le Ftying^Fiêk, dt 06, Ce ne sont pas les moins commodes, ni les moins sûrs, pourtrouver passage parmi les écueils et les glaces flottantes, dont ik se démêlent mieux que les gros. L'équipage, tant officiers que matelots, 'se montait h 697 hommes, dont M. Wilkes rapportf tous les noms. C'est une pratique louable, déjà introduite dans lei relations de Lapérouse, de d'Ëntreoasteaux, de d'Urville. Ceux qoi «ont partagé le péril doivent avoir une part dans l'honoear dn succès. La flottille fut munie de tous les instruments de prédsioa nécessaires aux observations astronomiques et physiques. U j avait des baromètres et des hygromètres ; des thermomètres de toutes sortes, pour mesurer les températures de l'air, et aussi ée la mer, tant à sa surface que dans ses profondeurs. 0 n'y avait pas moins de 99 chronomètres: des appareils magnétiques, pour

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mesurer la déclinatoon et rinclinaison de Taiguille aimaotée ; un pendule portatif pour déterminer les variations de la pesanteur, par la différence de son mouvement oscillatoire • local et aotuel, avec celui que rastronome Baily lui avait reconnu h I^ondres, Tous oei instruments avaient été fabriqués parles meilleurs artistes anglais, français, allemands. L'Amérique fera bien de tirer d'eus ces ouvrages d'une e^téoutien difScile, aussi longtemps qu'ils pourront les lui fournir. La perfection , dans ces délicatesses, ne s'obtient que par une longue pratique, après une multitude d'es*sais dont les observateurs supportent tous les accidents. Une corn" mission civile, composée de deux dessinateurs, de six naturalistes et d'un philologue, futadjointeÀrexpédition, sous la dépendance du commandant militaire. LUnexpérienee nautique de ce genre de personnages, et les exigences irréfléchies que leur inspire trop souvent l'amour de leur science , en font d'ordinaire un bagage assez incommode dans un voyage de découvertes. Cela paraît s'être fait sentir encore ici, pour quelques-uns. Toutefois, la fermeté du commandant semble avoir dominé ces petites diQicuUés. Car, dans le cours de sa relation, les recherches d'histoire naturelle sont rappelées et mentionuées, aussi fréquemment qu*il était pos^ sible de s'y attendre. L'ensemble des observations physiques sera exposé k part dans un volume qui n'a pas encore paru; et nous nous empresserons d'en rendre compte, dès qu'il sera publié.

Dans son application; immédiate aux intérêts nationaux, Texpédilion avait pour objet d'explorer toutes les régions de l'océan Atlantique et* du Pacifique, qui sont fréquentées par les bâtiments baleiniers, ou qui se trouvent sur le parcours habituel du commerce américain. Elle devait recueillir tous les renseignements, toutes les données physiques, naturelles, et politiques, dont la connaissance pouvait servir à diriger ces entreprises avec le plus de sécurité ou d'avantages. A ce but principal se raftachaient naturellement les recherches scientifiques, la découverte de nouvelles terres pouvant fournir des points de rel4che,

OU de mers jusqu'alors ignorées, offrant des champs d'exploitation encore vierges à la hardiesse des marins. Les instractioDs officielles, données à M. Wilkes, lui tracèrent un plan de voyage conforme à ces intentions/ Partant d'abord du port de Norfolk, situé Yers 37^ de latitude boréale, sur la côte orientale des Etats- Unis, il devra descendre l'Atlantique du nord au sud, jusqu'au cap Horn, en touchant aux principales stations des navires de commerce qui suivent cette route. Arrivé à cette extrémité australe da continent d'Amérique, la grosse corvette et le bâtiment de charge resteront dans quelque mouillage sûr de la Terre de Feu, que h Commission scientifique s'occupera d'explorer, tandis que la petite corvette, le brick,'et les deux bâtiments légers, feront voile vers le sud sur les traces de Cook et de Weddell * jusqu'aux latitudes australes les plus élevées que la saison leur permettra d'atlândre. Au retour de cette croisière , on remontera la côte occidentale de l'Amérique, jusqu'à Valparaiso, oii toute la flotte devra rejoindre. De là, elle se dirigera vers l'Australie, et se rendra au port de Sydney, en explorant toute l'étendue de mer interposée. Sydney sera le point de départ d'une nouvelle croisière vers le sud, pour pénétrer dans les régions antarctiques, à l'ouest de la terre de Van-Diémen, jusqu'au méridien sur lequel se trouve la terre d'Enderby*. Cette tentative terminée, on remontera aux Ûa

« Weddell était un Écossais , officier de la marine ani^laisê da gndé et master. 11 comoianda plusieurs expéditions envoyées par le commerce, dans k* mers polaires, à la recherche des baleines et des phoques à foamim. A««c deux petits b&timents, l'un de 100 tonneaux, l'autre de 65, il s*est en 1S23, au delà du cercle antarctique, jusqu'à 7fto i^ da latitude 30 plus près du pôle que le capitaine Gooke, en 177A. Le méridien sur leqod il avait tenté cette approche est situé vers 33« de longitude, à Tesl du cap Horn. A cette hauteur, Weddell trouva une mer libre, an tiéb queGooày avait rencontré des glaces infranchissables. On n'a pas encore aperçu de teim polaires sur cette direction, au delà de la Nouvelle-Shetland du sud; sH fa existe, elles y sont plus rapprochées du pôle. La relation de Weddell a été imprimée en un vol. in-8, Londres, 1825.

s C*e^t la première pointe de terres, ou du continent antarctique, que Tm nit connue Elle a été découverte en 1831, par le navigateur anglais Me

Sandirich ; puis Ton se portera sur la cdte nord-ouest de T Amérique» jusqu'à la hauteur de la rivière Columbia, pour y explorer d*abordle littoral appartenant aux États-Unis, ensuite les cdtes de la Californie ; et, sur toutes choses, la baie si importante et si sûre de San-Francisco. Ce devoir rempli, la flottille se dirigera vers la côte du Japon, cherchant avec un soin particulier à reconnaître dans ces mers la route la plus courte et la plus sûre que les navires américains doivent suivre, pour passer à la Chine et en revenir. Le retour aux États-Unis s'effectuera par les mers de rinde et le cap de Bonne-Espérance. Ce plan, si habilement tracé, est accompagné d'instructions pleines de sens, d'équité, de sentiments charitables, sur la conduite k tenir envers les peuplades sauvages, pour ne pas les blesser parle mépris, ou les irriter par la violence ; comme aussi pour ne pas provoquer leur penchant à la trahison, par la facilité d'un abandon trop imprudent, ou par trop de confiance dans leurs démonstrations d'amitié. Je regrette de ne pas pouvoir citer textuellement ces sages prescriptions. On y voit le résumé le plus juste et le plus précis des habitudes sauvages. Il ne pouvait être si vivement tracé que par l'expérience pratique d'un Américain. Ce document remarquable est signé J.-K. Paulding, secrétaire d'État au département de la marine. On y avait annexé, au même titre officiel, un mémorandum hydrographique rédigé par le célèbre amiral russe Krusentern, et les communications adressées au gouvernement par les principales sociétés' savantes des États-Unis , sur les recherches scientifiques qu'elles jugeaient les plus importantes à effectuer.

Je ne suivrai pas M. Wiikes dans tous les détails de son voyage. Je ne m'arrêterai pas aQx remarques qu'il a pu faire, pendant de courts séjours, dans des lieux depuis longtemps connus. Ces par-

BHscoe, oomiiiandant un brick baleinier expédié par MM. Enderby, commerçants de Londres. EUe est située dans le sud-ouest de l'Australie, à ÙV de latitude sud, presque sur le méridien de Madagascar. On trouve un extrait da voyage du capitaine Briscoe dans le NauHcal Magazine^ t. IV, p. 265.

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ticularHés, convea^blement plMie» dans la relation qu*U adieisa h aes pompatriQtes, auraient pour nous moins d'inlérét. Ce sacrifiée me permettra de m'ëtendre davantage sur les parUea.de n relation qui se recommandent par la nouveauté des objets, ou par l'importance des résultats. Je me trouverai même dans U nécessité de restreindre beaucoup ce cadre. La partie scteotifique du voyage n'étant pas encore publiée, on peut seulement constater, avec éloge, le nombre et la diversité des sujets qu'elle pa* ratt avoir embrassés, mais non pas apprécier le mérite des recherches qui la composent. On ne saurait non plus résumer atec utilité, dans un simple discours, la multitude des détermioation* nautiques et hydrographiques recueillies par rexpédilîoD, quoique ces précieux documents, obtenus avec tant de fatigues et de périls, forment un de ses plus beaux titres à la reconqaissaoos du monde civilisé. Mais je puis indiquer au lecteur une analyse exacte que M. Daussy en a donnée, dans le Bulletin de la Soci^U

de géographie, n^ 1D9, d'après un exposé ti'èâ-étendu rédigé par M. Wilkes lui^mâmOi et présenté par lui à rinsUtut national de Washington, dés qu'il fut de retour en ^^^%. Aujounlliui que sa relation complète a paru, l'analyse de U. Daussy sera un guide excellent, pour suivre et raccorder ensemble les deuils nautiques ou géographiques du voyage. Il y a encore un antne potqt, trop important pour que je dusse remettre, et dont Is discussion, rexposilion même, m^offraient des difficultés in>p spéciales, pour que je pusse me risquer à )e$ aborder sans ass i^ tance. Je veux parler de la découverte, et des droits à la découverte, du continent antarctique. M. Wilkes en a réclamé Ibooneur pour son expédition ; et cette réclamation, rendue publique aussitôt après son retour, a soulevé en £;urppe une vive controverse. Elle a même donné lieu à un procès légal, entre lui et plusieurs de ses ofiiciers. Il la reproduit aujourd'hui, atec plus d'insistance encore, dans sa relation. La taire était Impossible. la discuter trës^hasardeqx. C'est pourquoi je me suis appu}é,

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dans cette appréoiatioa délicate, sur les renseigaeinents et les conseils d'oQ ami, dont personne ne contestera la oompétenee en pareille matière, et dont tout le monde s'accorde àreconnaitre rimpartiale justice. C'est Tofficier qui a commandé Texpéditlon française de la corvette la Coquille, le capitaine Duperrey. Ayant ainsi fait connaître le plan que je vais suivre, et les secours que j'ai reçus, j'entre immédiatement dans la narration.

Parti de Norfolk le 47 août 4838, M. Wilkes passe à Madère, puis aux îles du cap Vert, de là à Rio-Janeiro. Continuant sa route au sud, il visite l'embouchure du Rio^Negro, longe la cèle orientale de la Patagonie, et va ancrer sa flotte dans un mouil* lage sûr appelé Orange-Harbour, à l'entrée orientale du détroit de Magellan, par 55^,4 T de latitude sud, sur la pointe nord-est de la Terre de Feu. Il laisse là ses plus gros bâtiments, ainsi que la Commission scientifique, et dispose les autres pour faire une double excursion dans la mer australe; au sud-est, sur les traces de Weddell; au sud-ouest, sur celles de Cook, comme ses instructions le lui prescrivaient. Pendant ce séjour, qui dura deux mois, la Commissioû et les officiers du Vinc&nnes, demeuré en relâche, durent probablement faire beaucoup d'observations, et recueillir beaufioup de documents, que Von serait désireux de connaître. Hais, sans doute, on les a réservés pour la publication scientifique ; car on n'en trouve aucune indicatiousufiisante dans la rela* tîon générale. Elle ne donne même, sur la constitution physique de cette curieuse contrée, et sur l'état moral de ses habitants, que des renseignements tellement superficiels et incomplets, qu'on aurait pu les prendre, presque en totalité, y compris les portraits, dans les relations beaucoup plus étendues et instructives du capitaine King, du naturaliste Darwin, et du hardi baleinier Weddell. Il y avait \k cependant, après eux, une belle étude à faire, non-seulement sur de% points importants de la physique du globe, mais aussi, et peut-être plus fructueusement encore, sur les remarquables rapports qu'on y voit exister, comme

condition de l^homme, entre le déyeloppement physique ainsi qu'intellectuel des peuples sauvages, et les habitudes de leur vie.

Dans la bande orientale de rAmérique australe, qui s^étend depuis le Rio-Negro jusqu'au détroit de Magellan, le pays est découvert, stérile, et à peine accidenté. Il est occupé par des tribus peu nombreuses, isolées, toujours errantes : ce sont les Patagoos de Test. Ils vivent uniquement de chasse, particulièrement de celle de Tautruche et du guanaco, espèce de lama de la taille duo âne, dont la chair est excellente, et dont la peau, qu'ils roalm autour de leur corps, sert suffisamment à les couvrir. Ils ont da meutes de chiens, et aussi des chevaux provenant de ceux qat les Espagnols ont importés, et qui sont devenus sauvages. Os le» montent et les manœuvrent avec une intrépide habileté. Toujours en course, ils ne se livrent pas à Toisiveté de la pèche sur leun rivages, jet ne fabriquent pas de canots. C'est une race inculte, mais vigoureuse, hardie, belliqueuse, indifférente aux intempé ries de Tair. Ils reconnaissent des chefs qui dirigent leurs excursions, et qui règlent parfois leurs différends intérieurs ; mais ib ont une indépendance individuelle absolue. Leur oiorale est. conséquemment, la morale naturelle : celle de la force. Toutefois les communications qu'ils ont eues avec les Espagnols sembleoi leur avoir donné quelques idées de justice humaine. Ils ont our ombre de croyance; pas de religion arrêtée, mais des superstitions. Il y a parmi eux des sorciers qui sont en grand crédit poor la guérison des maladies et la connaissance des choses fatores Au reste, c'est là une pièce essentielle de toutes les sociétés humaines; car on les retrouve partout, sous diverses formes. E« effet, que sont, chez les nations plus civilisées, les astrologoes« les devins, nos somnambules lucides, et tant d'autres? Nous menons de voir ici des sauvages chasseurs. Maintenant, toul prr« d'eux, la Terre de Feu, qui n*est séparée du continent que par ot. détroit, celui de Magellan, présente un changement brusque J»

climat et de mœurs. Cette terre, ou plutôt cette grande tle, embrasse, de l*est à Touest, une étendue d'environ 360 milles marins; son épaisseur, du nord au sud, est d'environ 460. C'est le boulevard de l'Amérique contre les irruptions des glaces polaires. Elle-même en est défendue au sud par une multitude de petites fies, dont la plus australe, appelée le cap Horn, n*est qu'un immense roc, qui surgit au sein de la mer ^ D'après Darwin, Tinteneur est un amas de montagnes dont la base est plongée sous les eaux ; en sorte que des détroits multipliés et des baies profondes remplacent, à la surface, les vallées de nos continents. L'humidité constante dont le sol et l'atmosphère y sont imprégnés tempère Fàpreté des hivers et restreint les variations annuelles de la température. La végétation y est donc possible. Aussi tous les flancs de ces montagnes, depuis le niveau des eaux jusqu'à la hauteur des neiges éternelles qui couvrent leurs cimes, sont garnis de forêts épaisses, impénétrables, vieilles comme le monde. L'industrie humaine, si apparente, même dans l'état sauvage, a instruit les habitants de ùe triste séjour à tirer de ces fo* rets l'usage qui leur était le plus utile, l'usage du feu. Ils en ont partout et toujours : dans leurs haltes, dans leurs huttes, même dans leurs canots d'écorce, où ils l'entretiennent sur un âtre en argile qui sert de lest. Ce feu, ils l'allument facilement, instantanément, par la friction de quelque pierre dure Contre un morceau de pyrite sulfureuse, dont se détachent des étincelles qu'ils recueillent sur une sorte d'amadou très-inflammable. King le suppose formé de duvets d'oiseaux; mais ce doit être plutôt un produit végétal, fourni par le duvet de quelque plante tomenteuse, ou par les excroissances fongueuses qui naissent sur les

* U fut découvert, ou plutôt remarqué et reconnu, en 1616, par le baleinier Cornélius Shouten, natif de Boom, en Hollande, près d'Amsterdam. l\ lui donna le nom de cette petite ville, devenue célèbre dans les annales commerciales, par le grand nombre de navires qui ont été expédiés de son port pour IfH voyages de pècbe.

arbres» comme notre BôIet aInadouyier^ De !& est venu le nom de Terre de Feu donné à cette contrée par Magellan, et après loi par rtinivefsalité des navigateurs européens, qui, durant la nuitS) voyaient des flammes jaillir de tous les pointa des oMei. Les instincts de la vie sauvage vont se dégradant, à mesure que Ton s'enfonce danà Ce labyrinthe humide, en allant de Tcft vers Touest. Dans les lies situées à l'entrée orientale du détroit, les naturels, outre la ressource de la péohe, peuvent encore trou* ver à chasser quelques guanacos, pour se nourrir, et couvnr leurs corps des peaux fourrées de ces animaux. Ils savent même se les procurer, par la traite, sur les côtes de la Patagonle, en t vendant, comme esclaves, les prisonniers qu'ils vont faire dans Touest, au besoin leurs proprés enfants. Us sont assez robostei, et leurs incursions en font la terreur des peuplades, plut mifé- , râbles encore, qui habitent l'intérieur du détroit. Celles^i offirent le type à peu près complet de cet état social simplifié, exempt et soins et d'entraves, que les Érostrates politiques de notre temps ont proposé, ont prétendu même imposer, à la France et à TEu» rope, comme le dernier degré de perfectionnement possilde et désirable de Thumanité* Ils vivent entre eux sans loi, sans mettrf, et, autant qu'on en peut juger, sans croyance, sauf la foi aux sorciers qui ne manque jamais. Us ne se fatiguent pas à coltiier un sol toujours humide, ni à chasser quelques rares animaoi

* Sur les hauts plateaux du nord de l'Afrique, les Arabes emploîcat à ot même usage des masses tomenteuses, qu'ils trouyent sur une plante tnune, Vanemfsta odorattssima (l'armoise). M. le docteur Guyon, qui m muDiqué ce fait à l'Académie des sciences, pense que ces masat» wot sorte de Bédëguar, c'est-à-dire un produit accidentel, déierminfî par la piqur d*tin insecte. Le duvet de la même plante, l'armoise, constitue aussi ar >« ingrédients du moxa qu'on appelle japonais, et que l'on devrait plutôt appf-ir chinois. Dans certaines terres basses de la Nouvelle-Grenade, oo emploie amnu comme amadou, un duvet brunâtre^ quelquefois blancbAtre^ qni ae tm«vY «c abondance aux aisselles des branches d'un palmier tr軫oaisiaii dans ces i^ giona. Mais les naturela le font bouillir dans tioe forte leaaÎTe, tt lo atcbeai «• suite avant d'en faire usage. Ces particularités curieusea m'ont été indiqalc» par mon ami le docteur Roulin.

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sauvages dans leurs impénétrables forêts. Leur unique Occupation de tous les jours, de chaque instant, consiste à chercher, de place en place, leur nourriture, qu'ils trouvent toujours & leur portôe, sous leurs pas, et naturellement préparée pour leurs goûts. Ils ont d*abord la profusioQ des coquillages répandus sur la grève; quelques poissons qu'ils saisissent ou harponnent dans les varecs, au moyen de lances en bois armées d'une arête bar^ bue; puis, la chair des phoques, qui viennent de temps à autre échouer sur le rivage ou y mourir; car leur voracité ne s'inquiète pas de la date de cette venaison. Dans cette habituelle facilité de pourvoir aux besoins de la vie, on croira volontiers qu'ils ne doivent pas avoir les embarras et les luttes de la propriété; car on peut à peine appeler ainsi leur canot d*écorce et la peau de phoque desséchée dont chacun recouvre à demi ses épaules, en la tournant du côté du vent. Mais ils se montrent au contraire des possesseurs très-exclusifs» et fort peu enclins au communisme. Ils tiennent beaucoup à ces richesses, et savent très-bien les défendre à grands coups de pierres. Une autre faiblesse, qui les éloigne encore de la perfection philosophique, c'est le préjugé de la* famille, qui est chez eux fort enraciné. Ils affectionnent beaucoup leurs enfants et sont très-jaloux de leurs femmes, sorte desclaves naturels qui leur sont d'un grand service: Pourtant» ils les mangent en cas de famine> quand elles sont vieilles, de pré'férenoe à leurs chiens. Chaque peuplade n'est que l'agrégation des individus issus d'un même père, qui fait l'office de chef, ce qui constitue une manière de gouvernement patriarcal à l'état rudimentaire. Au dire de tous ceux qui les ont vus, ce éont les plus hideux» les plus sales, et les plus bornés des humains. Ils sont sans idées, sans intelligence, grêles et chétifs, le ventre monstrueusement ballonné. Passant toute leur vie s^ns aucun travail, accroupis pendant le jour dans leurs canots, que les femmes et les enfants pagayent lè long du rivage, en quête de leur nourriture ; ne sortant de là que pour dormir dans de misé^

rables huttes enfumées, de quelques pieds de hauteur, ou ib entrent par un trou, en rampant avec leurs chiens; rieo n*eici(e ni ne développe en eux les facultés morales et physiques, propr» à l'homme, même sauvage. Il serait bien à désirer que nos philosophes communistes allassent.vivre quelque temps parmi eux, pour y contempler la réalisation et le terme flnal de cette universelle félicité qu'ils nous promettent. Ils nous en feraient mieux comprendre le charme quand ils en auraient joui. Tous les vovi> geurs s'accordent d'ailleurs à dire que ces peuplades semblent fort satisfaites de leur genre de vie. Les individus, quand ils nom pas faim, sont généralement gais, inoffensifs, et montrent uo talent de mimique, qui n'est pas inférieur à celui d'un singe. D« reste, ils naissent, vivent, se reproduisent, et meurent comme tom autre animal. Qu'est-ce que l'homme, sentant et pensant, aonit à prétendre icirbas de plus, ou de mieux* I

Quittons ce triste spectacle. Regardons maintenant l'homme civilisé, luttant avec tous les instruments de la puissance phv sique, et toute l'énergie de sa force morale, contre la fnreor do» éléments, pour s'efforcer d'atteindre, au prix de mille périls, 1^ but invisible que son intelligence lui a fait pressentir. La portios de la flottille américaine qui devait tenter de pénétrer dans b mer australe, quitte Orange-Harbour le 25 février 4839. M. Wilkes, avec le brick lePorpoiseeWe culter/e Sea-Gui/, se dirige dan^ le sud-est; son second, M. Hudson*, avec la petite eorvelte U Peacock et le cutter U Flying-Fish , se dirige au] sud-ooest U gabarre le Relief est chargée d'explorer l'intérieur du détroit Jf Magellan. Cette époque de l'année, qui, dans notre hémisphtrv boréal, amène l'adoucissement des rigueurs de l'hiver, répond, dans rhémisphëre austral, à l'affaiblissement des chaleurs de Y Ht

* On voudra bien remarquer que ces réflexions ont été écrite» sois fiapression du sentiment de tristesse que faisaient naître la morale en actàm *\ ta domination menaçante des philosophes socialistes de 1S4S, J. BL

Le soleil, qui avait atteint le tropique du sud le 24 ou 22 décembre, s'est rapproché depuis deux mois de Téquateur. Les jours s'accourcissent et les nuits s'allongent. La déclinaison et la hauteur méridienne de cet astre, au cap Hom, sont alors les mêmes que sous les latitudes de Glasgow ou d'Edimbourg à la fin d'août. Hais la chaleur qu'apportent ses rayons s'y déverse sur une portion du globe, où la distribution actuelle de la terre et des eaux est tout autre que dans Thémisphère boréal ; et, par suite, ses variations périodiques d'intensité, quoique les mêmes, y pro- / duisent des effets physiques bien différents. La coupole de neige et d'eau congelée, qui recouvre la surface terrestre & ses deux pôles, s'élargit pendant chaque hiver par le refroidissement qui s'opère sur ses contours, et s'épaissit par l'accession continuelle d'humidité glacée que l'atmosphère y dépose, laquelle est surtout apportée par le grand courant alise supérieur qui provient des régions équatoriales. Cette coupole se rétrécit, au contraire, et s'amincit pendant chaque été, tant par la fusion partielle qu'elle éprouve, que par l'abandon des masses encore solides qui se séparent de ses bords, sous l'impulsion des eaux qui s'écoulent, et delà mer redevenue liquide, qui s'infiltre entre elles. Ces masses, entraînées par l'action des vents et des courants, trouvent autour du pôle sud une immense étendue de mer libre et profonde, d'où surgissent' seulement quelques Ilots çà et là disséminés. Elles peuvent donc y voyager au loin avant de se fondre ; et consé* quemment, dès que la chaleur solaire devient moins active, si elles ne sont pas encore dissoutes, elles $e trouvent toutes prêtes à former autant de centres de congélation continus, surtout s'il se rencontre sur leur route des terres avancées où elles peuvent se fixer et se rejoindre. Or voilà précisément ce qui a lieu en avant du continent d'Amérique. Car, dans le sud-ouest du cap Hom, entre le 64® et le 64® parallèle, il existe un ensemble d'tles ou même de grandes terres qu'on n'a pas encore tournées, qui s'y trouvent disséminées comme autant d'obstacles à l'écoulement

AOS MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTSEAIRE9.

des glaces flottantes vers des mers plus tempérées. Ce n*a donc pu être que par une réunion de circonstances exceptionnellement b* vorables, on* pourrait dire par un accident heureux, qu'en t823, Weddell a pu trouver deux fois dans une même saison, cette ba^ riôre ouverte ; et s*avancer dans cette direction jusqu*à attendre, le 20 février, 74^ 15' da latitude australe, puis en revenir. M. Wilkes, parti d'Orange^Harbour un mois plus tard, devait naturellement rencontrer sur cette même route plus de difficultés et de résistances. Il les prévoyait, ^t ne laissa pas de tenter la fortune par un sentiment de devoir. Hais il fut moins heureux que Weddell. Malgré son courage, ses efforts, la bonne volonté et h persévérance de son équipage , il 'ne put dépasser l'archipel, aperçu pour la première fois, en 4'599, par le Hollandais Dinn Oueritz, poussé jusque-là dans une tempête, et que depuis 1819 les Anglais ont appelé ia Nouvelle-âbetland, croyant ravoir découvert. M. Wilkes ne put que reconnaître la grande terre située au sud de cet archipel, que Ton appelle ia terre de Palmer ou de Oraham, sans réussir à la tourner, ce que sir James Ross a bit depuis. L'amoncellement des montagnes de glaces autour de lei bâtiments, prêtes à les enfermer pour toujours ; la nécessité périlleuse de manœuvrer sans cesse entre elles pour échapper à leur choc, dans Tobscurité des nuits déjà longues, et le jour parau les brouillards épais qui empêchaient de les voir à quelques enc&blures de distance; les souffrances des matelots, exposés à d& averses incessantes de pluie, de grésil et de neige, avec des vêtements de mauvaise qualité, indignement fournis ; au milieu de ces périls multipliés, d'affreuses tempêtes, menaçant d*eogloatir à chaque instant les deux navires, de les briser en les jetant Tui contre Tautre, ou contre les blocs de glace, tout cela força enfis M. Wilkes de se résoudre, le 5 mars, & revenir. Une tempête cruelle, irrésistible, le contraignit alors à se séparer de sa pauvre petite conserve le SeorGuU^ après lui avoir donné son ordre de retour. En rentrant à Orange-Harbour, le 27 mars, il eut \b btnh

heur de trouver qu'elle Ty avait devancé. Son commandant temporaire, le lieutenant Johnson , l'avait ramenée sans désastre. Hais sa destinée était marquée : elle devait se perdre un mois après, corps et biens, sous un autre chef, avec ses quinze hommes d*équipage, dans une traversée que Ton pouvait croire bien moins périlleuse, en allant de Orange-Harbour à Yalparaiso.

Les deux bâtiments expédiés par M. Wilkes dans le sud-H)uest, sous le commandement de son second, le lieutenant Hudson, ne furent pas moins exposés, et n'eurent guère plus de succès. Ils devaient rencontrer des dangers de mer pareils, mais des obstacles d'une nature différente.

On n'a pas encore trouvé de terres sur cette direction, dans une grande étendue de longitude à Vouest du cap Horn, en deçà, ni même un peu au delà du cercle antarctique. S'il en existe, elles doivent être plus rapprochées du pôle. Alors, quand les chaleurs de Tété, peut-être aussi les convulsions volcaniques, en détachent des masses de glaces que les courants et les vents du sud font dériver vers de plus basses latitudes, elles ne rencontrent sur leur route aucun obstacle fixe, et se promènent sur l'Océan dans toute leur grandeur, séparées les unes des autres, jusqu'à ce que, minées par les vagues, et progressivement dissoutes par l'élévation de la température, elles se partagent en débris. Hais, supposez que des vents du nord viennent à retarder leur marche; les plus avancées s'arrêteront d'abord et pourront être rejointes par celles qui les suivaient. Si cette cause persiste assez longtemps pour laisser passer l'époque des plus grandes chaleurs, qu'à cela se joignent des averses de neige et de frimas, qui sont si fréquentes dans ces hautes latitudes, les masses isolées pourront se rapprocher, s'amonceler, se souder ensemble, et former enûn une muraille continue, impénétrable aux navigateurs. C'est ce qu'ils appellent des banquises mobiles, pour les distinguer des fixes, qui seraient adhérentes à des terres, ou fixées à des bas-fonds ; et voilà comment on pemt concevoir qu'en différentes années ils les

rencontrent tantôt plus, tantôt moins avancées vers le nord, seloo le hasard des saisons et des diverses causes physiques qui agissent sur elles. Cook les a considérées, non sans raison, comme des indices de terres existantes par delà, dans le sud, non pas en contact immédiat, mais à des distances ignorées ; et il a oonsUt^ la possibilité de leur isolement occasionnel, en longeant une de ces barrières de glaces les plus formidables, durant plusieurs jours, jusqu'à en trouver le bout, puis la prendre à revers, el longer son autre face. D'après ces conditions présumables de leur

formation, il est aisé de prévoir qu'elles peuvent s*étendre suivant

des directions accidentellement fort diverses, et qu'elles doireni être généralement flanquées, dans tous leurs abords, de iDas$e> isolées plus ou moins hautes, plus ou moins serrées, parmi ie^ quelles le navigateur devra passer avant d'arriver jusqu^à Hks. Voilà ce qui s'est présenté, en effet, au capitaine Hudson sur le Peacock, et à sa petite conserve le Flying-Fishy dans leur croisière vers le sud-ouest. Partis ensemble le 25 février, le leodemaio, une violente tempête les accueille après sCvoir tourné le cap Hom, et les sépare. Le Peacock mal préparé, mal accommodé pour do pareil voyage, poursuit péniblement sa route. Parvenu, le 1 1 mars, à 63<> 30' de latitude sud, et à 42<» 44' de longitude ouest do cap Horn, il rencontre les premières masses de glaces flottantes, qui ne le quittent plus. Il continue de s'avancer entre elles, à traven toutes les difficultés, tous les dangers que nous avons décrits. Hais, arrivé à eS"" de latitude, et 28<> 28' de longitude à Tooest du même cap, il rencontre devant lui, obliquant du sud à l'ouest, une muraille de glaces compactes d'une étendue sans bornes, et absolument inpénétrable. Les masses isolées qu'il avait laissée^ derrière lui, avant de découvrii^ cet obstacle, commencent à s«r rapprocher, à se rejoindre, et menacent de l'envelopper, de Técraser dans leurs replis. Par bonheur, une brise du sud vient -^ son secours : il saisit l'instant, déploie toutes ses voiles et s*êchappe au nord dans une mer libre. Le Flying-Fish l'avait déjt

rejoint dans sa plus haute latitude le 25 mars, à la grande joie de tous.

Ce petit bâtiment avait été emporté bien plus loin dans Touest par la tempête. Resté seul, l'ofiScier qui le commandait, le lieutenant Walker, pointe droit au sud , rencontre /bientôt les blocs de glaces flottantes, et poursuit sa route parmi ces écueils errants. Arrivé à 67^ 20' de latitude, et 38^ de longitude ouest du cap Hom, le 20 mars, il se trouve devant un mur de glace continu» de quinze ou vingt pieds de hauteur, s'étendant à perte de vue de Test vers l'ouest, et présentant vers le sud un champ infini. Un habile mouvement de voiles dégage la fréle embarcation de ce dangereux voisinage ; elle s'échappe dans le nord-est, en saisissant toute chance occasionnellement favorable de se relever au sud. En effet, le 24 , elle avait dépassé le parallèle de 68^. La mer se présentait couverte au loin d'immenses fies de glaces, entre lesquelles il ne paraissait pas impossible de gouverner. Un bon vent de nord arrive. Le commandant saisit la fortune ; il ouvre toutes ses voiles; et, comme un oiseau qui vient de secouer ses ailes, il s'élance droit dans le sud. La nuit le décide à peine à sus*pendre sa marche. Plein d'espérance, il aura, dans peu d'heures, atteint et dépassé le nec plus ultra de Cook, le parallèle de 71 <^. Mais, le lendemain 22 mars, parvenu seulement jusqu'à 70<', dans une journée de brume, de pluie, et de neige, tout & coup le brouillard se dissipe, et il se voit au milieu d'un immense champ de glace, déjà presque partout continu et solidifié, au delà duquel se montrent de grandes masses encore flottantes, s'amoncelant les unes sur les autres. Par bonheur le vent le sert encore. Aussitôt, développant toute sa voilure, il lance sa petite embarcation sur le point qui lui parait devoir offrir le moins de résistance ; puis, glissant pjairmi les glaçons, ou les brisant de son choc, il force le passage et sort du péril. Deux jours après, il se retrouve dans une situation presque pareille, et il en sort encore, peu d'instants avant d'être entouré. Ces épreuves lui apprennent qu'il

ne faut plus tenter des efforts impossibles. Il retourne donc ao nord, et rencontre le Peacock qui le croyait perdu. On se figure la joie I Mais le Peacock aussi avait bien souffert. Le commandant Hudson, ne jugea pas prudent de le reconduire à Orange- Harbour. Il y expédia seulement sa petite conserve, et se dirigea immédiatement sur Yalparaiso, le rendez-vous prévu de la flottille. Pendant la traversée, le feu prit à bord, mais il fut découvert à temps, et promptement éteint. Les deux b&timents avaient ainsi éprouvé tous les genres de périls qui accompagnent de telles entreprises. Les équipages avaient appris, par rexpérieoce, à les connaître et à les surmonter. On n*avait pas même discontinué les observations physiques dans ces rudes circonstances. On avait régulièrement mesuré la température de l'air, de la mer, le progrès de Tinclinaison magnétique, le sens et la grandeur de la déclinaison. Le brillant phénomène de Faurore australe avait été plusieurs fois aperçu, et Ton avait noté soigneusement ses particularités. Au reste, depuis Cook, le même dévouement sdeih tiflque, au milieu des mêmes périls , est commun à tous les marins.

Le Plying-Fish rejoignit Orange- Harbour sans accident H. Wilkes, ayant appris de lui les détails qui précèdent, parut lui-même pour Yalparaiso avec le Vincennes et le Parpoist. N'ayant pas de nouvelles du Reliefs il laissa les deux petits bâtiments pour l'attendre jusqu'à un délai fixé, après quoi, ils devaient venir ensemble le rejoindre. En arrivant à Yalparaiso, il trouva que le Relief l'y avait précédé, mais qu'il était déjà reparti en avant, pour Callao. Celui-ci avait manqué de se perdre dans une tempête, sur les rochers d'une petite fie appelée Noir-Island. A l'époque prescrite, on vit arriver le Flying-Fish, mais seaL U Sea-Gull en avait été séparé, en tournant le cap Hom, et depuis on ne le vit plus. On ne connut même jamais les détails de son désastre. Ce fut un grand sujet de tristesse dans toute la flottille, et ce fut aussi une perle bien regrettable pour l'expédition, à la-

MÉLANÔBS SCIENTIFIQUES ET LlTTiRAIRBS. 407

quelle ce petit bâUment aurait été singulièrement utile dans une infinité de circonstances* Mais TOcéan a des fureurs auxi^uelles on ne peut résister.

Pendant que la flottille américaine répare ses bâtiments et se repose à Valparaiso, je ^ais laisser le lecteur se reposer aussi de la fatigue de cet* article. S'il reprend le courage de me suivre encore dans une seconde expédition, je lui promets de le conduire tout droit, et sans d'autres hasards , & ce continent antarctique, que Briscoe, Balleny, d^Urville, M. Wilkes, et Sir James Ross, nous ont enfin découvert.

Nous avons laissé la flottille américaine à Valparaiso, réparant les dommages que lui avait causés sa première tentative pour pénétrer dans la mer Australe, en avant du cap Horn. Les mois de mai, de juin, et la moitié de juillet 4839, furent employés & la rétablir, et & montrer son pavillon aux nouvelles républiques du Chili et du Pérou. Le reste de Tété fut donné à des explorations hydrographiques dans les archipels de la Polynésie méridionale ; et, le 38 novembre, elle se trouva réunie tout entière sur la côte orientale de TÂustralie, au port de Sydney. Là, M. Wilkes s'occupa de compléter les approvisionnements dont elle avait besoin, et d9 la préparer, aussi bien qu'il le pouvait, pour la nouvelle incursion qu'il allait tenter dans la mer Australe. Ses bâtiments étaient fort insufiisamment munis et disposés, pour une si rude

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entreprise. Le Peacockf surtout, qui avait déjà tant souffert di&s la première croisière, donnait les inquiétudes les plus graves. D semblait presque incapable de résister une seconde fois aux glaces et aux tempêtes. Hais le temps qu*il aurait fallu mettre à le réparer aurait mené trop loin dans la saison, pour qu^on voyage vers le pôle pût encore offrir quelque chance de succès, n aurait dû être reculé & une autre année. Or, on savait, paria journaux, que sir James Ross venait d'être chargé d*une expédition semblable, qui arriverait avec des vaisseaux spécialemeDi préparés et fortifiés pour ce service, abondamment pourvus de toutes les ressources nécessaires pour pénétrer et séjourner parmi les glaces, ne.laissant plus à la flottille américaine que les hasards d'une désespérante infériorité. En de telles circonstances la téisérite était presque un devoir. Après de sérieuses conférences a%ec le courageux commandant du Ptacock^ le lieutenant Hudson, k sentiment de l'honneur national prévalut sur l'imminence da péril. On se résolut à tout risquer pour ne pas être prévenu, et l'on partit. La flottille quitta Sydney le 29 décembre 1 839,- et fit voile au sud. La commission scientifique aurait été plus qu'inotik & bord. Elle fut laissée à Sydney avec ordre de se transporter à la Nouvelle-Zélande pour y attendre le retour de l'expédition.

Peu de jours auparavant, le i 2 décembre, deux corvettes françaises, ayant leurs équipages tristement réduits, et dans rétat de santé le plus déplorable, étaient venues jeter Tancre dans le port d'Hobart-Town, situé & la pointe australe de la terre de Vafr- Diémen. C'étaient t Astrolabe et la Zélée ^ commandées par Dumont d'Urville. Parties de Toulon le 7 septembre 1 837, dies tenaient la mer depuis plus de deux ans. Â la fin de cette même année i 837 elles avaient atteint le détroit de Magellan, et s^étaient portées sur les traces de Weddell, dans Test des nouvelles Sheiland. Hais, entre le 63* et le ôi'^ parallèle, la mer s'était tnnivée constamment barrée par une banquise solide et impénétrable, U même, sans doute, qui, ayant persisté jusqu'à Tannée suitraote.

OU s*étant reDouvelée, arrêta aussi M. Wilkes, dans les mêmes parages. Trois fois les corvettes de d*Urville y étaient entrées, sans pouvoir s*y ouvrir un passage ; et, à la dernière, peu s*en était fallu qu'elles n*y restassent engagées. Tout ce qu'elles avaient pu faire, c'était d'ajouter des détails plus intimes & la connaissance qu'on avait déjà des premières terres situées au delà du détroit de Brandsfield. Mais il ne leur avait pas été possible d'atteindre, ni même d'apercevoir les portions plus éloignées, dont sir James Ross a depuis découvert et exploré toute la face orientale, en se portant d'abord beaucoup plus à l'est, pour tourner la barrière de glaces qui semble presque constamment y adhérer, et en défendre les approches, du côté du nord. Le mécompte éprouvé par d'Urville, dans cette première tentative, avait créé dans son esprit l'idée fixe, et comme la volonté désespérée, d'en entreprendre une seconde, à laquelle il ne voyait de chance qu'au sud de la Tasmanie. C'était dans ce dessein qu'il arrivait à Hobart-Town. Mais il n'y était venu qu'après bien des fatigues. Depuis le commencement de 4838 jusqu'au mois d'octobre 1839, il avait fait parcourir à ses corvettes toute la Polynésie méridionale, et le grand Archipel indien, recueillant sur sa route une riche collection de documents nautiques ei scientifiques, que lui fournissaient son propre zèle, celui de ses officiers, et le concours dévoué de tout son équipage. Il avait touché aux îles de Java, de Sumatra, et venait de quitter cette dernière, dans les premiers jours d'octobre, pour passer à Hobart-Town, se félicitant d'avoir échappé aux dangers de ces parages insalubres. Mais les germes pestilentiels qui s'y engendrent avaient infecté ses deux bâtiments. A peine était-il rentré dans le grand Océan, la dyssenterie se déclare. D'abord peu menaçante en apparence, quoique générale, elle atteint bientôt une désastreuse intensité. Les soins hygiéniques les plus scrupuleux, le courage moral, l'attente prochaine d'un climat moins ardent, rien ne l'arrête, ni ne la modère. Ses ravages s'étendent dans tous les rangs. Chaque jour

amène une scène de deuil et de mort. Enfin, lorsque les Tœts d'ouest, longtemps attendus, permettent de gagner Hobart-Town, trois oiBciers, jeunes, pleins de mérite, et treize maîtres on ma* telols, avaient succombé. Presque tout le reste était atteint; et le caractère opiniâtre de la maladie laissait tout au plus Tespoir d'une longue convalescence. Le premier soin de d'Unrille fut d'établir pour ses hommes un hôpital à terre, ce qui lui fut accordé par les autorités anglaises, avec un empressement et une bienveillance qui ne se démentirent jamais pendant sod s^our. Sa seconde pensée fut de repartir.

Il voulait d*abord partir seul, sur VAttrolabe^ prenanl avec lui tout ce qui était encore valide sur les deux corvettes. Mais, lorsqu'il s'en ouvrit au commandant de la Zélées le capitaine Jac* quinot, cet officier lui témoigna tant de regrets de ne pas Facoompagner, et lui fit tant d'instances pour le suivre, qu'il ne pot résister à un dévouement si généreux. On convint que les deux corvett^ concourraient à Texpédition, si, à l'époque fixée pour leur départ, le nombre des malades rétablis, et les matelots auxiliaires que l'on pourrait engager, suffisaient pour compléter hmm équipages. Les autres achèveraient leur convalescence à teire ; on les reprendrait au retour. Cette décision fut accueillie avec une grande joie par tous ceux qui ne se sentaient pas hors d'état d'être élus. Les préparatifs furent poussés avec cette activité qui ne peut naître que d'une volonté énergique unanimement partagée: et, le 1«' janvier 1840, après une relftche de vingt jours, les daa corvettes étaient sous voile.

D'Urville avait un double but. Il voulait s'approcher le pla> possible du pôle géographique austral de la terre, et aussi de soo pôle magnétique austral ; c'est-à-dire, de ce point de sa surfscf où l'aiguille aimantée suspendue par son centre, et libre de se mouvoir autour d'un axe horizontal, se dirigerait verticalement, la branche sud en bas. Il y a dans l'hémisphère boréal un point analogue, où la même aiguille à inclinaison libre, en termes

techniques Taiguille d'inclinaison, se tiendrait aussi verticale, mais en tournant vers le bas sa branche nord. Cet autre point s'appelle le pôle magnétique boréal de la terre. Entre ces deux foyers polaires, on peut tracer sur la surface terrestre une ligne courbe, dont tous les points sont tels que Taiguille d'inclinaison s'y tient dans une exacte horizontalité. Cette courbe n'est pas circulaire; mais, dans une ^grande partie de son cours, elle ne s'écarte pas beaucoup d'un grand cercle dont le plan serait in* cliné d'environ i2? sur celui de l'équateur terrestre : on. l'appelle réquateur magnétique, par analogie. En outre, lorsque l'aiguille aimantée est maintenue en équilibre dans un pian horizontal où elle peut tourner librement autour de son centre, on sait que, dans chaque lieu, elle prend une direction déterminée qui est occasionnellement plus ou moins oblique au méridien géographique. Le plan vertical qui la contient alors se nomme le méridien magnétique local ; et l'angle qu'il forme, avec le méridien terrestre, en chaque point du globe, s'appelle la déclinaison de l'aiguille, ou la variation. Sa grandeur n'est pas constante, dans tous les temps, pour un même lieu ; et, dans le cours d'une seule journée, on y remarque de petits changements périodiques, en rapport avec la hauteur du soleil sur l'horizon. Mais ses changements absolus se font si lentement, que l'effet n'en devient manifeste qu'après des intervalles de plusieurs années. C'est pourquoi, pendant la durée d'un seul voyage, et pendant plusieurs voyages consécutifs dans les mêmes parages, les navigateurs se conduisent d'après les indications de leur boussole, comme si la déclinaison locale était toujours la même ; ayant soin, toutefois, de mesurer fréquemment son amplitude actuelle par des relèvements astronomiques, pour ne pas s'y confier trop imprudemment. Ceci convenu, imaginez qu'un vaisseau à voiles libre de ses mouvements, ou mieux encore un bâtiment à vapeur, parcoure une grande étendue de mer, en tenant toujours sa proue exactement alignée sur la direction actuelle que la bous-

sole lui marque : il tracera, sur la surface convexe des eaax, une ligne courbe qui sera un méridien magnétique gènëfal. Vous pourrez reconnaître la configuration de cette courbe en U projetant sur une mappemonde ou sur une carte polaire; H mieux encore, en la reportant sur un globe artificiel. Or, si ron applique ce mode de construction graphique à toutes les déclinaisons observées dans les deux hémisphères à une même époque, ou à des époques peu distantes, en les ramenant par le calcul à la condition de simultanéité, on trouve que, proche de réquateur magnétique, ces lignes lui sont presque perpendiciH laires; mais, à partir de là, elles se contournent et s*infléchi^ sent progressivement, de manière à venir toutes converger et aboutir aux deux points du globe où Taiguille aimantée devient verticale, et que nous avons nommés les pôles magnétiques de la terre. Enfin, un dernier élément des forces magnétiques, c*est la loi de variation de leur intensité en divers points da globe. On la conclut de la rapidité des oscillations exécutées en divers lieux par une même aiguille d'inclinaison ou de déclinaison, comme on mesure les variations de la pesanteur par la rapidité relative des oscillations d*un même pendule. Ce troisième genre d'expérience apprend que, dans Tensemble de ses valeurs» lietensité est généralement croissante, depuis Véquateur magnétique jusqu'aux deux points polaires où les méridiens magnétiques, définis par la construction précédente, vont converger. Mais la progression de cet accroissement, de même que celai de rinclinaison, présentent des inégalités de détail très-évidâites. En outre, depuis qu'on emploie la boussole, on a vu TampUtu^k de la déclinaison éprouver, en certaines régions de la terre, ét> changements qui n*ont pas eu lieu simultanément ou avec U même étendue, dans les autres. De tout cela on a dû condon* l'existence d'une force magnétique principale, appartenant comn^ résultante à toute la masse du globe, et dont les effets généraox sont modifiés localement.par des forces magnétiques secondaires.

ayant leurs centres 4*action répartis & de faibles profondeurs audessous de la surface terrestre, dans les portions de la masse qui ont subi, ou qui subissent encore, des perturbations d'équilibre intérieur. Ce résumé théorique des phénomènes a été, je crois, pour la première fois publiquement exprimé, et justifié par le calcul, en 1804*. Mais le tracé des méridiens magnétiques, tels que je viens de les définir, a été établi plus tard par le capitaine Duperrey, & Taide d'un travail immense, auquel il a fait concourir toutes les observations des navigateurs modernes avec les siennes propres; et celles qu'il a pu tirer ensuite de voyages plus récents sont toujours venues se plier, s'adapter comme par miracle, aux résultats qu'il avait d'abord obtenus. Si je suis entré dans ces détails d'exposition , c'est d'abord parce que les éléments du magnétisme terrestre sont un des objets d'observation les plus spécialement recommandés aux expéditions nautiques entreprises de nos jours ; et il fallait bien àiontrer l'importance des documents qu'elles vont recueillir avec tant de périls. En outre, on verra dans un moment que d'Urville s'est dirigé avec intention vers le pôle austral, par la route qui était précisément la plus conforme aux idées que je viens de rappeler, ce qui donne une valeur toute spéciale à ses résultats. Toutefois, après avoir piésenté ces motifs, à titre de justification, je ne ferai aucune difficulté d'avouer que j'ai saisi avec empressement l'occasion de mettre dans tout son jour le mérite du travail du capitaine Duperrey, auquel les théoriciens ne me paraissent pas avoir fait assez d'attention. Si un géomètre, qui serait eu même temps

* Mémoire sur Ut variations du magnétisme terrestre, par MM. de Hamboldt et Biot [Jowmai de physique et de chimie, publié par Delamethrie, t. LIX, p. 409, 1804). Le fih du grand physicien et astronome Tobie Mayer a trouvé depuis, dans les papiers de son père, un mémoire inédit où l'on volt qu'il avait été conduit aux mêmes idées et aux mêmes formules que nous. La néces* site d'associer des actions secondaires à l'action principale s'est présentée à moi plus tard ; je l'ai exposée dans mon Traité de physique, t. III, 130 et M» vante».

physicien, prenait en main ce travail, comme on prend dans l'astronomie les lois de Kepler, et qu*il en considérât les données locales comme appartenant à des sphères qui seraient oscnlatrices à la surface terrestre, dans le sens des méridiens on des parallèles magnétiques, je ne doute pas qu'il ne découTilt direo^ tement, presque sans difficulté, les lieux géométriques des ceotrès de forces, tant principales que secondaires, qui dirigent Faiguille aimantée en chaque point de la surface terrestre, à répoque des observations employées. Ce qui me semble lutori* ser cette prévision, c*est que les formules dont le capitaine Do* perrey a fait usage pour ses réductions de détail, et qui lui ont très-bien servi, sont les mêmes que nous avons établies, M. de Humboldt et moi, dans la première étude que j*ai rappelée tout à Theure, où nous avions pu seulement nous appuyer sur les propres observations faites par M. de Humbolt, combinées avec un petit nombre d'autres, principalement extraites des i^yagcs de Cook et de d'Entrecasteaux. Ainsi, le principe mécanique d'où nous sommes partis n'a besoin que d'être appliqué plus gl^ néralement aux constructions du capitaine Duperrey, pour en faire sortir les lois observables, qui régissent Tensemble da phénomène et ses détails. Malheureusement pour nous, il s'en laut de peu que ce premier essai n'ait un demi-siècle de date. Cctf maintenant à d'autres qu'il appartient de le compléter.

Le méridien terrestre et le méridien magnétique général, qai partent d'Hobart-Town, s'écartent à peine l'un de l'autre dans le reste de leur oours vers le sud. D*Urville était instruit de cette circonstance par le travail du capitaine Duperrey. Il donna orir>? aux corvettes de pointer constamment au sud, dans l'aligneffl^t de la boussole, autant que les vents le permettraient. Cette rtmtr le menait ainsi, du même coup, aux deux pôles qu'il voulait atteindre.

Le \ i janvier, des symptômes de dyssenterie avaient reparu sur les deux bâtiments. Treize hommes étaient déjà sur les cadrts.

Un d*eux périt Heureusement Tépidéaiie s'apaisa, et Fénergie morale inspirée par les circonstances acheva de la faire dispa* raftre.

Le 4 6, par 60 degrés de latitude australe, on rencontra les premières masses de glaces flottantes. Leur isolement et leur grandear annonçaient la proximité de la terre, ou d*une banquise. Cette prévision se fortifia en remarquant que la mer, jusque*là très-houleuse, s'était apaisée tout à coup, de sorte que la houle du large n'arrivait plus qu'affaiblie jusqu'aux corvettes. Un autre indice de lerre, c'était le froid devenu très-vif, quoiqu'on fût au cœur de Tété de ces climats, avec des jours presque sans nuit Le 49. à six heures du matin, on apercevait dans les alentours six grandes tles de glace ; à huit'heures, seize ; toutes hautes de 30 ou 40 mètres, l'une d'elles ayant un mille de longueur. A six heures du soir-, on en comptait, autour des corvettes, cinquante* neuf, et une multitude d'autres en vue. Leurs flancs étaient droits, taillés à pic, sans apparences de fusion ni de brisures, mais percés çà et Ik de grandes arches, comme aurait pu en produire l'impulsion des eaux qui les auraient récemment détachées d' une terre à laquelle elles adhéraient. La mer, affaissée sous le poids de ces énormes masses, était calme, silencieuse, unie comme un lac. Le soleil, brillant dans un ciel pur, éclairait cette scène. Plusieurs fois on avait cru apercevoir la terre dans l'est, dans l'ouest; ce n'était que des nuages imitant des cimes neigées. Enfin, vers trois heures du soir, l'ingénieur hydrographe de l'expédition , H. Vincendon-Dumoulin, étant descendu des hunes de l'Astrolabe, annonça qu'il y avait en avant, droit au sud, une apparence déterre, fixe, distincte, nettement tranchée ^ Pourtant, lui-même

* Gejeime officier, il n'avait alors que vingt-neuf ans, remplissait dans cette •spédition, le posté important d'ingénieur hydrographe. Il était chargé en outre de recueiUir les observations de physique générale, demandées par rAcadémie des sciences. D a rempli cette double tAche, avec une habileté, un zèle, et un courage, qui lui méritèrent l'entière confiance de Durville, et les plus éclatanU

doutait encore. Il craignait que ce ne fût une nouvelle illusion succédant à tant d'autres. Mais le soleil, en se couchant derrière elle, laissa voir toutes les inflexions de ses contours élevés, se dessinant, par un trait pur, sur le fond du ciel. Le doute semblait à peine possible; toutefois il ne disparut chez les plus prudents que le lendemain, 20 janvier, quand on apprit que la Zélée atait reconnu aussi assurément la terre à ces mêmes indices. On élait en calme. Les équipages demandèrent et obtinrent la permissioa de faire une grande fête, comme au passage des tropiques. D n*; avait plus de malades à bord.

Pendant toute cette journée, les deux corvettes demeurerait presque immobiles. On ne sentait pas un souffle de vent. Tout oc qu*on put faire, ce fut d*étudier Taspect et Tétat des glaces environnantes. Â quatre heures du matin, on en comptait autour àt t Astrolabe soixante-douze grosses masses. Le soleil, depuis longtemps sur Thorizon, et déjà élevé, semblait leur faire éproih ver une décomposition active. Une entre autres, peu distante, attirait surtout Vattention. De nombreux ruisseaux, prenant leur source à son sommet, s*élançaient dans la mer en cascades, creusant profondément ses parois. Ce détail, que j*emprunte à la

éloges de rAcadémie. Dans le coare de ce voyage, la difficulté d*abordv, et d*aller établir des instruments sur des terres entourées de glaces ou de réci.^ lui flt inventer la méthode des relèvements sous voiles, généralement emptoy-ai depuis, avec le plus heureux succès par lui-même, et devenue d*iin osip constant dans les opérations hydrographiques de la marine française. Ce fnt, a l'aide de cette méthode, qu'en 1855 ayant été embarqué sur la corvette U yfimim^ commandée par M. de Kerhallet, il put, sans mettre pied à terre, relever la cdtes inhospitalières de T Afrique, et celles de TEspagne, alors infectées d« dmléra, aussi exactemt^nt que s'il avait pu aller y établir ses instrumenta, et des «gnaux de triangulation. Ce fut aussi dans cette pénible campagne, qu'A cestracta la cruelle maladie dont les suites le conduisirent an tombeau..... M. le capitaine Tardy de Montrarel, jsorf compagnon de péril dans rexpéiitiw de Durville, et M. de Kerhallet, qui- a partagé ses derniers travaux, se eont nis pour lui consacrer, dans le Moniteur de ta Piotte, n* ftt, 23 mai 18SS, notice biographique, où ils expriment de la manière la plus touchante Pi et l'estime qu'ils lui portaient. J. B.

rédaction de M. Dumoulin, semble devoir donner une très-juste idée du travail des eaux, pour détacher les falaises de glaces adhérentes aux terres et les éloigner de leurs bords. Au reste, toute cette rédaction est écrite avec une intelligence des phénomènes physiques si complète, qu^on n*y saurait rien ajouter. Je voudrais pouvoir la copier tout entière.

Enfin, le ii janvier, on commença de ressentir une brise du sud-est, qui permit de marcher, d'abord lentement, puis rapidement vers la terre. Mais, à mesure que Ton avançait, les masses de glaces devenaient plus nombreuses et plus menaçantes. Bientôt elles se montrèrent sans nombre, couvrant la mer comme autant d'Iles séparées par des canaux étroits et sinueux. Toutefois les corvettes s'y engagèrent , évitant d'en approcher assez près pour perdre le vent à l'abri de leurs hautes murailles, et tomber dans les 4*emou$ de leurs bases, d'pù elles n'auraient pu sortir. Ces murailles dépassaient de beaucoup les mâtures, et surplombaient au-dessus des navires. A leurs pieds, se découvraient de vastes cavernes creusées par la mer, qui s'y engouffrait avec fracas. Il semblait que l'on fût entré dans une ville à rues étroites, ouvrage de géants. Plus d'une fois les corvettes durent passer entre deux masses si hautes et si rapprochées, qu'elles ôtaient toute vue de la terre vers laquelle on marchait. Alors, dans le silence formidable de ces solitudes, on n'entendait que les com- ' mandements des officiers, renvoyés par leurs échos. Enfin, à midi, on sortit de ce dédale, et l'on se trouva dans un bassin plus Ubre, où la terre s'apercevait au sud, seulement k trois ou quatre milles de distance.

Elle s'étendait du sud-est au nord-ouest, à toute vue, sans limite. Elle était haute de \ ,000 à 4 ,200 mètres, entièrement couverte de neiges qui se montraient sinnées d'ondulations comme le sable des déserts, ou sillonnées de ravins que l'on aurait dit creusés parleseaux. Nulle part le sol ne se faisait jour, et sa grande élévation pouvait seule faire croire qu'on ne se trouvait pas en-

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