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Californie ; et, rentrant alors dans le grand courant équinonal. elle reprend avec lui sa route vers Fouest. Par ce mouvement de circulation continuel, les eaux froides venues du pôle austral dans Tocéan Pacifique vont se rëcliauffer sous Féquateur et modérer ensuite le froid des côtes septentrionales qu'elles baignent Ainsi la branche du courant équinoxial qui remonte vers le Kamtchatka, fait que la mer ne gèle janmis autour de la pcnnte méridionale, de cette péninsule. Dans ce dernier parcours, si distant de son origine, elle a parfois, à Taide des vents, eotraioé jusqu'à la côte d'Amérique des jonques japonaises qui s'y étaient engagées. M. Wilkes en cite un curieux exemple. Dans l'ann^ 1833, les agents de la compagnie d*Hudson, aux environs du détroit de Fuca, reçurent par voie d'exprès, un dessin sur papier de Chine représentant trois personnes naufragées, une jonque échouée sur les rocs, et dQs Indiens occupés au pillage. Ik allèrent aussitôt à la recherche, et trouvèrent en effet la jonque, aina que trois malheureux Japonais qu'ils parvinrent à sauver de l'esclavage. On les expédia en Angleterre, et de là en Chine ; mais ils ne purent jamais rentrer au Japon.
Des mouvements tous pareils à ceux que nous venons de décrire s'observent dans l'Atlantique. Le grand fleuve polaire qui les produit, entre dans cette mer en longeant la côte orientale Ati terres antarctiques situées au sud-est du continent américain, et traversant ainsi les barrières de glace qui les enveloppent. A cette origine, il marche vers le nord. Mais Topposition de l'Amèriqnêt et l'afflux de l'autre courant austral qui a tourné le cap Dora, Tinfléchissent vers l'est, ce qui le porte sur la pointe australe do continent africain. Là, il se partage ^ Une portion, continuant
* La séparation ne s'opère pas précisément à cette pointe, mais on peu pftt« tôt, par l'interpositiou d'an autre courant venant de TOcéan indien, et (^n rase de plus près la tem d'Afrique. Gela sera expliqué plna 1m« dao» tiM odx*complémemairek Ici l'insertion de ce détail aurait trop interrompa Vetpmé de» phénomènes généraux, et je n'ai pas jugé convenable de Vj mtnàaiit, i. &
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de marcher vers Test, tourne le cap de Bonne-Espérance, et entre dans la mer des Indes. L*autre branche, remontant au nord, longe la côte orientale de TAfrique jusqu'au golfe de Guinée, qui la dévie vers Touest, et la dirige, à travers TAtlantique, sur les côtes de rAmérique méridionale. Aux approches de ce continent, le Brésil s'offre à elle comme un coin, qui la divise encore. Une faible portion redescend au sud ; mais la masse principale conti-^ nue sa route, et va s'engouffrer daps le golfe du Mexique. De là elle rejaillit vers l'est sur le parallèle des Açores, maintenue à cette basse latitude par les courants polaires du nord, qui vien-^ nent de la mer Glaciale, ou qui débouchent du détroit de Davis. Dans ce retour vers notre continent, elle conserve, comme son analogue de Tocéan Pacifique, le caractère distinct de tempéra-^ ture relativement élevée, qu'elle a reçu pendant son trajet sous les zones tropicales. C'est elle que l'on nomme le GulpAStream, ou courant du golfe, quand on ne la désigne que par son origine occidentale. Comme son analogue encore, elle se replie vers le sud aux approches de TEspagne, et va se rejoindre au grand courant équinoxial. Mais les côtes occidentales du nord de l'Europe, fuyant au nord-est, bu lieu de se replier vers l'ouest comme la côte occidentale de TAmérique du nord, une portion du courant de retour s'échappe sur cette direction, que l'Islande et le Spitzberg abritent du côté du nord contre l'invasion du courant po^ laire issu de la mer'Glaciale. A la faveur de ce canal naturel, le fleuve d'eau tiède ainsi dérivé, circule autour des côtes d^Europe dont il adoucit la température ; apportant jusque sur leurs rives les plus boréales, des bois, des fruits, des graines, nés dans les régions tropicales, sur la côte orientale de l'Amérique, ou aux Antilles. Son. interposition abrite l'Europe contre les courants polaires descendus du nord, qui, se détournant vers Touest, vont charrier leurs glaces sur la côte orientale du Groenland, et jus* qu'au banc de Terre-Neuve, à des latitudes pareilles k celles de Bordeaux, où nous n'en voyons jamais.
Enfin, dans Tespace restreint qu*occape la mer des Indes» Tadmirable carte du capitaine Duperrey montre encore an monveulent de circulation intérieure, opéré suivant les mêmes lois. Le courant polaire qui la détermine se compose de la branche dérivée de l'Atlantique, réunie à un courant direct provenant de& parages de la terre d'ETnderby. Là, sans doute, et plus eoc6re que dans les grands océans, les effets des causes générales sont occasionnellement modifiés par Faction des vents réguliers ou acddentels. Mais Tensemble des résultats présente un caractère d'identité que Pou ne peut méconnaître.
La présence du soleil, au nord et au sud de Téquatear, produt aussi dans ces mouvements des variations périodiques d*am{d}tude, de vitesse, même de direction, aux points où ils ont le moi» de force. Ces variations se font-elles sentir jusqu'aux origines des fleuves pDlaires ? On n*a pas pu le constater, puisque les mers oà ils prennent naissance ne sont navigables qu'altemativement, durant la saison d'été de chaque hémisphère.
L'existence et la direction initiale de ces courants perpétuels supposent trois choses : d'abord, une cause permanente de mon* vement qui pousse les eaux des pôles vers l'équateur; puis, na afilux extérieur continuel qui alimente les grands fleuves polaîre» à leur origine et dans leur cours ; enfin une cause d'exhaostioa, ou d'écoulement, qui prévienne l'accumulation finale de leun produits. Parmi les phénomènes naturels qui nous sont connus» il en* est un qui semblerait pouvoir intervenir mécaniquement dans ces résultats. C'est l'inégalité de la pression moyenne eutcée par l'atmosphère sur la surface du globe à différentes latitudes. En efièt, les observations barométriques montrent que cette pression va en croissant, depuis l'équateur, jusqu'aux eavirons du 30*^ parallèle où elle atteint son maximum absolo ; et de là elle décroît progressivement jusqu'aux pôles, où die est moindre qu'à l'équateur même. On avait depuis longtemps reconnu cette loi dans l'hémisphère nord. Sir James Ross Ta éla-
hlie pour rhémisphëFe sud dans son dernier voyage. Le ^ns de Tinégalité qu'elle indique semblerait plutôt contraire que favorable à un mouvement des eaux des pôles vers Féquateur. Mais un autre phénomène atmosphérique, également permanent, a des conséquences inverses. L'inégalité de température imprimée aux diverses régions du globe par la radiation solaire, se communique immédiatement à la couche d*air inférieur, qui est en contact avec la surface de la terre ou des eaux. A mesure que les particules qui la composent se trouvent plus échauffées que les supérieures, elles se dilatent et les soulèvent. De là résulte, entre les tropiques, un courant ascendant continuel d*air chaud, qui, à la superficie des mers, emporte avec lui toute la charge d'eau vaporisée que sa température peut admettre. Le vide inférieur que ce courant tend à produire, appelle vers l'équateur Tair inférieur des régiQjDs plus voisines des pôles, qui n'éprouvent pas la même influence expansive à un égal degré; et ce remplacement continuel doit forcer les colonnes équatoriales devenues protubérantes à se déverser vers ces régions, avec la masse d*eau qu'elles ont emportée. Les mouvements propres de ces deux courants aériens se combinent, sur chaque parallèle, avec la vitesse locale de rotation, qui est commune au sphéroïde terrestre et à Tatmosphère entière. Leurs résultantes, modifiées encore par les circonstances physiques, permanentes ou accidentelles, qui se rencontrent dans les espaces où elles s'exercent, produisent tous les phénomènes des vents alises. Il existe donc là deux causes constantes, qui agissent 'dans le sens des courants polaires de l'Océan. D'abord la force motrice de l'air inférieur, transporté des pôles vers l'équateur, qui doit agir par impulsion sur la superficie des mers; puis la masse d'eau, gelée ou liquide, que le courant aérien supérieur verse continuellement sur les plages de ces mers, situées à de hautes latitudes; ce qui doit y produire un excès de pression relativement aux plages tropicales, d'où il l'a enlevée. Mais, que ces deux causes suflisent pour produire les courants observés,
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c'est ce que je n'oserais dire, quoique je ne puisse en eniretoir d'autres.
Sur ce champ mobile des mers polaires, sans cesse remué à sa surface et dans ses profondeurs par le flux et le reflux, les couvrants, les vents et les tempêtes, on rencontre trois sortesde glaott. Les unes, en falaises immenses, adhèrent aux terres solides; elks paraissent s'y former, s'y accroître, peut-^tre pendant des sièdei, comme les glaciers de nos^ Alpes. Comme eux encore, elles paraissent avoir un mouvement de descente ou d'extension progressif, qui les fait s'avancer au large sur le fond de là mer, ou eu restant suspendues par cohésion & la masse principale , jusqu'à ce que des causes intestines de rupture, encore peu définies, mai» analogues à celles qui agissent dans nos glaciers terrestres, jointe* au poids propre des masses proéminentes, et aux secousses iooe»santes des lames furieuses, en détachent occasionndlement d'immenses blocs à flancs verticaux, souvent de plusieurs milles d'étendue, qui s'en vont flotlant au loin dans toute leur grandeur, quelquefois durant des années entières. Leurs débris épars, s*mtremèlant ou se soudant aux couches de glaces qui se fomeot chaque hiver sur la mer même, se recomposent alors en vaste» champs gelés, parfois d'une étendue en apparence sans bornes, où l'on ne trouve qu'un chaos de glaçons, entassés sous toutes les dimensions et sous toutes les formes, qui se transporte d'âne seule pièce, au gré des vents et des courants delà mer. Mais, pendant l'été, la chaleur et les tempêtes dissolvent partiellement œ» amas ou les désagrègent ; et, dans cette saison favorable, les oivigateurs ont pu y pénétrer, les traverser même, non sans de gvands périls. C'est ce qu'ont fait surtout Parry et James Ross; le premier avec de légères barques, traînées sur les glaçons ^ conduites à la rame dans leurs intervalles ; le second en y cherchant, ou y forçant sa route, avec des navires assez massifs pour briser, par leur impulsion, les glaces récentes, et'd'une oonstmction assez solide pour résister au choc des plus gros blocs, quand
la tempête les soulevait. Les grandes masses qui se détachent dès glaciers fixes peuvent-elles se rassembler aussi, parfois, en continuité, etsQ souder de nouveau entre elles, de manière à recomposer des glaciers errants du même ordre que les fixes, qui se transporteraient sur les diverses plages des mers environnantes, et y présenteraient les hasards imprévus de leurs barrières invincibles aux efforts des navigateurs? C*est un point que Ton ne sait pas encore décider, mais il est d'une grande importance; car, selon que Talternative pourrait se résoudre, on connaîtrait si la présence de ces obstacles formidables indique-ou n'indique pas, avec certitude, Texistence d'une terre solide placée au delà.
Les expériences de sir James Ross sur la température de la mer , et les conséquences générales qu'il en a déduites, m'ont paru avoir trop d'importance et de nouveauté , pour que je ne dusse pas me h&ter de les signaler aux savants et aux marins. Or, je ne pouvais le faire avec utilité, qu'en montrant la place que ce genre de déterminations occupe dans la grande question de Téquilibre et du mouvement des mers. Cette double obligation m'a mené, malgré moi, bien loin de M. Wilkes. Il me reste à peine assez de place pour faire seulement remarquer dans sa relation plusieurs sortes de mérites sur lesquels j'aurais voulu pouvoir in-, sister. Elle abonde en observations nautiques, en relevés géographiques, en documents d'histoire naturelle, de statistique, d'administration, recueillis avec soin, non-seulement sur les côtes que la flottille a visitées, mais aussi dans l'intérieur des terres, à de grandes distances, par des expéditions spéciales, lorsque ces , explorations pouvaient offrir un intérêt présent, ou des espérances prochaines, au commerce américain. Cela amène des traits de mœurs fort curieux, des descriptions de localité très-fidèles, qui sont fréquemment accompagnées de belles planches gravées, dont les détails, instructifs ou pittoresques, font partager au lecteur toutes les impressions du voyage. Elles lui montreront, par exemple, sous de vivantes images, toutes les phases de cette mé-
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tamorphose sociale, si coinp1ëCë^.et si rapide, que subit actuellement la Polynésie : 4epuis la hideuse figure du sauvage abruti dont la race s*éteint -misérablement dans les bois de rocéanie et de la Nouvelle-Zélande, jusqu'au portrait de Sa Majesté Kamehameha III, roi des lies Sandwick, en uniforme d*oflScier général européen, avec des épaulettes à torsades; auquel est joint odai de son premier ministre, la princesse Kekauluohi, sa parente, dans toute Télégance d'une grosse bourgeoise parisienne de 1835, vêtue d'une robe à corsage plat demi-montant, avec des manchei à gigots gonflées, col carré, ceinture à boucle, et par-dessos une écharpe à franges, tous détails que j'énonce d'après des reosen gnements très-assurés. En ISHi nous avons raconté à nos lec* teurs les vicissitudes que l'organisation sociale de ces Iles avait éprouvées depuis qu'elles furent découvertes par Cook, en 1778; et nous avons décrit l'étal demi-civilisé, demi-barbare oà eUe^ étaient alors parvenues ^ La relation de M. Wilkes fait connaître les phases ultérieures que ce mouvement de transformation a parcourues. Aujourd'hui, les tles Sandwick sont l'étape générale des navires de toutes les nations qui traversent l'océan Pacifique. La ville capitale, Honolulu, est un grand marché de commerce oà l'on voit réunies les variétés les plus diverses d'individus, de nations, de langages et de mœurs ; depuis le négociant étranger. confortablement babillé d'étoffes fabriquées en Europe on es Amérique, jusqu'au pauvre sauvage, encore dans sa nudité indigène. Il s'y imprime âeux journaux paraissant une fois la semaine, l'un rédigé en anglais pour le commerce, Tautre en polynésien pour les naturels. Celui-ci, œuvre des missionnaires tmericains, contient principalement des histoires tirées de la BiMr, avec des images. Le premier donne des nouvelles d'Europe, d'A« mérique, de la Chine, de l'Inde, de l'Océanie. Dans un des rdméros que j'ai sous les yeux, on dit que la population de rarctii-
4 Voff, plus haut, p. 543 et suiTantes; 948 et soiraotes.
pel, qui était de 400,000 habitants au temps de Cook, est réduite, en 1836, à 108,000. C'est un dépérissement bien rapide. £n compensation, M. Wilkes rapporte le texte d'une charte constitutionnelle rédigée par ces mêmes missionnaires, qu'il assure avoir été acceptée par le roi. Elle établit une sorte de corps législatif émané du peuple, et un conseil supéï*ieur, ou chambre des pairs, composé des chefs principaux. Le seul culte admis est celui de Jébovah. Avec un peu de bonne volonté, cette définition biblique semblerait (Revoir comprendre Tuniversalité des croyances chr^ tiennes. Mais, dans l'applicalion, sinon dans l'intention, elle avait été exclusivement restreinte aux formes protestantes; car à^ prêtres catholiques, ayant voulu s'en prévaloir, furent désignés comme des espèces de païens qui voulaient exciter des révoltes dans le peuple, en le ramenant à ses anciennes superstitions, et à ce titre ils furent expulsés. L'arrivée de la frégate française VArtémise, armée de 52 canons, éclaira démonstrativement Sa Majesté sur cette équivoque, et remit les choses dans un état de tolérance plus équitable. M. Wilkes s'élève, à cette occasion, avec beaucoup d'humeur contre le capitaine Laplace qui la commandait ; et il comprend, dans ses reproches, les officiers de la marine royale anglaise, qui sont venus réclamer la même liberté pour des prêtres irlandais catholiques. Ces récriminations contre la liberté de conscience sont fort surprenantes, venant d'un cornmandantaméricain ; et il faut beaucoup de charité pour ne pas y entrevoir le mécontentement de quelque intérêt politique, déchu de ses espérances. '
Au moment où je termine cet article, j'apprends que la Société royale de géographie de Londres, dans sa dernière séance annuelle, vient de décerner k M. Wilkes la médaille d^or de son fondateur, la plus grande distinction qu'elle puisse accorder à un étranger. La Société de géographie de Paris avait déjà reconnu, par de justes éloges, le mérite de ses travaux, que ceux de sir James Ross avaient pu seuls, à ses yeux, balancer. Ces témoi*
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gnages d*estime, librement donnés, devront confirmer M. Wilkes dans le sentiment du service, peut-être incomplètement apprtoé, que son expédition a rendu à la marine américaine, en fixant sur elle les yeux de l'Europe ; et ses compatriotes pourront ne pas regretter l'argent qu'elle leur a coûté, en voyant Tbonneur qu*eUe leur a fait.