‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 4)Chapitre 28 sur 33 · PERMANENTS · texte numérisé non relu

PERMANENTS

QUE L*ON SE PROPOSE D'ÉTABLIR EN ALGÉRtE

(Lu à VAeadémie des Sciences, le 31 décembre 1855.)

La circonstance qui a provoqué cet écrit me détermine à le re^* produire, parce qu'elle offre un remarquable exemple de la tendance qu*ont aujourd'hui les sciences d'observation, à quitter leurs voies d'investigation silencieuses et patientes, pour se montrer aux regards de la foule, attaquant de front, et comme pouvant emporter d'assaut, des problèmes de physique générale, qui frappent les imaginations par leur grandeur , mais qu'on ne peut aborder ainsi, directement, avec aucune chance de suc* ces réels. De ce genre sont les mouvements convulsifs qui s'opè*^ rent inopinément dans quelques portions isolées de l'atmosphère terrestre, tandis que le reste de la masse aérienne ne les ressent que plus tard, dans des proportions affaiblies,- ou même souvent semble n'en être pas sensiblement atteinte. Les récits de ces phénomènes, et des désastres qu'ils ont produits étant presque aussitôt répandus partout, en vertu des communications rapides établies aujourd'hui entre tous les peuples civilisés, la multitude curieuse a

demandé aux savants de lui en dire les causes, el, dans un supplément, de lui apprendre comment on pourrait les préfoir. A considérer la chose au point ^e vue scientifique, la satisfactioo de ce désir n*était pas en leur puissance, parce que la solatioD de ces problèmes, si elle nous devient jamais accessible, ne poumù s'obtenir 4u'après une longue suite d'études expérialeDtale^, excessivement difBoiles et délicates, destinées à nous fournir une infinité de données préliminaires qui nous manquent encore. . Mais, comme le gros du monde ne s'accommode pas de œs lecteurs, on a ^réé, avec 'de grands frais, en beaucoup de poinu de l'Europe, des institutions permanentes, que l'on appelle des observatoires météorologiques, où l'état de l'almosphëre inférieun est constamment noté et consigné dans des r^istres» ce qai, assure-t-on, dev^a à la longue fournir des inductions suflisanie? pour conclure l'état et les mouvements de la mâisse entière. Josqu'à ces derniers temps on n'avait pas établi ce genre d^institih tiens sur le territoire français. Mais enfin la proposition semiofficielle en ayant été faite à l'Académie, nous aFons ou* M.*R^gnaiilt et moi, devoir la combattre, non-seulement cooud'. De pouvant avoir l'utilité qu'on en espère, mais comme détournant la libéralité du gouvernement de l'application bien pit? fructueuse qu'elle pourrait avoir, en facilitant les traTam Je recherche, qui seraient le fondement assuré de la météoroiopc scientifique. C'est par une confiance intime, dans la justesse de ces présages, que je répète ici la protestation rédigée alors es commun par M. Regnault et moi. Dans les sciences, ooiiud>' dans la vie privée, quand on croit avoir la raison pour soi, 0 tiJ avoir le courage'de dire : Si onrnes consentiunt... ego non.

La discussion qui a lieu en ce moment dans rAcadémie m semble fort importante pour la science, et pour TAcadémie elle-

même. Ayant eu, dans beaucoup d'occasions, & m'occuper théoriquement et pratiquement des diverses questions sur lesquelles elle porte, je crois de mon devoir d*y prendre part.

Je ne la restreindrai pas dans les limites où la placerait la demandé officielle qui Ta provoquée. Lorsque le gouvernement nous fait l'honneur de nous consulter sur des projets de recherches qui dépendent de nos études, nous n*avons pas seulement à lui indiquer les moyens d'exécution. Nous devons aussi , et bien plus encore, l'avertir, au besoin, que les résultats qu'il en attend, n'auront pas Tutilité scientifique ou pratique qu'il en espère. Voilà ce que son intérêt exige de nous. Une parole mémorable dans l'histoire littéraire , autorise et justifie ces rapports. Louis XIV demanda un jour à Boileau quel était l'écrivain le plus remarquable de son temps. Boileau répondit sans hésiter : « Sire, c'est Molière. — Ah I dit le roi, je ne l'aurais pas cru ; mais vous TOUS y connaissez mieux que moi.i» L'Académie peut légitimement s'attribuer le même droit, je dirais volontiers le même devoir de sincérité, quand l'occasion s'en présente ; et je vais m'en prévaloir pour envisager dans son entier, la question scientifique sur laquelle le ministre vous consulte.

L'ensemble complexe de connaissances physiques, appelé aujourd'hui la Météorologief n'est pas encore constitué à l'état de science. A ce titre, on doit, ou plutôt on devra y comprendre d'abord, la constitution chimique et statique de l'atmosphère; les lois régulières du décroissement des pressions, des densités, des températures, de la tension électrique, à diverses hauteurs. Puis, dans les couches inférieures perpétuellement agitées de mouvements irréguliers, il faudrait connaître, sinon les causes infiniment variées, au moins la nature des accidents locaux qui s'y produisent : la formation et la constitution intime des groupes définis de vapeur aqueuse que Ton appelle des nuages; -les circonstances physiques qui déterminent ces vapeurs à se concentrer âous forme de pluie, de neige, de grêle; pouvant parfois se sou-

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