‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 4)Chapitre 5 sur 33 · COULOMB · texte numérisé non relu

COULOMB

(Elirait de la Biographie uniwemUe, 181S, }

Coalomb (Charles-Augustin de), célèbre physicien; naquit à Angoulême, en 4736, d*une famille de magistrats. Il fit ses études à Paris, et entra de bonne heure au service. D*abord employé à la Martinique, il y construisit le fort Bourbon ; son talent déjà distingué, et son caractère,, lui méritèrent un ayancement rapide. Malgré le dépérissement de sa santé, attaquée par Tinfluence du climat, il resta encore trois ans dans cette tie, pour les besoins du service : presque tous ses camarades y périrent, et, lorsqu'il revint en France, un changement de ministre le priva de la juste récompense de son dévouement. Pendant un court séjour qu'il fit à Paris, il se lia avec les savants, dont il était déjà très-connu par un premier mémoire sur la statique des voûtes, qu'il avait présenté à l'Académie des sciences en 4776. En 4779 , il fut envoyé à Rochefort. Ce fut là qu'il composa son mémoire intitulé: JA^orie des machines simples^ qui remporta le prix double proposé par l'Académie des sciences sur cette question importante, où il s'agissait surtout de bien apprécier les effets du frottement et de la raideur des cordages. M. de la Touche-Tréville , qui commandait alors à Rochefort , donna les ordres les plus précis pour que

Ton mit à la disposition de Coulomb tout ce dont il avait besoin pour faire en' grand ses expériences, et celui-ci a parlé toute sa vie, avec reconnaissance, de cette faveur. Il fut successivement envoyé à l'ile d'Aix et à Cherbourg, pour les travaux du génie, et, deux ans après , il fut reçu à TAcadémie des sciences , à l'unanimité.

Bientôt, une occasion délicate fit éclater la pureté de son caractère et son inaltérable probité. Un projet de canaux de navigation fut présenté aux États de Bretagne ; il fallut en discuter la possibilité et*les avantages. Le ministre de la marine nomma Coulomb commissaire du roi près des États, pour procéder à cette vérification. Coulomb, transporté sur les lieux, ne tarda pas à reconnaître que les avantages présumés du projet seraient bien loin de compenser les frais énormes qu^entrainerait Texécution. Il le combattit avec force, et, malgré l'influence d'un parti puissant, son opinion prévalut. Ce service important lui valut d'être desservi près du ministre de la guerre, et sa récompense fut une détention à l'Abbaye^ sous le frivole prétexte que, ep acceptant cette commission honorable, il n'avait pas demandé l'agrément de son supérieur immédiat, le ministre de la guerre. Coulomb, blessé de celte injustice, donna sa démission, que l'on ne voulut point accepter. Il eut l'ordre de retourner en Bretagne, pour le même objet; il y porta la même fermeté, la même intégrité ; enfin, les États, éclairés sur leurs véritables intérêts, reconnurent leur erreur, firent à Coulomb des offres brillante^, qu'il refusa, et obtinrent seulement de lui qu'il acceptât un bijou, aux armes de la province. C'était une excellente montre à secondes, dont il se servit, dans la suite, pour toutes ses expériences. Jamais présent ne fut mieux choisi, ni plus employé. .

En 4784 , Coulomb fut nommé intendant des eaux et fontaines de France. En 4 786 , on lui donna, sans qu'il l'eût demandée, la survivance à la place de conservateur des plans et reliefs. Vers cette époque , il fut un des commissaires que l'Académie de.<

sciences envoya en Angleterre , pour prendre des renseignements sur Tadministration des hôpitaux. Il était alors chevalier de Saint- Louis et lieutenant-colonel du génie. La révolution éclata ; Cou<lomb donna la démission de toutes ses places, perdit tout ce qu'elles lui donnaient de fortune, et, dans une retraite absolue, se consacra & Téducation de ses enfants. Cependant il ne cessa point de cultiver les sciences. Car, même au milieu des occupations qu'entraînaient ses emplois, il avait donné à TAcadémie un grand nombre de mémoires importants sur diverses questions de méca* mque, sur le frottement, sur le magnétisme et Télectricité. Comme, dans ces deux dernières parties , Coulomb doit être mis au rang des inventeurs, nous devons entrer aussi dans plus de détails.

L'habitude qu'il avait prise, dans ses premières recherches, d'allier le calcul aux expériences, lui avait donné ce sentiment et ce besoin de la précision, sans lequel on ne peut jamais pénétrer dans les principes secrets des phénomènes. Coulomb avait entrepris une suite d'expériences sur l'élasticité des fils de métal, et, pour la connaître, il eut l'idée ingénieuse de chercher à observer la force avec laquelle ils revenaient sur eux-mêmes quand ils avaient été tordus. Il découvrit ainsi que ces fils résistaient à la torsion d'autant plus qu'on les tordait davantage, pourvu que l'on n*allàt pas jusqu'à les altérer dans leur constitution intime. Comme leur résistance était extrêmement faible, il conçut qu'elle pourrait servir pour mesurer les plus petites forces avec une extrême précision. Pour cela, il suspendit en équilibre une longue aiguille horizontale à l'extrémité d'un fil de métal. En supposant cette aiguille en repos , si on l'écarté d'un certain nombre de degrés de sa position naturelle, le fil qui se trouve ainsi tordu tend à l'y ramener par une suite d'oscillatioi^^ dont on peut observer la durée; cela suffit pour que l'on puisse évaluer, par le calcul, la force qui a détourné l'aiguille. Telle fut l'idée et la disposition de l'instrument ingénieux que Coulomb nomma Balance de torsion. Il s'en servit bientôt pour découvrir les lois que suivent les attrac-

408 MÉLANGES SGIENTIPIQUKS BT LITTERAIRSa.

tioDs et les répulsions électriques et magnétiques. Il trouva qu'elle» sont les mêmes que celles de Tattraction céleste. Quelques années après, le physicien anglais Cavendish se servit du même procédé pour mesurer Tattraction d'un globe de plomb et le comparer à celle du globe de la terre. Nous devons à la justice de dire que le célèbre astronome Tobie Mayer était aussi parvenu, de son côté, à découvrir la loi des attractions magnétiques, par une voie, à la vérité, beaucoup plus pénible que celle que Coulomb avait suivie; mais son travail n'avaitjamais été publié, et nous en devons la connaissance à Textrait de cette partie de ses manuscrits, que le fils de cet bomme célèbre a bien voulu nous communi(|uer.

Coulomb sentait trop bien Tutilité de Tinstrument nouveau qu'il avait découvert, pour n*en pas multiplier les applications. Il entreprit de s*en servir pour déterminer, par expériences, les véritables loisr de la distribution de Télectricité à la surface de$ corps et du magnétisme dans leur intérieur : Tordre qu*il mit dans ses recherches n'est pas moins admirable que l'exactitude et la nouveauté de ses résultats. Il commença par déterminer la quan* tité d'électricité qui se perd, dans un temps donné, par les divers supports ; alors il put non*seulement déterminer la nature de ces supports la plus favorable à la conservation de l'électricité, mais il put encore les considérer comme parfaits, et les rendre tels par le calcul. Il prouva ensuite, par l'expérience, que l'électricité se partage entre les corps, non pas en vertu d'une affinité chimique, mais en vertu d*un principe répulsif qui lui est propre ; il prouva de même que l'électricité libre se répand tout entière à la surface des corps sans pénétrer à leur intérieur, et il démontra par le calcul que ce résultat était une conséquence nécessaire de sa loi de répulsion. Avec ces données, il put chercher et déterminer, par l'expérience, la manière dont l'électricité se distribue à la surface des corps conducteurs , considérés isolément ou en présence les uns des autres. Ces observations nombreuses et pré-

IIBLANQ8S SCIENTIFIQUES ET LITTÉmAIRISi 403

cises étaient comme autant de conditions fondamentales aux-^ quelles une bonne théorie devait satisfaire^ si quelque jour on. parvenait à soumettre au calcul les questions épineuses de Téleo* tricité : c'est ce que vient de faire * un de nos meilleurs géomètres, H. Poisson ; et son travail, en dévoilant dans les résultats de Coulomb des rapports que le puissant instrument de Tanalyse pouvait seul faire apercevoir, a mis encore dans un plus grand jour l'admirable sagacité de cet habile observateur, Texaclitude de sea expériences, et son extrême fidélité. Coulomb prépara de même à la théorie du magnétisme les éléments qui serviront un jour pour la soumettre à Tanalyse; il détermina également la manière dont le magnétisme se distribue dans l'intérieur des corps aimantés' en se partageant entre eux. Ses expériences, conduites avec une méthode parfaite, lui apprirent les moyens qu'il fallait employer, soit pour donner le plus haut degré de magnétisme, soit pour reconnaître ce degré lorsqu'il existe déjà. On nous pardonnera tes détails dans lesquels nous venons d'entrer, si Ton considère que les découvertes de Coulomb portent sur les parties les plus neuves de la physique, sur celles qui, avec ta chaleur et la lumière, promettent aujourd'hui le plus de faits nouveaux.

Coulomb fut nommé membre de Tlnstitut dès la création de cette compagnie ; on croit même qu'il fut désigné pour occuper vme place dans le premier corps de l'État, mais qu'une certaine conformité de nom fit attribuer cette distinction k un concurrent plus connu que lui dans la carrière politique. Il fut nommé Tun des inspecteurs généraux de Finstruction publique, à l'époque où cette place était la première dans l'enseignement, et sa bonté eut l'occasion de s'y exercer, autant que sa fermeté et sa justice. Tous ceux qui ont connu Coulomb savent combien la gravité de son caractère était tempérée par la douceur de son âme, et ceux qui ont eu le bonheur d'approcher de lui à leur entrée dans la carrière

I Cet article a été publié en 1813. J. B.

des sciences, ont gardé de sa bienveillance le plus tendre souvenir. Coulomb fut très-heureux par les affections de famille. Il mourut le 23 août 4806. Outre les mémoires assez nombreux qu*on trouve de lui dans les collections de l-Âcadémie des sciences, de rinstitut, etc., on a imprimé séparément ses Recherches sur les moyens d'exécuter sous Feau toutes sortes de travaux hydrauliques sans employer aticun e'puisementt Paris, 4779, in-8, flg.

ADDITION

Ces deux hommes remarquables. Coulomb et Clouet, nous offrent le plus complet contraste de caractère et d'existence qui se puisse imaginer. Clouet, rempli d*un orgueil farouche, s'est tenu isolé de la société humaine, comme un sauvage. Coulomb a vécu avec patience parmi les hommes de son temps, ne se séparant que de leurs passions et de leurs erreurs, se maintenant toujours juste, calme, ferme et digne, in se lotus tere aiguë rotundus, comme le sage d*Horace. Qui des deux a le mieux employé les dons que lui avait faits la nature? qui des deux a été le plus honorable et le plus heureuxT J. B.

Page 1