Mélanges scientifiques et littéraires
Pour bien comprendre l'enchaînement des circonstances qui ont amené le procès et la condamnation de Galilée en 4633, il faut se représenter la nature des difficultés qui s'élevèrent dans ses rapports avec Rome, par suite des merveilleuses nouveautés que le télescope lui avait fait découvrir dans le ciel pendant les années 161 0,1 611 et 1612. Il sentait et signalait avec un sentiment de triomphe tout ce que ces phénomènes incontestables, la circulation de Vénus autour du soleil prouvée par ses phases, et la rotation de ce grand corps sur lui-même, prouvée par le mouvement, le transport et la périodicité des retours de quelques taches distinctes observées sur son disque, donnaient de force au système de Copernic, et de vraisemblance à la rotation diurne de
la terre. Il étalait sans ménagements ces conséquences dans des lettres devenues bientôt publiques, et qui étaient lues avec avidité' . Ainsi, dans le mois de mai 1612, il écrivait au prince Cesi à Rome * : « Quant aux taches solaires, je conclus finalement, et je « crois pouvoir démontrer d'une façon péremptoire, qu'elles sont « contiguës à la superficie du corps du soleil, où elles s'engen- « drent et se dissolvent continuellement, à peu près comme les « nuages autour do la terre ; et s'en vont portées circulairement « par le même corps, qui tourne sur lui-même, dans l'intervalle « d'environ un mois lunaire, avec un sens de mouvement révo- « lutif pareil à celui des autres planètes, c'est-à-dire dirigé d'occi- « denten orient autour des pôles de l'écliplique*. Je présume que « ces nouveautés seront les funérailles, ou plutôt la fin elle juge- « ment dernier de la pseudo-philosophie, des signes en étant déjà < ainii apparus dans la lune et Je soleil. Et je m'attends à ouïr à ce « sujet de grandes choses proclamées par les péripatétiques, pour « maintenir l'immutabilité des çieux, laquelle je ne sais pas corn- « ment elle pourra être sauvée et conservée, quand le soleil lui- « même en montre à nos yeux des effets si manifestes. » C'était ce que les partisans des anciennes doctrines voyaient tout aussi bien que lui, avec plus de frayeur; et, après avoir crié, soutenu autant qu'ils l'avaient pu, que les observations de Galilée étaient fausses, ils s'étaient réfugiés à dire, et à prétendre, que l'idée de supposer la terre en mouvement et le soleil immobile, est contraire au texte
' Lm documenta sur lesquels Je m'appuierai dans cet écrit, seront tirés des trois ouvrages suivante i
1» Venturi : Memorie e Letlert inédite flnore*> disperse di Galileo Galiiei, 3 vol. in-4. Modène, 1818 et i8Si ; 2" Opère complète iti (iaiilio Galilti. Édition
de Florence, dédiée au grand-duc actuel Léopold II, la vol. in-8, 1«i!-1B3P ; 3° Marino-Marini : Galiteo e l Inquisitions, Rama, 1850.
Je désignerai respectivement ces trois publications par les lettres V. F, H.
1 F„ t. VI, p. 1M.
* La dernière appréciation n'est pas. tout a fait exacte. L'axe de rotation des taches n'est pas exactement perpendiculaire à l'écliptique il forme avec ce plan un angle un peu moindre que 86".
de l'Écriture, conséquemment hérétique, et inadmissible catholiquement. Par malheur, Galilée eut l'imprudence de leur fournir des armes contre lui-môme en les suivant sur ce terrain. Dans les années 1 61 3, 1 61 4 et 1 61 5, il écrivit à ses amis de Rome plusieurs lettres, et il adressa à la grande-duchesse de Toscane, Christine de Lorraine, une dissertation en forme, pour établir théologiquement, par les témoignages des pères, qu'il ne faut pas faire intervenir témérairement les textes de l'Écriture sainte, dans la décision de questions purement naturelles qui peuvent se décider par l'observation et l'expérience'. En vain le cardinal Maffeo Barberino, qui fut depuis le pape Urbain VIII, et le cardinal Bellarmino, lui faisaient dire que, s'il voulait se borner à présenter ses doctrines au titre de spéculations mathématiques, on avait l'espérance qu'il ne serait pas inquiété1. Il ne put se résoudre à cette prudence, et ses ennemis profitèrent habilement de l'avantage qu'il leur offrait. Dans le cours de l'année 1 61 6, un religieux dominicain, le P. Lorini, dénonça directement au Saint-Office une lettre imprimée, relative au système de Copernic, que Galilée avait adressée en 1613 à l'un de ses amis, le P. Castelli. Hais le plus acharné contre lui, et le plus actif, était un religieux du même ordre, appelé Caccini, le même qui, en 1 61 4, dans un sermon prêché à Florence sur ce texte tiré des Actes des apôtres, viri Galilmi quid statu aspicientes in cœlum, était parti de là pour établir que la Mathématique est un art diabolique , et que les mathématiciens, comme auteurs de toutes les hérésies, devraient être bannis de tous les pays chrétiens1. Ce Caccini étant venu à Rome l'année suivante, se ligua, avec une multitude d'autres moines de tous les ordres, pour dénoncer à l'inquisition le livre de Copernic de revolutionibus corporum ealestium, dont
t F.', t. Il, p. 3S. Cette lettre & la grand e-ducli esse Christine a été écrite par Galilée en 1614 ou Ifil5. Foy. Venturi, 1. 1, p. 333.
* V., t. I, p. 530 et 321.
* F., t. vi, p. sao.
la publication depuis plus de soixante ans n'avait causé aucun ombrage, comptant bien/par ce détour, porter un coup mortel à Galilée, dont les découvertes développaient et fortifiaient si puissamment les mêmes doctrines. Galilée prévoyant la portée et les conséquences de ces attaques, se rendit à Rome au mojs de décambre 1615 pour tacher de les détourner, mais il ne put y réussir. Le 4 mars 1616, la congrégation des livres prohibés, rendit un décret portant1 : « Que la fausse doctrine pythagorique de la « mobilité de la terre et de l'immobilité du soleil est absolument « contraire au texte de l'Écriture. » Elle ordonna de corriger dans le livre de Copernic, certaines expressions et certains passages où cette doctrine est présentée, non pas a titre d'hypothèse mathématique, mais comme physiquement véritable; entre autres un où la terre est appelée Sidus. Elle prohiba complètement une dissertation publiée parle père Foscarini, religieux de l'ordre des Carmes, où il prétendait prouver que la doctrine susdite n'est pas contraire à l'Écriture; et la même proscription fut généralement étendue à tous les ouvrages qui l'enseigneraient. Galilée ne fut pas nommé. Toutefois, pour le ruiner à la cour de Toscane, ses ennemis ayant répandu le bruit qu'il avait été personnellement assigné, qu'il avaitabjuré cette opinion, et que la congrégation de l'index l'avait condamné à une pénitence salutaire, le cardinal Bellarmino, sur sa demande, lui délivra une attestation écrite, en date du 26 mars 161 6*, portantque ces imputations sont fausses ; mais qu'on lui a seulement signifié la déclaration faite par le pape, et publiée par la congrégation de l'index, où il est décidé, que «la « doctrine attribuée à Copernic que la terre se meut autour du * soleil, et que le soleil se maintient immobile au centre du monde « sans se mouvoir d'orient en occident, est contraire aux saintes « Écritures,et par conséquent ne peut-être professée ni défen-
e de ce décret se trouve rapporté dans F., t. VI, p. 230. I, p. 273.
« due. » Tel fut, pour Galilée le résultat de son séjour à Rome pendant les six premiers mois de l'année 1 61 6. On a de lui, dans cet intervalle de temps, une suite de lettres adressées au secrétaire du grand-duc de Toscane, Curzio Picchena, homme- excellent et son intime ami, où il raconte ses tourments d'esprit et ses tristesses, sans oser lui confier par écrit les détails des intrigues qui les causent, et s'attachent partout à le décrier '.
Les difficultés dont il était alors enveloppé, sont représentées au vif, avec tous leurs périls, dans une lettre adressée le 4 mars 161 6, au grand-duc Ferdinand II, parPietro Guicciardini alors ambassadeur de ce prince près de la cour pontificale1. Quoiqu'elle ne vienne pas d'une main amie, je la rapporte ici presque en entier, parce qu'elle fait voir parfaitement quelle était la position de Galilée à Rome, dans ce temps-là.
« Galilée a fait ici plus de cas de son opinion, que de celle de « &m amis. Le cardinal del Monte et moi, nous sommes joints à « plusieurs cardinaux du Saint-Office pour l'engager à se tran- « quilliser et à ne pas irriter cette affaire ; lui remontrant que s'il « voulait tenir cette opinion, il fallait qu'il le fit paisiblement, « sans déployer tant d'efforts pour amener, et tirer les autres, à « s'y rendre ; parce que chacun de nous craint que sa présence « ici ne lui soit dangereuse et dommageable ; de sorte qu'au iicii « d'y être venu pour se défendre et triompher de ses ennemis, il « n'y reçoive quelque affront. Lui, trouvant, à son idée, que l'on se « montre froid pour son intention et ses désirs, après en avoir « informé et fatigué plusieurs cardinaux, s'est jeté dans la faveur « du cardinal Orsino, pour lequel il s'est procuré de la part de « votre altesse une lettre de recommandation très-vive; par suite « de quoi mercredi dernier, dans le consistoire, ce cardinal ayant « parlé au pape en faveur de Galilée, je ne sais si avec assez d'à-
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« propos et de prudence, Sa Sainteté lui dit : que GalHéeferaitbien
< d'abandonner cette opinion. Sur cela, Orsino ayant répondu «quelque chose de trop pressant, le pape coupa court à ses re- « présentations, en lui déclarant avoir renvoyé cette affaire aux i cardinaux du Saint-Office. Orsino parti, le pape fit appeler le
< cardinal Bellarmino; et, après en avoir discouru avec lui, tous « deux s'accordèrent à conclure que cette opinion de Galilée est
< fausse et hérétique. J'apprends, qu'avant hier, ils ont assemblé « à cesujetune congrégation de cardinaux, pour la déclarer telle;
< et Copernic, ainsi que tous les auteurs qui ont écrit dans son
< sens, seront redresses, corrigés, ou prohibés. Toutefois, je pense « que Galilée n'aura pas a souffrir dans sa personne, parce que, « comme homme prudent, il voudra et croira, ce que veut et croit « la sainte Église. Mais il s'échauffe dans ses opinions, et il est pos- « sédé intérieurement d'une extrême passion, avec peu de force et « de prudence pour la savoir vaincre. Une telle irritabilité» lui
< rend très-périlleux le ciel de Borne, surtout dans ce siècle, où le « prince de céans (PaulV), abhorre les belles-lettres et les raison- « nements, ne peut souffrir cette nouveauté, ni ces subtilités poin-
< tilleuscs; et chacun tâche dé s'accommoder, corps et âme, aux « façons ainsi qu'à l'esprit du maître. De sorte que ceux qui ont « quelques connaissances, et qui eu sont curieux, s'ils ont du bon « sens, se montrent tout autres, pour ne pas se rendre suspects, « et s'éviter à eux-mêmes des désagréments. Galilée a ici contre € lui des moines, et d'autres personnes, qui lui veulent du mal et « le persécutent. Il n'est pas du tout dans une disposition d'es- « prit convenable & ce pays-ci, et il pourrait y mettre lui et d'au- « très, dans des intrigues dangereuses. » Le reste de la lettre a pour but de représenter la présence de Galilée à Rome comme pouvant compromettre la cour de Toscane, et lui attirer de sérieuses difficultés avec le Saint-Siège. Toutefois cette insistance n'eut pas d'effet; et Galilée resta encore un mois de plus à Rome, sans être personnellement inquiété.
Fendant tes derniers temps de ce séjour à Rome, le 8 janvier 4616, il avait adressé au cardinal Orsino, son protecteur, une dissertation sur le flux et le reflux de la mer, où il présente ce phénomène comme étant à la fois une conséquence, et un indice, du mouvement de rotation diurne de la terre, opinion qu'il a depuis reproduite dans la quatrième journée de ses dialogues'. C'était une erreur de mécanique excusable alors, surtout pour lui, qui cherchait, de tous côtés, des argumente pour sa défense. Mais, si l'état imparfait de cette science l'exposait ainsi il donner par-" fois de mauvaises raisons comme bonnes, il faut pardonner à ses adversaires de n'avoir pas pu toujours distinguer les bonnes des mauvaises. En général, les mouvements des corps terrestres ne présentant a l'observation immédiate que des déplacements relatifs, c'est une recherche très-subtile que d'y reconnaître des traces de mouvements absolus. Au temps de Galilée, et longtemps après encore, le mouvement propre de circulation et de rotation de la terre, n'a pu se conclure que d'inductions, à la vérité trèspuissantes; que le progrès des connaissances astronomiques a multipliées et fortifiées, au point de les rendre presque équivalentes à la certitude, en montrant que les lois de circulation des planètes autour du soleil, leur rotation sur elles-mêmes, leur puissance attractive, s'appliquent numériquement et physiquement a la terre, considérée comme un de ces astres. C'est seulement depuis peu d'années, qu'en étudiant dans leurs plus minutieux détails, les mouvements relatifs des corps autour de sa surface, on est parvenu a y prévoir et à y constater des indices physiques de sa rotation : par exemple leur déviation de la verticale vers l'Est quand ils tombent en chute libre d'une grande hauteur, déviation due à l'excès de leur vitesse de translation au point de départ ; puis, et surtout, la déviation progressive du plan d'oscillation des pendules suspendus à un point fixe, dévia-
1 F., t. II, p. 387.
lion soumise à des lois calculables, qu'un habile physicien de notre temps, M. Foucault, avait théoriquement prévues, avant de l'avoir rendue manifeste par l'expérience. Le premier de ces phénomènes, la déviation vers l'Est, a échappé à Galilée, quoiqu'il en ait été bien près, et que ses raisonnements eussent dû l'y conduire'. Quant à la déviation du plan des pendules, sa dépendance du mouvement rotatoire était trop cachée, pour qu'on pût alors la saisir; et la preuve c'est que les expérimentateurs de l'Académie del Cimenlo, Viviani lui-même, l'ont aperçue sans pouvoir l'interpréter*.
Galilée resta dans cet état de suspicion avec Rome, depuis 161 6 jusqu'à 1623, tant que dura le pontificat de Paul V et celui de son successeur Grégoire XV. Après la mort de ce dernier, il retrouva une lueur d'espérance. Le 6 août 1623, le cardinal Maffeo Barberino fut élevé au trône pontifical et prit le nom d'Urbain VIII. Celui-ci s'était montré toujours fort affectionné à Galilée. Il l'avait reçu à sa table, admis dans sa familiarité; el même, le 28 août 1 620, il lui avait adressé une lettre 1res flatteuse, accompagnée d'une pièce de vers latins, à la fois astronomique et morale, dont je rapporte ici quelques strophes en note *. Devenu pape, il écrivit au grand-duc, le 8 juillet 1 624, une lettre de compliment dans laquelle, en énumérant les gloires de l'Étrurie, il y comprenait celle que lui apportaient les décou-
' F., 1. 1, p. 100 et loi.
1 Comptes rendus de l' Académie des s Séance du 28 avril 1851.
» V-, t. II, p. 81.
vertes astronomiques de Galilée*. Celui-ci, comptant sur ces bonnes dispositions,' s'était transporté à Rome, pour offrir ses félicitations au nouveau pontife, espérant s'en prévaloir pour obtenir la révocation de la sentence qui condamnait la doctrine de Copernic. Mais il s'aperçut que, dans cette cour, on n'aime pas à se dédire. Personnellement, Urbain VIII inclinait pour les péripatéticiens. « J'ai reçu ici, dit Galilée, dans une de ses lettres1, toute « sorte d'accueils et de faveurs. J'ai eu jusqu'à six audiences du « pape, où je suis entré chaque fois avec lui dans de longs raison- « Déments... On m'a gratifié d'un beau tableau, de deux médailles, < une d'argent, une d'or, avec force agnus Dei... » Quanta la prohibition qui lui tenait au cœur, il vit clairement qu'elleétait considérée comme une- mesure de prudence ecclésiastique, sur laquelle on n'était pas disposé à revenir. Les plus modérés lui accordaient que ces spéculations scientifiques ne doivent pas être mises en opposition avec l'Écriture; et, ajoute-t-i!, «quantacher- « cher de quel coté est le vrai, et le non vrai, le P. Mostro (le « P. Prodige) * n'adhère ni au système de Copernic, ni à celui de •rPtolémée; mais il se tranquillise par un procédé à lui, qui est -« tout à fait commode: c'est de mettre des anges, qui sans au-
' Venturi, t. II, p. 89. Nuper autem dilectus Mus Galilaus »thereas piagas ingressus, ignota sidéra illuminavit, et planetarum penetralia reclusit. Quaru, dunf beneBcum Mis astrum micabit In ca'lo quatuor noria assecUs comttatum, comitem »vi sui tandem Galilsi trahet. Nos tamen tantum virum, cujus fama in ctelo îucet, et terras peragrat, jamdiu paterna charitate compleclimur.
* Écrite de Rome le Sjuininso. F., t. VI, p. 298-296.
■ On appelait ainsi, communément, Nicolo Ricard i, dominicain. Ce surnom de Mostro Ini avait été donné pas le roi d'Espagne a cause de sa prodigieuse éloquence. F., t. VI, p. 396, noté. Plus tard, il devint maître du sacré patois, et à ce titre réviseur des imprimés. Ce fut pendant qu'il occupait ce poste que Galilée eut l'adresse de se faire délivrer, parlui, la permission d'imprimer les Dialogues; permission dont il se prévalut pour les faire imprimer a Florence, quoiqu'elle ne fût légalement valable que pour Rome. Aussi, après le procès et la condamnation de Galilée eu 1633, le bon P. Mostro fut-il ri disgracié par Urbain Vin, pour s'Être laissé ainsi surprendre.
« cune difficulté ni embarras quelconque, font mouvoir les astres « comme ils vont, et nous n'avons rien de plus à y voir. >
On maintint donc en vigueur le décret de 4616, par lequel il était défendu de soutenir que le soleil est fixe au centre du , monde et que la terre tourne sur elle-même, en circulant autour de lui : un siècle plus tard, le progrès de la science astronomique l'avait lait tomber dans l'oubli et mis hors d'usage. Sang avoir été ostensiblement révoqué, il lut annulé virtuellement par le sage Benoit XIV, qui le raya des registres de la congrégation de l'index1.
Mais la conviction de Galilée était trop profonde, et son génie trop impatient de ia vérité, pour ne pas continuer de défendre l'une et l'autre à ses risques et périls. -Croyant s'abriter assez sous le voile d'un zèle religieux, dont le déguisement ne pouvait tromper personne, il composa ses fameux dialogues, où il discute comparativement le système de Plolémée et celui de Copernic, dans l'intention, dit-il, de montrer aux étrangers que l'ëdit salutaire, qui prohibe ce dernier, n'a pas été rendu, a Rome, sans une parfaite connaissance du sujet. Le premier paragraphe de sa préface, où 11 s'attribue ce rôle de défenseur, est une moquerie fort transparente. J'ai donné, dans sa biographie, une analyse succincte de ce remarquable ouvrage; j'ai raconté par quels détours il s'en procura une approbation de Rome; de quels prétextes il s'appuya ensuite pour le faire imprimer a Florence, avec l'autorisation des inquisiteurs locaux; les colères que cette publication excita, le procès qu'elle lui attira, et la condamnation qui en fut la dernière conséquence. C'est particulièrement sur ces derniers points que je me propose d'entrer aujourd'hui dans de nouveaux détails. Ils n'offriront pas seulement l'intérêt qui s'attache au malheur d'un grand homme, on y verra aussi un tableau de mœurs bien différentes de celtes d'aujourd'hui.
' En rappelant les circonstances de ce martyre, la science doit un juste hommage de reconnaissance à la mémoire du grand' duc Ferdinand IL Ce prince avait tin esprit cultivé par l'éducation et par les voyages ; il appréciait et aimait Galilée. Sa grande jeunesse, il n'avait que vingt-deux ans en 1633, et une certaine mollesse de caractère qui lui était naturelle, ne lut donnaient pas toute la fermeté dont il aurait eu besoin pour défendre, à une telle époque, les droits de sa puissance, même temporelle, contre un pape aussi ardent, et absolu, qu'Urbain VIII. Toutefois, s'il ne put soustraire entièrement Galilée aux poursuites de l'inquisition romaine, sa protection déclarée, constante, activement exercée, lui en épargna du moins les dernières rigueurs. ■
Les dialogues parurent imprimés à Florence dans les premiers jours de janvier 1632. L'ouvrage était dédié au grand-duc, et revêtu des autorisations ecclésiastiques préalablement accordées tant à Florence qu'à Rome. Galilée s'empressa d'en présenter des exemplaires à Ferdinand II, et aux personnes de sa cour; il en adressa aussi un certain nombre à ses amis particuliers; et, tant en Italie qu'à l'étranger, où il ne tarda pas à se répandre, il fut accueilli, par les personnes versées dans les sciences astronomiques et mathématiques, avec un applaudissement universel. Mais à Rome, où Galilée en avait expédié trente exemplaires, il souleva, dans tout le parti ecclésiastique qui lui était hostile, une explosion de colères, facile à concevoir. Ce n'était pas, disait-on, comme il le prétendait, une discussion philosophique des systèmes de Ptolémée et de Copernic. C'était le triomphe de cette dernière doctrine, condamnée par l'Église, et qu'un ordre du Saint-Siège lui avait personnellement défendu de soutenir. L'autorité supérieure était ainsi méprisée et tournée en ridicule. Provisoirement, le Saint-Office enjoignit au libraire de suspendre la distribution du livre : on parla de le prohiber et de censurer l'auteur. Galilée, justement effrayé de ce nouvel orage, réclama la protection du grand-duc, qui, le 24 août 4632, fit écrire par le
secrétaire d'État, Andréa Gioli, a son ambassadeur près la cour de Rome, une dépêche expresse, où il le chargeait d'intervenir en son nom, pour calmer l'irritation qui paraissait s'être élevée contre un de ses serviteurs. Cet ambassadeur, Francisco Niccolini, était fort affectionné à Galilée; il s'employa pour sa cause avec beaucoup de zèle, et l'on a de lui une longue suite de lettres, dans lesquelles on peut suivre tous les détails de cette affaire '. Ce sera le document principal sur lequel je vais m'appuyer. On n'en saurait trouver ni désirer un, qui fût plus détaillé, ou plus authentique. D'abord, le 27 août, l'ambassadeur répond à Cioli : « Je n'ai pas manqué d'adresser, comme j'en avais « reçu l'ordre, une note officielle très-forte en faveur du signor « Galilée, pour demander qu'on lui laisse publier son livre, « déjà imprimé avec l'approbation des autorités ecclésiastiques, « après qu'il a été revu et examiné ici et à Florence... Mais, à « cela, et à toutes les autres choses que j'ai pu dire au car- « dinal Bellarmino (l'un des principaux du SaintrOffice et « neveu du pape), il s'est borné à. me répondre qu'il rap- « porterait fidèlement mes représentations au saint père, sans « entrer dans d'autres particularités , parce que les opérait lions du Saint-Office sont très-secrètes; témoignant d'ailleurs t beaucoup de bonne volonté pour Galilée... » — Continuation le 5 septembre: «Au milieu de cette conférence est survenu le pape, « qui était dans une grande colère, et me dit à l'improviste : Eh « bien ! voilà que votre Galilée a encore osé entrer où il ne devait
> Ces lettres, au nombre de trente-quatre, sont rassemblées dans un appendice à la fin du tome IX de l'édition de Florence. Dana les extraits que j'en donnerai dans ce qoi va suivre, je rapporterai toujours les propres termes .des tentes originaux ; mais je m'attacherai seulement aux passages essentiels pour que l'on puisse bien suivre le SI de l'affaire, en rapprochant les particularités d'un même entretien qui se rapportent a une même idée, afin d'éviter les répétitions et les disjonctions que la conversation entraîne. Si l'on veut recourir originaux, ce qui ne sera pas sans intérêt, on reconnaîtra, je crois, que j'en it reproduit la substance.
« pas, et dans des matières les plus graves, comme les plus péril- « leuses, que l'an puisse soulever dans ces temps-ci... Je répli- « quai que Galilée n'avait rien imprimé qu'avec les approbations « de ses ministres, obtenues pour lui par moi-même, et que je « lui avais transmises eu original. Sur cela le pape, avec la méige « incandescence (incandescenza), répondit que Galilée, et son ami « Ciampoiî, l'avaient circonvenu; le Ciampoli eu particulier ayant « bien osé lui dire que le signor Galilée voulait se soumettre en « tout aux ordres de Sa Sainteté, que tout allait bien; et, ajouta- « t-il, voilà tout ce que j'ai su, sans avoir jamais vu ou Lu t'ou- « vrage. Il se plaignit du Ciampoli et du maître du sacré palais '; « disant que celui-ci avait été pareillement circonvenu, pour en « tirer par de belles paroles l'approbation du livre, et ensuite lui « en donner d'autres pour le faire imprimer à Florence, sans « observer nullement la forme sous laquelle il avait été présenté « à l'inquisiteur, et en y mettant le nom de ce même maître du « sacré palais, lequel n'a que faire dans les livres imprimés hors « Rome. Alors je m'avançai à dire avoir appris que Sa Sainteté « avait nommé une congrégation spéciale pour examiner cette « affaire; et, pouvant arriver, comme il est trop véritable, qu'il < s'y trouvât des personnes mal disposées euvers Galilée, je la « suppliai humblement de se borner à lui donner lieu de se « justifier. La réponse fut que, dans ces matières, le Saint-Office « ne faisait que censurer, et appeler ensuite à se dédire. Ne « semble-tril donc pas à votre Sainteté, répliquai-je, qu'il faille « préalablement lui donner connaissance des difficultés, des ob- « jections ou des censures que l'on fait sur son ouvrage, et lui
». Le P. Nicole Rjcardi, le même que l'on appelait familièrement Mottro. Quant à Ciampoli, c'était un Florentin, élève et ami de Galilée, que son intelligence et ses talents, avaient introduit de bonne heure, dans la familiarité d'Urbain VIII, quand il n'était encore que cardinal. Les deux prédécesseurs de ce pontife lui avaient donné le titre et les fonctions, de secrétaire des brefs, secrétariat brevium, qu'Urbain VIII lui conserva. Mais après la condamnation de Galilée, il fut disgracié comme le P. Bicardi.
44 MÉLANGES SfllBNTir I QUE8 ET LITTÉRAIRES.
« indiquer les points qui déplaisent au Saint -Office? Le Saint- « Office, répondit-il violemment, je vous l'ai déjà dit, ne procède c pas ainsi, ni ne donne jamais a personne d'avis préalable. Cela € n'est pas sa coutume; outre que lui, Galilée, sait très-bien cm quoi consistent les difficultés, s'il les veut savoir, parce
< que nous en avons discouru avec lui, et il les a entendues ■ de notre propre bouche. » Niccolini essaya de représenter les égards que l'on devait avoir pour un serviteur particulier du grand-duc, auquel même l'ouvrage était dédié; mais le pape ne s'en échauffa que plus violemment. < Enfin, ajoute Niccolini, il « m'a ordonné d'écrire à Son Altesse que la doctrine dont il « s'agit est perverse au dernier degré, qu'on pèsera mûrement t toutes choses, et que Son Altesse aille doucement et ne s'en, c mêle pas, comme elle l'a fait dans une autre affaire, parce « qu'elle n'en sortirait pas avec honneur (perché non ne usci-
< rebbe cou onore). Et non-seulement il m'imposa l'obligation c de tenir secret ce qu'il m'avait dit, sous peine d'encourir les « censures du Saint-Office, mais il me chargea encore de mander-
< à Votre Altesse qu'il lui impose aussi les mêmes conditions, « ajoutant qu'il en use mieux envers Galilée que Galilée envers « lui... Je trouve donc ici de mauvais vouloirs, et, quant au
< pape, il ne peut pas être plus mal disposé pour notre pauvre « Galilée. » Niccolini finit par rendre compte d'une entrevue qu'il vient d'avoir avec le maître du sacré palais, qu'il a trouvé personnellement bien intentionné pour Galilée, mais contraint de marcher droit, ayant déjà reçu des bourrasques pour son propre compte. < Je crois, dit-il, devoir manier cette affaire doucement, « et la traiter plutôt avec les ministres et le cardinal Barberino « qu'avec le pape lui-même, parce qu'il s'obstine à déclarer que « la chose est sans remède, surtout quand on veut contredire ou « menacer, auquel cas il s'emporte à dire des duretés, sans res- «.pect pour personne... »
On voit ici clairement le fond de l'affaire et le caractère de
L'époque. Urbain VIII se trouvait doublement blessé. Il l'était d'abord dans sa puissance spirituelle, dont Galilée avait trompé la surveillance, en surprenant à Rame même, à son insu, et pour ainsi dire sous ses yeux, l'approbation d'un livre dont il n'avait communiqué au censeur que le commencement et la fin ; puis, en s'autorisantde cette approbation surprise, pour imprimer et publier à Florence, sous l'apparente sanction de l'autorité
v pontificale, le contenu de ce livre, consacré tout entier à l'apologie d'une doctrine condamnée par l'Église, qu'un décret du Saint- Office lui avait particulièrement défendu d'enseigner et de soutenir. A cela se joignait un artifice systématique de composition, qu'Urbain VIII pouvait difficilement ne pas croire dirigé contre sa personne même. Dans les nombreux entretiens qu'il avait eus avec Galilée en 4694, il avait longuement exposé à celui-ci les arguments qui, à son sens, devaient faire prévaloir le système de Ptolémée sur celui de Copernic. Ces arguments, il les trouvait reproduits, réfutés, et tournés en risée dans les dialogues, où ils étalent mis en avant par le personnage ridicule de Simpiiciua. A la rigueur, la reproduction, dans son ensemble, aurait pu être interprétée et excusée, comme étant une nécessité du sujet. Hais Galilée avait eu le malheur, ou la malice, d'y attacher un trait qui en décelait trop clairement l'origine. Il se trouve à la fin de la quatrième journée des Dialogues, dans le dernier argument que Simplicius oppose à ses interlocuteurs pour se dispenser d'accepter leurs conclusions comme vraies, bien qu'elles lui semblent plausibles. < Cet argument, après lequel on peut se tenir « l'esprit en repos, je l'ai appris, dit-il, d'une personne trèt-
. « doete et très-eminente : c'est que Dieu, dans sa toute-puissance
< et sa sagesse infinie, pouvait conférer à l'élément de l'eau te
< mouvement de flux et de reflux que vouslui voyez, d'une infinité « de manières incompréhensibles à notre intelligence, comme « vous l'accorderez sans doute. Et cela étant, j'en conclus immé- « diatement que ce serait une souveraine audace à chacun, de
« vouloir limiter la toute-puissance et la sagesse divines, a une « particulière fantaisie de son invention. » La personne trèsdocte et tris-émmente, de laquelle le bonhomme Simplicius dit avoir appris cet argument décisif, a bien pu ne pas être trop flattée de la citation. Quoique Galilée se soil toujours naturellement défendu d'avoir voulu mettre enjeu le pape dans le personnage de Simplicius, l'évidence frappante de l'application est confirmée par des contemporains, qui étaient en position de* bien connaître les choses de leur temps, et nous retrouverons plus loin la preuve manifeste de cette trop directe allusion ' .
Pendant le reste du mois de septembre 1632, Niccolini eut encore, avec les cardinaux du Saint-Office et avec le pape, plusieurs entrevues dont il rend compte à sa cour ; mais ses efforts furent impuissants a calmer l'irritation d'Urbain VIII. 11 ne put détourner le coup qui se préparait contre Galilée, dans un secret aussi profond que celui du tombeau. Il n'en fut informé que le 18 septembre, par un avis officiel, venant du pape même, qui lui imposait relativement à ce sujet un silence absolu, sous peine d'encourir les censures de l'inquisition : tant le pouvoir spirituel pesait alors sur le pouvoir temporel, des princes italiens. Douze jours après cette communication, l'inquisiteur de Florence, par le commandement exprès de la congrégation du Saint-Office de Rome, vint signifier à Galilée, par-devant témoins, l'ordre de se transporter en personne à Rome dans le courant du même mois, et de s'y présenter au P. commissaire du Saint Office, signification de laquelle il dut délivrer un reçu signé de sa main. Le pauvre Galilée, fort effrayé, mit en œuvre toutes les protections auxquelles il pouvait recourir, et toutes les sollicitations les plus pressantes qu'il pouvait imaginer, pourétredispenséde ce voyage. Il alléguait son Age de soixante-dix ans, ses infirmités. Il adressa à l'ambassadeur Niccolini un certificat de médecin qui les attestait. Tout
' v., H, p. IftG, note.
fut inutile. Cependant le zèle affectueux de Niccolini n'avait pas fait défaut à sa défense. N'ayant pas réussi à lui éviter l'ordre de venir à Rome, il fit des instances réitérées, elles plus actives, prés des cardinaux el du pape même, pour qu'on n'en pressât pas trop durement l'exécution. Il obtint ainsi quelques délais ; et, dans une de ses lettres entre autres, adressée au grand-duc, en date du 13 novembre 1633, il raconte de la façon la plus touchante ses tentatives diplomatiques pour les obtenir. Il s'est adressé d'abord à divers cardinaux du Saint-pffice, principalement au cardinal-neveu Barberino, qui semblait être aussi bien disposé pour Galilée, qu'il lui était permis de le paraître. « Je leur ai représenté, dit-il, « son âge de soixante-dix ans, son peu de santé, le risque de la « vie auquel va l'exposer le voyage hors de sa petite chambre, et
< la pénible quarantaine qu'il devra subir (a cause de la peste qui
< venait de régner à Florence). Mais, comme ces personnages en-
< tendent et ne répondent pas, ayant la langue liée par le Saint- « Office, j'ai traité cette question avec le pape même; et, après c lui avoir représenté que Galilée est prêt à obéir, à faire tout « ce qui lui sera ordonné, je me suis mis a lui exposer aussi fort «au long, toutes ces circonstances, pour tâcher de lui faire « prendre en compassion ce pauvre vieillard auquel je porte tant « d'affection et de respect. J'ai demandé à Sa Sainteté si elle avait « vu la lettre suppliante, qu'il avait adressée au cardinal-neveu « (Barberino). Elle me dit qu'elle l'avait lue, mais qu'on ne pou-
< vait le dispenser de venir à Rome. Je répliquai que, vu l'âge ou « il est, Sa Sainteté courait le risque de ne lui faire son procès ni « & Rome ni à Florence, parce que, à souffrir tant de fatigues, « mêlées de tant d'amertumes, je croyais pouvoir l'assurer qu'il « mourrait probablement en chemin. Eh bien, me dit-elle, qu'il « vienne doucement, pian, piano, eu litière, et tout à son aise. « Mais il faut absolument qu'il soit examiné en personne; et que « Dieu lui pardonne de s'être jeté dans un embarras pareil, après « que nous-même, étant cardinal, nous l'en avions une fois tiré. »
Cette entrevue n'eut pas d'autre résultat. Niccolini continua de mettre tout en œuvre pour se tenir au courant de l'affaire; et, un mois après, le 11 décembre, il écrit : « J'ai fait de nouvelles dé-
< marches en faveurdusignorGalilée, pourvoir si je pourrais obte-
< nir quelque nouvelle remise. Hais, finalement, je trouve non-sou- « lement que cela est impossible; et, de plus, je crois nécessaire « qu'il se décide à venir comme il pourra, et qu'il aille s'établir « en quelque point du territoire de Siene pour y rester en qua- « rantaine pendant au moins vingt jours, parce que cette prompte titude à obéir, lui servira beaucoup. Quant à pouvoir lui dire
< où il devra habiter ici, il est impossible d'avoir sur cela aucune « lumière, parce que l'affaire se traite dans la congrégation du « Saint-Office, qui procède avec un profond secret, et sous des <r peines de censure si sévères que personne n'ose ouvrir la « bouche. Il pourra s'en venir directement chez moi ; mais ce * qui.devra se passer ensuite, je ne saurais l'affirmer. » Cependant Galilée tardait toujours. Alors- Niccolini écrit de nouveau, le 26 décembre et le 15 janvier, pour qu'on le presse de partir, et qu'on le décide à se mettre le mieux qu'il pourra en voyage. * Car autrement, dit-il, je crains, en vérité, que l'on ne « prenne contre lui quelque résolution de la dernière violence. » Cédant enfin à ce dernier avis, Galilée quitta sa paisible retraite d'Arcetri, pour se rendre à Rome, où il arriva bien fatigué dans la maison de l'ambassadeur, le 13 février 1633.
Dés le lendemain 14 celui-ci écrit : « Le signor Galilée est arrivé hier chez moi. Aujourd'hui il s'est présenté àl'assesseur ainsi « qu'au P. commissaire du Saint-Office, comme il en avait reçu « l'ordre. Demain, dans la matinée, je verrai le cardinal Barberino, « afin de solliciter son intervention bienveillante près de Sa Sain- « teté, pour obtenirqu'on le laisse demeurer chez moi, sans le con- « duire au Saint-Office, en considération deson âge, desaréputa- « tion, etde sa prompte obéissance. » A la suite de cette entrevue, Barberino fait dire a Galilée, non pas à titre officiel, mais comme
ami, qu'il ait à se tenir retiré dans ta maison de l'ambassadeur, sans recevoir personne, ni se montrer au dehors, en attendant qu'on lui fasse donner quelque avertissement, cette conduite réservée pouvant être très-favorable à sa cause. Les jours suivants le commissaire du Saint-Office lui renouvelle les mêmes recommandations, à simple titre de conseil. Le 19Niccolini écrit : «L'on n'a f encore rien fait savoir à Galilée, et aucune personne apparte- * nant au tribunal n'est venue le voir, excepté monsignor Serris-
< tori, un des consulteurs, qui est venu deuxfois, en apparence de « Lui-même, pour lui faire de simples visites. Mais comme, chaque f fois, il est entré avec lui dans le fond de sa cause, et qu'il est « même descendu dans les détails, on peut tenir pour certain
< qu'il a été envoyé par ordre exprès, afin de connaître ce qu'il c dit, comment il parle, et quels sont ses moyens de défense, « pour résoudre ensuite ce qu'il faut faire et de quelle manière il « convient de procéder envers lui. Je pense avoir rendu du cœur f à ce bon vieillard, et avoir relevé son courage, en lui inspirant « l'espérance que l'on veut hâter l'issue de son affaire ; toutefois, « de quelque manière qu'elle doive tourner, cette persécution « lui semble bien étrange. Je lui ai recommandé de montrer ton— « jours l'intention d'obéir et de se soumettre à tout ce qu'on lui « ordonnera, cette voie étant la seule par laquelle il puisse miti- « ger l'irritation de la personne gui s'est violemment échauffée, « et qui traite cette affaire comme sa cause propre. »
Le 27 février Niccolini annonce officiellement à Urbain VIII l'arrivée de Galilée à Rome, dans sa maison, et fait valoir les sentiments de soumission, et d'entière obéissance aux ordres de l'autorité ecclésiastique, dont il lui a paru pénétré. Le pape répond : « Qu'il l'a traité avec une douceur et une clémence inusitées, en « lui permettant qu'il demeurât chez l'ambassadeur au lieu d'être « immédiatement transféré au Saint-Office, comme on n'en a pas « exempté des princes mêmes, dont un, de la maison de Gonzague, « a été amené à Rome par un officier du Saint-Office, conduit 1m-
« médialement au château, où il a été détenu pendant beaucoup « de temps jusqu'à ce que son procès fût fini. S'il a ainsi favorisé « Galilée, c'est uniquement par considération pour Son Altesse le « grand-duc, à laquelle il a l'honneur d'appartenir comme un de « ses serviteurs, i Du reste ce sont toujours les mêmes plaintes de sa témérité, seulement exprimées avec un peu moins de colère. Le temps se passe, et Galilée continue de rester retiré dans la maison de l'ambassadeur, sans recevoir aucune communication officielle de la part du Saint-Office. Le 43 mars, Niccolini va rendre visite au pape, sous le prétexte de lui présenter les remerciements du grand-duc pour la faveur qu'il a faite à Galilée de permettre qu'il demeurât chez son ambassadeur, au lieu d'être détenu au Saint-Office ; et il en prend occasion d'adresser à Sa Sainteté les supplications les plus touchantes pour que l'affaire, de ce pauvre vieillard soit proraptement expédiée. Le pape répond « avoir volontiers accordé cette facilité en l'honneur de Son « Altesse; mais qu'il ne faut pas croire pour cela que l'on puisse « faire moins que d'appeler l'inculpé au Saint-Office quand il * devra être examiné, parce que c'est l'usage et que l'on ne sau- « rait agir autrement. » Niccolini allègue le grand âge de Galilée, sa mauvaise santé, sa promptitude à venir se soumettre aux censures qui pourraient lui être infligées, circonstances qui le rendent digne de toute faveur. « A cela, répond le pape, je vous « répète encore que l'on ne pourra faire moins; et que Dieu lui « pardonne d'être entré dans ces matières, où il s'agit de doctrines « nouvelles, et de la Sainte Écriture; étant toujours mieux de « suivre la doctrine commune. Que Dieu soit aussi en aide au « Ciampoli ' pour ses nouvelles opinions, parce que lui aussi y «prend goût, et se montre enclin a la nouvelle philosophie. Le
' Celait lui surtout qui, jusqu'à l'apparition des Dialogues, avait maintenu Galilée en grande faveur dans l'esprit d'Urbain VIII. Voyez ses lettres à Galilée, F., IX, et sa biographie, dans Fabroni : fila Ilatorum, -XVI, page 1.
« signor Galilée a été mon ami, nous avons plusieurs fois cou- « versé familièrement ensemble, et mangé à la même table. J'ai « regret de l'affliger, mais il s'agit de la foi et de la religion. » Niccolini proleste que, si Galilée est entendu, il donnera sans difficulté toute satisfaction, avec le respect qui est dû au Saint- Office. A quoi le pape répond : < Il sera examiné dans son temps. « Mais il y a un argument auquel lui et ses adhérents n'ont ja- « mais pu, ni ne pourront jamais répondre. C'est que Dieu est
• tout puissant; et s'il est tout puissant, pourquoi voudriont-
* nous lui imposer des nécessités? » C'est là précisément l'argument péremptoire, que le Simplicius des Dialogues prétend avoir appris d'une personne très-docte et très-émtnente. Elle ne pouvait donc être autre qu'Urbain VIII. Niccolini qui ne faisait pas ce rapprochement, essaye d'excuser Galilée ; mais le pape s' échauffant, retourne à dire : Il ne faut pas imposer de nécessités à Dieu. Le voyant s'irriter, Nicolini s'arrête, et craignant de risquer lui-même quelque hérésie qui pourrait le mettre mal avec le Saint-Office, il revient à solliciter sa compassion pour qu'il continue la grâce qu'il a déjà faite à Galilée de permettre qu'il ne sortit pas de sa maison. A quoi le pape répond « qu'il lui fera donner certains appartements particu- « liers, lesquels sont les meilleurs et les plus commodes du « Saint-Office. » Niccolini le remercie de cette nouvelle grâce dont il rendra compte au grand-duc, et se retire. « Revenu chez « moi, dit-il, en terminant sa lettre, j'ai rapporté au signor Ga-
< lilée une partie de cet entretien ; mais je ne lui ai pas dit que « l'on se propose de l'appeler à comparaître au Saint-Office,
< parce que je suis certain que cette annonce lui donnerait un « grand tourment, et le ferait vivre dans l'inquiétude jusqu'à ce « moment-là, le pape m'ayant déclaré, relativement à l'expédi-
« lion de l'affaire, qu'on ne saurait jusqu'ici prévoir quand elle - « aura lieu, et que l'on fera lout ce qui sera possible pour la « hâter. »
Ed dehors de ces démarches officielles, Niccalini ne négligeait aucun soin pour se tenir au courant de ce qui se préparait. Déjà, le grand-duc ayant appris que les cardinaux Scaglia et Bentïvoglio feraient partie de la congrégation formée par le pape, leur avait écrit particulièrement pour leur recommander Galilée. Niccolini parvient à découvrir le nom des huit autres qui seront adjoints à ceux-là; et par une dépêche datée du 9 mars, il demande que Son Altesse leur fasse le même honneur, de peur qu'ils ne s'imaginent qu'elle a pour eux moins d'estime ou leur accorde moins de confiance. Ces lettres furent immédiatement écrites, et ceux à qui elles étaient adressées les reçurent avec une reconnaissance mêlée de beaucoup d'hésitation, en s'excusant de ne pas y répondre de peur de se rendre suspects. Tous se trouvèrent ainsi intérieurement disposés à des sentiments do modération et d'indulgence, quoiqu'ils n'osassent pas les manifester au dehors.
Le jour de Pâques approchait, et il était probable que le procès n'aurait lieu qu'après les fêtes. Le mercredi 6 avril, le cardinal Barberino fait dire à l'ambassadeur qu'il désire le revoir. Celui-ci se rend le lendemain chez le cardinal, et dans une lettre en data du 9 avril il rend compte de cette entrevue. — Le cardinal Barberino me dit a avoir été chargé par Sa Sainteté et par la con- < grégation du Saint-Office, de m'apprendre qu'afïn d'expédier « l'affaire du signer Galilée, on ne pouvait pas se dispenser de a l'appeler à.se présenter en personne au Saint-Office; et que, ne « sachant pas si une seule séance de deux heures suffira pour la « terminer, il se pourrait qu'il devint nécessaire de l'y retenir « pour le besoin de la cause; que l'on a voulu me faire connaître « cette détermination, par égard pour la maison de l'ambassade « où il habite actuellement, pour moi-môme à titre de ministre, « comme aussi en raison des bons rapports que Son Altesse Séré- « nissime entretient avec le Saint-Siège, particulièrement dans « les matières qui concernent l'Inquisition ; et enfin par le respect
« dû à mi prince aussi zélé qu'il l'est pour la religion. Après « avoir beaucoup remercié Sou Eminence, de la considération « que le saint père et la congrégation montraient envers cette i sérénissime résidence, et envers moi comme ambassadeur , » j'ajoutai ne pouvoir me dispenser de représenter, lajnanvaise « santé de ce bon vieillard, qui depuis deux nuits n'a fait que « gémir et se plaindre de ses douleurs de goutte, son grand âge, « le tourment d'esprit qu'il va ressentir; et que, par toutes ces « considérations je croyais pouvoir supplier Sa Sainteté de réfléa chir si elle ne trouverait pas convenable de permettre qu'il re- « vint coucher chaque soir à l'ambassade, en lui imposant l'obli- « gation de ne rien révéler de ses interrogatoires, sous peine de « censure. Le cardinal me parut ne pouvoir espérer aucune per- « mission de ce genre, quoique, dans la suite de la conversation, « je le suppliai de (aire sur ce sujet quelque réflexion. Hais, en t échange, il m'offrit pour lui toutes les commodités désirables; « qu'il, n'y serait pas tenu comme en prison, ni mis au secret, « ainsi que cela est d'usage pour les inculpés ordinaires; mais « qu'on lui donnerait de bons appartements , dont même les « portes pourraient bien être laissées ouvertes. Ce matin j'ai eu « aussi l'occasion de voir le pape ; et, après que je lui eus fait mes a remerciements pour la communication anticipée dont il avait « bien voulu me favoriser, il m'a témoigné de nouveau le dé-
< plaisir qu'il ressentait de ce que Galilée fût entré dans ces ma- « tières, qu'il estime être extrêmement graves, et de grande im- « portance pour la religion. Lui, néanmoins, prétend soutenir « très-bien ses arguments. Mais je l'ai exhorté, pour en finir plus « vite, à ne pas s'inquiéter de les défendre, et a. recevoir avec sou- « mission tout ce que l'on voudra qu'il croie, ou qu'il tienne « pour vrai, quant à la mobilité de la terre. Il se montra profon- « dément affligé de tout cela, et je l'ai vu si abattu, que je crains
< beaucoup pour sa vie. On a obtenu qu'il puisse garder avec lui « un domestique, et avoir toutes les autres commodités qui lui
Si MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
« sont nécessaires. Nous travaillons tous tant que nous sommes « ici à le consoler, et à lui venir en aide par nos amis, près des « personnes qui prennent part à ces délibérations. Car, vérita- « blement, il mérite toutes sortes de bontés; et toute ma maison « qui l'aime extrêmement, ressent une peine indicible de ce qui « lui arrive. »
Trois jours après l'avis donné par le cardinal Barberino, le mardi M avril, Galilée fut mandé au Saint-Office. Je raconterai plus loin les interrogatoires qu'on lui ût subir. Mais, pour ne pas perdre de vue l'importante question du traitement qui fut fait à sa personne, je continue d'en suivre les détails dans la correspondance de l'ambassadeur, qui, ainsi qu'on va le voir, ne resta pas un seul jour sans en être directement et minutieusement informé. Le 46 avril il écrit au secrétaire d'État Cioli... «Conformément « a la communication que j'avais reçue du cardinal Barberino, le * signor Galilée s'est présenté mardi matin, 42 avril, par-devant le « commissaire du Saint-Office, lequel Va reçu avec toutes sortes de « démonstrations bienveillantes. Il lui a fait assigner pour loge- « ment, non pas les chambres ou cabinets secrets, que l'on a cou- « tume de donner aux inculpés, mais le propre appartement du « Fiscal de ce tribunal ; de façon que, non-seulement il habite « parmi les ministres (du Saint-Office), mais en outre il y reste à « portes ouvertes, et libre de se promener par tout l'intérieur du pa- « lais. Néanmoins, il croyait pouvoir revenir ici le soir, parce qu'il « avait été examiné immédiatement; mais le même commissaire « répondit à mon secrétaire qui le lui avait amené, ne pouvoir « faire plus que ce qui lui sera ordonné après avoir rendu compte « de sa comparution, et de ce qu'on aura tiré de lui, dans'ce prête mier examen. On peut présumer toutefois qu'il sera prompte- « ment expédié, parce que, comme me l'ont représenté les cardi- « naux Barberino, Bentivôgtio, et Sa Sainteté elle-même, on a « procédé dans cette affaire par des voies douces et inusitées, en « considération du zèle de Son Altesse pour les intérêts de la
MELANGES SCIENTIFIQUES ET LITTEIl AIRES. 2'6
€ Sainte Inquisition. Car il n'y a pas d'exemple de procès faits
* à ce tribunal sans que les personnes inculpées, aient été mises « en prison, même au cachot ; en quoi il lui a été bien utile d'être- « un serviteur de Son Altesse, et, a ce titre d'avoir été reçu, comme « hôte, à la résidence de son ambassadeur; chacun sachant que « tous autres, qu'ils soient évéques, prélats, ou personnes titrées, « aussitôt qu'ils sont arrivés à Rome, sont mis an château ou « dans le palais même du l'Inquisition, et y sont tenus resserrés
< avec la dernière rigueur. En outre, on permet que son domes- « tique le serve et couche au palais, que lui-même y aille et vienne « librement comme il lui plaît; et, ce qui est plus encore, que sa « nourriture lui soit apportée de chez moi, dans son appartement, « par mes propres domestiques, lesquels reviennent ensuite dans « ma maison, le matin et le soir. Comme toutes ces facilités sont
< accordées, en considération de Son Altesse, et des égards qui « sont dus à cette sérénissime résidence, je croirais à propos d'en
< faire adresser des remerciements particuliers à Sa Sainteté, t quand notre pauvre Galilée sera sorti de ces tracas. En atten- « dant je remplirai moi-même ce devoir envers Sa Sainteté et le
* cardinal Barberino, lequel, dît le Commissaire, porte beaucoup
* d'intérêt à l'accusé, qu'il a même puissamment assisté, en adou-
< cissant l'esprit du pape d'une façon peu ordinaire. Lui, cepen- « dant, s'afflige d'être renfermé au Saint-Office. Cela lui semble « dur, et je continuerai d'insister pour qu'on l'expédie prompte- « ment, comme je n'ai cessé de le faire depuis qu'il est sorti de « chez moi... On lui a vraisemblablement défendu, sous peine « d'excommunication, de rien révéler des interrogatoires aux-
* quels on le soumet. Car, à mon intendant Tolemeo, il n'a voulu « en dire chose quelconque, pas même seulement, s'il lui est « permis ou non d'en parler. » Quand nous en viendrons à ces interrogatoires, on verra que Galilée n'avait aucun intérêt, et n'aurait trouvé aucun plaisir, a en révéler les détails.
Le 25 avril Niccolini écrit encore : « Le signor Galilée est tou-
« jours au Saint-Office, avec les mêmes facilités. Il m'écrit tous « les jours et je lui réponds, eu lui exposant mes sentiments avec « une entière liberté, sans que cela donne lieu à aucune remar- « que. Jusqu'ici, on ne s'occupe point de son livre, mais seule- « ment de rechercher pourquoi le maître du sacré palais a donné « la permission de l'imprimer, sans que Sa Sainteté dise en avoir « rien su... Avant qu'elle partit pour Castel Gandolfo, j'ai vu le « cardinal Antonio (Barberino) pour lui recommander de nou - « veau Galilée ; et comme j'apprends de ce dernier lui-même, « qu'il a écrit au signor Geri Boccherini, à Florence, je pense que « cette démarche que j'ai faite près de Son Eminence lui aura été « particulièrement utile. »
Galilée écrivit en effet alors à son ami Boccherini deux lettres, qui ont été publiées, d'après les autographes, au tome VII de l'édition de Florence, pages 29 et 30. Dans la première, datée du 4 6 avril 1 633, il dit d'abord ; « Par suite d'une requête que j'ai « adressée à Son Éminence le cardinal Barberino, je crois que i l'on va commencer ici à traiter de mon affaire, sous l'obligation « habituelle d'un profond secret, cequi exige que je me tienne ici « retiré, mais toutefois en jouissant d'une entière liberté de mou « ventent et de commodités insolites, ayant trois chambres qui « font partie du logement qu'habite le Fiscal du Saint-Office, aveo « la libre et ample faculté de me promener dans toute l'étendue « de ce palais. Quanta ma santé, je me porte bien, grâce à Dieu, « ainsi qu'à la bonne chère qui m'est envoyée da l'ambassade, « par l'exquise courtoisie du seigneur ambassadeur et de madame « l'ambassadrice, laquelle se montré extrêmement soigneuse de « pourvoir à tous mes besoins, jusqu'à la profusion..: » Le. resie de la lettre ne traite que d'affaires de famille.
Dans l'autre lettre, datée du 33 avril, il dit : « Je vous écris de « mon lit, où je suis depuis seize heures retenu, souffrant dans « une cuisse d'excessives douleurs, qui d'après la pratique fré- « quente que j'en ai, devront se dissiper sous peu, comme les
« autres fois1. Le Commissaire, et le Fiscal, qui sont mes examina- « teurs, sont venus tout à l'heure me visiter, et m'ont donné leur « parole qu'ils ont la ferme intention de ra'expédier aussitôt que « je pourrai me lever de mon lit ; me répétant, à plusieurs repri- « ses, de ne pas m'affliger et d'avoir bon courage. » Le reste de la lettre ne fait qu'exprimer sa confiance dans ces promesses, et charger Boccherini de faire ses compliments à diverses personnes... On le renvoya effectivement sept jours après a l'ambassade, parfaitement remis de son indisposition, comme on le verra par une dépêche de Niccolini que je vais rapporter. Mais déjà, de tout ceci, on peut tirer la conséquence certaine, que, pendant cette première détention au Saint-Office, qui dura dix-neuf jours, depuis le 12 jusqu'au 30 avril 1633, Galilée ne fut pas tourmenté dans sa personne, ni même mis un seul instant au secret.
.Voici maintenant la dépêche de Niccolini, qui complète ce premier acte du drame :
« 1" mai 1633. Hier, quand je m'y attendais le moins du « monde, le signor Galilée m'a été renvoyé dans celte résidence , < quoiqu'on n'ait pas encore Uni de l'examiner. Cette faveur lui « est venue a la suite d'une requête adressée par le P. Commis- « saire au cardinal Barberino, lequel, de lui-même, sans consulter « la congrégation, l'a fait libérer, afin qu'il puisse se remettre da « ses douleurs et de ses indispositions habituelles, qui l'ont ces « jours-ci continuellement tourmenté. Ce même F. Commissaire « montre l'intention de s'employer pour que cette cause soit en- « terrée, et enveloppée dans le silence. Si cela peut s'obtenir, ce « sera pour lui un grand .débarras, qui le délivrera de beaucoup « d'ennuis et de périls. » Deux jours après, Niccolini ajoute : « Le signor Galilée, comme je vous l'ai annoncé, a eu la permis- « sion de revenir dans cette résidence, où il me parait être re- « tourné dans un état de santé meilleur qu'auparavant. Comme « il désire beaucoup que son procès se termine, le P. Commis* « saire du Saint-Office lui a donné quelque espérance de venir
« le trouver à celte fin, continuant toujours de lui faire dans sa « position tous les plaisirs possibles, et de montrer beaucoup de « considération pour cette sérénissime résidence. »
Ces délais que l'on ne pouvait prévoir ni abréger, amènent, de la part d'Andréa Cioli, une dépêche conforme au caractère insolent, et sans délicatesse, que l'histoire lui reproche. C'était lui qui administrait alors les finances du grand-duc. Dans sa réponse à l'ambassadeur, il glisse cette phrase : « Je crois devoir rappeler « à Votre Excellence, qu'en vous écrivant de recevoir à l'ambas- « sade le signor Galilée, j'ai assigné à cette faveur le terme d'un « mois, parce que, au delà de ce temps, il faudra que ses dépenses « soient à son compte. » Mais en retour, le 45 mai, Niccolini lui envoie la noble dépêche que l'on va lire :
Rome, le 15 mail 633. «Le signor Galilée se porte fort bien. « Mais son procès ne vient pas encore à conclusion; et en atten- « dant il demeure toujours séquestré dans cette résidence, avec « quelque déplaisir de ne pas pouvoir faire de l'exercice. Quant « a ce dont Votre Seigneurie m'avise, que Son Altesse n'entend pas c le défrayer de ses dépenses, passé le premier mois, je puis vous « répliquer qu'il ne me convient' nullement d'entrer en explica- * (ion avec lui sur un pareil sujet, pendant qu'il est mon hôte. « Et je le prendrai plutôt à ma charge. Car, en fin de compte, cela « ne passera pas 14 ou 15 écus par mois, toute dépense com- « prise; de sorte que, dût-il demeurer encore six mois ici, a « cause de l'été, cela montera en somme, pour lui et son domes- « yque,à90 ou 100 écus. »
Pendant ce second intervalle de séjour forcé que fit Galilée au palais de l'ambassade, où il resta ainsi relégué durant sept semaines, depuis Je 1er mai jusqu'au 20 juin, Niccolini ne cessa pas de l'entourer des plus tendres soins, et de faire en sa faveur les démarches les plus actives. Le 31 mai; il a une entrevue avec le pape et le cardinal Barberino, qui lui donnent l'assurance d'une conclusion prochaine. Et le lendemain, en rendant compte de
cette entrevue à sa cour : « Je me doute Lien, écrit-il, que le « livre sera prohibé, et que lui-même sera condamné a quelque «pénitence salutaire (terme d'office), sur l'imputation d'avoir « désobéi à la défense de soutenir la mobilité de la terre, qui lui a avait été personnellement faite et signifiée, en 1616, par le car- « dinal Bellarmioo. De tout cela je ne lui ai rien dit jusqu'ici, « pour ne pas l'affliger, et le préparer tout doucement a ces idées. « C'est pourquoi il sera bien que ces particularités soient tenues « secrètes là-bas (à Florence), pour qu'elles ne lui reviennent « point par ses.amis. » Provisoirement, comme Galilée souffrait d'être privé d'exercice, à quoi il était habitué, Niccolîni obtient pour lui la permission d' être conduitaux jardins de la villa Médicis, dans une voilure fermée, pour y jouir de quelque promenade. A mesure que la crise approche, ses soins redoublent. Le 18 juin 1633, trois jours avant la clôture définitive du procès, il rend compte d'une importante entrevue qu'il vient d'avoir avec Urbain VIII.
« J'ai de nouveau sollicité l'expédition de la cause du signor a Galilée. Sa Sainteté m'a appris qu'elle est terminée; et que, « daos le cours de la semaine prochaine, il sera mandé, un matin,
< au Saint-Office, pour entendre prononcer Lla décision , ou la « sentence. Sur cela, je suppliai Sa Sainteté de vouloir bien, en « considération de Son Altesse Sérénissime notre souverain, mi- « tiger la rigueur dont la sainte Congrégation aurait cru devoir « user dans cette affaire, pour laquelle Son Altesse avait déjà reçu a d'elle tant de faveurs, dont elle lui témoignerait personnellea ment sa reconnaissance. Le pape me répondit que Son Altesse « n'avait nul besoin de prendre cette peine, ayant volontiers ac- « cordé, pour l'amour d'elle, toutes les facilités possibles au signor
< Galilée. Hais, ajouta- t-il, quant à la cause, on ne peut faire « moins que de prohiber cette opinion, parce qu'elle est erronée a et contraire aux Saintes Écritures, qui ont été dictées ex ore. « l)ei. Pour ce qui concerne sa personne, d'après l'usage ordinaire,
« il devra demeurer en priBOn pendant quelque temps, pour avoir « contrevenu aux ordres qui luiavaientété donnés dès1616. Mais, « lorsque la sentence sera publiée, je vous reverrai, et nous exa-
< minerons ensemble ce qui pourra se faire de moins mal et de
< moins affligeant pour lui ; parce qu'il ne peut sortir de ce pas, « sans quelque démonstration relative à sa personne. Je recom- « mençal alors a supplier humblement Sa Sainteté de prendre « en commisération, avec sa bonté habituelle, le grand âge de « soixante-dix ans de ce non vieillard, et aussi sa parfaite sincé- « rite (a dire vrai, cette dernière raison n'était pas bonne).- Mais « elle me témoigna qu'on ne pourrait pas moins faire que de le « reléguer pendant un temps dans quelque couvent, parce que, « sans savoir encore précisément ce que la congrégation pourra i. décider, elle est unanime à lui imposer une pénitence, 'fou- « tefois, pour éviter les précédents, Sa Sainteté veut que l'on « sache bien, que l'on a mitigé ici toutes les rigueurs de la pro- « cédure habituelle, en considération de Son Altesse Sérénissime «le grand-duc, notre souverain. Car, véritablement, pour cela, « et non pour aucun autre motif, toutes les facilités possibles ont « été, et continueront d'Être accordées à son protégé. J'ai seule- « ment annoncé jusqu'ici au signor Galilée, la prochaine expé- * dilion de sa cause, et la prohibition de son livre, mais j'e ne.lui « ai rien dit de lapunition personnelle pour ne pas l'affliger, et ne « pas lui apprendre le tout à la fois; d'autant quelesaint père m'a « ordonné de ne pas lui en parler pour ne pas le tourmenter en- « core davantage; et parce que, peut-être, en continuant de traiter « l'affaire, les choses pourraient s'adoucir. » On voit clairement apparaître dans cette conférence, la chaleureuse bonté de Niccolini , l'efficacité de la protection du grand-duc ; et aussi, le retour d'Urbain VIII à des sentiments de commisération et d'indulgence, envers cet homme illustre, qu'il avait traité autrefois comme un ami , et qui depuis , l'avait publiquement offensé.
Trois jours après cette entrevue, l'orage éclate; et Niccolini en rend compte à sa cour :
te Rome le (dimanche) 26 juin 1633. Lundi soir (80 juin), le sl- « gnor Galilée a été mandéau Saint-Office. Il s'y est rendu en consé- « quence mardi matin (21), et on l'y a retenu. Mercredi (£3), on « l'a mené à l'église de la Minerve, par-devant les cardinaux et les * prélats de la congrégation. Là, non-seulement on lui a tu sa « sentence, mais encore on lui a fait abjurer son opinion1. »
Ce dernier acte du drame a été public. Toutes les circonstances en sont connues, ayant été immédiatement promulguées, et livrées à l'impression par l'ordre du tribunal. Si Galilée a été torturé dans ta personne, comme l'ont prétendu des écrivains très-postérieurs à ce temps, ce n'est pas dans cette séance solennelle du 22, qu'il aurait dû Titre, puisqu'elle avait pour objet la publication du jugement rendu, et l'abjuration qui en était une des conséquences. Or, nous avons matériellement prouvé que, pendant sa première détention au Saint-Office, depuis le 12 jusqu'au 30 avril, Oalilée n'avait reçu dans sa personne aucun traitement afflictiL Il nous reste donc uniquement à découvrir ce qui s'est passé dans la séance du mardi 21 juin, où l'arrêt porté contre lui a été résolu ; et nous le ferons tout à l'heure, d'après le procès-verbal de cette
* Les indications de dates, ou de Dams de jours, que j'ai renfermées entre des parenthèses, se concluent du texte même de la dépêche.
Elle est datée de Home le 36 juin 1633. Cette-date est du style grégorien.
Or, en appliquant ici les règles exposées au chapitre I" de mou ouvrage, intitulé! Bêtumé de chronologie astronomique, p. 250-258 (mémoires de l'Académie des sciences, t. XXII), on constate aisément que l'année grégorienne 1633, qui est commune, commençait par un samedi.
Hais, dans toute année commune qui commence par un samedi, on peut constater, soit par l'inspection des almanachs, soit par le calcul direct, que lo 26 juin est un dimanche. Tel est donc le jour de la semaine auquel Niccolini a écrit sa dépêche.
Maintenant, dans tout ce qu'il dit de Galilée il parle au passé. On peut donc, par une compulation rétrograde, connaître les dates de tous les jours précédents qu'il mentionne par leurs nome; c'est ainsi que je les ai obtenus, et marqués entre des parenthèses.
séance même qui est maintenant connu en original. Provisoirement, je continue de suivre les détails rapportés dans la dépêche de l'ambassadeur.
« La sentence porte la prohibition de son livre, et sa propre con- « damnation à la prison du Saint-Office, pendant un temps limité « par le bon plaisir de Sa Sainteté, pour avoir désobéi à l'injonc- « tion qui lui avait été faite sur ce sujet il y a seize ans. Sa Sain- - « teté a immédiatement (subito) commué cette peine, en une dé- « lention au jardin de Trmità del Monte (la villa Médias;, où je « l'ai conduit vendredi (24 juin) au soir, et où il se trouve ac- « tuellement, attendant les effets de la clémence de Sa Sainteté... * Il me parait fort affligé de la punition personnelle qu'on lui a « imposée, laquelle lui a été très-imprévue; parce que, quant au « livre, il paraissait se soucier peu qu'il fût prohibé, s'y étant « depuis longtemps attendu. »
Si Galilée, âgé de soixante-dix ans, avait été mis à la torture dans la séance du mardi 21 juin, quelle bonne grâce aurait eu le pape a lui accorder aussitôt la faveur d'être transféré dans les délicieux jardins de la villa Me'dicis t Comment, trois jours après, ce malheureux vieillard n'aurait-il pas porté sur sa personne les traces de cette rigueur? Comment les aurait-il cachées ou dissimulées, à Niccolini, qui lui donnait tant de marques de sa vive affection î II y a là une réunion d'invraisemblances, qui ne permet pas de concevoir raisonnablement un soupçon pareil.
Niccolini ne cessa point d'employer activement et efficacement son influence, pour que la détention de Galilée à la villa Médicis fût abrégée. Après peu de jours, il obtint qu'il s'en allât résider à Sienne, dans le palais de l'archevêque Ascanio Piccolomini, dont l'amitié lui était depuis longtemps acquise. On en jugera par le billet suivant que ce prélat lui avait adressé à Rome dès le 12 juin.
« L'expérience que j'ai de la lenteur habituelle de cette cour, « me console de la peine que j'éprouve à voir larder l'instant où
c ma maison sera honorée de votre présence. Mais, comme les
< dernières intentions manifestées par Sa Sainteté vous promet- « tent une prompte et favorable expédition, si, pour une litière, « ou quelque autre commodité, vous reconnaissez ma bonne dis-
< position à vous servir, Vous pouvez en user avec toute liberté; « et je n'ambitionne près de vous d'autre titre que celui d'un vrai c et sincère ami, sans cérémonie quelconque.
Par suite de ces heureuses négociations, Galilée put quitter Rome le mercredi 6 juillet 1 633 ; et le 1 0, Niccolini écrit à sa cour : « Lesignor Galilée est parti mercredi dernier, en très-bonne santé, « pour Sienne; et il me mande de Viterbe qu'il a fait quatre « milles à pied, par un temps très-frais. » Une si longue course à un tel âge, faite volontairement à pied, par pur plaisir, avec une satisfaction de vieillard, ne dénote certes pas un homme qui aurait souffert la torture corporelle, quinze jours auparavant.
Galilée resta cinq mois chez l'archevêque. Ce fut seulement dans les premiers jours de décembre 4633, que Niccolini obtint pour lui la permission de.revenir résidera sa maison de campagne d'Arcetri, près de Florence, sous la condition expresse d'y recevoir peu de monde, et de ne pas y tenir d'assemblées académiques. L'irritation se maintint longtemps très-vive à Rome, et se tourna violemment contre l'ancien maître du sacré palais, le P. Ricardi, qui s'était laissé surprendre l'autorisation d'imprimer les dialogues . Cette irritation était d'autant plus naturelle, que la prohibition qu'on en avait faite était venue trop tard pour les empêcher de se répandre en Italie et à l'étranger. Ricardi fut disgracié ; mais le mal qu'il avait causé était sans remède. Alors, ne pouvant plus arrêter l'essor du livre, on se vengea de celle impuissance, en mettant de perpétuelles entraves à la liberté de l'auteur. .
Dans ce qui précède, je n'ai fait que recueillir, et présenter par ordre de dates, les documents de détail, fournis par la correspondance de Niccolini avec la cour de Toscane, pendant la durée du
procès de Galilée. le ne pouvais puiser à une meilleure source. Car tous les embarras, tous les périls, auxquels 11 se trouva alors exposé, se voient, dans cette correspondance, officiellement suivis, et racontés sans réticences, avec te tendre intérêt d'un ami en position de les bien connaître, qui employait chaleureusement son crédit à les prévenir, les détourner, ou en adoucir les conséquences. Si, contre toute apparence, Galilée avait été soumis à des tortures corporelles, Niccolini s'en serait aperçu; il l'aurait écrit a Florence, et s'en serait hautement plaint au pape, comme d'une inattendue et violente injure faite au grand-duc, . dans la personne d'un de ses serviteurs, auquel on le savait particulièrement affectionné. Ne trouvant donc, dans les faits extérieurs, aucun indice, aucun vestige, de cette inutile cruauté, qui aurait été, eu outre, souverainement impolitique, il ne nous reste plus qu'à connaître les scènes intérieures de ce drame, c'est-àdire, à savoir ce qui s'est passé dans les séances secrètes, où Galilée fut examiné par les commissaires du Saint-Office. Or, les interrogations qu'on lui adressa, les réponses qu'il y fit, ses excuses, ses désaveux, ses soumissions définitives, se voient aujourd'hui imprimés, d'après les registres mêmes de ce tribunal, dans l'ouvrage de Monsignor Marino-Marini, intitulé ; Galileo e l'Inquisizione, qui a paru à Rome en 4880. Je n'aurai donc qu'à les en extraire.
Les interrogatoires subis par Galilée sont au nombre de quatre. Les deux premiers eurent lieu le 43 et le 30 avril 4633, pendant sa première détention au palais du Saint-Office, où il n'éprouva d'autre rigueur que de n'en pouvoir sortir. Le troisième, en date du 40 mai, ne l'empêcha point de continuer à résider chez l'ambassadeur. Le quatrième et dernier eut lieu le 24 juin. Ge fut à la suite de celui-ci qu'on lui déclara sa condamnation, et qu'il dut faire le lendemain 22 son abjuration publique. Nous allons nous transporter successivement à ces quatre séances du tribunal, dont Monsignor Marino-Marini nous rapporte les procès- verbaux.
Dans tous, nous dit-il, les interrogations faites par les commissaires sont exprimées en latin, les réponses en langue vulgaire. Monsignor Marini nous donne les premières, traduites sous la même forme. Cette transformation est regrettable. La traduction des pièces d'une procédure, a toujours moins d'autorité que les originaux. Ici nous serons forcés de nous en contenter.
La première séance, celle du 12 avril, s'ouvre, suivant la forme de jurisprudence particulière à ce redoutable tribunal, qui veut que l'inculpé s'accuse lui-même. Le commissaire demande d'abord a Galilée s'il sait, pour quelle cause il a été mandé a Rome. A cela il répond : « Je m'imagine que c'est pour rendre compte du
■ livre que j'ai dernièrement publié. J'en ai jugé ainsi, d'après € ce que, peu de jours avant qu'il me fût ordonné de venir à c Rome, on enjoignit au libraire ainsi qu'à moi , de ne plus « mettre ce livre à la disposition du public, et, qu'en outre, le
■ libraire reçut l'ordre d'en envoyer l'original à Rome, au Saint - € Office. > Étant provoqué à dire, quel est le livre, pour lequel il s'imagine lui avoir été enjoint de venir à Rome, il répond : « C'est
< un livre écrit en dialogues qui traite de la constitution du
< monde, des deux grands systèmes (astronomiques), de l'arran- « gement du ciel, et des éléments. » Lui étant montré un livre intitulé : iDialogo di Galileo Galilei, Linceo, etc., imprimé à Flo-
< rence en 1632, il le reconnaît pour sien, et composé par lui
< depuis dix ou douze ans, dont il y en a employé, quoique non
■ pascontinoement, sept ou huit.» 11 parle ensuite de l'intimation quilui avait été faite par le cardinal Rellarmino, en 1 61 6, laquelle il n'avait pas cru nécessaire de mentionner au maître du sacré palais, en lui demandant l'autorisation d'imprimer son livre. « N'ayant, dit-il, dans ce même livre, ni tenu, ni défendu l'opi- « nion de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil;
< ayant même démontré l'opinion contraire, et que les raisonne- € ments de Copernic sont sans force et non concluants (*owo
« invalidi enon coTwludenti). «Ainsi finit le premier interrogatoire que Galilée confirma de sa signature :
Moi, Oalilro Gai.ii.ei, ai déposé comme ci-dessus.
J'ai tiré, mot pour mot, ce passage du livre de Monseigneur Marini, pages 126, 127. On voit qu'il n'y donne pas le texte même, mais un simple extrait de l'interrogatoire. En cela il a eu, selon moi, un grand tort. Car, non-seulement il manque à la condition d'entière publicité qui avait été acceptée, mais encore il porte préjudice à la vérité que Rome avait tant d'intérêt à mettre au jour. En effet, tout son livre est empreint d'un tel sentiment de malveillance si continu et si aigre, contre le malheureux Galilée, qu'il semblerait, en vérité, s'être proposé, non pas d'exposer avec sincérité les circonstances de son procès, mais pluWt de le lui refaire, pire qu'il n'avait été alors. De sorte .que l'ardeur de sa passion rendant son témoignage justement suspect, on pourrait croire qu'il aurait volontiers dissimulé des violences corporelles, s'il y en avait eu d'exercées. Heureusement, nous avons tiré d'ailleurs, des preuves indubitables, qu'on ne s'est pas porté à de tels excès. Ainsi nous pourrons profiler sans crainte, des détails de ces scènes intérieures, que Monsignor Marini a bien voulu nous laisser voir.
La deuxième séance tenue par les commissaires instructeurs eut lieu le 30 avril. D'après ce que Monsignor Marini en rapporte à la page 129 de son ouvrage, elle aurait été entièrement ou presque entièrement remplie par uu long discours de Galilée, où il confesse humblement ne s'être peut-être pas assez strictement conformé à la défense que le Saint-Office lui avait faite autrefois de soutenir et d'enseigner, quovis modo, l'opinion déjà condamnée de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil ; ce qu'il rejette sur le penchant naturel qu'on a, en écrivant des
dialogues, « à faire parier chaque personnage avec toute la force
< et la subtilité imaginables en faveur de l'opinion qu'on lui at- « tribue. Ainsi, dit-il, en revoyant aujourd'hui mon livre, comme «• un ouvrage qui me serait étranger, je reconnais m'être laissé « quelquefois emporter, par un sentiment de vaine gloire, a
< mettre dans la bouche de l'adversaire (le partisan de Copernic) « que je voulais réfuter, des arguments si vifs et vigoureux, qu'un « lecteur non prévenu, pourrait bien ne pas les tenir pour faibles « et facilement récusantes, comme je les croyais, et les crois en- « core... Si j'avais à écrire aujourd'hui les mêmes arguments, je
< suis bien assuré que je les écrirais de telle manière, qu'ils ne « présenteraient plus cette apparence de force , dont ils sont
< essentiellement et réellement dépourvus... » Puis, revenant sur ce thème, a la fin de la séance, « si l'on voulait bien, ajoute-t-il, « me donner l'occasion et le temps de montrer que je n'ai jamais
« tenu, ni ne tiens pour vraie l'opinion condamnée de la mobilité , « de la terre et de l'immobilité du soleil, j'ajouterais aisément a « mes dialogues deux nouvelles journées, où je promets de re- « prendre les arguments déjà présentés en faveur de cette opi- « nion fausse et damnable, .pour les réfuter avec toute la force € que le bon Dieu me pourrait donner... » L'infortuné espérait vainement que cette condescendance simulée pourrait le soustraire au péril où le mettait l'accusation d'avoir désobéi au Saint- Office. La haine de ses ennemis était trop clairvoyante pour se laisser tromper à ces apparences. Mais que penser de Monsignor Marini qui, à la suite de ce discours, prend soin de faire remarquer que les'raisons alléguées parGalilée, pourse justifier, sont tout a fait insuffisantes?
Après la séance du 30 avril, Galilée est reconduit chez l'ambassadeur, sous la condition expresse de n'avoir aucun commerce avec des personnes étrangères à l'ambassade (de non tractando cum aliisquam cum familiaribus etdomesticis illiuspatatiï), et de se représenter en personne au SaintrOffice, quand il y serait
mandé '. On l'y appela effectivement le 1 0 mai, pour lui signifier de se tenir prêt, dans le terme de huit Jour», à présenter ses défenses, si quat facere voit aut intendit; car Monsignor Marini se montre très-scrupuleux à citer le texte latin , pour des choses de nulle importance. A cela Galilée répond: « J'ai entendu ce que
< Votre Révérence vient de dire; et en réponse, pour ma défense, « c'est-à-dire, pour montrer la sincérité et la pureté de mes inten- «tions, sans prétendre m'excuser complètement d'être tombé «dans quelque excès, je lui remets l'écrit ci-joint, accompagné « d'une attestation signée du cardinal Bellarmino, m'en rappor-
< tant d'ailleurs on tout, ot pour tout, à la bonté et à la clémence
< de ce tribunal. «Alors,- après lui avoir fait apposer sa signature au procès-verbal de cette séance, on le renvoya chez l'ambassadeur ; et habita tjvs tuscriptione , fuit remistus ad domum supradieti oratoris serenitsimi mac/ni ducis. Voilà encore une de ces phrases peu compromettantes, pour lesquelles Monsignor Marini se ferait scrupule de ne pas ciler le texte latin, ce qui, apparemment, a dispensé sa conscience, de nous le donner pour beaucoup d'autres, qui nous auraient paru bien plus importantes. Par les passages de cet écrit de Galilée que Monsignor Marini rapporte, on voit, qu'en substance, il s'y efforce d^atténuer le tort qu'on lui reprochait de n'avoir pas fait connaître au maître du sacré palais, quand il vint lui demander l'autorisation d'imprimer son livre, la signification expresse de ne plus soutenir, ni t/itoms modo docere, le système de Copernic, que le cardinal Bellarmino lui avait adressée par écrit, en 1616. Cette réticence, dit-il, ne doit pas être imputée à mauvaise intention; elle n'a été que l'effet d'une inadvertance, d'un manque de mémoire, d'autres motifs tout aussi plausibles. Mais Monsignor Marini ne se laisse pas prendre à ces apparences. Il s'applique à prouver que Galilée avait sciemment désobéi aux ordres du Saint-Office, et
il ne se montre nullement disposé à l'absoudre sur l'intention. Ce fut en effet, sur ce chef périlleux de l'intention, que porta le quatrième et dernier interrogatoire du 21 juin \ 633 , à la suite duquel Galilée fut condamné*. Le pape en avait ordonné ainsi, ' par un décret spécial daté du 16 juin, que Monaignor Harini a trouvé mentionné au procès, dans ces termes : Sanctitsimus mandant ipsum imterrogandwn este super intentione. Vraisemblablement, cette, détermination fut le résultat de conférences dans lesquelles. la congrégation de cardinaux, instituée pour juger la cause, eut entendu et discuté les rapports des commissaires instructeurs. Hais, Monsignor Harini ne nous révèle point ces mystères. Il ne donné même qu'un maigre extrait de cet interrogatoire si important. Voici comme il le résume, page 61 : Galilée étant mis en présence des officiers {officiait) de l'Inquisition, il lui est demandé, s'il tient, ou a tenu, «depuis quel temps, il aurait tenu (pour vraie) l'opinion de Copernicî A cela il répond : « Autrefois, f c'est-à-dire, avant la décision portée parla sacrée congrégation « de l'index, et avant qu'il m'eût été fait aucune injonction à ce « sujet, je restais indifférent, et je tenais les deux opinions, de « Ptolemée et de Copernic, pour disputables, parce que, Tune et * l'autre pouvaient être vraies en fait (in natura). Hais, depuis c que la décision susdite, a été établie par la prudence des aulo- « rites supérieures, toute ambiguïté a cessé dans mon esprit ; et « j'ai tenu, comme je tiens, pour très-vraie et indubitable, l'opinion « de Ptolemée, c'est-à-dire l'immobilité de la terre et la mobilité « du soleil. » Alors, lui étant opposé , comme présumable, que, depuis l'époque indiquée, il aurait suivi encore la doctrine condamnée, ayant imprimé le livre des dialogues, sur quoi il ait à dire librement la vérité, s'il la suit encore, il répond : < Quant < au livre des dialogues, je ne me suis pas mis à l'Écrire, par la
< Pour l'ider tification de cette date, voyez plus liaut la dépèche de Niccolini, i 36 juin 1633.
40 MÉLANGES SCIENTIFIQUES Kl LITTERAIRES.
« raison que je tienne pour vraie l'opinion coperoicienne ; mais « seulement, dans la croyance d'être utile au public, j'ai exposé « les raisons naturelles, et astronomiques, qui peuvent être pro- « duites pour celle-là on pour celle de Ptolémée; m'ingéoiant à « montrer comment, ni les unes, ni les autres, pas plus du côté « de la première que de la seconde, elles n'ont la force d'argu- « ments démonstratifs; et conséquemment que, pour procéder « avec sûreté, il faut recourir à la détermination tirée de doctrines a plus sublimes, ainsi qu'on le voit manifestement dans beaucoup « d'endroits des dialogues. D't>ù je conclus que depuis ladite dé- « termination venue des autorités supérieures, je n'ai tenu, ni ne « tiens, l'opinion condamnée. » Mais sur cela, il lui fut dit, que, même d'après le livre précité, et d'après les raisons qu'on y voit apportées en faveur de la partie affirmative, c'est-à-dire que la terre se meut et le soleil reste immobile, il se trouve sous la présomption d'avoir suivi le système de Copernic, ou du moins de l'avoir suivi quand il lui en fut fait la défense : qu'en conséquence, il se résolve à confesser la vérité, parce que faute de le faire, devenielur contra ipsum ad remédia juris et facti opportuna, page 62 ; ou, page 59, suivant une autre version plus explicite, alias devenieturad torturam. Sous l'effroi de celle menace, l'infortuné répond : « Je ne tiens pas , et je n'ai pas « tenu cette opinion de Copernic, depuis que l'on m'a signifié % l'ordre de l'abandonner. Au surplus, je me trouve ici dans « vos mains , faites de moi ce que vous coudrez. Je suis ici « pour faire ma soumission Iper far obedienzia) , je n'ai pas tenu « cette opinion depuis qu'elle a été condamnée. » Là, dit Monsignor Marini , se termine ce quatrième et dernier acte de son procès. Après quoi les commissaires ajoutent : et cum nihil aliud possei haberi, remissus fuit ad locùm suum; c'est-à-dire au palais de l'ambassadeur de Toscane, suivant l'interprétalion de Monseigneur Marini.
J'éloigne, pour un moment, les réflexions que ce document
MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. il
suggère. Je ne veux d'abord qu'eu fixer la valeur. L'interprétation que Monsignor Marini donne de la dernière phrase, dit plus que le texte; et ce plus, est à la fois sans vraisemblance et sans vérité. Les deux mots, locum tuum, peuvent tout aussi bien désigner le logement qui avait été assigné à Galilée dans les appartements du Saint-Office, que le palais de l'ambassadeur, où, après les premiers interrogatoires, il lui avait été permis de se tenir, en attendant qu'il fût appelé de nouveau pour être définitivement examiné et jugé. Ce dernier examen eut lieu dans la séance du 34 juin. Le délibéré du jugement dut immédiatement suivre. Car la sentence de condamnation lui fut signifiée le lendemain 22 ; et il fut conduit, ce même jour, à l'église de la Minerve, pour y faire publiquement l'abjuration qui lui était imposée. N'est-il pas bien naturel, qu'entre ces deux actes consécutifs, et si proches, on l'ait gardé au Saint-Office, plutôt que .de le renvoyer en liberté chez l'ambassadeur, d'où il aurait dû revenir après quelques heures, pour entendre prononcer son jugement, et accomplir la formalité pénale qui en était la conséquence? Mais, qu'est-il besoin d'alléguer des vraisemblances? L'alternative est décidée par la dépêche de l'ambassadeur, en date du 26 juin, que j'ai rapportée plus haut. Car il y est formellement dit, qu'après la séance ■ du 21 juin, Galilée resta détenu au Saint-Office, et fut conduit le lendemain à la Minerva.
Je suis persuadé que Monsignor Marini a donné cette légère entorse à la vérité, dans la bonne intention de s'en faire un argument décisif, pour démontrer que Galilée n'a pas été mis à la torture. Car, à la page 61 de son livre, il en tire précisément cette conséquence favorable, en présentant d'avance, comme un fait, ce qui, à la fin de la page suivante, se trouvera n'être qu'une affirmation fausse, prêtée par lui au texte, qui ne la contient pas4.
' Voici les propres paroles de Monsignor Marini, page 61, qu'il fait servir de préambule à ce quatrième et dernier interrogatoire du îl Juin, dans lequel
43 MELANQP.8 flCIENTIFIQUIB IT LITTERAIRES.
La portion de ce. dernier interrogatoire, qui a été transcrite par Monsignor Marini , constate positivement que Galilée a été menacé de la torture. Elle ne dit rien de plus. Heureusement, nous avons démontré, à posteriori, par des preuves certaines, qu'il n'a pas été matériellement torturé. Tenons-nous-en à cette conclusion, et ne la laissons pas vicier, en y associant l'argument faux de Monsignor Marini. On perd les meilleures causes, quand on altère les faits, ou que Von corrompt le sens des textes, pour les défendre.
Un autre trait compromettant pour la véracité de Monsignor Marini, ce sont les deux énoncés dissemblables de celte menace, qu'il cite, à trois pages de distance, comme également transcrits du texte original. De ces deux versions, laquelle est vraie, laquelle fausse? ou seraient-elles fausses toutes deux? On ne peut le 'savoir. Monsignor Marini affecte de citer littéralement le texte latin, pour des phrases de nulle importance. Comment ce scrupule l'a-t-il exceptionnellement abandonné pour celle-ci, la plus importante de tout le procès?
Non t Galilée ne fut pas alors physiquement torturé dans sa personne. Mais quelle affreuse torture morale ne dut-il pas souffrir, quand, sous la terrible menace des supplices et des cachots, il se vit misérablement contraint à se parjurer contre luimême ; à renier les immortelles conséquences de ses découvertes,
Culilés fut eiàminé « taper intention?... On» prova, eonvincentissima, ch'egli a a cagione dl esao bon fa martoriato, dsilo stesso esame si rileva, poiche non « fu costretto di altro sggiuogere a quelle che spontanément: avea confessaU, « ma tibtramente dimesio s rimandau: al paieaxo delf ambaiciatore Totcano. » Or le fait énoncé dans ce dernier membre de phrase , est positivement démenti par l'ambassadeur lui-mémo qui, dans sa dépêche du 36 juin 1C33, écrit & sa cour : « II sigoor Galilei fu chiamalo lunerîj sera al S. LUicio, ove « si transfert martedi mattina conforme ail' ordine, per sentire quel che potes- « sero desiderare da lui, ed essendo stato rifenuto, Tu condotto mercoledi alla ii Minerva, avant! alli signori canliuali e prelati délia congregaïiooe, dove « non solamente gli fu letta la senteuza, ma fatto anche abjurare le sua opi- • nione. • (F., IX, p. ktiti et us.) Nous avons plus haut retrouvé les dates des trois jours, désignés ici par leurs noms seuls.
à déclarer vrai ce qu'il croyait faux, et a faire seraient de ne plus soutenir désormais ce qu'il croyait la vérité I Comprend-on bien les angoisses de ce martyre : les amertumes dont cette intelligence d'élite fut abreuvée? Et l'on ne proscrivit pas seulement ses pensées d'autrefois; on s'efforcade les enchaîner pour toujours. Depuis cette époque fatale de 4633 jusqu'à sa mort, arrivée le 8 janvier 1642, c'est-à-dire, pendant les neuf dernières années de sa vie, le malheureux Galilée resta dans un état de suspicion sourde, et de surveillance inquiète, dont la rigueur le poursuivit au delà du tombeau. Des théologiens fanatiques voulurent contester la validité de son testament, et lui faire refuser la sépulture ecclésiastique, comme étant décédé sous le coup d'un ohâtiment infligé par l'inquisition. Hais ces odieuses tentatives furent judiciairement repoussées, et Florence, sa patrie, n'eut point à rougir de s'être montrée infidèle envers la mémoire d'un si grand génie, qui lui avait fait tant d'honneur.
Voilà la vérité sur le procès de Galilée. La postérité, dans son impartiale justice, a interverti les rôles du persécuté et des persecuteurs. Hais, eu honorant le génie et le malheur de l'un, sans absoudre les autres, elle ne doit ni exagérer les violences trop réellement exercées, ni taire ou dissimuler les provocations imprudentes qui les ont fait naître. C'est ce double jeu des passions humaines, que j'ai voulu mettre en évidence, dans l'événement que je viens de raconter.
De nos jours, au xixe siècle, la cour pontificale devra profondément regretter d'avoir confié la publication du procès de Galilée à Honsignor Marini. Son livre est une compilation sans ordre ni méthode, rédigée dans un esprit de polémique ardente, qui, au lieu de persuader et de convaincre, par une exposition fidèle des faits et de leurs causes, s'engage imprudemment dans des récriminations périlleuses , où la partialité de l'écrivain pourrait rendre suspecte la fidélité du récit. Combien n'auraitr-il pas été préférable pour les intérêts de la vérité, comme pour l'honneur
du Saint-Siège, que la confection d'une œuvre si importante eût été remise aux mains d'un personnage aussi savant, judicieux, éclairé, que l'était le commissaire du Saint-Office , avec lequel j'eus l'honneur ' de m'entretenir, en 1825, dans les salons du Vatican ! Sans doute , des esprits de cette distinction sont rares'; mais il n'est pas a croire qu'ils manquent aujourd'hui, à Rome. Celui-là connaissait bien mieux que moi le fond , et les particularités du procès, n était bien mieux instruit des intérêts et des passions qui y concoururent, que je ne l'étais moi-même alors. Tout ce qu'il me dit des torts personnels de Galilée envers Urbain VIII, et de la prise qu'ils donnèrent sur lui à ses ennemis, était parfaitement véritable. C'était réellement le nœud de l'affaire, que j'ignorais. En me l'indiquant avec une gracieuse aménité, comme il le Ht, il usa envers moi d'une grande indulgence. Je saisis l'occasion de rendre cet hommage à sa mémoire. Il n'est jamais trop tard pour se montrer sincère et reconnaissant.
Pour compléter cette étude, je joins ici, en note, le texte original de la sentence portée contre Galilée, ainsi que la formule d'abjuration, qu'il prononça en conséquence, le tout ayant été rendu public par le tribunal de l'inquisition. Les considérants résument tous les griefs religieux que le tribunal pouvait ostensiblement alléguer contre Galilée. Il n'y est fait aucune mention des griefs particuliers à Urbain VIII, qui eurent cependant le plus d'efficacité pour envenimer sa cause, et le mettre en péril. On a répandu, comme un fait traditionnel, qu'après avoir abjuré, à genoux, la doctrine de la mobilité de la terre, il aurait impatiemment murmuré, en se relevant, epur' simuove, et pourtant elle se meut ! Hais, outre qu'aucun des personnages contemporains les mieux informés, ne lui attribuent ces paroles, ce que nous avons rapporté de ses aveux, et des renonciations, en apparence volontaires, sur lesquelles il fondait sa défense, éloignent toute idée, qu'il eût osé se jeter témérairement dans un pareil péril. H devait se sentir trop heureux d'être sorti, sain et sauf,
des mains des inquisiteurs, pour s'exposer à- irriter de nouveau leur courroux, par une vaine bravade. Ce e pur' H muove, est un de ces mots de circonstance, inventés après coup, que la tradition adopte et rend célèbres, mais qui n'ont jamais, été prononcés.