DES ÉCOLES PRIMAIRES INSTITUÉES DANS LES VILLES D'ECOSSE
Ces écoles doivent leur existence a l'accumulation de la population dans les villes, et à la diversité des professions auxquelles les enfants sont appelés. Alors les écoles de paroisse ne suffisant plus, il s'est élevé un grand nombre d'établissements entretenus par les rétributions des élèves on par des souscriptions particulières. Le désir de l'instruction est si général en Ecosse, les avantages qu'elle donne dans cette nation civilisée sont si grands, si indispensables, que les parents, même les plus pauvres, la considèrent comme le premier besoin de leurs enfants ; et ils se priveraient d'une portion de leur nourriture , plutôt que de consentir à les en voir manquer. A ce sentiment, il s'en joint un autre, qui est la répugnance à envoyer ses enfants comme pauvres à des écoles gratuites. -Ces circonstances ont fait naître une multitude de petites écoles, conduites, à très-peu de chose près, sur le même plan que les écoles de paroisse, excepté qu'elles sont (oui à fait libres et indépendantes, et dans lesquelles la meilleure instruction primaire se donne à si bas prix que l'on aurait peine à l'imaginer.
II y, a de ces écoles à Glascow, et dans d'autres villes de l'Ecosse, ou. les. enfants apprennent parfaitement à lire, écrire,
et les règles de l'arithmétique, pour la modique somme de quatorze shillings (moins de f8 francs) par an. Elles sont fréquentées par des enfants d'ouvriers ou de très-petits boutiquiers. J'en ai vu une tenue par un jeune homme d'un grand mérite, où l'on apprenait la lecture, l'écriture, l'arithmétique, les changes, la tenue des livres, les opérations de trigonométrie plane, et L'emploi des logarithmes, pour deux guioées (environ cinquante francs) par an. Celle-ci était fréquentée par des enfants de petits marchands, ou par des fils de planteurs des colonies, qui acquéraient là toutes les connaissances nécessaires à la profession à laquelle ils étaient destinés. Les enfants des deux sexes sont instruits ensemble dans ces écoles, comme dans celles de Hollande, sans inconvénients pour les mœurs.
La méthode pour fixer l'attention des élèves et leur donner de l'émulation, soit dans ces écoles, soit dans les écoles de paroisse, a beaucoup de rapport avec celle de Lancastre et de Bell. Par exemple, pour la lecture, les enfants d'une même classe, c'est-àdire, d'une instruction à peu près égale, se rangent debout circulairement devant le maître : le premier lit une phrase; puis, s'il la lit bien, le second continue. Si celui-ci fait une faute, c'est le devoir du troisième de te reprendre; c'est aussi son avantage, car s'il le reprend, il se place avant lui ; mais, à son défaut, tout autre élève d'un rang inférieur peut faire la même chose a son tour, et il gagne aussitôt le pas sur tous ceux qui sont restes muets ou qui se sont trompés dans leur correction. Cette manière de changer de places est très-ancienne dans les écoles d'Ecosse, où on la regarde avec raison comme un moyen extrêmement puissant d'exciter l'émulation et de tenir l'attention continuellement en haleine. Elle a été adoptée par Bell et par Lancastre pour leurs institutions ; mais elle est due aux Écossais.
Les livres employés dans ces petites écoles, pour apprendre à lire, sont à peu près les mêmes que dans les écoles paroissiales,
c'est-à-dire, tels que l'élève les comprenne dans l'enfance, et trouve du plaisir et du profit à les lire à tout âge. Je ne puis trop insister sur ce principe, parce que c'est de là que résultent presque tous les bons effets que l'instruction primaire peut avoir sur l'esprit du peuple, et qu'en y manquant ou le méconnaissant, elle devient dangereuse plutôt qu'utile.
Dans la petite école de Glascow que j'ai citée plus haut, et dans laquelle le prix est de deux guinées par an, les livres mis entre les mains des enfants, pour la lecture, sont : 1° un abécédaire très-bien fait, contenant un choix judicieux de leçons religieuses et morales ; 2-" un recueil de pièces morales et religieuses, intitulé Hardies Extracts, a l'usage des écoles paroissiales ; 3° enfin un recueil du même genre, mais encore plus élevé, intitulé Lassons in reading and speaking, by William Scott. Tous ces ouvrages, sont mêlés de prose et de vers : on y trouve d'abord, par exemple, des morceaux de poésie sacrée, puis des morceaux de morale profane en vers ou en prose, extraits d'Addison, de Pope, et des autres écrivains anglais les plus estimés; ensuite viennent quelques beaux traits de l'histoire nationale; puis des notions intéressantes sur les productions naturelles les plus utiles à la vie, au commerce, sur l'ordre de la nature, ses merveilles, en général sur les objets les plus propres à élever l'esprit vers l'idée d'une intelligence suprême. On y donne aussi des instructions sur les procédés les plus prompts, les plus efficaces, pour se préserver des poisons végétaux ou minéraux, dont les familles pauvres sont, par faute de soin, trop souvent victimes; on leur indique les moyens d'en prévenir ou d'en arrêter les effets. Enfin on y trouve encore des conseils très-judicieux et très-bien exposés sur la meilleure manière de tenir une maison et un ménage, dans les conditions les plus ordinaires de la vie. Tels sont ces livres, que le pauvre, après les avoir étudiés sans dégoût dans l'enfance, peut encore relire avec attrait et avec fruit dans un âge plus mûr; qu'il peut consulter comme guides, reprendre comme
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soutiens et consolateurs. Quelle différence entre eux et dos livres d'enseignement vulgaire, dont la composition est si vulgaire en effet, et qui, après avoir ennuyé, attristé les premiers jours dn la vie, n'offrent plus tard rien d'attrayant, rien d'applicable, souvent même rien que l'homme du peuple puisse comprendre, à plus forte raison qu'il puisse désirer de relire ou de consulter ' I Le même bon sens qui a présidé à la rédaction des ouvrages écossais dont je viens de parler, se trouve jusque dans les livres destinés à l'enseignement de l'arithmétique. Ils sont remarquables par une multitude inflnje de questions relatives au commerce ou aux applications usuelles de la vie : il ta jusqu'à des leçons de coupe, pour tailler le pluB avantageusement possible les espèces d'étoffes les plus généralement employées aux vêtements du peuple. Chez les Écossais, l'instruction est considérée comme un élément d'utilité et de fortune ; c'est pourquoi elle est toute dirigée vers la pratique. Chez nous, elle est presque toute théorique, c'est Une différence capitale, qui doit aussi contribuer a la dissemblance des résultats.
J'ai peu de chose à dire sur les écoles écossaises de Bell et de Lancastre ; elles ont dû faire peu fortune dans un pays où l'instruction primaire se trouvait déjà partout si aisément, si bonne, et à si bon marché. Cependant elles ont été utiles en Ecosse môme, pour les très-pauvres enfants des villes; surtout, à ce qu'il me semble, pour ceux qui, étant employés le long dil jour dans les manufactures) ne pouvaient donner à l'étude que le peu d'instants qui restait entre leur travail et le sommeil. J'ai vu de ces pauvres enfants, qui, après avoir travaillé toute la journée dans une filature, allaient aux petites écoles depuis huit heures du soir jusqu'à dix; et si j'ai admiré leur constance et la moralité du
1 11 est évident que ces remarques ne s'appliquent nullement aux livres que l'autorité ecclésiastique a prescrits et consacrés pour renseignement de la religion. Ceux-ci sont hors do toute discussion littéraire.
principe qui leur en donne le courage, l'aspect de leur sort, saisi de si bonne heure entre les mains de fer du travail mécanique» n'a pas augmenté mon admiration pour le système manufacturier.
En résumant les principaux traits de cette exposition simple et " fidèle, on voit que, depuis deux siècles» l'instruction primaire a été considérée et employée en Ecosse comme un moyen de donner au peuple des principes assurés, et des habitudes durables, de morale et de religion. On voit toutes les influences les plus puissantes, les plus respectables, alliées et combinées pour atteindre ce but. Le plan est disposé avec tout ce que la sagesse humaine peut donner de lumières ; il a été graduellement perfectionné d'après les conseils de l'expérience. — Maintenant quels en ont été les -effets?'* Ils ont été tels qu'on n'aurait certainement jamais osé les espérer* et tels qu'ils frappent aujourd'hui d'étonnement quiconque les observe pour la première fois. Un peuple divisé par des guerres civiles furieuses, en proie à une foule de fanatismes religieux divers, imbu de grossières superstitions, a été changé en un peuple, uni, moral, religieux, tolérant, et éclairé. Ce peuple pauvre, et vivant dans une contrée peu fertile, s'est élevé, par son instruction et sa civilisation, au niveau, peut-être au-dessus même, si l'on considère les classes inférieures, d'une nation qui passe pour une des plus éclairées de la terre. Il a pu rivaliser avec elle pour le commerce, l'égaler dans l'industrie manufacturière, la surpasser dans l'agriculture. Partout où un Écossais se trouve placé, l'éducation qu'il a reçue dans les écoles paroissiales donne à son esprit un tour particulier d'observation, et lui permet de s'étendre fort au delà du cercle d'objets qui occupe l'attention des personnes de la même classe qui n'ont point été ainsi élevées. Allez dans une manufacture, et demandez à l'un des ouvriers l'explication de l'opération dont il est chargé : si c'est un Anglais, il la connaît et vous l'expliquera sans s'arrêter ; si c'est un Écossais, il s'arrêtera, même quand il travaillerait à la
lâche; puis, avant de parier de ce qu'il fait, il vous préparera à le comprendre, en vous expliquant ce qui précède; il vous expliquera ensuite son opération, et finira par vous en montrer les conséquences avec ce qui suit. Allez questionner les paysans dans les champs : ils vous donneront toutes les informations que vous pouvez désirer, non-seulement sur l'agriculture, mais sur toutes les particularités de l'administration de leur paroisse. Ils savent parfaitement quel est le but d'une friendly society, d'une* saving bank; ils connaissent très-bien les règles qu'il faut donner à de pareils établissements pour les rendre stables, et la manière dont il faut en placer les revenus pour qu'ils soient profitables et assurés. Examinez la marine; vous trouverez que les meilleurs matelots sont Écossais, qu'il n'y en a pas de plus honnêtes, de plus rangés, de plus industrieux. Dans l'armée, ce sont encore des Écossais qui forment la très-grande partie des sousofficiers ; leur proportion dans ce grade est sans aucune comparaison avec leur, population, militaire. Partout on ils sont, ils portent un esprit cultivé, qui ne se refuse à aucune amélioration ; et le mot, improvement, est celui que l'on entend prononcer le plus souvent en Ecosse. Partout où vous allez, même dans les plus petites paroisses, tout le monde sait lire, écrire, et compter, et les enfants gardent les troupeaux un livre à la main. Que lisent-ilsT la Bible, ou quelqu'un de ces recueils qu'ils ont appris a lire dans les écoles. Cette instruction se trouve jusque dans les lies Shetland mêmes, toutes pauvres qu'elles sont. Pendant mon séjour dans ces Iles , l'officier qui m'avait accompagné et qui m'assistait dans mes observations, étant tombé malade, et ayant été forcé de se séparer de moi pour retourner en Ecosse, je pris un jeune charpentier sbetlandais, qui n'avait jusqu'alors su que lire, écrire, compter, et construire des barques; je l'instruisis pendant huit jours à observer le niveau de mon cercle répétiteur, et il y réussit tellement, qu'avec son secours je pus parfaitement continuer mes observations astronomiques. J'avais un moyen
bien sûr de juger de son exactitude, parce que les nombres mêmes qu'il était chargé d'observer et d'écrire portent en eux une relation qu'il n'était pas assez savant pour découvrir, et qui en fournit une vérification. Or, si j'excepte quelques rares inadvertances qui auraient pu m'arriver à moi-même, et qui étaient par cette règle aisément découvertes et réparées, je n'ai jamais eu l'occasion, non-seulement de lui faire un reproche, mais de désirer un coopérateur plus exact ou plus attentif. Trouverait-on aisément le même secours dans certaines parties de la France ? Ce n'était pourtant là que les lies Shetland! Mais, si l'on pénètre dans les parties de l'Ecosse plus favorisées de la nature, que ne voit-on pas dans ce genre I Étant à Glascow, a me promener sur les bords de la Clyde, je vis des bateaux à vapeur qui revenaient de Greenock. N'ayant jamais examiné, l'intérieur de ces bâtiments, j'entrai dans l'un d'eux pendant que les passagers débarquaient, et j'examinai, avec autant de plaisir que de surprise, combien toutes les dispositions intérieures étaient élégantes et bien entendues : une grande chambre pour les passagers, ornée de glaces et de rideaux de soie décorés de franges; au milieu, une grande table de bois d'acajou, entourée de sièges et de divans de crin bien rembourrés; et sur la table, pour l'amusement des passagers; des livres sur la couverture desquels était imprimé en grosses lettres steamboat's library, bibliothèque du bateau à vapeur. Je devins curieux de connaître ce que ces livres pouvaient être, et la chose en valait la peine: en effet, les personnes qui s'en vont de Glascow à Greenock par le bateau à vapeur, ne sont ni Ducs et Pairs, ni même des négociants de haut parage; ce ne sont pas non plus tout à fait des gens de la-dernière classe du peuple, carie prix du passage est de cinq shillings; ce sont donc des personnes de la classe moyenne, peut-être plutôt un peu au-dessous qu'au-dessus. Les livres placés dans le coche d'eau pour l'amusement de ces personnes, étaient, sans aucun doute, ceux que les entrepreneurs estimaient leur convenir le mieux, et
Ht MÉLANGES BCIBNTIPIQUIS KT LITTÉRAIRES.
qu'ils supposaient devoir être les plus propres a leur plaire, à. les intéresser. Maintenant ces livres étaient :
1° L'Esprit des moralistes anglais, contenant tous les morceaux les plus intéressants sur les mœurs et les usages de la société, extraits des recueils célèbres, connus sous le nom de Tailler, Adventurer, Spectator, îdler, Guardian, World, Rambler, Connaisseur, Citizen oftke World, etc.
2" Discours sur différents points du Socinianisme, par Ralph Wardlaw.
3° Elégant extracts (c'est un recueil de morceaux littéraires en prose et eu vers des plus estimés).
4* Contes de la montagne [Taies of the mountain].
5° Voyage du docteur Johnson aux Hébrides.
6° Discours du docteur Chalmers : Ce sont des discours religieux, où les merveilles de l'astronomie sont employées à établir l'existence de Dieu et la révélation. Cet ouvrage récent jouit d'une immense réputation en Ecosse, et a eu un nombre prodigieux d'éditions en quelques années.
7° Lettres du lord Cheslerfield à son fils.
8° Caractères politiques de 1809 à 1810.
Ainsi tous ces livres, destinés à l'amusement d'un coche d'eau, étaient tels, que la meilleure compagnie de France ou d'Allemagne aurait pu en faire sa lecture habituelle, et y trouver autant d'instruction que de plaisir. Il me semble que c'est la une sorte d'expérience publique très-propre a montrer le degré de civilisation auquel ce pays est parvenu1.
J'ai eu l'occasion d'en faire une autre du même genre. Dans chaque paroisse, les fermiers se réunissent en clubs, non pas pour boire ou jouer, comme ou pourrait le croire, mais pour
' Aujourd'hui, dans l'année 1858, nous avons en France une bibliothèque des Chemins de fer, destinée aux voyageurs de la classe moyenne. Je souhaiterais que quelque moraliste en fit la comparaison avec le genre de livres que je viens de designer. J, B.
converser sur des sujets de politique ou d'agriculture, et pouvoir obtenir par leur réunion une étendue de connaissances qu'ils n'acquerraient point en restent isolés. Ces clubs ont ordinairement, tous même, je crois, une bibliothèque entretenue par les souscriptions périodiques des membres qui les composent. Je me suis procuré l'état des livres d'une d'entre elles, celle de la paroisse d'Eddlestone, dans le comté de Peebles. La liste en est assez curieuse pour mériter d'être rapportée.
Encyclopédie britannique, 20 vol. in-4°. — Supplément à cette Encyclopédie, 2 vol. — Histoire d'Angleterre, par Hume, 8 vol. — Le Magasin du fermier (journal périodique de l'agriculture), 17 vol. — Mortimer, Art du fermier, 2 vol. — Voyage d'un fermier dans l'est de l'Angleterre, 4 vol. — Voyage de six mois dans le nord de l'Angleterre, 4 vol. — Ellis, Fermier moderne, 4 vol. — Ainslie, Tables de mesures, 1 vol. — Bell, Traité des baux à ferme. — Traité de vaccination. — Procès du vicomte deMehitle. — Géographie de Playfair, 6 vol. — Discours de lord Grenvilte sur le bill pour améliorer l'administration de la justice dans tes cours d'assises. — Description topographique des comtés de Peebles, Roxburg, et Selkirk. — Le Gentilhomme laboureur, par lord Kames. — Hunier, Essais sur les champs, 4 vol. — Hunter, Lettres. — Jonhsson, Traité des dessèchements. — Essais . divers sur la culture. — Mémoires d'une société d'agriculture. — Essais qui ont remporté les prix proposés par la société formée pour l'amélioration du sort des montagnards écossais. — Traité sur la tourbe, par Acton. — Rapports sur Végalisation des poids et mesures.
En tout quatre-vingt-sept volumes, au nombre desquels est l'Encyclopédie d'Edimbourg, qui, par l'étendue et la profondeur des articles qu'elle renferme, est comme une collection complète de traités faits sur toutes les parties des connaissances humaines, non par des compilateurs superficiels, mais par des hommes les plus forts que l'on puisse trouver dans chaque genre, tant en
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Angleterre que sur le continent. C'est dans des réunions de ce genre, par la lecture de livres utiles, et qui partout ailleurs sembleraient exclusivement réservés aux savants de profession, que les fermiers d'Ecosse prennent les connaissances et les données nécessaires pour réaliser tous les perfectionnements et toutes les améliorations dont leur agriculture est susceptible. Il faut remarquer que, dans cette tache délicate, ils sont éclairés et même guidés par les grands propriétaires, qui sont fermiers euxmêmes, au moins pour une portion de leurs terres, et comme tels ne dédaignent pas d'inscrire leur nom au club des fermiers de leur arrondissement, d'y contribuer comme les autres, d'y assister de temps en temps, et de préparer par leurs essais l'introduction des pratiqués nouvelles que leur éducation supérieure les met les premiers en état de connaître, et que leur fortune leur donne aussi plus de moyens d'éprouver. En général, toutes les relations des propriétaires sont arrangées, en Ecosse, de manière à entretenir entre ces deux classes une mutuelle confiance, et même une affection très-vive, fondée, d'un cdté, sur la bienveillance, les bienfaits, et une communication continuelle de lumières, et, de l'autre, sur la reconnaissance et le respect. Mais cette connexion est trop importante etatropd'influence sur le bonheur du pays, pour être ainsi seulement indiquée; elle mérite d'être exposée à part, et, si on le désire, j'en donnerai les détails ailleurs. Enfin il est reconnu de tout le monde, en Ecosse, que c'est à l'éducation reçue dans la jeunesse, que le peuple écossais doit cette honorable et généreuse fierté qui le distingue dans toutes les circonstances de sa pénible vie, qui le soutient dans le rude et continuel travail par lequel il achète sa subsistance, et qui l'a fait jusqu'ici, malgré sa pauvreté, résister à l'action démoralisante de la taxe des pauvres; l'honneur et la conscience de sa dignité personnelle animant le paysan écossais aux plus grands efforts de l'industrie et du travail, avant qu'il se résolve à perdre ainsi son caractère, et son indépendance.
Ed achevant ce tableau d'une, civilisation si parfaite, je dois faire remarquer que les traits dont il se compose n'ont rien . d'idéal, et ne sont pas même embellis par ^imagination. Je les ai tous recueillis sur la nature même, soit dans mes observations personnelles, soit dans la conversation des grands propriétaires, qui sont eux-mêmes un instrument si puissant du bonheur de ce pays. L'un d'eux, M. Colin Mackensic, grand propriétaire, des plus distingués entre les familles qui portent ce nom, et attaché à la cour suprême d'Edimbourg, a bien voulu se complaire à m'expliquer lui-même la plupart de ces utiles détails. Cet homme excellent et plein de lumières m'a rem et en général sur l'état moral de l'Ecosse, des n écrits dont j'ai fait ici usage, et dans lesquels j'aur d'une occasion de puiser. J'ai aussi profité d'un ml crit qui m'a été adressé sur le même sujet par le recteur de l'Académie de Dundee. Enfin j'ai trouvé de fort bons renseignements dans un recueil périodique publié tous les trois mois en Ecosse, sous le nom de IAtterary and stalistical magazine for Scotland. Cet ouvrage, dont il n'avait encore paru que trois numéros en 1817, à l'époque de mon voyage, est principalement destiné pour les maîtres d'école ; et, ce qui n'est pas moins remarquable que cette destination même, il est rédigé par une association de plusieurs d'entre eux.