‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 5)Chapitre 23 sur 27 · ADDITION · texte numérisé non relu

ADDITION

Pendant les vingt-trois années qui se sont écoulées, depuis que M. Wilkes a visité les lies Sandwick en 1835, leur importance comme point de relâche entre la côte occidentale de l'Amérique et la côle orientale de l'Asie s'est beaucoup accrue. Presque tous les bâtiments de commerce qui sillonnent aujourd'hui le grand Océan dans tous les sens, soit pour aller de la riche Californie a

la Chine ou en revenir, sftit pour la pêche de la baleine, maintenant beaucoup plus exploitée dans cet océan que dans l'Atlantique, vont toucher à ces lies, pour y renouveler leurs vivres. Les deux grandes puissances maritimes de l'Europe) l'Angleterre et la France, voulant se conserver une juste participation à ces avantages, ont envoyé à plusieurs reprises des bâtiments de guerre les réclamer en faveur de leurs nationaux, et combattre l'influence des missionnaires américains, dont l'action politique, aidée de l'intolérance religieuse, tendait constamment, et était presque parvenue, à les rendre exclusifs pour leurs compatriotes. Grâce à cette intervention protectrice, les lies Sandwich sont aujourd'hui une sorte d'État neutre, ouvert, sous des conditions communes, à toutes les nations du monde, où les étrangers, Anglais, Français, Américains, Chinois, peuvent aller indistinctement s'établir, trafiquer, fonder des maisons de commerce, des manufactures, des exploitations agricoles, sous la protection de consuls accrédités; où les diverses formes des . croyances chrétiennes sont également admises; et dont le souverain indigène, reconnu indépendant d'un commun accord, par les puissances maritimes qui trouveraient trop cher de se disputer son lie, gouverne comme il l'entend le reste de son peuple sauvage qui décroît tous les jours ; ayant lui-même pour les grandes cérémonies une cour, une garde, habillées à l'européenne,' et, se montrant alors revêtu de brillants uniformes de colonel ou de général, achetés à Londres ou à Paris. — Bizarre comédie qui se joue sérieusement avec les oripeaux de notre civilisation moderne! Il y a aujourd'hui un Kamaameha IV, qui s'est fait recevoir francmaçon dans une loge du rite écossais formée dans sa capitale Honolulu, par des capitaines baleiniers de diverses nations. Sur sa requête, transmise à Paris, au conseil suprême de l'ordre, avec la contribution habituelle, montant à 500 francs, son diplême vient de lui être officiellement délivré par ce conseil, sous les respectables signatures de M. le duc de Cazes, souverain grand

commandeur; de M. Viennct, membre 'de l'Académie française, lieutenant grand commandeur, et du secrétaire général dont j'ignore le nom 1 Le négociateur chargé de l'affaire était un capitrine baleinier français. Ce diplôme ne donnait au nouveau membre que le simple titre de Maître; maison ajugéàpropos de l'élever immédiatement au titre de Vénérable. Pouvait-on faire moins pour un roi sauvage, qui se montre si complètement civilisé que de vouloir s'affilier à celte association raffinée de morale universelle 1 Ce serait une chose curieuse, de savoir quelle idée il s'en forme, et quelle sorte d'intérêt il y attache; Peut-être y voit-il surtout le glorieux avantage d'en porter les éclatants insignes sur sa personne, quand il parait en public. Au fait, cela serait politique; et In possession de son royaume, lui en deviendra bien plus assurée! J. B.

Page 1