‹ Mélanges scientifiques et littérairesChapitre 26 sur 39 · II · texte numérisé non relu

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pu seul les exciter à s'y perfectionner, leur en fournissait h peine de rares occasions. Quand, après beaucoup d'années perdues, on fit enfin quelques tentatives pour adapter un peu mieux cet établissement à des recherches d'astronomie permanentes, et régulièrement continuées, on adjoignit à la façade orientale du vain édifice de Perrault trois petits cabinets d'observation, où l'on plaça d'abord deux médiocres quarts de cercles en fer de construction française, fixés dans le méridien; puis, peu après, un autre de même fabrique pouvant être dirigé dans les divers azimuts; et, avec d'anciens objectifs de Campani, rendus plus tard inutiles par l'invention des lunettes achromatiques, quelques horloges, des instruments météorologiques tels quels, et l'héliomètre de Bouguer, voilà ce qui composa, pendant bien longtemps, à peu près tout le mobilier astronomique de l'observatoire de Paris. Ce ne fut qu'en 4800, et même en 4804, qu'on y eut le nécessaire indispensable pour faire des observations méridiennes complètes, de quelque valeur. C'est pourquoi les astronomes attachés à cet établissement, malgré tout le zèle et tout le talent personnel qu'ils montrèrent^ ne purent, pendant toute cette période, entreprendre que des recherches détachées ; comme aussi il ne put se former en France que des observateurs isolés; et l'on a lieu d'être surpris qu'il en ait paru autant^ qui furent alors si zélés et si habiles. Ils n'eurent en effet d'autre lien, et presque d'autre excitation , que les grandes opérations entreprises vers cette époque pour la description géographique de la France, et pour la détermination de la figure de la terre par les mesures des degrés du méridien ; à quoi il faut ajouter aussi le puissant intérêt donné aux travaux astronomiques par les applications des théories Newtoniennes, que les efforts de l'Académie des sciences développèrent en France plus rapidement que partout ailleurs. Parmi ces observateurs, nés pour ainsi dire spontanément, et soutenus par la seule ardeur qu'ils tiraient d'eux-mêmes, aucun n'a été plus éminent, plus habile» et plus fructueusement laborieux que Lacaille. Préparé de

bonne heure par des études mathématiques, devenu astronome par passion, vivant de peu, tout au travail, Tintérét qu'il inspire lui donne accès à l'observatoire royal, et le fait bientôt associer à la révision de la méridienne de France. Son habileté, sa science, son ardeur, le montrent déjà sans égal. En son absence, sans qu'il y songe, on lui accorde la chaire de mathématiques du collège Hazarin, et la jouissance d'un petit observatoire qu'on j fait ériger. C'est assez pour lui. Il y porte une horloge, un petit quart de cercle, le sextant et le secteur qui lui avaient si bien servi dans ses opérations de la méridienne ; et, avec ces faibles ressources, il entreprenjl de réaliser le plan de Picard. Il consacre à cette œuvre ses uuits et ses jours. Pour compléter les données célestes qui lui manquent, il quitte cette solitude, et se transporte à l'extrémité australe du continent d'Afrique, sollicitant les astronomes d'Europe pour qu'ils concourent avec lui par des observations simultanées. Là, pendant un séjour d'une année, de 4751 à 4752, il décrit les nébuleuses et fixe les positions de dix mille étoiles du ciel austral, jusqu'alors à peine exploré ; il recueille tous les éléments que cette station lointaine peut fournir pour déterminer les parallaxes de la lune, de Vénus, et de Mars; il y mesure un arc du méridien terrestre et la longueur du pendule à secondes. Revenu en Europe, il rentre dans son modeste observatoire, rassemble ces matériaux, les combine par les méthodes les plus exactes, les complète par des observations nouvelles, suivies avec une fatigue et une constance inimaginables. De tout cela, seul, sans aide, sans secours, luttant contre les difScultés pratiques, et toujours trahi par ses instruments, il parvient à établir des tables du soleil que l'on a pu à peine améliorer ; et il dresse, avant Bradley, un catalogue d'étoiles fondamentales, qui, pour celles qu'il embrasse, n'est que peu ou point inférieur à celui de ce grand astronome, obtenu avec les appareils astronomiques les plus parfaits. Quel éclat aurait jeté l'astronomie observatrice en France, quelle hauteur aurait-elle pu atteindre, dès ce temps-là même,

si un tel homme avait succédé à Picard et à Roemer, dans un observatoire vraiment royal, créé avec Tintelligence de la science, disposé pour ses besoins, et pourvu des instruments propres à l'avancer ! On peut dire, sans jactance, que cela seul a manqué à notre patrie, pour qu'elle tînt le premier rang dans cette sorte de travaux.

A défaut d'une institution pareille, une invention ingénieuse agrandit et multiplia tout à coup les services que pouvaient rendre les observateurs isolés. En 4767, un homme de génie, Tobie Mayer, à la fois astronome, physicien, et géomètre, avait porté les tables de la lune à un degré de précision inespéré. Il entreprit d'en introduire l'usage, pour mesurer les longitudes en mer. Mais cette application semblait être rendue impraticable par le défaut de précision des instruments employés jusqu'alors par les marins. Il imagina de remédier à leur inexactitude, en faisant répéter plusieurs fois consécutivement, sur un môme cercle, l'observation des angles visuels que l'on veut mesurer ; de manière à en obtenir un multiple total, qui soit seulement vicié par les erreurs des indications extrêmes ; après quoi, l'angle simple se conclut arithmétiquement, par subdivision . Cette idée avait été fort admirée comme conception, mais sans qu'on en fît aucun usage. Mayer était mort à trente-neuf ans, comme Lacaille à quarante-neuf, d'un excès de travail. Il n'avait pas eu le temps de la réaliser. En 1787, un officier de la marine française, Borda, qui joignait à beaucoup de savoir un esprit très-fin et un vif sentiment de la précision scientifique, reprit cette invention, la perfectionna, leva les difficultés d'exécution, la présenta enfin à l'état de fait et convertie en une pratique simple. Il enrichit ainsi l'astronomie et l'art nautique du cercle répétiteur, auquel son nom est resté justement attaché. Ces instruments, où la méthode atténue les défauts' de la construction, presque jusqu'à les éteindre, purent, sans trop d'inconvénients, être fabriqués par les artistes français, si peu habiles qu'ils fussent alors. lisse répandirent dans la ma-

rine, et furent appliqués, avec succès, aux opérations les plus délicates de Tastronomie. On put en faire un usage exclusif pour la nouvelle triangulation de Is^ France, et pour la mesure du grand arc méridien, qui s'étend de Dunkerque à Fermentera. Nos artistes, étant plus employés, devinrent plus adroits, et le talent se développa en eux par l'émulation. Depuis que les objectifs achromatiques avaient été inventés et s'étaient répandus en Angleterre, les Français n'avaient jamais pu en construire qui fussent applicables à la haute astronomie. Lerebours et Cauchoix y réussirent. L'un et l'autre en fabriquèrent pour l'observatoire de Paris, dont la grandeur et la perfection égalent tout ce qu'ont fait de mieux DoUond et Ramsden. L'un des instruments les plus employés de Greenwich, l'équatorial du sud-est, a un objectif de Cauchoix. Dans les embarras d'une existence gênée et presque précaire, au risque de sa ruine, cet excellent artiste entreprit ce que l'on n'avait pas tenté encore, et y réussit. Il parvint à exécuter de grands objectifs achromatiques, de dimension inusitée, qui sont aujourd'hui placés comme des chefs-d'œuvre dans les observatoires renommés de l'Angleterre et de l'Irlande, ceux de Kensington, de Cambridge, de Markree-Castle*. Voilà pour l'optique. L'horlo-

* Ce que Ton appelle, en Angleterre, le Northumberland refraetor est une grande lunette à mouvement équatorial, dont Tobjectif, construit par Cauchoix, a 11 pouces français d'ouverture. Ce magnifique appareil a été donné en présent à l'observatoire de Cambridge par le duc de Northumberland. La désignar tion qu'il a reçue est un acte de reconnaissance mérité ; mais la reconnaissance a fait oublier la justice. Dans les énoncés habituels des savants anglais, le nom de l'artiste a disparu : on ne voit que le donateur. Un autre objectif de Cauchoix, ayant la m^me dimension que le précédent, a été acquis par l'habile astronome anglais sir James South, qui l'a fait aussi établir sur une monture équatoriale, et l'a placé dans son observatoire de Kensington, près de Londres. Un troisième, plus grand encore, ayant 12 pouces et demi de diamètre , a été acquis par M.Cooper, ancien membre du parlement d'Angleterre et amateur distingué d'astronomie. Il l'a fait monter aussi équatorialement, et l'a placé dans son observatoire de Markree-Castle, en Irlande. Ce troisième objectif de Cauchoix était le plus grand que l'on eût jamais construit dans les conditions d'achromatisme, jusqu'à l'année 18Zi5. Alors MM. Mertz et Mahler, successeurs de FraunhoflTer, à Munich, en ont fabriqué un de dimension encore pluf considérable pour l'ob-

gerie exacte n'avait pas de progrès à faire en France : elle était parfaite. Mais la fabrication des instruments divisés avait besoin de grandes améliorations : elle les reçut. Fortin et Gambey arrivèrent & construire les grands cercles astronomiques aussi bien que partout ailleurs. Gambey surtout, préparé par une éducation scientifique plus forte et plus générale, possédait Tensemble et les détails de la grande mécanique instrumentale, de manière i. pouvoir en réaliser admirablement les plus difficiles conceptions. Il avait atteint le sommet de son art, quand la mort nous Va enlevé, il y a peu de mois. Les instruments de marine, de physique, et d'astronomie, sortis de ses mains, sont répandus chez toutes les nations civilisées.

Ces progrès de l'art, en France, amenèrent la restauration de l'observatoire de Paris. En 1832, un savant célèbre, membre de la chambre des députés, M. Arago, fit connaître à cette assemblée le triste état où se trouvait réduit rétablissement national dont il était le directeur. Il montra, d'une part, l'opportunité et la convenance d'une rénovation dont le succès était assuré; de l'autre, l'impossibilité de rendre l'observatoire utile, et môme de le soustraire h une ruine prochaine, si l'on ne venait à son secours. La chambre accorda sans peine les fonds qu'on lui demanda. Sous la direction active et intelligente de M. Arago, les cabinets d'observation furent reconstruits, agrandis, et disposés selon les plans les plus appropriés à leur service. On possédait déjà un grand cercle mural de Fortin ; on en demanda un second à Gambey. C'était un complément nécessaire.Car, pour obtenir de ces ins-

servfttoire de Poulkoya, Il est également adapté à une monture équatoriale. De» appareils aussi puissants, devant être mis en œuvre avec des grossissements très-forts pour déployer leurs avantages, les astres traverseraient trop vite le champ qu'ils embrassent pour qu'on pût les bien saisir, si on ne leur faisait pas suivre le mouvement du ciel avec continuité. L'objectif de Cauchoii qui est employé à l'observatoire de Greenwich a été donné en présent à cet établissement, en 1838, par M. R. Sheepsbanks , l'un des vice-présidents de la Société astronomique de Londres.

traments des résultats assurés, il faut en avoir deux que Ton emploie simultanément à mesurer les hauteurs méridiennes des astres, Fun par vision directe, l'autre par réflexion sur un horizon de mercure, en les faisant alterner dans ce mode d'emploi. On demanda encore à Gambey une grande lunette méridienne, qu'il exécuta, ainsi que le cercle, avec une merveilleuse perfection. Ces appareils doivent être établis dans des conditions.de stabilité immuable. Pour cela, les murs d'attache des deux cercles, et les colonnes qui portent l'axe de la lunette méridienne, formés de gros blocs de pierre équarris, furent élevés ou reconstruits sur des fondations profondes et massives. On disposa au-dessus, des toits pourvus de trappes mobiles, qu'un mécanisme ingénieux referme hermétiquement pour garantir les appareils, ou rouvre au gré de l'observateur pour laisser voir le ciel. Les horloges astronomiques ne manquaient pas ; on les établit avec non moins de stabilité, près de chaque instrument auquel leur service se rattachait. On eut alors enfin, dans l'observatoire de Paris, un ensemble complet de dispositions et d'instruments pour observer avec continuité les astres dans leurs passages méridiens, ce qui est la principale destination et le plus utile service d'un grand établissement astronomique. On avait, en outre, un équatorial à mouvement continu, construit antérieurement par Gambey et destiné à suivre les comètes; un très-beau cercle répétiteur de Reichenbach, donné autrefois par M. Laplace, pour prendre les hauteurs absolues ; deux quarts de cercle muraux de construction anglaise, établis en 1800, et très-bons à employer encore. Cet assortiment suffisait, à la rigueur, pour les besoins du service journalier. Mais des observatoires étrangers, celui de Poulkova surtout, sont maintenant en possession de grandes lunettes à mouvement équatorial, dont l'immense puissance optique, rendue indéfiniment et h volonté persistante sur un même astre, par le mécanisme qui les conduit, permettra d'étudier ces corps continûment, avec une richesse d'illumination et une force de gros-

sissements angulaires que Toeil de Thomme n'avait jamais pu leur appliquer, et qui sans doute y feront voir bien des particularités inconnues. M. Arago, en 4844,.a'demandé aux ministres et à la chambre des députés les allocations nécessaires pour préparer l'installation d'un instrument de cet ordre à l'observatoire ; elles ont été accordées aussi facilement que les premières, et tous les travaux de construction extérieurs sont terminés. Si l'art répond aux espérances que la science peut concevoir, un tel instrument, mis dans les mains de M. Arago, devra étendre beaucoup nos connaissances sur la physique céleste.

L'observatoire de Paris n'a plus maintenant à craindre que les inconvénients de sa situation. La grande ville, dont il était autrefois presque séparé, s'est étendue au delà de ses limites. Elle l'a enveloppé de rues populeuses que parcourent incessamment des voitures sans nombre. Les instantes représentations de M. Arago ont pu seules le préserver de l'approche d'un chemin de fer, qui menaçait d'établir son débarcadère à côté de lui. Les écouterat-on encore quand une population plus multipliée sera aussi devenue plus active et plus exigeante? La délicatesse des observations astronomiques actuelles est incompatible avec les moindres agitations. Elle n'a pas d'obstacle plus mortel que des vibrations mécaniques continûment propagées. Tout ce qui surgit autour de ses appareils, même à de grandes distances,. la gêne. L'observatoire de Paris avait une mire méridienne dans la plaine de Montrouge; c'était une ouverture circulaire, percée au sommet d'une stèle en pierre, et qui se projetait sur le ciel. Les nouvelles fortifications érigées au delà ont masqué l'horizon d'où lui venait la lumière. On l'a exhaussée au-dessus de leur niveau ; mais une maison, nouvellement élevée en deçà, l'a cachée. Une autre mire plus proche, trop proche même, existait au nord sur la façade méridionale du palais du Luxembourg ; cette façade a été reportée encore plus près. Aujourd'hui la direction méridienne des inçtruments n'est plus définie que par les observations célestes.

Cela exige des astronomes infiniment plus de temps, de soins et de peine, pour la constater, et pour corriger leurs déviations accidentelles, qu'il n'en faudrait, si l'on pouvait les régler par l'inspection immédiate des mires lointaines fixes, qui seraient visibles de jour et de nuit .

C'aurait été une grande hardiesse, peut-être une hardiesse louable, que d'abandonner l'ancien observatoire en 4832, et d'aller rétablir ailleurs, par exemple, au sommet du Mont Valérien ou sur les hauteurs de Châtillon. Quelqu'un en parla; mais on ne fit pas attention à son propos. Dans le fait, l'exécution d'un pareil projet aurait rencontré des obstacles, que, vraisemblablement, aucune volonté actuelle n'aurait pu vaincre. L'accroissement de dépense qui en serait résulté, quoique considérable, n'était pas l'inconvénient le plus grave que l'on eût à redouter. Nos assemblées nationales n'ont jamais refusé rien de ce qui est utile ou glorieux pour la France. La difficulté capitale aurait été l'organisation du personnel. Supposez le nouvel observatoire construit et pourvu de beaux instruments astronomiques : il aurait fallu y réunir des hommes de talent, actifs, laborieux, résignés à y vivre philosophiquement avec leurs familles dans la solitude, ayant un supérieur et une règle. Trouvez donc chez nous des moines pour ce couvent-là 1

Telles ont été les destinées de l'observatoire de Paris. Celui de Greenwich a été institué dans des conditions meilleures, et nul autre n'a rendu de si grands ni de si nombreux services à l'astronomie générale. M. Struve en fait honneur au principe qui a présidé à sa fondation, en -vertu duquel il fut prescrit aux astronomes « d'appliquer tous leurs soins et toute leur assiduité à « rectifier les tables des mouvements célestes et les catalogues « d'étoiles, pour arriver à la détermination des longitudes en « mer, résultat si important à la navigation. » Que ce soit là, en effet, le but principal et presque spécial d'un observatoire public, j'en tombe d'accord avec M. Struve. Je reconnais également

avec lui que la persistance des astronomes de Greenwich dans cette direction donne maintenant à leurs travaux un prix inestimable; mais je crois que leurs goûts personnels et l'intérêt de leur établissement ont beaucoup plus fait pour les y maintenir que les termes de Fordonnance qui les institua. Flamsteed, le premier astronome royal, n*eut toute sa vie qu*une passion et un but, celui que Tordonnance d'institution exprime; et elle l'exprime, parce que son protecteur, sir Jonas Moore, qui partageait ses sentiments, les fit goûter à Charles II, en les lui présentant dans ces mêmes termes, ave& cette perspective d'utilité nautique plutôt que scientifique, suggérée par Flamsteed, et qu'il sut habilement y attacher. Cet intérêt d'application, très-réel d'ailleurs, fut toujours le palladium de l'observatoire royal d'Angleterre, et le motif le plus apparent comme le plus efficace des constantes faveurs qui lui ont été accordées depuis un siècle. Dès sa création, en 1676, Flamsteed le dirigea dans cette voie qui était la sienne, et la seule qu'il fût en état de suivre. Il l'y maintint pendant quarante-quatre ans. Après sa mort, en 1719, Halley, nommé pour lui succéder, trouva l'observatoire entièrement dépourvu d'instruments. Les héritiers de Flamsteed avaient réclamé tous ceux qui lui avaient servi, comme étant sa propriété particulière. Cela était de toute vérité. Quand sir Jonas eut obtenu pour Flamsteed le titre d'astronome royal, avec un traitement annuel de 100 livres sterling (2500 francs de France), il fit en^ core entendre au roi qu'il conviendrait de créer un observatoire pour l'observateur. D'après l'avis du célèbre architecte sir Christopher Wren, homme d'ailleurs très-éclairé, Charles II ordonna qu'on rétablît dans le parc de Greenwich, sur l'emplacement d'un vieux château abandonné. Il alloua pour cette construction 500 livres sterling (12500 francs de France), avec la faculté d'y employer les matériaux de démolition.^ Les plans furent arrêtés et exécutés, au gré de Flamsteed, en dépassant de bien peu la somme prescrite; car la dépense totale ne s'éleva qu'à 520 livres

Sterling (13000 francs de France). On se doute bien que l'établissement n'était pas aussi magnifique qu'aujourd'hui. Toutefois ce petit excédant de frais parut incommode. Quand on en vint aux instruments, ce surcroît d'exigence rencontra des difficultés. On craignit d*en importuner le Roi; et Flamsteed vint s'installer à l'observatoire royal avec un sextant, deux horloges, et quelques livres, qui lui furent gratuitement donnés par sir Jonas Moore. Mais, en 1679, sir Jonas mourut; le royal fondateur mourut aussi en 1684; et le pauvre Flamsteed, resté sans protecteurs, eut bien de la peine à conserver sa place sous le règne suivant. On lui accorda seulement, comme aide, un journalier attaché au service du parc royal. Il se garda bien de demander autre chose, et se pourvut d'instruments à ses frais, en suppléant à l'insuffisance de son traitement, par des leçons rétribuées qu'il donnait à quelques élèves choisis. Voilà par quel dévouement il put rendre à l'astronomie tant de services, pendant sa longue vie. A sa mort, l'observatoire royal était devenu trop célèbre pour qu'on l'abandonnât. D'ailleurs, en 1719, les affaires publiques étaient mieux réglées. Halley obtint aisément que l'on fît construire, pour Greenwich, des instruments nouveaux qui remplaceraient ceux de Flamsteed. Mais Halley avait un génie trop vaste et trop actif pour se complaire, comme Flamsteed, à multiplier des observations de détail déplorablement Imparfaites, telles qu'on en pouvait faire avec les appareils astronomiques de ce temps. Durant vingt-deux années qu'il occupa Greenwich, il observa peu, et moins par goût que par devoir; mais il continua à rendre à l'astronomie des services immenses, en profitant de sa situation pour perfectionner les tables de la lune et des planètes, par leur comparaison immédiate avec le ciel. Bradley, qui lui succéda en 1 642, reprit l'astronomie observatrice dans cette phase de progrès que le perfectionnement de la mécanique instrumentale faisait entrevoir; il la porta presque à sa dernière limite de précision possible, par vingt années de continuels travaux. Un Somme

obscur et mutile, Bliss, fut son successeur; mais cet interrègne ne dura que trois ans, de 1762 à i765. Depuis cette époque, l'observatoire de Greenwich n'a plus été confié qu'à des astronomes de première distinction, Maskeline, Pond, et M. Airy, son directeur actuel. Tous trois se sont attachés, avec une persévérance admirable, à continuer l'œuvre de Bradley, à la consolider, à la généraliser par toutes les observations que la puissance actuelle des instruments suggère et que la théorie permet d'éclairer. Cette suite continue de travaux astronomiques parfaits, qui embrasse maintenant un intervalle de quatre-vingt-cinq années, assure à l'observatoire de Greenwich une gloire impérissable. Tant qu'il persévérera dans cette voie, en se perfectionnant toujours avec les progrès des sciences et des arts, aucune autre instir tution du même genre ne pourra lui disputer le premier rang. Elles pourront l'accompagner, l'égaler môme dans son utilité présente; il ne leur sera jamais possible de balancer ses services

L'astronome royal actuel n'a négligé aucune peine pour faire jouir les astronomes de ce noble héritage, en continuant de l'agrandir. Depuis son entrée à Greenwich, en 1836, il a donné à cet établissement une activité et une étendue d'application immenses, sans autre secours qu'un strict nécessaire bien employé. Il a sous sa direction un astronome adjoint, quatre assistants observateurs, quatre autres spécialement attachés aux observations magnétiques et météorologiques, et autant de calculateurs auxihaires qu'il en a besoin. Avec ce personnel habile et zélé, les observations méridiennes de hauteur et de passages ont été journellement effectuées, les comètes suivies , les diamètres planétaires mesurés , les phénomènes occasionnels saisis dans leur apparition ; les instruments magnétiques et météorologiques continûment observés ; des multitudes de chronomètres appartenant à l'État ou au commerce étudiés et appréciés. Tout cela a été ensuite calculé, réduit, livré à l'impression, et publié ponctuellement, année par année, avec

une fidélité de détails qui ne cache aucune faute accidentelle. A ces publications régulières, on en a joint d'autres, contenant des documents antérieurs, recueillis également à Greenwich, et qui. avaient paru isolément ou étaient restés inédits : par exemple les positions moyennes, pour le 1^^ janvier 1840, de 1439 étoiles observées depuis 1836 jusqu'à 1842 ; toutes'les observations de planètes faites à Greenwich, depuis Flamsteed, calculées, réduites et accompagnées des passages d'étoiles qui servent à les fixer ou à les vérifier. Un autre recueil pareil, déjà fort avancé, mais d'une confection bien plus difficile, comprendra toute la collection des lieux de la lune, observés au nombre de 8000, également réduits, et comparés aux tables actuelles. Les observations méridiennes de ce satellite ne pouvaient être obtenues que trop rarement , à cause de l'inclémence du climat, puisqu'il ne s'en fait que six en moyenne dans chaque lunaison ; un grand cercle vertical, azimutalement mobile, vient d'être construit pour le suivre, hors du méridien, dans tous les détails de son cours. Ajoutez à cette multiplicité d'action une multitude de commissions accessoires, de consultations, de conseils ofiiciellement requis ; enfin une immense correspondance relative à des questions d'astronomie ou de mécanique instrumentale, à laquelle l'astronome royal ne peut se soustraire, vous aurez une idée des devoirs qu'il a su embrasser et remplir. Sous cette forme agrandie, l'observatoire de Greenwich n'est plus seulement une institution astronomique, c'est une institution scientifique générale, la première de l'Angleterre. Cette extension lui enlèvera peut-être le perfectionnement ultérieur des procédés et des instruments astronomiques, qui lui était resté presque exclusivement propre depuis Bradley. Mais, en abandonnant cette œuvre de progrès aux établissements spéciaux, qui pourront s'y appliquer uniquement avec plus de loisir et d'avantage, Greenwich étendra son influence de supériorité surtout l'ensemble de la science ; et, ainsi que M. Airy le déclare, en s'associant aux hommes zélés qui l'entourent : « Nous grandirons,

« dit-il, dans cette voie, comme astronome, sinon comme obser- « vateurs. » Puisse le mouvement social d'une population industrielle, active, et qui grossit toujours, ne pas apporter d'obstacles à ce développement I Parmi les anciens observatoires européens, aucun n'a été établi dans des conditions aussi favorables que celui de Greenwich. Élevé sur une colline isolée , dans Tenceinte d'un parc royal jusqu'ici préservé de tout envahissement, il avait de toutes parts l'aspect libre du ciel. Mais déjà l'accroissement de la population, de l'industrie, des fabriques, a couvert on obscurci Fhorizon que ses instruments dominaient. Ils n'ont plus de mires lointaines pour vérifier, à chaque instant, leur direction méridienne ; on la constate par des observations célestes ou par des procédés optiques. qui ne sont pas exempts d'incertitude. D'autres rectiôcations non moins essentielles y sont difficiles et par là même rares, ou eUes ne peuvent s'obtenir que par des moyens indirects. Enfin le ^silence et l'absolu repos, ces deux conditions vitales de l'astronomie observatrice, y sont maintenant menacés par l'approche mortelle des chemins de fer. Depuis 4 835 on a projeté des lignes d'une importance commerciale très-considérable, qui traverseraient en souterrain le parc de Greenwich, plus ou moins près de l'observatoire royal. Par bonheur, cela ne pouvait se faire sans l'assentiment du conseil de l'amirauté, d'où cet établissement ressort comme ayant été créé dans Fintérét de la navigation. Avant de se décider, le conseil a voulu avoir l'avis des personnes les plus compétentes de l'Angleterre, savants, ingénieurs, hydrographes, astronomes, sur les inconvénients certains ou possibles d'un pareil voisinage , pour les opérations astronomiques. Des expériences contradictoires ont été faites ; des avis divers ont été émis ; unanimes de la part des astronomes, mais offrant une regrettable discordance dans leurs prévisions. Les directeurs de l'observatoire de Cambridge, et de celui d'Armagh en Irlande, ont protesté avec énergie contre un danger qui déjà les avait menacés eux-mêmes : Jam proximn^ ardet Ucalegon! Le

dernier surtout, M. Robiuson, a soutenu son opposition par tous les motifs que pouvait présenter un observateur consommé. Malheureusement, la résistance à été moins prononcée, peut-être timide, dans le lieu où les exig^ces industrielles se montraient le plus immédiatement actives. Le conseil de Tamirauté s*est trouvé embarrassé entre des avis qui pouvaient paraître l'expression d'une condescendance trop peu prévoyante, ou d'une réprobation trop absolue. Dans cette incertitude, il s'est sagement déterminé à ne pas compromettre l'avenir. Il a renvoyé sa décision définitive à une session prochaine du parlement, celle de 4847,. attendant des épreuves plus concluantes. Souhaitons qu'elles fassent prévaloir les intérêts de l'astronomie. L'inconvénient de détourner un chemin de fer peut s'apprécier en argent : les services de la science s'évaluent en gloire et en perfectionnements intellectuels. Nos voisins auront à choisir entre ces deux genres de spéculations .

Cet exposé des circonstances dans lesquelles se trouvent aujourd'hui les 'établissements astronomiques de l'ancienne Europe, m'a paru nécessaire pour faire sentir l'importance présente et future de celui que l'empereur de Russie vient de créer. Il me reste à faire connaître les détails de sa fondation , l'organisation qu'on lui a donnée, les instruments dont il est pourvu, les services qu'il a rendus déjà, et ceux que l'on peut en attendre dans l'avenir. Mais je dois avant tout signaler, dans cet événement scientifique, l'alliance intime, éclairée, efficace, qu'on y découvre entre les vues de la puissance souveraine et les vœux des savants qui lui sont soumis. Sans doute, ce* n'est pas là une œuvre.sans précédent, comme celles dont j*ai tout à l'heure rappelé l'histoire. Ce n'est pas Minerve s'élançant tout armée hors du cerveau de Jupiter. C'est l'expérience du passé, mise à profit avec sagesse, pour arriver immédiatement à la perfection. Ainsi l'existence du nouvel établissement ne sera pas le résultat fortuit d'une bonne intention, suggérée à un prince léger comme Charles II, qui veut

et qui oublie. On n'y retrouvera j[)as non plus Tadulation d'un savant, amenant Louis XIV dans un vain édifice d'architecture, pour lui présenter, comme une des gloires de son règne, Tillusion d'une œuvre scientifique qui n'existe point. Des idées plus justes se sont fait jour avec le temps. INfous aurons à suivre un monarque absolu, prenant lui-même une part active et intelligente â l'institution qu'il élève ; la voulant grande, noble, glorieuse, mais réellement utile et appropriée aux progrès de la science ; on le verra enfin assurer son succès et son avenir par l'prganisation qu'il lui donne, par les ressources durables qu'il lui assigne, par les merveilleux instruments dont il l'enrichit. Ce concours libre, confiant, complet , du prince et des sujets , dans l'accomplissement d'une œuvre nationale , consacrée aux progrès de l'intelligence , est, je crois , un bel exemple de ce que Ton peut appeler , à bon droit,

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