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de rAcadémie des beaux-arts, s'occuperaient concurremment à dresser le plan et les devis des constructions. Leur travail serait communiqué à la commission scientifique, qui choisirait entre eux. Celui qu'elle jugerait le plus conforme à ses vues serait soumis à l'approbation définitive de Tempereur, et, après l'avoir reçue, l'auteur serait chargé de l'exécuter. Ce despotisme semble assez sage. Toutefois, dans nos pays émancipés, on respecte beaucoup plus la liberté individuelle des architectes. A la vérité,
on y construit parfois des fontaines où l'on s'aperçoit, un peu tard, que l'eau n'arrive pas naturellement. On y bâtit des salles d'assemblées, brûlantes en été, glaciales en hiver, ce qui doit être accepté comme compensation. Les gens disent encore qu^onne s'y entend pas les uns les autres , en aucun temps ; mais c'est peutêtre là un caractère allégorique. Il paraît qu'en Russie les architectes des monuments publics n'ont pas jusqu'à présent leurs coudées si frandies. Ils gémissent dans les chaînes des coûvenances. Ce sont des serfs.
Ces dispositions étant prises, il fallait déterminer l'emplacement sur lequel le nouvel observatoire serait établi ; et l'on a vu, dans notre premier article, combieû ce choix a d'importance. L'empereur ne dédaigna point de s'en occuper lui-même. Il indiqua diverses localités, et, dans le nombre, la colline de Poulkova. Celle-ci, de prime abord, avait attiré tous les vœux de la commission scientifique. Après un mûr examen elle fut jugée préférable à toute autre situation. L'empereur, informé des motifs de ce choix, l'approuva. Le terrain appartenait au domaine de Tsarskoïe-Selo, la résidence impériale d'été, le Versailles russe. Une étendue de 20 dessiatines, environ 22 hectares, fût concédée en don à l'Académie des sciences par l'auguste possesseur, pour établir l'observatoire projeté. Des fermiers de la couronne, qui l'occupaient, reçurent un espace équivalent dans le voisinage, avec une généreuse indemnité de déplacement. L'empereur ordonna, en outre, par un décret, qu'aucun édifice ne pourrait être
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construit à la distance d'une verste, environ un kilomètre, de ce point central, sans Fassentiment préalable du directeur. Les intérêts de la science, et ceux de la justice, furent ainsi également satisfaits.
Disons un mot de cette situation. Le village de Poulkova^ qui aeurhonneur de donner son nom à l'observatoire, renferme environ 2000 habitants. Il est un peu au sud-ouest de Saint-Pétersbourg, éloigné du centre de cette ville d'environ 20 kilomètres, comme Versailles de Paris ; et sa distance au palais de Tsarskoïe- Selo est à peu près moitié moindre, comme celle de Saint-Cloud à Versailles. La colline sur laquelle l'observatoire est placé s'élève seule dans une vaste plaine couverte de prairies, et parsemée de quelques bouquets de bois. De ce sommet, l'horizon est libre au loin détentes parts. La nature du sol environnant exclut les vagues de poussière qui naissent des grandes routes ; sa hauteur, et son éloignement dans les terres, préserve la colline des Brouillards dont Saint-Pétersbourg est souvent obscurci, par la condensation des vapeurs exhalées de la Neva, ainsi qued^s bas-fonds qui l'environnent. Pour avoir une idée de l'emplacement que l'observatoire occupe, imaginez, autour de l'arc de triomphe de l'Étoile, une étendue à peu près égale à celle du jardin des Tuileries, depuis le palais jusqu'à la grille de la place de la Concorde. Voilà le domaine de l'observatoire impérial. Admettez ensuite qu'on n'élèvera aucun édifice autour dé ce point central^ à une distance moindre que celle de l'obélisque de Luxop. Voilà ses. droits. Ajoutez encore que tout cela soit placé hors du bruit de Paris, aussi loin que Versailles. Maintenant, supposez que, laissant aller notre esprit aux libertés d'une spéculation platonique, nous voulons établir là une colonie Uranienne, la mieux organisée qui se puisse concevoir. Nous y élèverons d'abord un vaste observatoire, dont Tarchîtecture noble et grande soit assortie à tous les besoins de la science, et nous y rassemblerons les plus beaux Instruments du monde. Nous y placerons des astronomes jeunes, actifs, voués
par goût autant que par devoir à Tétude du ciel. Pour que Tordre règne dans leurs travaux, et qu'ils concourent sans rivalité à former un ensemble, il leur faut un chef. Nous le choisirons tel, qu'il le soit moralement aux yeux de tous, par son mérite et son dévouement h la science, autant que par le titre et les droits que nous lui donnerons. Avec ces qualités ils seront ses amis ; et luimôme sera heureux de favoriser les recherches spéciales qu'ils voudront tenter, sans cesser de satisfaire k leurs obligations générales. De pareilles fonctions exigent une continuelle présence, une assiduité de tous les moments, une participation active et personnelle aux travaux que Ton dirige. II y faut un homme tout entier. En conséquence, nous devrons expressément interdire à notre directeur tout autre emploi public ou privé, sauf celui d'académicien qui est comme la consécration de sa vie scientifique. Alors cette exigence devra être nécessairement compensée par un traitement exceptionnel qui, s'il est sage, la lui fasse paraître avantageuse plutôt que défavorable. Reste à établir nos colons dans cette solitude. Pour qu'ils puissent s'y fixer et s'y plaire, nous faisons construire des habitations commodes, oii chacun d'eux puisse résider isolément avec sa famille ; car, pour les avoir i plus sédentaires, nous aimons qu'ils soient mariés. Nous placerons leurs demeures assez loin du centre astronomique pour que celui-ci ne se ressente aucunement de leur voisinage; et nous les y conduirons à l'abri de galeries couvertes, chauffées en hiver, par lesquelles ils pourront s'y rendre de jour et de nuit, dans toutes les saisons, sans être exposés à l'inclémence du climat. Outre les instruments de leurs travaux, ils y trouveront une bibliothèque astronomique nombreuse, et des cabinets d'études, également préservés contre les rigueurs de la température, les salles d'observation et les instruments étant seuls dans la nécessité de les subir. Nous donnerons aussi à chacun un jardin en propre, dans ce grand entourage de terrain que nous possédons. Ils seront alors entre eux, avec leurs familles, comme un monde à part,
vivant dans une même atmosphère d'idées, occupés en commun de travaux conformes à leurs goûts, pour lesquels rien ne leur manque, qu'aucune autre condition de vie ne leur donnerait si complètement le moyen d'accomplir, et qu'une juste renommée récompensera. Mais, pour qu'ils sentent le prix de cette position et qu'ils s'y attachent tous les jours davantage, il ne faudra pas les isoler absolument de la société scientifique générale, dont l'intérêt et l'approbation" sont nécessaires pour les animer. Une fois au moins, chaque année, le directeur rendra compte à l'Académie de ce qui s'est fait dans l'observatotre. Tous les travaux des astronomes seront rendus publics annuellement. Euxmêmes pourront venir assister aux séances de cette compagnie, s'ils en sont membres; et, afin que l'éloignement obligé de leur résidence astronomique ne mette pas d'obstacle à ce devoir, ou à ce plaisir, chacun d'eux recevra une allocation qui lui permettra d'avoir des chevaux et une voiture pour s'y transporter avec facilité, sans perte de temps. Ce luxe de* soins et de convenances a été jusqu'ici peu usité pour un tel but; mais l'indépendance de notre fiction nous rend tout-puissants et très-riches ; nous ne plaignons pas l'argent bien employé. Voilà, me dira-t-on, une belle utopie! Vous créez là, aux frais de votre imagination, un véritable Eldorado astronomique. Cela peut paraître ainsi, je le confesse. Mais réellement je n'ai rien imaginé. Je n'ai fait que reproduire avec fidélité, dans ses principaux traits, le plan, l'établissement, et l'organisation, donnés par l'empereur de Russie à l'observatoire de Poulkova.
Une œuvjre pareille ne s'accomplit pas en un jour, ni même dans une année. L'emplacement étant choisi, ^et le plan des constructions arrêté dans tous ses détails, il faut les exécuter avec des précautions et une lenteur qui assurent leur stabilité future. Il convient môme de les soumettre à des épreuves qui constatent leur invariabilité présente, à mesure qu'on les élève. Il faut aussi arrêter le choix des instruments, les commander aux
artistes en renoiiii et leur donner le temps de les confectionner; car des pièces de cet ordre, d'un si grand travail, d*un si haut prix, et d'un emploi si rare, ne se trouvent jamais toutes fabri** quées. Il est même indispensable d'en conférer avec les artistes, de guider leur habileté, de leur indiquer les perfectionnements désirables, et de savoir jusqu'où ils sont possibles. L'empereur confia tous ces soins à M. Struve. n le chargea de parcourir l'Europe pour accomplir cette délicate, et importante mission. Quant à la dépense, il ne lui imposa qu'une seule condition : ce fut de commander partout les instruments les plus puissants, les plus beaux, les plus parfaits, dont un grand observatoire pût être enrichi. H. Struve s'acquitta de cette tâche avec autant de zèle que de succès. On eh peut juger par la discussion scientifique qu'il a faite de tous ces chefs-d'œuvre, dans son ouvrage, et aussi par les résultats qu'ils ont déjà donnés. Mais, devant revenir plus loin sur ces deux objets avec le détail d'attention qu'ils méritent, je le laisse pour le moment suivre son voyage d'enquête, et je me reporte aux travaux de construction, ainsi que de distribution intérieure de l'observatoire, qui ont offert des particularités dignes du plus grand intérêt*
Je n'ai plus h parler des maisons d'habitation, j*en ai dit tout ce qui /était nécessaire. Je m'attache exclusivement à la partie de l'édifice qui est consacrée aux instruments astronomiques. On peut les diviser en deux classes, dont les exigences sont diverses. Les uns sont destinés à observer les astres dans le plan d'un môme cercle céleste, toujours vertical. Alors la lunette doit pouvoir décrire uniquement toute la partie visible de ce cercle, en tournant autour d'un axe métallique horizontal porté à ses deux bouts par des blocs de pierre taillés en colonnes, d'une invariable stabilité. Dans la salle où ils sont placés, il suffit que le toit qui les abrite puisse s'ouvrir au gré de l'observateur dans une seule direction, celle du vertical que la lunette doit parcourir. L'autre classe d'instruments est destinée à observer les astres dans tous les
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points du ciel. Ceux-là out deux axes de rotation. I^'un est fixe, dirigé verticalement, ou suivant la droite qui passe par les pôles célestes, pour amener la lunette dans le cercle vertical ou polaire, qu'on veut lui faire momentanément décrire. Le second axe est constamment perpendiculaire au plan du cercle variable. Il se transporte avec la lunette autour du premier, en conservant cette relation. C'est autour de lui qu'elle tourne quand l'observateur la conduit sur l'astre qu'il veut voir. Cette deuxième classe d'instruments présente d'abord les mêmes exigences que la première, quant à la stabilité de ses supports. Mais, en outre, il faut qu'ils soient abrités par des toits tournants, dont la mobilité permette d'amener au-devant de la lunette une ouverture dirigée suivant le cercle variable, vertical ou polaire, qu'elle doit parcourir. Cela est assez facile quand les instruments n'ont que de petites dimensions; mais, pour les grands instruments à mouvement équatorial, comme celui de Poulkova, par exenâple, dont la lunette a plus de sept mëtr^ de longueur, les difficultés mécaniques deviennent énormes. Les toits tournants sont alors de vastes coupoles sphériques, dont le poids s'élève à plusieurs milliers de kilogrammes. Pour qu'ils se meuvent librement, on fait porter leur contour par un chemin de fer circulaire, établi sur les rebords supérieurs des murs d'une tour, dont le moindre tassement rendrait leur manœuvre impraticable. Les supports de l'instrument, partant du sol, doivent, en conservant une stabilité immuable, l'élever, dans l'axe de cette tour , assez haut pour que la lunette puisse prendre toutes les directions possibles, au-dessus du plancher qui porte les observateurs. Il y a, dans l'observatoire ' de Poulkova, trois instruments de ce genre, qui ont exigé autant de tours proportionnées à leurs dimensions. Comment tout cela a-t-il été effectué? comment s'y est-on pris pour assurer la stabilité des tours et celle des supports inférieurs, tant pour cette classe d'instruments que pour les instruments fixes? Quelles dispositions a-t-on Stdoptées pour entretenir le libre aérage des
salles d'observation, en sorte que la température y soit toujours la même qu'au dehors, sans que les limbes métalliques des instruments soient exposés à ces dépôts de vapeurs, que la masse des parois environnantes y précipite d'ordinaire, dans les temps de dégel, et qui, condensés en gouttelettes aqueuses, ternissent ou iîorrodent les divisions tracées sur leurs surfaces , rouillent leurs vis et leurs pivots d'acier? Voilà ce qu'on sera curieux de savoir, et ce que je dois expliquer; car ce sont là les perfections d'un observatoire. Or elles n'ont été nulle part plus judicieusement préparées, plus complètement obtenues, que dans celui de Poulkova. Le mérite de la précision est dû à la commission scientifique qui avait spécifié toutes les dispositions de détail nécessaires pour obtenir ces résultats si essentiel^; mais on doit reporter aussi à l'architecte, M. Bruloff, le mérite, non moins grand peutêtre, d'avoir si habilement employé les ressources de son art, qu'il les a complètement réalisés. Cette scrupuleuse fidélité qu'il a mise à exécuter avec tant de soin, dans toutes ses parties, un plan tracé par la science, lui a mérité l'approbation de l'empereur, la reconnaissance des astronon\3s russes, et les applaudissements unanimes de tous les savants européens. Voyez le préjugé!
Parlons d'abord des supports inférieurs : pour les établir, on a creusé le sol naturel jusqu'à la couche de température invariable qui n'avait jamais été remuée. Qn l'a rencontrée à une profondeur de sept ou huit mètres. Là, pour première base de chaque support, on a construit un large massif en maçonnerie, composé de gros moellons équarris, et de briques préparées exprès, le tout disposé par assises en retraite, dans des conditions parfaitement égales de niveau et de pression dans le sens vertical. Arrivé à la hauteur du sol extérieur, un peu au-dessous du plan assigné au parquet des salles d'observation, on a recouvert toute la surface du massif par un bloc en granit d'une seule pièce, ayant quatorze pouces anglais, plus d'un tiers de mètre, d'épaisseur; et, sur cette
base, on a dressé un ou deux autres blocs verticaux également en granit, pour support immédiat de chaque instrument. La jonction de ces blocs entre eux, et à la surface du massif, a été effectuée par une couche mince de ciment appliquée dans Tétat semifluide, au moment où on les plaçait. Il y a autant de ces massifs qu'il y a d'instruments fixes, tous séparés les uns des autres, partant de la même couche souterraitie, entourés du terrain naturel vers leur base jusqu'à une petite hauteur fort inférieure au niveau du sol environnant ; puis s'élevant dans l'air, et portant dans les salles leurs têtes de granit. Tout l'espace intérieur où les massifs sont établis, est séparé du terrain extérieur par une double rangée de murs qui s'élèyentjm'qu'à son niveau) et tout leur ensemble est enveloppé de voûtes entre-croisées, percées d'ouvertures seulement suffisantes pour donner passage aux colonnes de granit, sans les toucher. Sur ces voûtes, et sur les murs d'enceinte, reposent les doubles planchers des salles, construits tout en bois, et évidés au passage de chaque colonne, l'intervalle étant rempli d'étoupes soigneusement fourrées. Cet isolement des massifs et des piliers de granit contre tout contact latéral, a évidemment pour but, et doit avoir pour effet, assuré, de garantir les instruments astronomiques contre toute transmission de mouvement venant du dehors, ou communiqué par les manœuvres intérieures que les observations exigent. La disposition souterraine de ces masses, et l'absence de contact avec des corps solides, doit aussi maintenir leur température propre, sinon tout à fait constante, du moins lentement et régulièrement variable. Ce sont là deux avantages que Ton ne saurait trop apprécier. Par les mêmes motifs, toutes les précautions imaginables ont été prises pour que l'air extérieur ne pût avoir aucun accès dans ces cavités souterraines. Les escaliers qu'il a fallu réserver pour y descendre, un sous le péristyle de Tédifice, deux à ses extrémités latérales, sont fermés au dehors de doubles portes en bois, ajustées aux deux faces des murs, tout l'intervalle étant rempli de mousse fortement
pilée; et des fermetares, aussi hermétiquement préparées, sont établies dans tous les passages de communication intérieurs, Aussi H. Struve a-t-il grande raison de dire : « On voit bien que « tout le luxe de notre édifice est dans les souterrains ! »
Entrons maintenant dans ,les salles d'observation consacrées aux instruments fixes. Il y en a trois : deux symétriquement placées, à Test et à Touest du centre de l'édifice, la troisième au sud. La salle occidentale contient une grande lunette méridienne, et un cercle vertical destiné à Fobservation des distances zénirthaïes dans le voisinage du méridien^ L'un et Fautre ont été fabriqués à Munich , par Ërtel. L'orientale contient un grand cercle méridien fixe, construit par Repsold , à Hambourg. Elle offre une place d'attente, ultérieurement disponible pour quelque nouvel appareil. La salle du sud renferme un grand cercle fixe, dirigé suivant le vertical d'est ouest, perpendiculairement aux précédents. Il a été aussi fabriqué par Repsold : c'est le seul de ce genre qui existe. Chaque salle a son horloge astronomique, et chaque instrument ses deux collimateurs fixes ; tout cela porté par autant de colonnes de granit, reposant sur des massifs souterrains. Les salles sont, à Tlntérieur, vastes et hautes, plus même que ne sembleraient le nécessiter les instruments qu'elles renferment. Mais il en résulte ces deux avantages, que la présence occasionnelle des observateurs n'a pas d'influence notable sur la température de l'air qui les environne, et- qu'on peut aussi les établir assez loin des parois environnantes pour qu'ils n'en ressentent pas les impressions. Il y a encore un aulre motif que je dirai tout à l'heure. Mais ce qui est surtout h remarquer, parce que c'est une disposition très-judicieuse et tout à fait nouvelle, les parois latérales sont uniquement formées par des poteaux de bois reliés par des traverses , et recouverts de planches sur leurs deux faces. Les plafonds aussi sont faits en cintres de charpente, recouverts de planches des deux côtés. Au dehors ils sont revêtus en tôle. Tout Tintérieur est lisse et verni. Alors, plus de pouB-
siëres qui s'échappent des murs , comme partout ailleurs ; plus de précipitation d'eau, déterminée par le long refroidissement dd leur masse, et reversée sur les instruments ; plus de perturbation dans la température natureliia opérée par leur présenoe. Enfin, pour faciliter la communication entre cette température et celle des salles, les faces méridionales sont percées de grandes fenêtres, ayant pour unique fermeture des cadres en bois légers, couverts, sur leurs deux faces, de percale blanche, qui arrêtent la vivacité dqs rayons solaires, en laissant passer Tair , et répandant une clarté uniforme dans Fintérieur. Quoi de meilleur comme condi-» tien de libre aérage, et de communauté entre les températures au dedans et au dehors, & tout instant I Mais peut^tre, dans cette nudité d'exposition, les instruments ne seraient pas suffisamment protégés. La chute des neiges, des pluies violentes, pourraient infiltrer, entre les joints des trappes qui les recouvrent, quelques gouttes d'eau, dont ils seraient endommagés. On Ta prévu, et Ton a trouvé le remède» Chaque instrument a près de lui, sur son ^lU gnement, une cabane en bois de même dimension, fermée latéra^ lement par des rideaux, montée sur des roulettes de cuivre , qui glisse dans un chemin à rainures au-dessus .de la place qu'il oc^ cupe, et permet de le couvrir ou de le découvrir en un moment. On pourrait, ce me semble, y placer utilement un vase à large surface rempli de chaux vive, ou de chlorure de calcium, que l'on renouvellerait de temps à autre pour absorber efficacement les vapeurs aqueuses ; et j'oserai proposer à M. Struve ce surcroît de précautions. Après toutes ces excellentes mesures "d'intérieur, il ne restait plus qu'à se prémunir contre les causes d'agitations venant du dehors. On y a pourvu également. Aux approches de l'observatoire, les routes macadamisées qui y conduisent se terminent par un chemin recouvert en bois, qui entoure toute l'enceinte, et sur lequel les voitures roulent sans bruit. Il ne se fait jamais de revues de troupes, ni de manœuvres d'artillerie, dans les plaines environnantes. Tout est ainsi admirablement disposé
pour réunir, dans cette scientifique solitude, Tensemble presque idéal des conditions les plus favorables à Fastronomie. Il faudra sans doute j combattre Tinclémence du ciel ; mais le zèle ardent de la science trouvera les occasions d'échapper à ses rigueurs.
Je donnerais une idée trop imparfaite de cet ensemble, si je passais sous silence tout ce qu'on a mis d'art dans la construction des tours destinées aux grands instruments parallactiques. Je me bornerai à en décrire une seule, celle qui contient la lunette gigantesque, merveille .de Poulkova. Elle est au centre de l'édifice, et ses murs s'élèvent à 70 pieds au-dessus du sol. Les deux autres en ont 50. Voici comment on l'a établie. La portion centrale des voûtes souterraines porte huit forts piliers en pierre, distribués sur le contour d'un même cercle, à intervalles égaux, et joints entre eux par une épaisse muraille circulaire. A leur sommet, naît une seconde voûte, s'appuyant sur eux et sur d'autres supports latéraux. L'espace intérieur forme une grande salle de réception. Au sommet supérieur de cette deuxième voiite, repose un énorme bloc de granit, support de l'instrument. La muraille circulaire inférieure continue de s'élever alentour , sur les pieds de la voûte, jusqu'à la hauteur de son centre ; et là, sur les rebords qui la terminent, un chemin de fer reçoit le contour inférieur de la coupole sphérique tournante qui couvre l'instrument. La stabilité de cette construction hardie a été constatée, môme pendant qu'on l'effectuait, par des épreuves dont je ne puis exposer ici les détails. Mais je donnerai une idée suflBsante de leur précision, en disant qu'elles sont de la même nature que celles qu'on emploie pour constater l'immobilité des instruments astronomiques. Elles ont prouvé que l'énorme masse de murs ainsi élevée ne donnait, à cette grande hauteur, que des indices de tassement à peine appréciables ; tels même, qu'on pouvait avec toute vraisemblance les attribuer aux inégalités de température de ses diverses faces, en raison de l'exposition diverse sous laquelle elles reçoivent les rayons solaires. Des ondulations si petites ne pouvaient apporter aucun obstacle
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sensible au roulement de la coupole sur son chemin de fer. On Ta donc immédiatement établie sans hésitation; et une expérience de plusieurs années a confirmé depuis toutes les espérances qu'on en avait conçues. Des deux autres tours, Tune contient un héliomètre à mouvement équatorial construit à Munich par Merz et Mahler, successeurs de Fraunhoffer, les mêmes auxquels on doit la grande lunette dont Tobjectif dépasse, en étendue et en puissance d'illumination, tout ce qui avait été fait auparavant. La troisième tour est préparée pour recevoir une autre lunette parallactique, à mouvement équatorial comme la précédente, mais d'une dimension moindre, qui permette de l'employer plus habituellement. Je n'ai pu présenter ici qu'un aperçu des richesses que l'observatoire de Poulkova renferme. Il y a encore una nombreuse collection de lunettes et d'instruments d'astronomie, ainsi que de géodésie,' transportables: soit pour servir aux opérations géographiques dont les astronomes de l'établissement pourraient être chargés , soit pour Tinstruction des personnes que leur goût ou leurs fonctions porteraient ou obligeraient à se former aux pratiques astronomiques. On a construit, pour ces travaux accessoires, quatre petits observatoires isolés, et séparés de l'établissement principal , afin que le service des astronomes attachés spécialement à. celui-ci ne soit pas troublé par l'intervention des étrangers. Il va sans dire qu'il y a abondance d'horloges , de baromètres, de thermomètres, et de tous les appareils de physique, employés auxiliairement dans les observations astronomiques. Mais-^ ce que je ne dois pas omettre, c'est qu'il y a des appareils spéciaux pour retourner promptement et sûrement les instruments méridiens autour de leurs axes ; qu'on a tous les moyens nécessaires pour monter, démonter, étudier tout instrument reçu du dehors et pour l'améliorer, le rectifier au besoin, ou le réparer quand il a servi ; un atelier de précision dirigé par un habile artiste étant attaché à l'observatoire, et y résidant à demeure. Que dirai-je enfin? M. Struve a sous sa direction quatre astronomes
adjoints : MM. Georges Fuss, Georges Sabler, Otto Struve son fils, et M. Peters, tous déjà connus par de beaux travaux astronomiques. n a sous ses ordres un secrétaire, inspecteur de rétablissement ; plus les employés aux mécaniques, et huit anciens sous-officiers libérés du service militaire. Tout cela, en comptant les membres de chaque famille, forme un total de 403 personnes demeurant dans rétablissement, et attachées à son service. Ai-je eu. tort d'appeler cet ensemble une colonie Uranierme ? et le tableau disjoint, tronqué, incomplet, que je viens de tracer, n'est-ce pas assez déjà pour montrer avec évidence qu'aucune institution astronomique n'a jamais été si grandement conçue, si judicieusement établie, dotée avec autant de magnificence, que l'observatoire impérial de Poulkova ? L'empereur y a dépensé six cent mille roubles d'argent, deux millions quatre cent mille francs de France, non compris la valeur du terrain qu'il a donné. Mais heureusement sa générosité n'a pas été perdue. La Russie possède maintenant un monument de science qui n'a pas de supérieur au monde, et tous les services qu'il rendra dans l'avenir, deviendront autant de titres de gloire pacifique, attachés au nom du souverain qui en a été le fondateur.