PROUVÉE I^AR LES OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES
(Extrait du Mercure de Érance, mai 1809.)
Dans l'extrait que j'ai donné dernièrement de la connaissance des temps pour Vannée 4810, j'ai annoncé la publication d'un grand nombre d'observations chinoises, dont quelques-unes paraissent fort anciennes, et j'ai pris l'engagement de revenir bientôt sur cet important objet. En effet, Fexamen critique de ces observations intéresse & la fois l'astronomie et l'histoire, c'est ce que je vais tâcher de développer *.
Les tables astronomiques modernes sont fondées sur le principe de la pesanteur universelle appliqué à l'état actuel des mouvements célestes, tel qu'il résulte des observations. Si ces der-
* Le manuscrit, où ces observations sont Consignées, a pour titre : Recherches astronomiqwt du R. P. Gaubîl, sur les constetlations et tes catalogues chinois des étoiles fixes, sur le cycle des Jours, sur les solstices et sur les ombres mé" ridiennes du gnomon observées à la Chine, Ce manuscrit envoyé de Péking, est écrit de la main du P, Gaubil lui-même.
nières étaient parfaitement exactes, les données que Ton en tire seraient aussi parfaitement rigoureuses, et comme l'usage que Ton en fait dans le calcul n'est sujet à aucune erreur, il s'ensuit que nos tables astronomiques seraient éternellement l'expression fidèle de l'état du système du monde. Alçrs, tous les changements réguliers que l'action de la pesanteur doit produire par la suite des temps, dans les phénomènes célestes, se trouveraient toujours conformes à nos formules, et n'en seraient, pour ainsi dire, que des développements. L'astronomie n'est pas encore parvenue à ce dernier degré d'exactitude ; peut-être même ne doit-elle jamais l'atteindre, parce que tout ce qui dépend de Faction mécanique de nos sens a des bornes ; mais elle est déjà si près de ce but, que ce qui lui manque n'aura de longtemps aucun effet appréciable. La plupart de nos tables astronomiques pourront servir encore dans deux ou trois mille ans.
Quoique ce résultat soit fondé sur des calculs certains, il est si beau et si hnportant, que les astronomes recherchent avec un soin extrême toutes les occasions possibles de le confirmer. Ne pouvant ni prévenir, ni presser la marche des temps, ils remontent aussi haut qu'ils peuvent dans le passé. En comparant les résultats des tables avec les observations anciennes, ils constatent par leur accord l'étendue que ces tables peuvent embrasser sans incertitude.
Malheureusement les observations anciennes n'ont jamais toute la précision que l'on y pourrait désirer. Ceux qui les ont faites, né connaissant ni les lunettes, ni les horloges à pendule, n'ont pu approcher de l'exactitude qui distingue l'astronomie moderne. Aussi,' malgré le grand intervalle de temps qui les sépare de nous, ne trouverait-on aucun avantage à comparer leurs observations aux nôtres pour déterminer la précession des équinoxes, la longueur de Fannée, ou les autres éléments des mouvements célestes. Ces éléments qui servent de base à tous les calculs, se concluent, avec bien plus de précision, des observations modernes
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comparées entre elles. Mais, en accordant quelque chose à l'imperfection des procédés dont les anciens astronomes faisaient usage, on peut regarder leurs résultats comme des confirmations utiles, qui garantissent l'excellence des tables actuelles et montrent ce qu'on doit en attendre pour l'avenir.
n y a plus : ce rapproôiement peut servir pour constater la réalité des observations elles-mêmes, et pour vérifier les époques anciennes auxquelles les chronologistes croient devoir les rapporter. En effet, l'état du système du monde n'est pas toujours le môme. Il change lentement avec les siècles en vertu des actions réciproques des corps qui le composent. Le principe de la pesanteur universelle soumis à une analyse profonde, a fait connaître les lois exactes de ces changements, dont l'existence se fait déjà sentir dans la comparaison des observations anciennes avec les modernes, et qui se développeront davantage aux yeux de la postérité. Le calcul devançant leur marche, a prouvé qu'ils sont tous compris dans des périodes immenses, mais limitées ; c'est-à-dire, qu'après avoir grandi pendant de longues suites de siècles ils s'arrêteront et décroîtront ensuite par les mêmes degrés; sans que leurs oscillations puissent jamais altérer la stabilité de l'univers. L'effet de ces grandes inégalités, qui étaient entièrement inconnues aux anciens astronomes, doit nécessairement se manifester dans les observations qu'on leur attribue. Il peut donc servir pour en constater la réalité, et pour éprouver la véracité de ceux qui nous les ont tra,nsmises ; car l'analyse qui a donné les lois de ces phénomènes, est trop récente pour avoir été connue des chronologistes, et par conséquent ceux-ci n'ont pas pu s'en servir pour altérer, à leur gré, les observations. Essayons si les résultats consignés dans les anciens livres chinois, et rapportés par les missionnaires, pourront soutenir cette.épreuve.
C'est une tradition générale à la Chine que, depuis des temps très-reculés, on y observait régulièrement tes éclipses, les positions des solstices, et les hauteurs méridiennes du soleil. On me-