LU DANS LA SÉANCE DU 5 NOVEMBRE
Messieurs,
Après le discours éloquent du pasteur que vous venez d'entendre, permettez-moi, au nom de la Société nationale d'agriculture et de notre illustre président, M. Chevreul, d'adresser à celui qui n'est plus quelques paroles d'adieu et de remercîment.
Il nous est impossible de ne pas ressentir un trouble profond au moment suprême où nous allons pour toujours nous séparer de notre cher et infatigable confrère M. Barrai. Nous l'avons vu depuis des mois s'épuiser dans des efforts pour surmonter les souffrances d'une impitoyable maladie. En vain, nous lui disions de se soigner, de se reposer, de résister à son propre cou- Ci) M. Barrai, élu dans la Section des sciences physico-chimiques agricoles, le 17 décembre 1856, — secrétaire perpétuel le 30 décembre 1871, est décédé le 10 septembre 1884.
rage! Il marchait toujours, parlait toujours, écrivait toujours. Il était mourant quand il partit, ces jours derniers, pour l'Exposition d'Amsterdam, et il n'en est revenu que pour rendre le dernier soupir. Le spectacle de cette volonté, qui s'acharne contre le péril et ne cède que devant la mort, a quelque chose d'imposant qui attire le respect. On dirait un blessé qui se fait porter sur le champ de bataille pour mourir d'une balle ennemie. Barrai est mort sur la brèche. Il est mort debout.
Barrai était un lutteur. Il avait dans l'esprit toutes les qualités d'un savant, mais dans le tempérament il avait toutes les ardeurs d'un homme d'action. Il n'était pas de ces intelligences profondes qui s'absorbent dans l'étude spéciale d'un ordre de faits et qui, commençant par régner sur eux-mêmes, finissent par régner dans la science. Il était de ces esprits admirablement doués et perpétuellement ouverts dans lesquels s'introduisent les travaux des autres, pour en sortir au profit de tous avec une clarté nouvelle et un charme qui les fait valoir. Aussi, le vit-on d'abord s'adonner à des travaux de physique et de chimie qui relevaient de la science pure. Ses études sur la composition des eaux de pluie aux différentes époques de l'année lui avaient acquis une notoriété bien méritée. Quand il compléta, avec son son ami Bixio, ses observations sur les variations atmosphériques, dans une ascension célèbre, le public accueillit cet acte de courage avec une vive sympathie.
Il fallait qu'il fût entré dans l'estime des savants, et des plus illustres savants, puisqu'il devint l'exécuteur testamentaire de François Arago, dont il publia les œuvres complètes ; mais, peu à peu, l'avidité de savoir