‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 14 sur 86 · LU DANS LA SÉANCE DU 9 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LU DANS LA SÉANCE DU 9 DÉCEMBRE

Messieurs,

Les Sociétés savantes, dont Bouley était l'un des membres les plus distingués, les plus actifs et les plus dévoués, s'empressent autour de cette tombe pour y jeter des éloges qui leur semblent des consolations. L'Académie des sciences, par une voix dans laquelle la Société nationale d'agriculture s'écoute et se reconnaît, vous a dit que, dans la Section d'économie rurale, Bouley représentait, depuis 1868, la médecine vétérinaire avec un talent qui avait relevé cette science elle-même. L'école d'Alfort n'avait qu'à se souvenir pour parler dignement de celui qui fut son élève couronné, son

(1) Bouley, élu membre titulaire dans la Section d'économie des animaux le 1er avril 1874, décédé le 2 décembre 1885.

professeur émérite, son expérimentateur habile, son orateur applaudi. L'Académie de médecine devait être l'interprète de l'impression profonde que jetait dans les discussions les plus animées l'argumentation brillante de Bouley. La Société zoologique d'acclimatation et la Société nationale et centrale de médecine vétérinaire nous disputeraient l'honneur de louer leur président et notre confrère, si nous entendions relever ici la liste de ses titres scientifiques et décrire le cours de sa laborieuse carrière; mais Bouley aujourd'hui ne doit pas être loué surtout par le récit de ses travaux, Bouley doit être pleuré par ses élèves et ses amis, les amis de la science et du progrès.

Il est peu d'hommes qui aient été doués par la nature de qualités plus heureuses. L'agrément de sa personne et la bonne humeur étaient le reflet de sa bonne santé ; sa physionomie était ouverte et franche, sa parole fine et enjouée, son abord séduisant. L'envie n'avait pas osé l'aborder. Les succès d'autrui le trouvaient toujours en éveil et en joie. On eût dit qu'il avait un secret plaisir à s'effacer pour protéger, sans en avoir l'air, ceux qui semblaient avoir raison ou qui paraissaient réussir. Il prenait le parti des jeunes et des timides à la place des maîtres trop occupés d'eux-mêmes, et le parti des maîtres contre la foule indifférente. Il courait à la défense de tous ceux qui étaient attaqués et qu'il croyait dignes de son loyal concours. Ces grandes qualités du cœur animèrent toute sa conduite et furent la source toujours vive de son talent : car il avait beaucoup de talent, et très naturellement.

Quand il parlait, il faisait briller la vivacité de son esprit; mais quand il professait, il montrait l'ardeur et

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