COMMISSION
Pour travailler à l'histoire naturelle, etc., etc. Louis-Bénigne-François Berthier, intendant, etc., etc.
« La recherche de tous les objets relatifs à l'histoire naturelle de la généralité de Paris nous ayant toujours paru digne de notre attention, et connoissant d'ailleurs les talens et la capacité du sieur Olivier, docteur en médecine, nous l'avons commis et commettons à l'effet de travailler à l'histoire naturelle et rurale des divers cantons de la généralité de Paris, d'y faire des observations sur les différentes manufactures et pratiques des
arts, en dresser des mémoires qui contiendront ses observations, et nous les adresser ensuite pour, par nous, en être fait l'usage qui nous paroitra le plus convenable.
« Mandons, en conséquence, à nos subdélégués, etc., de reconnoître en cette qualité le sieur Olivier, de lui procurer les moyens de faire toutes les observations et remarques qu'il jugera nécessaires pour parvenir à perfectionner la connaissance des objets relatifs à l'histoire naturelle et rurale de la généralité de Paris, et de lui faire accorder à cet effet l'entrée dans les manufactures qui sont dans leur département.
« Fait à Paris, le 1er janvier 1786.
« Signé : Berthier. »
Pendant deux ans, de 1786 à 1788, Olivier remplit la mission qu'il avait acceptée avec autant d'ardeur que de persévérance ; mais, vers 1788, l'argent faisant défaut, Berthier résolut de se priver des services d'Olivier, qui, très vraisemblablement, porta ses mémoires à la Société royale d'agriculture de Paris pour les soumettre au jugement des membres de cette Société. Voici le rapport qui justifie l'intérêt qui s'attache à la publication des mémoires d'Olivier :
Extrait des registres de la Société royale d'agriculture du 1k février 1788.
La Société nous avoit chargés, M. Thouin, M. Parmentier et moi, de lui rendre compte de plusieurs mémoires rédigés par M. Olivier, son correspondant :
ces mémoires sont relatifs à l'histoire naturelle et économique de trente et une paroisses de la généralité de Paris. M. Olivier a indiqué d'abord avec soin le coup d'œil général du terrain dans chacune de ces paroisses, l'étendue des plaines, la direction des vallons, les hauteurs respectives des buttes et l'inclinaison des coteaux. L'examen des diverses terres qui se trouvent dans le canton forme la seconde partie du travail de M. Olivier, qui désigne dans cet article la profondeur de la couche de terre végétale, la nature des substances terreuses ou pierreuses qui se trouvent au-dessous et à la hauteur des bancs qui la composent. Le grand nombre d'excavations faites dans les environs de Paris, l'ont mis à portée de s'assurer avec exactitude de l'épaisseur de ces différentes couches. Des échantillons de ces diverses substances ont été déposés à l'École vétérinaire. Les naturalistes, qui savent combien il importe de connoitre la disposition des masses de terres et de pierres , n'ont pu que savoir gré à M. Olivier d'avoir entrepris un pareil travail, qui doit être continué dans toute la généralité de Paris. Les indications locales qu'il pouvoit fournir en éclairant la géoponie auroient été très précieuses pour l'agriculture.
A ces renseignements sur les diverses espèces de terres, il en succède d'autres non moins intéressans sur les divers produits qu'on en retire. Dans cette partie de ses mémoires, l'auteur présente des détails sur l'industrie locale ; il donne aussi l'indication des cultures particulières, et l'importance d'un pareil travail, qui pourroit paroitre au moins superflu, au premier coup d'œil, ne sauroit être méconnue par un observateur scrupuleux
qui auroit parcouru les campagnes, et qui auroit vu avec étonnement que chaque cultivateur s'est fait une pratique à lui, sans qu'il ait songé à l'abandonner, ni cherché même à la perfectionner; presque tous les artisans travaillent d'après des principes qui sont les mêmes dans tout le Royaume, tandis qu'à peine deux cultivateurs, dans une même paroisse, suivent exactement le même procédé.
Lorsque dans un canton qui faisoit le sujet de l'un des mémoires dont nous rendons compte, il s'est trouvé quelque fabrique particulière et quelque manufacture en activité, ou quelque carrière en exploitation. M. Olivier en a donné une idée aussi exacte que le lui permettoit la liberté qu'il pouvoit avoir de les visiter.
Ces courses ont fourni plusieurs observations très curieuses sur les maladies des arbres et des plantes et sur les insectes qui dévorent les diverses productions végétales ; ce dernier travail en particulier est d'autant plus intéressant qu'on ne s'en est pas encore spécialement occupé et qu'il peut seul fournir des moyens aussi faciles qu'efficaces pour opérer la destruction de ces petits animaux. On sait que leur multiplication est devenue plusieurs fois assez considérable pour que les agriculteurs se soient vus forcés, en quelques endroits, de renoncer entièrement à des cultures qui, sans ce fléau, auroient présenté des ressources très précieuses.
Nous croyons, en conséquence, que ce travail, entrepris d'après les vues de M. l'Intendant de la généralité de Paris, ne pourroit être que très utile, et le seroit devenu tous les jours davantage à mesure que l'auteur auroit étendu ses recherches à une certaine distance de la
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capitale. Nous regrettons que des circonstances particulières n'en aient pu permettre la continuation, et nous le jugeons digne de l'approbation de la Société.
Signé: Thouin, Broussonet et Parmentier.
Je certifie cet extrait conforme à l'original et au jugement de la Société.
A Paris, ce 26 mai 1788.
Broussonet, secrétaire perpétuel.
On remarquera que les membres de la Société chargés d'examiner les mémoires d'Olivier constatent que certaines circonstances ont empêché la continuation de ses travaux. La lettre suivante, adressée par Olivier au contrôleur général des finances, nous apprend qu'en 1788, l'allocation de 1.200 fr. accordée à Olivier fut supprimée, et que la pénurie du Trésor vint mettre subitement un terme à des recherches qui avaient recueilli l'approbation des savants les plus autorisés de cette époque. La lettre d'Olivier, datée du 17 juin 1788, est pleine de curieux détails sur la mission qu'il avait été chargé de remplir, et il est très probable que le rapport de Thouïn, de Parmentier et de Broussonet, daté du 26 mai, était destiné à soutenir devant le contrôleur général les justes et pénibles réclamations d'Olivier. La demande d'Olivier est recommandée par M. Geoffroy, médecin.
Voici la lettre d'Olivier :
A Monseigneur le Contrôleur général des finances.
« Le sieur Olivier, docteur en médecine, a l'honneur d'exposer à Monseigneur le Contrôleur général des
finances, qu'il exerçoit la médecine à Saint-Tropez ville maritime de la Provence, lorsqu'il reçut à la fin de novembre 1785 une lettre de M. Broussonet, de l'Académie des sciences, secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture, qui lui marquait qu'il étoit chargé par M. l'Intendant de la généralité de Paris de chercher une personne qui eût des connaissances en minéralogie, en botanique, en zoologie, etc., pour travailler à l'histoire naturelle et rurale des divers cantons de cette généralité, y faire des observations sur les différentes manufactures et arts, en dresser des mémoires, etc.
« Arrivé à Paris vers le milieu de janvier 1786, il eut l'honneur de voir M. l'Intendant, qui lui fit expédier aussitôt sa commission.
« Animé de tout le zèle que lui inspirait un travail aussi utile et aussi intéressant, le sieur Olivier a fait tout ce qui a dépendu de lui pour remplir les vues de M. l'Intendant; il se flatte d'avoir réussi, puisque M. l'Intendant a eu la bonté de lui dire plusieurs fois qu'il étoit très content, qu'il se proposoit de faire imprimer ses mémoires pour qu'ils servissent de modèle à tout travail en ce genre.
« Cependant le sieur Olivier a reçu, à la fin de décembre dernier, une lettre de M. l'Intendant qui lui marque que quelqu'utile que soit ce travail, il ne croit pas possible de le porter à sa perfection, parce que les circonstances actuelles ne lui permettent plus de lui accorder le traitement dont il l'avoit fait jouir jusqu'à présent.
« Le sieur Olivier ayant quitté pour cet objet une ville où la médecine lui offroit des ressources, ayant fait des dépenses pour son voyage et pour son entretien en
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cette ville, se voyant privé de tout et éloigné de deux cents lieues de son pays, s'adressa peu de tems après à M. l'Intendant pour lui demander six mois d'appointemens qui lui étoient dus et une indemnité dans le cas où son travail ne seroit pas continué. M. l'Intendant lui promit qu'il auroit l'honneur de s'adresser à cet effet à Monseigneur le Contrôleur général ; mais le sieur Olivier n'a encore rien obtenu .
« Il supplie Monseigneur le Contrôleur général de vouloir bien lui accorder les appointemens qui lui sont dus et de lui faire continuer la commission dont il étoit chargé, ou dans le cas qu'il ne jugeât pas à propos de faire continuer ce travail, de vouloir bien lui accorder une somme qui pût l'indemniser des dépenses qu'il a été obligé de faire pour son voyage et son séjour en cette ville, et qui le mette en état de retourner dans sa province. »
Nous ignorons le sort qui fut réservé à la réclamation pécuniaire d'Olivier. Ce qui paraît certain, c'est que le dossier conservé aux Archives, contenant les mémoires d'Olivier et les pièces que nous publions, pour en démontrer l'authenticité, fut transporté aux Archives avec beaucoup d'autres papiers et registres touchant l'administration de l'agriculture , pendant le règne de Louis XVI. C'est précisément ce qu'ignoraient Cuvier et Sylvestre, quand ils écrivirent l'éloge d'Olivier.
« Olivier, dit Cuvier, s'occupa, pendant plusieurs « années, à parcourir les cantons qui entourent cette « capitale, à en examiner le climat, le sol, les plantes, « les animaux, le rapport de toutes ces choses avec « l'agriculture et l'industrie. C'était pour lui une source
« féconde d'instruction, et le public aurait sans doute « aussi profité beaucoup de son travail, si les mémoires « qu'il avait remis à M. Berthier n'eussent été anéantis « lors du pillage qui suivit l'assassinat de ce malheu- « reux administrateur. » Sylvestre dit également : « Les manuscrits de cet ouvrage ont été détruits pen- « dant la Révolution, lors du pillage de la maison de « M. Berthier. »
Cuvier et Sylvestre se sont trompés. Une partie de ces manuscrits existe, et j'ai eu la bonne fortune de les retrouver aux Archives nationales, dans le carton 1514 de la section administrative. Le succès dont jouissent encore aujourd'hui les célèbres voyages d'Arthur Young me paraît devoir suivre les mémoires d'Olivier sur les environs de Paris. En tout cas, c'est un document précieux pour l'histoire de la science à la fin du xvine siècle, et c'est un devoir pour la Société nationale d'agriculture de leur donner la publicité que leur avaient destinée, il y a cent ans, le Bureau de la Société royale d'agriculture de Paris et le Contrôle général des finances.
Nous publions ces mémoires dans l'ordre où ils ont dû être rédigés.