VITRY
Exposition générale. — Le village de Vitry est situé à une demi-lieue de la Seine, dans une plaine agréable et fertile. Il est borné, au nord-est, par la rivière; au nord-ouest, par Ivry ; au midi, par Choisy-le- Roy et Thiais, et, au couchant, par un coteau très agréable, couvert de vignes, d'arbres fruitiers, de blé, etc.
Qualité des terres. — Les terres de cette paroisse sont très fertiles ; elles sont un mélange de terreau ou terre franche en assez grande quantité, de terre calcaire crétacée, d'un peu d'argile, de très peu de sable quartzeux et de quelques fragmens de silex. La qualité de ces terres varie peu ; cependant elles paroissent meilleures et la couche de terre végétale est plus épaisse à mesure qu'on s'éloigne davantage de la rivière et qu'on s'approche du coteau.
Le terroir de Vitry ne fournit aucun minéral intéressant, point de pierre particulière dont on puisse faire usage. Je n'y ai point trouvé d'excavation assez consi-
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dérable pour reconnaître quelle est la nature des terres à une grande profondeur. Je n'y ai vu que quelques fossés peu profonds. Voici les couches de terre qu'ils présentoient :
De terre végétale, auprès de la rivière et sur le coteau 1 pied .
De terre végétale, au bas du coteau et dans une étendue assez considérable 1 — 3 pouces.
De terre sablonneuse jaunâtre 2 —
De terre jaunâtre mêlée d'une plus grande quantité de sablon 4 —
8 pieds 3 pouces.
Je n'ai point aperçu le fond de cette dernière couche.
Observation. — Cette terre jaunâtre contient une grande quantité de terre calcaire, une plus grande quantité de terre argileuse et un peu de sablon d'une très grande finesse. Du coté de la rivière, le sable est plus abondant et moins fin.
Sur le rivage de la Seine, le terrain est coupé par les eaux, et il présente :
Terre végétale 1 pied .
Terre calcaire peu sablonneuse 4 —
Terre argileuse, calcaire et sablonneuse 2 —
Terre argileuse un peu calcaire 3 —
10 pieds.
Productions. — La végétation est très vigoureuse dans toutes les terres de cette paroisse et la culture y est très variée. Elle consiste en blé, seigle, avoine, orge, pois, haricots, etc. ; en prairies artificielles de luzerne, de sainfoin, de vesce, etc. ; en divers arbres fruitiers, en vignes, et principalement en pépinières d'arbres indigènes et exotiques.
Les blés y sont partout très beaux et très abondans et ils font espérer une bonne récolte ; les prairies ont donné beaucoup de foins malgré la sécheresse du printems : ces terres, plus fortes et plus fertiles, et dont la couche végétale est plus épaisse, ont beaucoup moins souffert de la sécheresse que celles qui sont légères et sablonneuses. La récolte s'en est faite à la fin de juin. Les seigles sont très beaux, et la récolte s'est faite depuis le milieu de ce mois de juillet.
Les pois avoient un peu souffert de la sécheresse du printems ; ils ont cependant donné assez de fruits pour satisfaire le cultivateur. r La récolte faite, on a arraché les plantes, on les a étendues pour les faire sécher et on les a mises en bottes ; elles servent pendant l'hiver à la nourriture des bestiaux. Ce fourrage est excellent, il est nourrissant et il convient aux vaches. Les chevaux le mangent volontiers ; mais on doit prendre garde de ne pas leur en donner trop longtems pour unique nourriture ; il leur causeroit des coliques venteuses. 1 arpent de terre planté en pois fournit environ cent bottes de ce foin, pesant chacune de 8 à 10 livres.
La vigne se plaît dans tout le terroir de Vitry et principalement sur le coteau, mais il ne s'y en trouve pas assez pour fournir une quantité de vin un peu considérable (je parlerai dans un mémoire particulier de la culture de la vigne aux environs de Paris). Des femmes sont occupées depuis le milieu du mois de juillet à couper le bout des tiges de vignes pour que le raisin mûrisse mieux, exposé aux rayons du soleil ; et ces feuilles séchées servent pendant l'hiver à la nourriture des vaches.
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J'ai vu très peu de pommes de terre. Ces plantes étoient fleuries vers le milieu du mois de juillet et elles paroissoient vigoureuses; j'en ai vu dont la plantation étoit entourée de maïs qui avoit déjà plus de 2 pieds de haut. Cette dernière plante exige un terrain fertile. On observe, dans les provinces méridionales où on la cultive depuis longtems, de la planter en bordure dans les terres fertiles et arrosables , pour garantir du vent les plantes potagères, les melons, etc., et surtout pour ne pas priver les terres d'une trop grande quantité de sucs nourriciers , car elles ne pourroient pas être semées en grains la même année si tout le champ étoit planté en maïs.
On voit très peu de chanvre dans la paroisse de Vitry. Il fleurissoit vers le milieu du mois, et étoit déjà parvenu à la hauteur de 4 à 5 pieds. Il est surprenant que dans des terres où cette plante gourmande réussiroit bien et dont le produit seroit considérable, on ne l'y cultive pas davantage.
On fait des prairies artificielles dans le terroir de Vitry avec la vesce ; on y mêle quelque peu d'avoine pour la soutenir et l'empêcher de ramper. Lorsque cette prairie réussit , 1 arpent fournit ordinairement près de deux cent bottes du poids de 10 à 12 livres chacune. L'avantage de cette prairie, c'est qu'elle n'empêche pas de semer tel grain que l'on désire, de deux en deux années ; ce n'est que l'année de repos qu'on sème la vesce.
La principale culture de ce village consiste en pépinières de toutes les espèces d'arbres fruitiers qu'on cultive aux environs de Paris, et des arbres indigènes
et exotiques, qui servent pour les allées, pour les bosquets et pour l'ornement des parcs et des jardins.
Parmi les arbres fruitiers, on cultive les abricots, les cerises douces, aigres, etc.; toutes les variétés de poires, de pommes, de prunes, de pêches, etc., etc. On se procure des plans en semant des noyaux, ou les pépins des fruits de ces arbres, dans une terre préparée pour cela ; on les replante la troisième année, et on les greffe deux années après. Les marcottes et les boutures sont encore un moyen plus court pour se procurer ces plans.
Tous ces arbres fruitiers sont greffés ; on pratique cette opération la seconde ou troisième année, c'est-àdire lorsque le plant a atteint une grosseur depuis 8 lignes jusqu'à 1 pouce de diamètre. Lorsqu'on veut élever les arbres nains ou qu'on veut les mettre en espalier, on greffe à fleur de terre ; mais lorsqu'on veut les élever en plein vent, si le plant a une belle tige on la lui laisse et on greffe à la hauteur de 4 à 5 pieds. Le temps le plus propre pour greffer, c'est depuis la fin de juillet jusque vers le milieu ou même la fin d'août.
On greffe sur le merisier ou cerisier sauvage les différentes espèces de cerises , sur l'amandier toutes les espèces de pêches, et sur les pruniers toutes les espèces de prunes et d'abricots. On observe, dans les terres fertiles et humides, de greffer les pêches sur le prunier, parce que, l'amandier poussant avec trop de vigueur, le pêcher greffé s'épuiseroit en rameaux superflus et demeureroit plus longtems à donner des
fruits.
Le coignassier sert pour y greffer toutes espèces de
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poires, et le pommier sauvage, celui venu de graines ou de boutures, sert pour toutes les espèces de pommes.
Voici les principales espèces d'arbres indigènes et exotiques qu'on élève en pépinière dans le terroir de Vitry ; ces arbres ne sont guère que pour l'agrément, pour la beauté et l'ornement des jardins.
Le frêne (Fvaxinus excelsiorj, grand arbre qui croît naturellement dans toute la France, dans les lieux un peu humides des forêts.
L'orme (Ulmus campestris), grand arbre qui croît naturellement dans toute la France, dans les lieux sablonneux, humides et au bord des rivières.
Le tilleul (Tilia europea), grand arbre qui croît naturellement dans toute la France dans les lieux humides et ombragés des forêts.
Le charme (Carpinus betulusj croît dans toutes les forêts de la France.
Le peuplier blanc (Populus alba), le peuplier noir (Populus nigm). Ces deux arbres croissent dans toute la France dans les lieux humides. La première espèce réussit dans les terres sablonneuses quoiqu'un peu sèches ; ils viennent très bien de bouture. L'accroissement de ces arbres est très prompt ; leur ombrage est frais ; ils transpirent abondamment et ils chargent l'air ambiant d'une humidité qui le rafraîchit. Les botanistes regardent le peuplier d'Italie comme une variété du peuplier noir.
L'érable (Acerpseudoplatanus). Cet arbre croît naturellement sur les hautes montagnes de la France ; il a un très beau port et s'élève très haut.
On se procure des plans de ces arbres (excepté des peupliers, qui viennent très facilement de bouture) par
le moyen des semences. On sème les graines dans une terre grasse et meuble ; elles lèvent la même année et font des pousses de 1 pied de hauteur : on les replante deux ou trois années après, à la distance de 2 pieds les unes des autres, dans tous les sens. Huit ou dix ans après, plus ou moins , suivant la qualité de la terre, les engrais qu'on y a mis et le soin qu'on en a pris, on les ôte de la pépinière pour les planter en allées dans les jardins, etc. ; ils doivent avoir alors au moins 2 pouces de diamètre.
Le marronnier d'Inde (Msculus hippocastanum). Cet arbre est originaire des Indes ; il est presque naturalisé en France : c'est un des plus beaux arbres de nos parcs et de nos jardins. Ses fruits sont recherchés par les chèvres ; ils les nourrissent beaucoup et leur procurent abondamment du lait; les moutons les mangent aussi. On devroit les ramasser avec soin pour les leur donner pendant l'hiver.
Le faux-acacia (Robinia pseudoacacia. Cet arbre, originaire de l'Amérique septentrionale se plaît dans toute la France, et vient bien aux environs de Paris. Le port de cet arbre est beau, ses feuilles sont d'un joli vert, et ses fleurs sont très agréables. On cultive encore une autre espèce d'acacia à fleurs rougeâtres (le Robinia hispida, de Linné). Cette espèce est aussi très jolie ; elle ne s'élève pas à la hauteur de l'autre.
Le platane d'Orient (Platanus orientalis). Cet arbre croît assez vite lorsqu'il est planté dans un bon terrain. Il est d'un très beau port ; il s'élève très haut. Il nous vient du Levant et croît très bien aux environs de Paris.
Le mûrier d'Espagne (Motus nigra). Cette espèce
de mûrier peut très bien être cultivée aux environs de Paris : elle résiste au froid bien mieux que le mûrier blanc, et elle serviroit également pour la nourriture des vers à soie; ses fruits sont agréables à manger et l'arbre est d'un beau port. On élève aussi le mûrier blanc [Morus alba).
L'arbre de Judée ou gaînier (Cercis siliquastrum). Cet arbre est originaire du Levant, et vient très bien aux environs de Paris. Il est agréable pour le beau vert de ses feuilles et par ses fleurs purpurines, qui naissent en grappes axillaires avant le développement des feuilles.
Le bois de Sainte-Lucie (Prunus padus). Cet arbre a le port du cerisier. Ses fruits sont plus petits et ne sont pas bons à manger. C'est le bois du Prunus mahaleb qui est employé dans les arts, et non celui du bois de Sainte-Lucie, comme on l'avait cru. Cet arbre croît dans les forêts de la France.
Le cytise ou l'ébénier des Alpes (Cytisus laburnum), très grand et très joli arbrisseau des Alpes et des hautes montagnes de la France. Sa tige est droite, verdâtre ; ses fleurs, en grandes grappes pendantes, font un joli effet ; son bois est très dur et sert pour les ébénistes.
Le baguenaudier (Colutea arborescens), joli arbrisseau des provinces méridionales de la France, dont le port est agréable et qui vient très bien aux environs de Paris. La ressemblance de ses fruits avec le fêne Ta fait nommer faux-feni. Quelques paysans s'en servent pour se purger ; mais il est venteux et peu purgatif, même à forte dose.
Le gibier fait beaucoup de mal à ces pépinières pen-
dant l'hiver : les lapins rongent Técorce de ces jeunes plans et les font souvent périr ; on est obligé d'entourer de paille de seigle le bas du tronc pour les en défendre.
GHOISY-LE-ROY.
Exposition générale. — Le village de Choisy-le- Roy est situé sur la rive gauche de la Seine ; son terroir est peu considérable. Il est resserré de toutes parts par ceux de Thiais et de Yitry et par la rivière ; il est bordé au nord-ouest par un petit coteau dont la pente est peu sensible.
Qualité des terres. — Les terres de cette paroisse ne sont pas aussi légères ni aussi sablonneuses que celles qui se trouvent de l'autre côté de la rivière ; la terre franche est ici plus abondante, et la terre végétale y est un peu plus épaisse. Ces terres se rapprochent cependant beaucoup, par leur nature, de celles de Maisons et de Créteil ; elles sont un mélange de terre franche et de terre calcaire crétacée en assez grande quantité, d'un peu d'argile , d'une petite quantité de sablon quartzeux et de très peu de petits fragmens de silex.
Au delà du parc, la terre est moins bonne : elle est sablonneuse, et la couche de terre végétale a à peine un 1/2 pied d'épaisseur. C'est principalement au bas du coteau et vers Vitry qu'elle paroît être meilleure.
Je n'ai point vu d'excavation un peu considérable qui ait pu me faire connoître la nature des couches à une grande profondeur. Auprès du village, un fossé de 4 pieds offre :
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De terre végétale 1 pied .
De terre calcaire un peu argileuse et peu sablonneuse 2 —
De terre calcaire plus argileuse et plus sablonneuse que la supérieure 4 —
Cette dernière couche paroît être beaucoup plus épaisse.
Productions» — La végétation est assez vigoureuse et la culture très variée aux environs de Choisy. Les blés, les seigles, les orges, les avoines, y sont très beaux et bien nourris ; ils font espérer une bonne récolte. Les prairies artificielles ont été coupées à la fin de juin et ont donné assez de fourrage. On voit encore quelques vignes bien cultivées et quelques arbres fruitiers ; mais la principale culture consiste , comme à Vitry, en pépinières d'arbres fruitiers et d'arbres d'agrément.
On m'a dit qu'il y a à Choisy une manufacture de porcelaine. On n'y travaille point en ce moment; je m'y suis présenté plusieurs fois sans jamais trouver personne qui pût me la montrer. J'en rendrai compte lorsque je l'aurai visitée.