‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 38 sur 86 · GRAND ET PETIT GENTILLY · texte numérisé non relu

GRAND ET PETIT GENTILLY

Exposition générale. — Le village du grand Gentilly est situé sur les bords de la rivière de Bièvre, dans un vallon agréable et fertile, au-dessous et au nord de Bicêtre, entre Arcueil et Paris. Le terrain de cette paroisse est très irrégulier : il est élevé depuis la barrière des Gobelins jusqu'à Bicêtre, et, depuis le petit Gentilly jusque vers Arcueil, il forme deux espèces de coteaux, séparés l'un de l'autre par un étroit vallon, au milieu duquel on voit la petite rivière de Bièvre. Le vallon est tortueux ; il forme, depuis le grand jusqu'au petit Gentilly, une espèce de m un peu renversé. La rivière suit la direction du vallon, et après avoir passé au petit Gentilly, elle entre dans Paris et y perd son nom, pour prendre, comme on sait, celui de rivière des Gobelins. L'inclinaison des coteaux est dirigée vers la rivière ; celui qui est à sa droite, c'est-à-dire vers le chemin qui mène à Villejuif, a sa pente plus rapide que l'autre.

Qualité des terres. — La qualité de ces terres varie beaucoup ; elle semble suivre l'inégalité du sol. Elles sont, en général, d'une mauvaise qualité depuis la barrière des Gobelins jusqu'à Bicêtre ; elles y sont légères, sablonneuses, crétacées. Elles abondent en terres calcaires, n'ont presque point de parties argileuses et très peu de terre franche. La couche végétale n'y est que de 4, 5, 6 pouces d'épaisseur. Depuis le petit Gentilly et la barrière Saint- Jacque jusque vers Arcueil, elles sont meilleures ; elles sont moins sablonneuses et moins

crétacées. La couche végétale a 6, 8, 10 pouces d'épaisseur. Au reste, on trouve partout, sous la terre végétale, une terre plus ou moins jaunâtre, plus ou moins mêlée de sablon, de craie, etc. ; mais elles sont très bonnes dans le vallon ; la terre franche y est plus abondante, la couche végétale plus épaisse, et au-dessous on trouve une terre d'une assez bonne qualité. Il n'est pas douteux que les eaux pluviales n'aient entraîné insensiblement les terres des lieux élevés et en pente dans les bas-fonds ; la couche végétale du vallon a augmenté en raison de la diminution de celle des coteaux.

Minéraux. — La minéralogie de la paroisse de Gentilly est bien plus intéressante et plus variée que celle des paroisses que j'ai parcourues jusqu'à présent. Elle fournit des carrières de pierre dite moëlon, des pierres coquillères très dures, et d'autres pierres plus tendres, propres à bâtir. On y retire des argiles de différentes qualités : une argile bleue qui sert pour les ouvrages de poterie; une argile grise dont on fait de la faïence, et une argile rougeâtre qu'on emploie pour la fabrication de l'eau-forte. On trouve encore des pyrites martiales, nommées ferraminées parles ouvriers, répandues dans ces argiles. Les carrières de pierre vont de la Butte-aux-CailleSj près la porte des Gobelins, au-dessus du petit Gentilly et dans la plaine du grand Gentilly, vers le terroir d'Arcueil. Leur profondeur est plus ou moins considérable, suivant qu'elles sont ouvertes à la partie supérieure du coteau ou à sa pente. Leur plus grande profondeur est de 70 pieds. C'est à peu près à cette même profondeur qu'on retire une argile bleue vers la Maison-Blanche. L'argile grise et celle qui est

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mêlée de rouge se retirent à différens endroits, à droite et à gauche' de la rivière; elles se trouvent ensemble; la grise est toujours plus abondante. Elle n'est presque jamais pure, mais toujours plus ou moins mêlée de rouge. Lorsqu'on trouve des sillons où cette dernière abonde, on la sépare, parce qu'elle est préférée pour la fabrication de F eau-forte. La profondeur de ces argiles paraît être au-dessous du niveau de la rivière.

Nature des couches. — J'ai trouvé plusieurs excavations dans ce terroir. Voici les différentes couches qu'elles présentent :

Près du village de Gentilly, au sud-est de la rivière, dans un lieu où l'on a retiré autrefois des pierres, on voit :

Terre végétale 6 pouces.

Terre mêlée de beaucoup de craie et de

quelques petits cailloux siliceux 5 pieds.

Mélange de terre de craie et de pierre

tendre 7 —

Cailloutage, sablon et craie 10 —

Pierre coquillère 8 —

30 pieds 6 pouces.

A deux cents pas de là, vers l'endroit dit le Pavillon, on trouve un chemin creusé dans la terre : il conduit à Gentilly. Voici les couches qu'il présente :

Terre végétale 8 pouces.

Terre jaunâtre, sablonneuse et calcaire. . 5 pieds.

Terre argileuse peu sablonneuse, jaunâtre, ne contenant presque point de parties calcaires 4 —

Sablon d'un jaune blanc et calcaire 1 — 3 —

10 pieds 11 pouces

En s' avançant du Pavillon, on trouve toujours dans le chemin :

Terre végétale 8 pouces.

Terre ordinaire mêlée de craie et de

quelques petits cailloux siliceux 4 pieds.

Gailloutage 5 —

Pierre coquillère très dure 3 —

12 pieds 8 pouces.

On retire et on taille cette dernière pierre. Elle est très dure ; les coquillages y sont très apparens. Leurs moules paraissent presqu'entiers.

Carrières de pierre. — Les carrières qui se trouvent au-dessus du petit Gentilly sont ouvertes. La pierre qu'on en retire n'est guère propre à être taillée : elle est trop tendre ; on ne l'emploie que pour l'intérieur des murs. On en a retiré autrefois du moëlon fin à une moindre profondeur, par des ouvertures en forme de puits. On aperçoit encore les galeries qui y ont été pratiquées.

Voici les couches qu'elles présentent :

Terre végétale 10 pouces.

Terre ordinaire mêlée avec de la craie

et des petits cailloux 4 pieds.

Terre jaunâtre, sablonneuse et un peu

calcaire 6 —

Schiste calcaire 4 —

Banc de pierre coquillère dure 1 —

Moëlon fin disposé en couches 6 —

Moëlon plus grossier et plus tendre

disposé en couches 20 —

41 pieds 10 pouces.

A la Butte-aux-Cailles, les carrières sont différemment exploitées. L'ouverture est en forme de puits, et la profondeur de la pierre qu'on y retire est de 70 pieds. Les terres sont soutenues par un mur en pierres sèches.

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pour empêcher les éboulemens. Le mur a environ 30 pieds.

La disposition des couches qui paroissent immédiatement au-dessous se présente de la façon suivante :

Pierre tendre disposée en couches 30 pieds.

Pierre coquillère dure qui sert de voûte à la première 3 —

Moëlon fin divisé en plusieurs couches de 8, 12,

15 pouces d'épaisseur chaque 6 —

Plus la hauteur du mur ci-haut 30 —

69 pieds.

Argile. — L'argile bleuâtre qu'on retire près la Maison-Blanche est compacte , tenace , grasse au toucher. Suffisamment ramollie et exactement mêlée à une terre sablonneuse, elle se travaille facilement. On la transporte dans les poteries de Paris pour la fabrication des différens vases, pots, etc. On ne l'emploie jamais seule ; on la mêle avec une terre ou sablon jaunâtre, que l'on retire vers la carrière des Gobelins. Le mélange se fait à la dose de 2/3 d'argile et 1/3 de sablon. Pour cela, on fait ramollir l'argile, après l'avoir coupée en tranches de 4 à 5 lignes d'épaisseur. Pour que l'eau la pénètre plus facilement et la réduise en une pâte molle, on étend sur le sol une quantité de sablon, on met par-dessus le double d'argile, et on la pétrit avec les pieds, jusqu'à ce que le mélange soit entièrement achevé. On ne s'en sert que pour des ouvrages grossiers auxquels on ne met point de couverte ou vernis, comme carreaux, vases à fleurs, globes pour la construction des voûtes, etc. Ce sablon rend les argiles plus aisées à travailler, les empêche de se casser au feu, augmente leur dureté et leur donne une couleur

rougeâtre. Le prix de cette argile varie suivant les lieux où on la porte ; elle vaut 5 à 6 francs la voie, prise sur les lieux ; la voie est composée de cinquante mottes, dont la figure est un quarré long de 15 pouces sur une largeur de 8 .

A quelqu'endroit que Ton creuse, à droite et à gauche de la rivière de la Bièvre, on est assuré de trouver l'argile grise à quelques pieds au-dessous du niveau de l'eau. Cette argile est d'une très bonne qualité. Elle a beaucoup de liant ; elle est grasse et facile à travailler; elle est plus fine et plus pure que la bleue. On en fait de la faïence, après l'avoir mêlée avec un sablon fin qu'on retire vers la Grande-Pinte, et dont j'ai déjà parlé dans le mémoire sur Conflans. Cette argile est souvent mêlée de veines d'un rouge de sang, qui, sans en altérer la qualité, la fait plus estimer que la grise pour la fabrication de r eau-forte. Le procédé qu'on emploie pour en retirer l'eau-forte consiste à sécher l'argile dans les fourneaux, et on l'y met après en avoir retiré le feu. La chaleur que conservent ces fourneaux suffît pour dessécher l'argile dans l'espace d'une nuit; on la réduit en poudre grossière ; on la mêle avec du salpêtre et avec la terre cuite qui reste au fond des cornues ; après la distillation, on la réduit aussi en poudre. Cette terre sert à tenir divisée l'argile et favorise la distillation. La dose de ces substances est de 5 boisseaux d'argile, 1 boisseau de cette terre cuite et 70 livres de salpêtre. On divise cette quantité de matières, après les avoir bien mêlées ensemble, en trente-six cornues de terre cuite; on les place sur deux rangs à la file ; on adapte un récipient de la même matière et d'une forme presque semblable à celle des cornues. On place celles-ci sur des

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grilles de bronze, et on procède à la distillation avec un feu ordinaire. Dix heures suffisent. On trouve dans chaque récipient une demi-pinte d'eau-forte ordinaire. Lorsqu'on veut obtenir une eau plus forte, on se sert du salpêtre dépuré aux mêmes doses et on choisit l'argile la plus rouge. J'ai dit que la terre cuite qui restoit au fond des cornues servoit à tenir l'argile divisée et à favoriser la distillation. Les pots dont on se sert viennent de la Picardie.

La glaisière qui se trouve au-dessous de la Butte-aux- Cailles est à une profondeur de plus de 40 pieds. Voici les couches que l'on y trouve :

Terre végétale 5 pouces .

Terre jaunâtre mêlée de sablon et de

beaucoup de terre calcaire 3 pieds.

Pierre tendre grossière calcaire 6 —

Pierre coquillère 3 —

Moëlon grossier 5 —

Sablon pur 6 —

Argile noirâtre contenant des pyrites

martiales sulfureuses 12 —

Sablon fin bleuâtre 2 —

Argile 20 —

56 pieds II pouces.

L'argile noire est peu compacte ; elle a moins de ténacité et de liant que les autres ; délayée dans de l'eau ; elle dépose bientôt un sable ferrugineux. Elle contient beaucoup de parties ferrugineuses, qui sont peut-être le résultat de la décomposition des pyrites qui s'y trouvent en assez grande quantité. Si on la jette dans le feu, elle décrépite avec beaucoup de bruit, elle éclate avec force et se brise en morceaux. Les pyrites sont d'une couleur jaune pâle ; leur grosseur varie et leur figure est irrégulière : elles en prennent cependant le

plus souvent une ronde. Elles sont très abondantes dans l'argile noire ; elles le sont un peu moins dans la bleue, et on en trouve très peu dans la grise et dans la rouge. Les ouvriers les nomment ferraminées. Si on jette ces pyrites sur des charbons ardens, elles donnent une belle flamme bleue et elles répandent pendant longtems une odeur de soufre. Lorsqu'on emploie les argiles pour les poteries, on doit avoir l'attention d'en ôter exactement les pyrites, car le pot courroit le risque d'éclater au feu.

Il est probable que cette argile noire dont on ne se sert pour rien, et qui est d'ailleurs assez abondante, peut être employée avec avantage pour fertiliser les terres des environs de Paris, qui, étant en général trop légères, trop sablonneuses et trop crétacées, recevroient par le moyen de l'argile plus de liant, et ne perdroient pas avec autant de facilité l'humidité si nécessaire pour favoriser la végétation.

Nature des couches des glaisières. — La glaisière qui se trouve au delà de Gentilly, à cent pas de la rivière de Bièvre, présente les couches suivantes :

Terre végétale 8 pouces.

Terre jaunâtre mêlée de sablon et d'un

peu de terre calcaire 3 pieds.

Pierre tendre calcaire 8 —

Pierre tendre dite moëlon grossier, peu

propre à être taillée 10 —

Sablon pur 1 —

Argile grise et rouge 12 —

34 pieds 8 pouces.

On ne trouve point dans celle-ci l'argile noire audessus de la grise, comme dans celle de la Butte-aux- Cailles. Dans quelques-unes, on trouve 5 à 6 pieds et

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même davantage de la bleue, au-dessus de la grise.

Manière dont on retire les argiles. — La manière dont on retire ces argiles consiste à creuser un puits de 4 pieds de diamètre, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à 10 ou 12 pieds dans l'argile. On place, à l'endroit où elle commence, un tonneau dont les deux fonds sont enlevés, qui rétrécit le puits de 1 pied 1/2 ; on le remplit tout à l'entour d'argile, laissant seulement à la partie supérieure un rebord de près de 1 pied, pour que les eaux qui filtrent des sables puissent s'y amasser et être enlevées lorsqu'il y en a une assez grande quantité. L'ouvrier, par ce moyen, est garanti des eaux qui pourroient l'incommoder et gêner le travail.

Pour détacher l'argile, on se sert de deux instruments tranchans : l'un est une lame à deux tranchans garnie d'un manche, qui forme avec la lame un angle droit. Il est nommé lancipoire. On enfonce cet instrument et on coupe l'argile longitudinalement, c'est-àdire depuis le haut de la galerie jusqu'au bas ; on la divise ensuite transversalement en quatre parties, dont chacune a environ 15 pouces de long, ce qui fait la hauteur de la galerie, qui est de 5 pieds. Avec un autre instrument nommé hoyau, qui ne diffère du premier qu'en ce que le manche est plus long et la lame un peu plus grosse, on détache l'argile en frappant avec force. On a le soin de mouiller cet instrument de tems en tems, afin de l'enfoncer avec plus de facilité dans l'argile.

Sablon pour les poteries. — A côté de la barrière des Gobelins, on retire un sablon jaunâtre, un peu argileux, que Ton mêle avec l'argile bleue pour les poteries. Il est plus ou moins coloré. On en trouve d'une

couleur de rouille de fer, de jaunâtre et de blanchâtre; celui-ci contient un peu de matière calcaire, car il fait effervescence avec les acides, tandis que les deux autres n'en font point. On les emploie indifféremment. Cependant celui qui est le plus coloré contient plus de matière argileuse que les deux autres. Le blanc est celui qui en contient le moins. Voici les couches que présente le terrain mis à découvert :

Terre végétale 6 pouces.

Terre rougeâtre mêlée avec du sable quartzeux et avec des fragmens de silex 4 pieds.

Terre noirâtre mêlée avec du sable, mais avec moins de silex que la précédente. 4 — 6 —

Terre rougeâtre mêlée avec moins de sable et avec des silex en plus gros morceaux 4 —

Sablon un peu argileux, de couleur de rouille 5 —

Sablon jaunâtre moins argileux que le précédent 3 —

Sablon blanchâtre contenant un peu de matière calcaire 4 —

25 pieds.

Culture des terres; productions. — La culture des terres de la paroisse de Gentilly est très peu variée et ses productions sont peu nombreuses. On n'y recueille point de blé, seulement des seigles, des orges et des avoines. On trouve quelques prairies de luzerne : c'est la plante qui réussit le mieux dans ces terres ; mais elles ont besoin de fréquentes pluies, dans le printems, pour que le fourrage y soit abondant. Les bords de la rivière de Bièvre sont plantés de saules et de peupliers qui les rendent agréables. Tout le vallon est couvert de prairies vigoureuses. Le blé réussiroit dans la plaine du

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grand Gentilly ; mais on aime mieux semer chaque année, alternativement, du seigle et de l'orge ou avoine que du blé, parce qu'il faudroit laisser reposer les terres pendant l'espace d'une année.

On trouve au petit Gentilly une manufacture de teinture de toiles de coton, tant des Indes qu'étrangères et nationales ; mais comme cette manufacture n'est pas bien considérable, et qu'elle n'a d'ailleurs rien de particulier, je me réserve d'en parler plus au long lorsqu'il sera question de celle de Saint-Denis.

La rivière de Bièvre sert à cette manufacture pour le lavage des toiles, et les prairies qui sont sur ses bords servent à étendre pour les blanchir.

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