‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 39 sur 86 · VILLEJUIF · texte numérisé non relu

VILLEJUIF

Exposition générale. — Le territoire de Villejuif est borné : au levant, par celui de Vitry ; au nord, par ceux d'Ivry et de Gentilly ; au couchant, par celui d'Arcueil ; au midi, par ceux de Chevilly et de l'Hay. Le terrain de cette paroisse est plus élevé que ceux des paroisses voisines. Il forme, à l'est et au nord, un petit coteau qui s'étend depuis le moulin de Villejuif jusqu'à Bicêtre et Arcueil ; du côté de Chevilly et de l'Hay, il est uni et il présente une surface plane.

Qualité des terres. — La qualité des terres varie un peu dans cette paroisse : elles sont très bonnes au midi de Villejuif depuis le village jusqu'aux territoires de Chevilly et de l'Hay ; elles le sont un peu moins à la

partie du nord et de l'est, c'est-à-dire du côté d'Ivry et de Vitry. Celles, au contraire, de l'ouest, depuis Bicêtre jusqu'au territoire d'Arcueil, sont d'une mauvaise qualité; elles sont légères, sablonneuses, et la couche supérieure est moins épaisse que dans les autres endroits; et on trouve au-dessous, des craies, des silex et des sables. La surface présente beaucoup de petits silex.

J'ai remarqué, jusqu'à présent, que les terres qui ont une plus grande quantité de silex à leur surface étaient aussi celles dont les qualités étaient les plus mauvaises ; elles sont toujours plus légères, plus chargées de parties crétacées, la couche végétale y est moins épaisse, et elles perdent avec plus de facilité que les autres l'humidité qui leur est fournie par les pluies, et qui est cependant si nécessaire à la végétation.

La partie qui se trouve au midi de Villejuif est la meilleure : la couche végétale est plus épaisse; elle abonde en terreau ; elle contient une quantité plus considérable d'argile ; la terre calcaire y est en moindre quantité; il y a très peu de sable, et on n'y découvre presque point de fragmens siliceux sur le coteau. La terre y est assez bonne ; elle contient un peu moins de terreau et d'argile que la précédente, un peu plus de sable et une plus grande quantité de terre calcaire. La surface présente quelques petits silex.

Différence des couches. — On retire au bas du coteau, et à droite du chemin qui conduit de Paris à Fontainebleau, une terre jaunâtre argileuse, un peu calcaire, qu'on mélange avec différentes glaises pour la fabrication des poteries. Cette terre diffère peu de celle qui se trouve à côté de la barrière des Gobelins, et dont

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j'ai parlé dans un autre mémoire; celle-ci est un peu moins argileuse et moins chargée de parties ocracées. Leur qualité doit être cependant à peu près la même , puisque les ouvriers qui les emploient l'une et l'autre ne paraissent pas y mettre de la différence.

Voici les couches que présentent les excavations faites à cet endroit :

Terre végétale 10 pouces.

Terre contenant quelques petits silex, mais presque semblable à la supérieure 3 pieds.

Terre jaunâtre argileuse, un peu calcaire, ou terre à potier 12 —

15 pieds 10 pouces.

Cette terre n'est point propre à former seule de la poterie ; il faut qu'elle soit mêlée avec des glaises . Il paroît que la majeure partie du coteau, ou du moins la partie inclinée qui s'étend depuis Bicêtre jusqu'à Villejuif, fournit, à la profondeur de quelques pieds, de la même terre à potier, que l'on retire au bas du coteau ; car quelques légères excavations que j'ai trouvées m'ont présenté la même terre et les mêmes couches.

Les terres changent de nature à la partie supérieure du coteau, et les couches sont très différentes.

A une très petite distance de la première plâtrière que l'on trouve en venant de Bicêtre à Villejuif, une légère excavation m'a présenté :

Terre végétale mêlée de petits cailloux. 10 pouces.

Terre mêlée de beaucoup plus grande quantité de silex que la précédente... 1 pi6d 6 —

Pierre calcaire tufacée contenant des silex 4 —

6 pieds 4 pouces.

Observations. — Cette dernière pierre paroit être dans un état de décomposition ; elle contient une matière crétacée, quelques sables quartzeux, une grande quantité de silex de grosseur et de forme différentes.

Plâtrières. — Il y a tout auprès de cet endroit quelques plâtrières qui fournissent un plâtre dont la qualité est inférieure ; il est moins blanc que celui qu'on retire dans les autres plâtrières des environs de Paris ; cependant, lorsqu'il est employé, il acquiert, dit-on, beaucoup de dureté, et il peut servir avantageusement pour les ouvrages où il ne faut que de la solidité.

Ces plâtrières ne sont point ouvertes ; on y descend par une ouverture en forme de puits.

Le plâtre est à la profondeur de 70 pieds, et le banc exploité a environ 12 ou 15 pieds d'épaisseur; il est divisé en plusieurs couches horizontales, dont chacune a depuis 8 à 10 lignes jusqu'à 2 et 3 pieds ; elles sont au nombre de dix, et elles ont toutes reçu par les ouvriers un nom différent ; elles sont séparées les unes des autres par une couche d'argile très pure, dont l'épaisseur n'est guère que de 3 à 4 lignes. J'en ai trouvé une de 4 lignes d'épaisseur, d'unsablon, très fin et très pur, formant une pierre tendre et friable. On ne trouve jamais dans ces plâtrières du gypse cristallisé ; il fait effervescence avec les acides.

On ne peut pas apercevoir la nature des couches supérieures : les terres sont soutenues par un mur en maçonnerie. Il paraît cependant qu'au-dessus du gypse, il y a un banc très considérable de marne.

On trouve quelquefois des ossemens assez bien conservés interposés dans ce gypse; ils y sont très rares

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J'ai déjà dit que les terres étaient très bonnes et très bien cultivées au midi de Villejuif, dans les quartiers dits la Bruyère-Colard, la Croix-Rouge, les Losais, etc. Je n'ai trouvé dans ces terres qu'une très légère excavation, dont voici les couches :

Terre végétale ou labourée 1 pied.

Terre semblable à la précédente 4 —

Terre argileuse un peu calcaire 3 —

8 pieds.

Productions. — Les terres de la paroisse de Villejuif sont bien cultivées, et les productions en sont très variées. On y recueille du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, des pois, des haricots, des asperges et différentes autres productions. Le blé réussit souvent assez mal dans la partie du terrain qui avoisine les plâtrières, parce que les terres y sont légères, sablonneuses, qu'il leur faut beaucoup d'engrais et une saison pluvieuse ; mais il vient très bien dans toutes les autres parties. Celle qui touche aux terres de Vitry et d'Ivry est plantée en partie en vignes, et elle est couverte en partie de pépinières d'arbres fruitiers et d'arbres d'agrément. On y élève les mêmes arbres et de la même façon qu'à Vitry (j'en ai déjà parlé dans un mémoire précédent); ce sont les cultivateurs de Vitry qui font cette culture. Les terres de leur paroisse ne suffisant pas, ils louent des terres dans celle de Villejuif pour y former leur pépinière et y élever des arbres, qui font leur principal revenu. Tant que ces arbres sont encore jeunes, on leur entoure la tige, pendant l'hiver, de paille de seigle

pour les garantir des lapins, qui y causeraient, sans cette précaution, beaucoup de dommage, dans cette saison où ils trouvent moins de quoi se nourrir. Dans tout le reste du terroir, on ne trouve plus de vigne, quoiqu'il soit vraisemblable qu'elle y viendroit bien partout. On trouve, depuis Villejuif jusqu'aux territoires de Chevilly et de l'Hay, plusieurs noyers répandus dans les champs ; plusieurs chemins en sont bordés ; cet arbre y est très vigoureux.

Il n'y a point de prairies naturelles dans le terroir de Villejuif; on en trouve même très peu d'artificielles; cependant, la luzerne et le sainfoin y réussissent bien. J'en ai vu quelques vieilles en mauvais état, et qui paroissent avoir été négligées entièrement ; elles étaient couvertes de mousse, la luzerne avoitpéri en plusieurs endroits, et le reste souffroit beaucoup.

La végétation a paru s'annoncer dès le commencement de février ; les boutons à fleurs de quelques arbres fruitiers, et des amandiers surtout, ont grossi et sont tout prêts à se développer. Quelques jeunes ormes vigoureux sont dans le même cas : les fleurs sont à la veille de paroître.

On prépare les terres, depuis le commencement de février, pour y semer les blés de mars ; on a même commencé à semer quelques pois et quelques fèves.

J'ai vu pendant tout l'hiver, dans le territoire de Villejuif et des environs, deux espèces de corneilles répandues en très grand [nombre dans les champs. L'une est la corneille mentelée ou corneille cendrée; l'autre est la corneille noire ou corbine. La première est de passage ; elle ne paroît aux environs de Paris qu'au commencement de l'hiver, pour disparoître aux approches de la

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belle saison et regagner les régions du Nord. La seconde, est à demeure ; elle passe toute Tannée aux environs de Paris ; mais elle quitte nos campagnes à la fin de l'hiver pour se retirer dans les forêts et faire tranquillement sa ponte. Ces deux oiseaux, semblables parla forme et par les mœurs, vivent ensemble pendant le jour et souvent en grandes troupes ; ils se séparent le soir et vont passer la nuit dans les bois. Ces oiseaux sont omnivores; ils vivent indifféremment de graines, de vers, d'insectes et même d'animaux morts ; ils font beaucoup de mal dans les campagnes lorsque les blés, les seigles et autres grains sont semés tard ou qu'ils sont tardifs à lever. Ces oiseaux, lorsqu'ils arrivent, mangent la plante dès qu'elle pousse; ils l'arrachent et la détruisent souvent en entier. Les blés de mars, semés avant le tems de leur départ, sont exposés de même à souffrir beaucoup de ces oiseaux ; ils dévorent non seulement le grain qui n'est pas bien enterré, mais ils l'attaquent même dès qu'il a germé.

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