D'HORTICULTURE D ÉVREUX
Un jour nous verrons, je J'espère, l'Association pomologique de l'Ouest répondre à nos vœux, et venir à l'automne étudier sur place les variétés de plus en plus nombreuses de nos poires et de nos pommes, et notamment les poires Marion, à1 Argent, de Hazé et de Caillé, qui ne se rencontrent guère que dans notre département. Si notre succès d'exposition conduit, comme je le souhaite, notre Société d'agriculture à faire une commission permanente d'horticulture, je me permettrai de lui recommander humblement de tourner tous ses efforts vers l'arboriculture fruitière. Il n'est pas seulement intéressant de soutenir et de louer ceux qui produisent des primeurs de tout genre, dans des serres, à bon marché ; il s'agit encore de démontrer que partout où se trouve un mur bien exposé, un terrain favorable, on peut, on doit planter un arbre fruitier, et que le produit de tous les arbres fruitiers fait le grand commerce de la Normandie.
C'est surtout aux instituteurs que nous faisons appel. Si nous avons eu le regret de modifier notre programme et de n'avoir pu, dans tout le département, ouvrir un de ces concours d'enseignement agricole que la Société a eu le très grand honneur d'instituer, du moins je veux envoyer à nos collaborateurs dans l'œuvre de l'enseignement agricole un salut et un souvenir. Je veux aussi leur demander s'il ne serait pas possible de tourner les esprits et les forces de nos enfants vers Fétude de l'horticulture en même temps que de l'agriculture. C'est une affaire de tact et de mesure, que les travaux de M. Lecointe sur l'agriculture, et de M. Piéton sur l'horticulture du département de l'Eure permettent de résoudre heureusement.
Tout le monde ne peut pas et ne doit pas devenir cultivateur. La culture est une profession, et une profession aussi difficile que spéciale; mais tout le monde peut devenir horticulteur, et j'entends, par ce mot, jardinier. Tout le monde peut cultiver quelques arpents ou quelques ares pour en tirer profit ou plaisir.
On n'a pas besoin d'avoir été empereur romain comme Dioclétien pour aimer, à un certain âge, la culture des laitues ; on n'a pas besoin d'avoir, dans les affaires, passé son temps à combattre les mauvaises chances ou les mauvaises idées, pour chercher à se reposer des luttes de la vie en combattant les insectes qui attaquent les fruits et les maladies qui détruisent les moissons. Ce n'est pas, d'ailleurs, dans les idées de repos qui dominent l'âge mûr, mais dans les idées d'ardeur qui emportent la jeunesse que nous devons entrevoir les progrès de l'horticulture. L'horticulture doit être l'occupation de la jeunesse pour devenir la consolation de la vieillesse. Il faut savoir planter de bonne heure pour recueillir et savourer les fruits du temps et du travail.
Je fais donc un appel chaleureux à tous nos concitoyens qui sont engagés dans le commerce ou dans le goût de l'horticulture, et je les conjure de songer que l'etfort, auj ourd'hui le plus ignoré et le plus modeste, est un exemple et une leçon pour le voisin qui demain les imitera. Que nous témoignions notre reconnaissance à M. Piéton qui représente avec éclat depuis tant d'années, dans le département de l'Eure, la cause de l'horticulture; que nous envoyions notre souvenir à des horticulteurs cmérites, comme MM. Cordier, de Bernay, ou Cauchois, des Andelys, et à tant d'autres dont le nom me vient à l'esprit ; que nous prodiguions nos félicitations à tous les lauréats