‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 36 sur 67 · DU CENT ET UNIÈME ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE · texte numérisé non relu

DU CENT ET UNIÈME ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE

des liens étroits, qui m'imposent des devoirs très sérieux ; mais partout où se portent mes regards, je trouve, au delà des frontières, de libres esprits, aimant la vérité, la recherchant par le travail, et je m'attache à eux, sans qu'ils s'en doutent, avec reconnaissance.

On raconte que Jean-Jacques Rousseau est venu saluer la demeure où Buffon avait composé dans la solitude ses admirables écrits. C'était le talent littéraire qui s'inclinait devant la science. Il n'est pas étonnant que le doyen des étudiants de France s'incline devant les sa vants du monde entier.

Rien ne favorisera davantage les idées d'apaisement que cette solidarité des savants du monde et que la mise en pratique des sciences appliquées. On a dit qu'un jour viendrait où l'on ne ferait plus la guerre. Je vous ai dit que je n'étais ni dans le groupe des optimistes, ni dans le groupe des pessimistes; mais en vérité, je suis tenté de croire que le monde finira par avoir horreur de ces luttes barbares qui ruinent tous les intérêts et suspendent la vie intellectuelle et morale des nations.

J'ai déjà vu deux fois dans mon pays la guerre civile , et c'est parce que je l'ai vue que je ne puis croire qu'elle renaisse. Il en est de même des luttes internationales : il ne peut pas m'être défendu d'avouer publiquement cette espérance qu'elles deviendront de plus en plus rares et de moins en moins douloureuses.

Yous voyez que le cours de la vie ne m'a inspiré que des sentiments de confiance dans l'avenir, des sentiments d'admiration pour le siècle que j'ai traversé, et pour la France, qui a joué dans ce siècle un si grand rôle.

Je vous remercie,, mon cher monsieur Passy.

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