DANS LA SÉANCE DU 31 AOUT
Cher et vénéré Président,
« Vous n'avez pas oublié, je le sais, l'expression des sentiments que j'ai eu le grand honneur et la grande joie de vous offrir l'année dernière aux applaudissements de vos amis assemblés ; mais vous me permettrez, le cent et unième anniversaire de votre naissance, de remercier votre grand ami le temps, qui sait si bien comprendre et respecter le rôle que vous jouez dans notre Compagnie et que vous jouerez longtemps encore. Je me félicite personnellement de penser que, l'année prochaine, vous présiderez la Société nationale d'agriculture et que je continuerai sous vos ordres à remplir les devoirs de ma charge ; mais je suis bien heureux de trouver, dans les devoirs de l'année 1887, une occasion de vous assurer que toujours je suis tout à vous. Je
Ii6 COMPLIMENT A M. CHEYREUL A L OCCASION
veux donc, très cher et vénéré président, vous offrir ce bouquet que présents et absents vous prient d'agréer avec leurs vœux les plus ardents, et je vous demande aussi, très humblement, la permission de vous embrasser au nom de tous les membres de la Société nationale d'agriculture, comme les enfants embrassent leur père, avec une respectueuse affection, le jour solennel des fêtes de famille. »
M. Chevreul répondit avec émotion :
« Mes chers confrères, vous me connaissez assez pour être persuadés que je suis touché, plus que je ne puis l'exprimer, de l'honneur que vous me faites, honneur qui n'a d'égal que mon affection pour vous. Le grand bonheur de notre mutuel attachement vient peut-être de ce que je me suis toujours appliqué à reconnaître le mérite de chacun et, au sommet de ma longue carrière, je suis porté plus que jamais à honorer les hommes distingués qui ont parcouru et fait avec moi la vie de notre Compagnie. Je ne crois pas que j'aie jamais cherché à me faire une réputation avec les succès de mes confrères et je suis certain d'avoir contribué, pour quelques-uns, à leur réputation et à leur succès.
Je n'ai pas changé depuis l'année dernière, où j'ai constaté devant vous, le jour de mon centenaire, l'état véritable de mon esprit. Ce qui domine en moi, c'est l'esprit de paix. L'accord le plus heureux et le plus fécond s'est établi entre tous les savants des pays civilisés. Ni la différence des opinions politiques, des situations sociales, des nationalités diverses, ne peuvent porter atteinte à la sincérité de notre confraternité universelle. Je me regarde comme attaché à mes confrères de l'Académie des sciences et de la Société d'agriculture par