PRONONCÉ AU BANQUET DE M. TISSERAND
vous voyant entouré de vos anciens chefs, vos collaborateurs et nos invités.
« Ce spectacle est une première récompense pour ceux qui ont provoqué ce banquet; mais il en est une autre. Les éloges qui vous ont été décernés ont soulevé dans cette enceinte d'unanimes applaudissements qui ont consacré et la pensée de cette réunion et l'honneur que le gouvernement vous a fait avec tant de raison.
« Ma situation ne ressemble en rien à la situation des précédents orateurs. Je n'ai aucune qualité pour produire un discours et louer le fonctionnaire, le grand-officier de la Légion d'honneur. J'ai seulement le droit et le devoir de féliciter l'éminent confrère dont la Société nationale d'agriculture a suivi les succès croissants avec des sentiments de haute estime et de cordiale sympathie.
« Et, en effet, mon cher Tisserand, à peine étiez-vous entré dans notre Compagnie, que votre mérite et votre zèle vous ont assuré la succession de l'illustre Brongniart. Vous avez été admis aux travaux du Bureau dans ce poste de secrétaire adjoint qui vous aurait conduit à la fonction de secrétaire perpétuel. C'était votre mérite qui vous recommandait à la bienveillance de notre Compagnie : mais aussi ne connaissions-nous pas le lieu de votre naissance ; n'êtes -vous pas Lorrain? Vous êtes Lorrain et cela dit tout.
« Cela dit que dans l'émotion secrète de vos douloureux souvenirs a dû naître et grandir la pensée, que disje, la passion du relèvement de la patrie, Cette passion, votre bonne fortune vous a permis de vous y livrer. Il sVsl trouvé que votre carrière vous vouait au relèvement <l<> la patrie par l'agriculture. Votre tâche était une des plus importantes qui put échoir aux hommes de notre
temps, et vous l'avez accomplie avec un cœur qui ne peut rien oublier, avec une volonté qui savait tout prévoir. Mon cher confrère, vous êtes un homme heureux.
« D'ailleurs, que vous soyez devenu, en qualité de secrétaire perpétuel, le représentant de notre Compagnie ou le représentant de l'administration près de l'agriculture française, vous nous avez toujours prouvé que nous étions d'accord. Nous, Société d'agriculture, ou, pour mieux dire, Académie d'agriculture, et vous, administrateur de l'agriculture, nous avons toujours poursuivi les uns et les autres le même but, par les mêmes moyens : le progrès agricole parla science. Il n'y a pas de science de l'agriculture, vous le savez. L'agriculture ne peut prospérer que par l'application de toutes les sciences, et l'application de toutes les sciences à l'agriculture est une œuvre que vous avez appris à connaître dans nos modestes séances et que vous avez conduite à votre tour avec une persévérance méthodique et une vigilance infatigable, par vos discours et vos rapports, clans les concours et les expositions, contre les maladies des animaux et des végétaux, sur les territoires si divers de la France tout entière.
« Oui, j'affirme que la direction de l'agriculture, qui s'est élevée tout à coup comme une institution dans presque tous les pays de l'Europe, ne saurait exercer une action féconde, si elle n'est pas appuyée et soutenue par les travaux désintéressés des savants, parle dévouement des libres associations, par le concours de la presse scientifique. Si desreprésentants de la science et de la presse ont provoqué autour de votre personne cette imposante manifestation, c'cstavanttoutpourvousorïïirrexpressiondelcurs sentiments particuliers d'estime et de reconnaissance; mais c'est aussi pour établir que l'alliance des pouvoirs