ANTOINE PASSY. XV
Mais le moment était venu pour lui de prendre une carrière où l'appelaient les vœux de sa famille. Ses relations avec M. Barbé-Marbois le décidèrent à entrer à la Cour des comptes, où, après avoir rempli longtemps les fonctions d'auditeur, il fut nommé conseiller référendaire vers la fin de la Restauration. Son mérite et ses aptitudes administratives y furent tellement remarqués, que, dès les premiers jours de la monarchie de Juillet, il fut appelé, à sa grande surprise, à la préfecture de l'Eure. Déjà, comme par une sorte d'attraction naturelle, la Normandie avait éveillé son intérêt au triple point de vue de l'archéologie, de la botanique et de la géologie. En 1824, il avait publié, dans les Mémoires de la Société linnéenne de cette province, une Notice sur le succin de Noyers, près Gisors, et, en 1828, une Note géologique sur le puits de Meulers. A peine investi de ses nouvelles fonctions, imposant silence aux préoccupations politiques, alors si exclusives et si ardentes, il se hâta de se mettre à la tête de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de son département, et dans un discours qui marquait une ère de liberté et de progrès, il esquissa à grands traits le noble programme de ses désirs et de ses aspirations. « Voué, dès ma jeu- « nesse à l'étude de l'histoire naturelle, dit-il, j'ai l'am- « bition d'être compté au nombre des membres actifs de « cette Société, et de n'y point paraître comme un prési- « dent imposé. . . Si la jeunesse, continue-t-il, se jette avec « enthousiasme dans la carrière des sciences, c'est que « l'étude des sciences inspire à l'esprit ce contentement « qui donne la sagesse; c'est que les sciences sont culti- « vées non seulement pour elles-mêmes, pour ce charme « intime que l'on y trouve, à cause de cette séduction