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DEPUIS LE 4 JUILLET \ 894 JUSQU'AU 3 JUILLET

La pensée de réunir tous les événements agricoles d'une année au point de vue scientifique et de les rattacher aux études et aux communications de nos confrères m'a permis, depuis dix ans, de vous présenter dans mes comptes rendus un tableau assez fidèle pour qu'il puisse être regardé comme l'expression la plus sincère des progrès agricoles.

Cette pensée, reprise et soutenue d'ailleurs dans la presse et dans les livres, a reçu les encouragements de tous vos anciens présidents et notamment de M. Duchartre, que nous avons eu le malheur de perdre et qui était un des hommes les plus capables de comprendre les difficultés d'un compte rendu et la mission d'un secrétaire perpétuel. J'ai prononcé devant vous son éloge et nous sommes tombés d'accord qu'il était un

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maître dans l'art d'exposer et de résumer les questions scientifiques. Sa mort a mis en deuil toutes les sociétés dont il était un des membres les plus dévoués. Nous avons aussi perdu, cette année, un confrère d'un caractère tout différent, mais qui avait bien du mérite. Gatellier était passionné pour l'agriculture et il portait dans ses efforts une opiniâtre persévérance qui a été couronnée par de vrais succès. Autant Gatellier était homme d'action et d'énergie, toujours prêt à l'action publique et aux expériences répétées, autant notre confrère, le duc de Noailles, qui s'est éteint il y a quelques semaines, se réfugiait dans' la réserve d'une trop grande modestie. Avec un esprit des plus distingués, il avait abordé les problèmes de l'économie politique appliquée à l'agriculture, et il fit preuve d'une impartialité et d'une bonne foi qui l'empêchèrent de tomber dans le courant des opinions en vogue. Les élections nous ont donné trois nouveaux et excellents collaborateurs : M. Moisant, dans la Section de grande culture, M. Viala, dans la Section des cultures spéciales, M. Armand Viellard, dans la Section de sylviculture. Nous leur souhaitons cordialement la bienvenue et, après les avoir invités à saluer notre drapeau qui est le drapeau de la science, nous allons, tous ensemble, passer en revue les diverses parties de l'économie rurale, afin de préparer à de nouvelles luttes les troupes solides et fidèles qui représentent l'agriculture française.

Malheureusement, quello que soit notre bonne volonté, quels que soient le zèle de nos savants et l'ardeur de nos cultivateurs, les uns et les autres sont à la discrétion des variations de l'atmosphère. La météoro-

logie est une science nouvelle, puisque Arago disait : « Les savants de bonne foi et soucieux de leur réputation ne se hasarderont jamais à prédire Je temps. » Tout au moins, peut-on étudier les procédés pratiques qui permettent, dans une certaine mesure, d'annoncer à bref délai les révolutions de l'atmosphère et de constater leurs effets sur ta production agricole. Tous les mois, à l'observatoire du Parc Saint-Maur, notre savant confrère, M. Renou, relève avec la même perfection les conditions de la température et constate leur influence sur les phénomènes de la végétation. De son côté, notre confrère, M. Mascart, continue à centraliser, dans les Annales du Bureau central météorologique de France, tous les faits qui permettent d'établir cette histoire prodigieusement variée des diverses températures, suivant les régions et les saisons.

L'hiver a été très long, et il a paru d'autant plus dur qu'il a commencé tard. Les effets du gel devenaient la plus naturelle des conversations. M. Becquerel, nous rappelant les expériences de son père et les siennes, nous a dit à quel degré la gelée descend plus ou moins profondément suivant la durée du froid, et à quel point le sol dénudé gèle plus que le sol gazonné (1). Puis, M. André nous a fait remarquer que si la température, par sa variabilité, peut réparer le mal fait aux plantes herbacées, il n'en est pas de même pour les plantes arbustives. Sur les moyens qu'on peut essayer pour lutter contre les effets de la température, M. Doniol est un sceptique, et beaucoup de gens d'un caractère résigné trouvent qu'il n'a pas tort (2). Quoi qu'il en

(1) Bulletin de mars 1895, p. 138.

(2) Bulletin de janvier 1895, p. 70.

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soit, les inquiétudes qu'on avait pu concevoir au printemps dernier et qui n'ont jamais été sérieuses, se sont transformées peu à peu, et nous restons aujourd'hui dans la confiance d'une bonne récolte. Notre confrère, M. Daubrée, avait bien raison de dire, à la date du 18 avril, dans son rapport à la séance générale du Conseil du Bureau central météorologique : « La végétation est manifestement en retard de presque un mois sur sa marche moyenne ; mais ce n'est pas une circonstance qui doive inspirer beaucoup d'inquiétude : la nature ne tarde pas à réparer le temps perdu, et Ton a moins à craindre les effets dangereux des gelées tardives. »

Quand on parle de l'atmosphère, on est naturellement conduit à examiner l'influence que ses divers éléments exercent sur l'état et les transformations du sol. La campagne ouverte et poursuivie par M. Dehérain, depuis quelques années, sur les phénomènes de la nitriiication et sur leurs conséquences pratiques, sur l'entraînement de l'acide nitrique par les eaux de drainage et sur l'emploi des cultures dérobées d'automne, a fait beaucoup de bruit dans le monde agricole, et après en avoir entendu les détails dans plusieurs séances, vous avez appris avec plaisir que cette campagne avait été brillamment racontée et résumée, par son auteur lui-même, dans l'assemblée générale de la Société des Amis des sciences.

Tout le monde sait que la terre absorbe certaines substances et n'en absorbe pas d'autres. Elle n'absorbe pas, par exemple, les nitrates, la soude ou la chaux. On sait encore que, sous l'influence de micro-organismes,

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l'azote de l'humus se transforme constamment en acide nitrique qui, s' unissant à la chaux des calcaires, fournit des nitrates. Les nitrates sont les agents les plus utiles de la fertilité des terres. De nouvelles recherches faites par M. Dehérain et tirées de la comparaison d'eaux de drainage recueillies après 1893, année de mauvaise récolte, et après 1894, année de bonne récolte, nous prouvent que les terres perdent d'autant moins de nitrates par entraînement dans les eaux souterraines que les récoltes sont plus fortes. M. Dehérain montre en outre que les terres nues perdent infiniment plus d'azote que les terres emblavées et que ces pertes sont particulièrement sensibles à l'automne (1). La nécessité de soustraire les terres à ces déperditions s'impose ; par suite, il convient de faire succéder aux récoltes estivales des cultures dérobées pour couvrir le sol pendant tout l'automne. Cette année, M. Dehérain a ajouté une importante contribution à ses précédents travaux (2). Il s'est demandé s'il était bien nécessaire de déchaumer et de semer une plante destinée à être enterrée, et s'il ne suffisait pas de laisser les terres couvertes de plantes adventices qui, enfouies au moment des grands labours d'automne, serviraient elles-mêmes d'engrais vert. Pour choisir le meilleur mode d'opérer, il a comparé l'aptitude qu'ont les racines des graminées spontanées et celles des légumineuses à retenir les nitrates, et il a trouvé que les racines des graminées sont plus chargées de nitrate que celles du trèfle. Cependant, il pense qu'il convient d'imiter la pratique de la Limagne et de remplacer les végétations spontanées par une culture dérobée de vesce

(1) Comptes rendus de V Académie des sciences, t. CXX, p. 701.

(2) Bulletin de janvier 1895, p. 28.

retournée en novembre, par celte raison que la décomposition des matières azotées des légumineuses se transforme bien plus aisément en nitrates éminemment assimilables que celles des graminées, et M. Dehérain conclut en ces termes : « L'extension des cultures dérobées d'automne est susceptible de doubler la somme des matières fertilisantes distribuées chaque année dans notre pays. »

En recevant une communication de notre distingué correspondant, M. Paul Genay, relatant l'heureuse application des théories de M. Dehérain, nous avons souhaité que M. Dehérain trouvât, pour l'emploi des cultures dérobées, comme M. Aimé Girard, pour la culture de la pomme de terre et de la betterave, une légion de patients collaborateurs : car la science qui reste dans les livres n'est pas la science que nous aimons.

Toute la campagne de M. Dehérain s'adresse aux praticiens; mais les phénomènes de la nitrification continuent à occuper l'attention des savants.

Ainsi, notre Président, M. Schlœsing (1), a profité des froids rigoureux de février pour rechercher la quantité de nitrates contenue dans les eaux de quelques rivières ; « car, se disait-il, après plusieurs semaines de gelées, ces rivières ne s'alimenteront plus par des eaux de ruissellement, mais par des eaux souterraines provenant des infiltrations de pluies antérieures. » Qu'a-t-il découvert? C'est que les eaux souterraines avaient conservé un même titre nitrique moyen, et il nous a dit que les pertes d'azote par les eaux d'infiltration ne doivent pas être aussi importantes qu'on le pense et, pour me servir

(1) Bulletin de mars 1895, p. 119.

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de ses expressions mêmes, « que la nitrification est sous la dépendance de la matière organique active ou lente, selon la proportion de cette matière : en sorte que la perte d^zote est comme un impôt proportionnel qui pèse peu sur les terres pauvres et ne grandit qu'avec la richesse des champs. »

M. de Vogué (1) qui, lui aussi, fait des expériences sur ces matières avec beaucoup de soin et de persévérance, avoue, avec une lumineuse bonne foi, qu'il a obtenu des résultats constants dans leur variété, et il semble en effet qu'il serait imprudent de formuler des conclusions générales, et qu'on peut seulement donner des éléments d'appréciation différents suivant les circonstances.

Il nous sera permis de montrer combien cette importante question est à l'ordre du jour, en citant quelques communications faites à l'Académie des sciences, sous l'autorité de M. Dehérain. M. Demoussy nous apprend que l'immobilisation des nitrates dans des cellules vivantes détermine leur assimilation (2). MM. Crochetelle et Dumont précisent l'influence des sels de potasse sur la nitrification. Tandis que le carbonate et le sulfate l'activent, le chlorure est sans action (3). M. Dehérain (4) lui-même nous expose, dans deux communications successives, le mouvement des nitrates dans les racines et les tiges du blé et, tout récemment, l'extrême énergie qu'acquiert la nitrification dans des terres humides, quand elles sont bien aérées; or, comme, dans les mottes de terre, ces conditions ne sont pas réalisées, la

(1) Bulletins de mars 1895, p. 182 et d'avril, p. 207.

(2) Comptes rendus de V Académie des sciences, t. CXIX, p. 36S.

(3) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CXIX, p. 93. {'t) Bulletin d'octobre 1894, p. 578.

pulvérisation de ces mottes est le meilleur moyen d'y favoriser la nitrification (1).

La question des phosphates, desscoriesde déphosphoration, c'est-à-dire de l'emploi de l'acide phosphorique, reste toujours à l'ordre du jour. Chaque année, je mentionne les communications qui nous sont faites sur les divers gisements de phosphates de la France, de l'Algérie et de la Floride. La note de M. Ladureau sur le dépôt de la Floride était la plus intéressante. En France, on a mis en exploitation, dans le Gard, des gisements de phosphate analogues aux gisements signalés dans le centre de la France. C'est aux essais culturaux bien conduits, comme l'a si bien dit M. Grandeau, c'est à la nature du sol et à la nature des récoltes désirées qu'il faut demander des indications pratiques sur la valeur relative des phosphates. Aux praticiens de faire le choix parmi les diverses sources de phosphates. Le point essentiel sera d'employer l'acide phosphorique sous la forme que l'expérience leur aura révélée comme étant la mieux appropriée à la nature des terrains : superphosphates dans les terrains calcaires, phosphates minéraux de telle ou telle provenance dans les sols siliceux, scories dans tous les sols.

L'emploi des scories de déphosphoration est aujourd'hui grandement apprécié, et c'est une découverte nouvelle, puisque avant 1878 on ne connaissait aucun procédé qui permît d'extraire de la fonte servant à la fabrication de l'acier le phosphore qui accompagne presque tous les minerais de fer. M. Aubin, le distingué directeur du laboratoire de la Société des agriculteurs de France,

(1) Bulletin de juin 1895, p. 332.

avec un soin que notre Compagnie a souvent apprécié a dressé un tableau de la valeur comparative des scories employées en Angleterre, en Allemagne et en France M. de Monicault(l), en nous présentant ce travail, en a fmt valoir le mérite, et nous a rappelé l'intérêt qu'ont l«s cultivateurs à s'assurer de la finesse de la mouture et de la richesse élevée en acide phosphorique.

Notre correspondant, M. Andouard, continue d'étudier la valeur comparative des phosphates d'alumine et des phosphates de chaux. Le phosphate d'alumine, dans ses effets, lui a paru de beaucoup supérieur au phosphate de chaux. Nous saurons bientôt si ces conclusions sont confirmées en grande culture (2).

Reconnaître la nature d'un sol et montrer comment la fertilité de ce sol dépend de ses qualités physiques et de sa composition chimique, est une de ces vérités qui s'imposent aux savants comme aux praticiens. Dans cet ordre d'études, j'aime à citer le beau livre de M. Risler (3) sur la Géologie agricole dont il nous a offert récemment la suite et dont nous attendons la fin. Je rappelle sa première communication sur les terrains du sud-ouest do la France que de vieilles dénominations locales ont désignés sous le nom de terres fortes, boulbènes, tomjas (l) et sa dernière communication 'sur le déplacement et le transport de la terre fine de nos champs sous l'influence des vents (5). M. Risler accompagne le mouvement qui porte, sur divers points de la

(1) Bulletin de mars 1895, p. 175.

(2) Comptes rendus de l 'Académie des sciences, t. CXX p 337

(3 Géologie agricole, première partte du cours dV^ultari comparée fait a l'Institut national agronomique, 1884 °ncuiture compa.ee,

(4) Bulletin d'août-septembre octobre 1894, p. 581

(5) Bulletin de juin 1895, p. 301.

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France, des savants d'un mérite reconnu à dresser des cartes agronomiques communales (1).

Ce mouvement, notre confrère, M. Carnot, le soutient tous les ans en notre nom, dans un rapport qui supplée heureusement à la tâche du Secrétaire perpétuel. Cette année, il salue la mémoire de Gatellier et la carte de la Ferté-sous-Jouarre(2) dressée par MM. Duclos et Janet. Il récompense MM. Deville et Raulin pour les neuf cartes communales du Rhône, MM. Trouard-Riolle et Fallot pour les cartes de Loir-et-Cher. Enfin, il encourage de nouveau M. Rernard (3), directeur de la station agronomique de Cluny, pour l'ensemble de ses travaux et en particulierpour les cartes communales, sur lesquelles ce dernier a figuré les zones d'égale teneur en calcaire et qu'on appellecartescalcimétriques. Ces cartes ont l'avantage de pouvoir être établies par des personnes presque étrangères aux connaissances géologiques et agronomiques, avec de nombreux prélèvements d'échantillons de terre qu'on analyse avec le calcimètre. Cet instrument sertàmesurer l'acide carbonique quise dégage d'unpoids donné d'une terre décomposée par un acide. Ainsi la chimie et la géologie s'unissent aujourd'hui pour servir l'art de l'agriculture.

La question du blé ne sera jamais épuisée. Elle est la question vitale, et la question vitale de l'agriculture pour l'Europe tout entière. Le problème du blé est posé aussi vivement en Angleterre qu'en France, aux Etats-Unis que dans la République Argentine. M. Sagnier, analysant une enquête officielle sur le prix de revient

(1) Bulletin d'octobre 1894, p. 581.

(2) Rapports sur les récompenses, 1895.

(3) Bulletin de février 1895, p. 96.

moyen du blé aux Etats-Unis, déclara que la récolte du blé, en 1893, avait entraîné, pour les cultivateurs américains, une perte d'une centaine de millions (1). Aussi, ne sommes-nous pas étonnés d'apprendre, à la dernière heure, qu'aux États-Unis les surfaces emblavées en blé se trouvent réduites. D'autre part, le rapport annuel de M. Craigie, directeur de la Statistique agricole de l'Angleterre, relate qu'en 1894 les emblavures de froment se sont relevées en Angleterre d'environ 30 000 acres. L'Angleterre aurait-elle le sentiment du danger qu'elle court en ne produisant que le tiers de sa consommation en blé? C'est la Russie qui, aujourd'hui marche en avant et doit déloger les États-Unis du premier rang d'expéditeur de blé. En France, on s'est un peu moins occupé des prix du blé que l'année dernière. On commence à reconnaître que la baisse tient surtout à la surproduction. D'autre part, on a très heureusement travaillé pour élever le rendement par une culture perfectionnée, et le surplus de la production a contribué à maintenir les bas cours. Le problème du blé n'est donc pas résolu, et il serait prudent de ne pas le traiter à part, et de le comprendre dans une vue d'ensemble de l'exploitation rurale.

Parmi les éléments d'une culture perfectionnée, la qualité des diverses variétés de blé n'a pas cessé d'occuper les savants et les praticiens. Nos premiers remerciements à notre infatigable confrère, M. de Vilmorin, pour le compte rendu de ses expériences faites à Verrières en 1894 (2), et les félicitations de toute la Compagnie pour le Catalogue méthodique et synonymique

(1) Bulletin de novembre 1894, p. 648.

(2) Bulletin de février 1895, p. 81.

des froments qui composent sa collection. C'est une nouvelle édition du travail publié en 1850 par son vénéré père, Louis de Vilmorin, ouvrage véritablement classique et que, dans ses éditions de 1889 et de 1895, notre confrère a revisé et complété avec le soin le plus scrupuleux. « La distribution, dit-il, des blés dans les 50 sections est loin d'être parfaite, mais il y a moins d'inconvénient à distinguer inutilement qu'à réunir à tort. »

Quant à l'époque des semis, M. de Vilmorin a continué de soutenir que les semis précoces sont ceux qui donnent à la fois les résultats les plus assurés et les plus avantageux pour les froments d'automne, et que, dans les environs de Paris, les semis qui ne pourraient être faits qu'à la fin de novembre devraient être ajournés et remplacés en février par des semis de blé de printemps.

Il ne suffit pas d'étudier les conditions générales des phénomènes de la vie végétale : il faut encore examiner chaque espèce déplante, découvrir et calculer sesbesoins en éléments nutritifs, et, comme on dit aujourd'hui, ses exigences. A ce point de vue, le mémoire sur la composition et les exigences des céréales, par M. Joulie (1), est une des études les plus remarquables qui aient été faites dans ces derniers temps. M. Henry Sagnier et M. Risler, nos confrères, se sont disputé l'honneur et le plaisir de le louer devant nous, et j'aimerais à en marquer après eux le caractère et le mérite, si M. Risler ne s'était réservé le soin de les faire valoir avec sa haute autorité (2). Il dira notamment que les qualités supérieures de cet ouvrage mériteraient à son auteur notre plus grande récompense, si M. Joulie ne l'avait conquise depuis long-

(1) Moniteur scientifique, 1895.

(2) Bulletin d'avril 1895, p. 216.

temps. Gomme je m'attache surtout aux nouveautés, je citerai les méthodes dont s'est servi M. Joulie et particulièrement une méthode de dosage de l'acide sulfurique qui lui a permis de tenir compte du soufre parmi les éléments utiles de la végétation. De tous côtés, cette question des céréales a été étudiée avec tant de soin et de succès que ce serait vraiment une injustice que de ne pas citer le livre de M. Garola (1), un de nos anciens lauréats, livre qui a été publié dans la Bibliothèque de l'enseignement agricole dirigée par M. Mûntz.

Je ne m'attarderai pas à vous redire les explications échangées entre MM. Heuzé,Chatin, André, Cornu et Risler sur la végétation du blé et sur la différence que jouent les racines provisoires qui viennent de la graine et les racines définitives qui partent, du collet, quatre à six semaines après les semailles. Comme conclusion, je rapporterai cette ingénieuse comparaison de M. Risler : « La plante de blé ressemble à une canne à pèche. Pendant la période hivernale, les différentes parties sont emboîtées les unes dans les autres, puis elles s'allongent en se plaçant bout à bout (2). » Le trait est saisissant.

Bien autrement importante est la communication originale que notre confrère, M. Gatellier, nous a fait faire, quelques jours avant sa mort, par M. Schribaux, son digne collaborateur (3). Pourquoi, la récolte de blé étant suffisante pour les besoins de la consommation intérieure, entre-t-il toujours en France du blé étranger, qui maintient le superflu du stock déjà créé pendant la longue discussion du droit de douane? Réponse : Les

(1) Les Céréales, 1894.

(2) Bulletin de mars 1895, p. 184.

(3) Bulletin de novembre 1894, p. 604.

meuniers français achètent du blé à l'étranger, parce que le blé étranger est plus sec et qu'il leur parait contenir plus de gluten. D'où vient cette richesse en gluten ? Elle vient de la constitution originelle de la variété et des conditions de culture. Donc, cherchons une bonne variété et sachons la bien cultiver. A tout prix, il faut détruire ce préjugé qu'on ne peut faire de bonnes farines qu'en ajoutant des blés étrangers à nos blés indigènes. Avec le blé français seul, on peut faire de la bonne farine; en améliorant la qualité de notre blé, on en peut faire de la meilleure. Puisque M. de Vilmorin, cherchant un blé de moyenne longueur de taille, a réussi à créer le blé Dattel, en croisant la variété Prince-Albert avec la variété Chiddam, on pourrait, se sont dit MM. Gatellier et Schribaux, chercher des variétés de blé qui contiennent une plus grande quantité de gluten. Après bien des années de travail, M. Gatellier s'est rendu maître de la variété qu'il a nommée le Crépy Goidendrop, et, fier de sa conquête, il espérait encore en faire une plus belle et trouver une variété définitivement supérieure. Cette note, dans laquelle, en huit pages, Gatellier a résumé les études de plusieurs années, lui faitle plus grand honneur. Elle est, pour ainsi dire, son testament agricole. Je remplis avec reconnaissance un douloureux devoir, en rappelant ici le nom d'un confrère aimé de tous et qui, par sa persévérance, rendit de vrais services à la meunerie et à l'agriculture françaises.

A la suite d'expériences comparatives sur l'influence du mode de distribution des superphosphates, M. Schlœsing nous a déclaré que, dans le blé, la matière azotée est liée bien plus à la quantité d'éléments azotés contenus

dans le sol qu'à la variété à laquelle appartient la semence (1).

Je rapproche de ces expériences la communication faite à l'Académie des sciences par MM. Berthault et Crochetelle touchant la végétation dans des terrains chlorurés. Cette communication montre une fois de plus que les racines savent choisir entre les divers éléments qui se présentent. Le chlorure de potassium, même à dose élevée, diminue Je rendement, sans cependant s'opposer à une belle végétation (2).

Les maladies du blé sont un des sujets les mieux traités et les plus souvent traités depuis cinquante ans, et cependant la question est inépuisable, comme toutes les questions de médecine et d'hygiène. Il n'est guère d'années où MM. Prillieux et Cornu ne nous apportent quelques fines remarques sur quelque maladie nouvelle. Je citerai, cette année, la constatation, sur des blés crevassés, d'un champignon qui se rapproche de celui qui produit le Noir des céréales et qui, attaquant les grains de blé un peu avant qu'ils aient achevé leur complète croissance, détermine la rupture de la pellicule. M. Prillieux reconnaît dans ce champignon le Cladosporium herbarum (3).

On a poussé si vivement, ces dernières années, les études sur la pomme de terre, qu'on a dû prendre quelques moments de repos. Seuls, nos confrères Vilmorin et Aimé Girard ont, à des points de vue divers, continué la marche victorieuse de leurs expériences et de leurs études. Comme il l'a fait pour le blé, M. de

(1) Bulletin de janvier 1895, p. 57.

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 25 mars 1895.

(3) Bulletin de mai 1895, p. 255.

Vilmorin nous a rendu compte des résultats obtenus à Verrières dans une culture comparative des diverses variétés de pommes de terre industrielles (1). Dans ce concours, le classement a été différent de celui de Tannée dernière, et ceci prouve que deux saisons consécutives favorisent rarement les mêmes variétés. Les pommes de terre Oméga, Bismarck, et Richter's Imperator ont remporté les premiers prix. De ce côté, les essais continuent. M. Genay, notre correspondant, dont la compétence est universellement reconnue, nous a rendu compte des siens (2). M. Fasquelle nous a fait parvenir une note sur le semis remarquable d'une pomme de terre baptisée par lui le « Bocage normand » ; mais je répéterai ce qu'a si bien dit notre confrère Vilmorin : « Le nombre des variétés est déjà si grand, que l'attention des praticiens ne doit être appelée que sur des nouveautés présentant des chances sérieuses de succès dans les cultures lucratives, et quand une espèce de pomme de terre a pris rang, on ne peut rien faire de mieux que d'en confier l'examen à des maîtres comme M. Aimé Girard ou M. Genay. »

Nous savons tous ce que doit à M. Aimé Girard la culture de la pomme de terre. Il a recruté sur tous les points du territoire des expérimentateurs de bonne volonté qui suivent scrupuleusement ses instructions. Dans tous les terrains qui le permettent, les labours profonds s'exécutent normalement, les engrais sont bien choisis et bien proportionnés. Sur un point, quelques cultivateurs résistent : ils coupent, pour les planter, les pommes de

(1) Bulletin de mars 1895, p. 150.

(2) Bulletin de février 1895, p. 117.

terre en plusieurs morceaux (1 ). M. Aimé Girard insiste ; il démontre, par des expériences répétées, qu'avec des tubercules entiers du poids moyen de cent grammes, on obtient le rendement maximum, que ce rendement diminue de 30 p. 100, dès qu'on s'avise de couper les tubercules en fragments, qu'il se relève quand on réunit deux ou trois tubercules petits, mais entiers, de manière que le poquet ait au moins cent grammes de semence. Notre confrère, M. Jules Bénard, nous a signalé un des exemples les plus frappants de l'heureuse influence des conseils de M. Aimé Girard. M. Yast, à Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne), cultivait 40 hectares de betterave. Tout à coup, il change ses plans et cultive 50 hectares de pomme de terre. La résolution était méritoire, l'entreprise hardie. M. Yast a trouvé grand profit à cette transformation et nous récompensons sa confiance et son énergie.

La grande nouvelle est que la pomme de terre cuite produit de merveilleux effets sur la constitution des bêtes bovines; mais cette question prend rang dans l'alimentation des animaux et ne trouverait pas ici sa véritable place (2). Puisque M. Aimé Girard cherche des débouchés à la production de nos pommes de terre, qu'il me soit permis de citer en passant le dernier rapport de M. Morton, chef du département de l'agriculture aux Etats-Unis. L'Amérique nous inonde de céréales, de salaisons et d'une foule de produits, et pourtant elle ne peut pas arriver à produire les pommes de terre en quantité suffisante. A qui, dans de certains moments,

(1) Bulletin de juin 1894, p. 427.

(2) Bulletin de juiUet 1894, p. 486.

vient-elle demander des pommes de terre? A l'Angleterre. Pourquoi pas à la France ?

Dans la culture de la betterave, il ne semble pas qu'on ait fait aucune amélioration. En France, les principes d'une bonne culture ont été solidement établis, ces dernières années, et sont généralement mis en pratique. Plusieurs fois il a été question, dans nos séances, du zèle avec lequel les savants étrangers et notamment les savants belges ont étudié cet important sujet. Les belles recherches de M. Petermann ont été mises en lumière parMM.Risler et Sagnier. La production du sucre de betterave depuis trente ans, en Europe, a grandi par l'introduction des engrais minéraux, superphosphates, nitrates et sels de potasse sur une large échelle, et l'abaissement du prix des superphosphates serait le plus grand service qu'on pourrait rendre à la culture de la betterave. Quand on parle du blé, de la betterave et parfois de la pomme de terre, on entend des plaintes universelles. On en est arrivé, pour la betterave, non plus à bien cultiver pour produire davantage, mais à moins cultiver pour ne point risquer des pertes. On restreint, cette année, la culture pour en tirer un bénéfice raisonnable. En France comme en Europe, les ensemencements en betteraves sucrières ont diminué notablement, par suite de la baisse des sucres; mais la proportion de la réduction des ensemencements entre les diverses nations de l'Europe, nous a démontré récemment M. Georges Bureau, est restée sensiblement la même (1). L'Allemagne et l' Autriche- Hongrie occupent, comme par le passé, le premier rang au point de vue des étendues consacrées à la culture de la betterave sucrière, et si l'on veut résister à

(1) Bulletin de juin 1895, p. 338.

la concurrence austro-allemande, la loi de 1884 ne doit pas être modifiée.

Yoici la crise, la vraie crise, qui a été provoquée par les progrès de la science et le développement de l'activité humaine sur tous les points du globe. La production des céréales et des racines fourragères a été doublée par des forces nouvelles. La consommation, surexcitée par des besoins nouveaux, n'a pu suivre le mouvement. Il faut voir le danger sans fuir devant lui : car le découragement serait fatal, et tous les efforts ne sont pas de trop, si chacun veut maintenir, non pas seulement son rang, mais conserver son bien au milieu des luttes de la vie internationale.

C'est un livre, un bon livre qui nous permet de clore les travaux de la Section de grande culture, en vous parlant des prairies. Nul d'entre vous n'a oublié que ce sujet a été traité de main de maître par notre regretté confrère Boitel, grâce à un travail fait pendant de longues années sur le terrain. M. Berthault, professeur à l'école de Grignon, a repris ce sujet en se servant des publications antérieures. Il en a tiré le meilleur parti et les éloges de M. de Vilmorin nous ont décidé à récompenser un auteur que nous connaissons et apprécions de longue date.

Au premier rang de la Section des cultures spéciales, se présente la viticulture. Elle tient toujours, dans mes rapports, une place d'honneur, et je m'applique chaque année à mettre au point les questions si délicates et si controversées de cette partie de notre programme. Cette année, la viticulture n'a point soulevé de nouveaux pro-

blêmes. On vérifie la valeur des solutions proposées.

Les séances des congrès et des sociétés d'agriculture sont remplies de discussions sur l'adaptation, et, dans cet ordre de faits, le chapitre des hybrides est toujours ouvert. La supériorité des hybrides franco-américains, comme résistance à la chlorose, semble s'affirmer de plus en plus sur les espèces américaines dont ils sont issus. Quant à la résistance phylloxérique, la valeur des hybrides n'est pas établie. Elle demande encore la confirmation du temps.

On se préoccupe néanmoins de l'étude des cépages français à cause de leur supériorité pour la vinification. Aucun autre cépage greffé ou hybride producteur direct ne peut leur être comparé à ce point de vue. Les études ampélographiques,base du choix raisonné des cépages, sont reprises par des spécialistes dont les travaux rendront certainement des services.

Notre confrère, M. Miintz, s'est consacré plus particulièrement, depuis trois ans, à l'étude de la viticulture scientifique (1). Il ressort de ses nombreuses recherches que les vignes du Midi, qui produisent souvent 200 à 300 hectolitres à l'hectare, ne sont pas beaucoup plus exigeantes que celles des grands crus du Médoc et de la Champagne, dont les rendements sont dix fois moindres. Pour produire un hectolitre de vin fin, la vigne exige, en effet, quatre ou cinq fois plus d'azote, d'acide phosphorique et de potasse que pour produire un hectolitre de vin commun. Contrairement à des idées répandues, les fumures azotées sont nécessaires pour la vigne (2).

Dans un autre mémoire, notre confrère démontre une

(1) Comptes rendus de V Académie des sciences, t. CXX, p. 515 et

(2) Comptes rendus de l 'Académie des sciences, t. CXX, p. 1010.

fois de plus que la fumure des vignes n'a pas d'influence sur la qualité du vin. Ce qui déprimerait, selon lui, la qualité du vin, c'est la poussée à une fructification excessive par le mode de taille. Sur ce point, il est en contradiction avec des viticulteurs distingués qui pensent que la taille à long bois augmente la quantité du vin sans en diminuer la qualité. 11 faut retenir de cette communication que lorsque la surproduction est le fait de circonstances météorologiques favorables, la qualité des vins reste égale, si forte que soit l'augmentation de la récolte.

On a peu parlé des nouveaux procédés de culture et de taille. Il n'en a pas été de même des procédés de vinification.

Vous vous souvenez de la communication de notre confrère, M. Dufaure, sur la confection du vin blanc destiné à la fabrication des eaux-de-vie de Cognac. Le pressoir continu lui a donné des résultats excellents (1).

En Algérie et en Tunisie, ainsi que dans le midi de la France, on a redoublé d'efforts pour obtenir une meilleure vinification par la réfrigération des moûts.

Une note de M. Charles Rivière, président de la Société d'agriculture d'Alger, nous avait mis au courant des divers procédés de réfrigération des moûts. Nous avons reçu également un mémoire complet de M. Dessoliers, et un rapport de M. Dugast. M. Michel Perret (2), avec son autorité particulière, a traité la question, et conclu à la nécessité de nouvelles expériences touchant les divers procédés et appareils. Peut-être trouvera-t-on des appareils de réfrigération plus parfaits que ceux quiexis-

(1) Bulletin de novembre 1894, p. 612.

(2) Bulletin d'avril 1895, p. 210.

tent aujourd'hui, mais le principe de la réfrigération artificielle semble être la meilleure solution pour résoudre les difficultés de la fermentation dans les pays chauds. Il semble aussi que le succès réside dans l'emploi des réfrigérateurs extérieurs à la cuve, quoique l'emploi des cuves en tôle émaillée du capitaine Toutée ne doive pas être abandonné sans examen. Enfin, notre confrère M. Miintz, poursuit, avec M. Rousseaux, des recherches dont les résultats constitueront un véritable traité des conditions dans lesquelles se manifeste l'influence de la température sur la marche de la fermentation.

Les levures de vin sélectionnées ne semblent pas donner les résultats merveilleux qu'on en espérait. On n'est pas en droit de croire, par exemple, qu'un vin du Midi pourra être transformé en un vin de Bourgogne,, mais on peut dire que les levures pures améliorent sensiblement la fermentation dans une région déterminée, surtout dans les années où la fermentation normale est défectueuse. En 1894, l'influence des levures ne s'est pas manifestée, parce que partout la fermentation s'est bien faite; mais, dans une année mauvaise, comme l'année 1893, l'emploi des levures sélectionnées du pays peut favoriser la fermentation complète.

Les ennemis de la vigne, insectes ou champignons, poursuivent leur œuvre de destruction avec le même acharnement; mais, malgré le secours de recrues nouvelles, ils n'obtiennent que des succès partiels qui, presque toujours, sont des surprises. C'est qu'en effet le viticulteur est mieux armé que jamais pour la résistance. Les moyens de défense mis à sa disposition s'accroissent et se perfectionnent chaque année.

On est maître scientifiquement du mildew, grâce à

l'action des sels de cuivre. Il faut remarquer la tendance qu'ont les viticulteurs à demander au commerce des bouillies préparées à l'avance et auxquelles il suffit d'ajouter de l'eau. Les mélanges sont ainsi faits dans les proportions voulues. M. Michel Perret vous a indiqué comment le commerce pouvait livrer en poudre la bouillie au saccharate de cuivre, qui a l'avantage de ne jamais brûler la vigne, tout en adhérant fortement aux feuilles. Certains échecs ont montré qu'il était imprudent de préparer des bouillies avec des doses de cuivre trop minimes ; les bouillies à 1 ou à 1 1/2 p. 100 de cuivre n'ont pas toujours suffi à préserver la vigne. La dose de 3 à 4 p. 100 est toujours recommandée, surtout pour le premier traitement, qui doit avoir lieu de bonne heure (1).

Le black-rot a été signalé pour la première fois en 1885, et c'est en 1891 qu'il a pris un développement tout à fait imprévu ; en 1894 et 189S, il a causé de douloureuses surprises en maintes régions. C'est la plus grave des maladies de la vigne aux Etats-Unis. On se rappelle qu'elle a empêché la culture de la vigne dans toute la vallée du Missouri et du Mississipi. Elle est aujourd'hui mieux connue; elle a été particulièrement bien étudiée dans l'Aveyron,par MM.LavergneetMarre,qui ont consigné le résultat de leurs recherches dans un petit livre excellent que nous a présenté M. Prillieux (2). Il est certain qu'aux traitements très préventifs par les préparations cupriques, se joignent et s'imposent, comme mesures préparatoires, d'abord l'enlèvement à la vendange et la destruction de tous les fruits suspects, en-

(1) Bulletin de janvier 1895, p. 57.

(2) Le black-rot et son traitement pratique, 1895.

suite une taille rigoureuse éliminant les bois annuels qui ont été atteints.

Les effets des traitements au sulfate de cuivre sur le black-rot ne sont pas concordants, et notre confrère, M. de Dampierre, nous a signalé le désastre qui avait atteint son vignoble, malgré trois traitements (1). Il ne faut pourtant pas désespérer ; par une étude approfondie, on détermine plus exactement les meilleurs moyens de défense contre cette maladie. MM. Marre et Lavergne se livrent en ce moment, dans le Gers et dans l'Aveyron, à des expériences officielles. La Société attend le résultat de ces expériences pour leur donner une sanction : tant est vif l'intérêt qu'elle porte dès à présent à la campagne engagée contre le black-rot.

La brunissure paraît être une maladie importante pour les régions méridionales. Le parasite se dérobe souvent aux recherches et son traitement est encore mal connu.

Par contre, l'étude de la chlorose a fait un pas considérable, grâce à l'invention du Dr Rassiguier. On traitait jadis les vignes contre l'anthracnose par des badigeonnages au sulfate de fer, et Ton avait remarqué que les vignes traitées étaient plus vertes que les vignes non traitées. Le Dr Rassiguier, d'Olonzac (Hérault), avait conseillé, pour diminuer la chlorose, de badigeonner les plaies de taille avec une solution de sulfate de fer. L'incrédulité fut à peu près générale parmi les praticiens, comme parmi les savants; aussi, les succès du Dr Rassiguier ne pouvaient passer inaperçus. Après une première vérification, la Société centrale d'agriculture de

(1) Bulletin de janvier 1895, p. 20.

l'Hérault organisa en 1894 des expériences méthodiques qui ont confirmé les faits suivants : le badigeonnage au sulfate de fer, appliqué sur les plaies de taille, surtout lorsque la taille est faite de très bonne heure à l'automne, atténue très sensiblement la chlorose des vignes françaises greffées sur vignes américaines dans les terrains calcaires, pourvu que la proportion de calcaire ne soit pas trop exagérée.

M. Degrully, qui avait beaucoup contribué à la propagation du procédé Rassiguier, nous a envoyé, dans deux notes, des analyses tendant à prouver qu'il n'y a aucune relation entre le fer et la chlorose, et que l'action exercée parle sulfate de fer serait plutôt due à l'acide sulfuri que (1); mais voici que de nouvelles recherches de M. Guillon viennent porter atteinte à la thèse de MM. Degrully et Gastine. D'après M. Guillon, l'acide sulfurique ne donne rien ; le sulfate de fer acide semble ne rien donner ; le sulfate de fer, peu ou pas acide, donne des résultats. Jusqu'ici, un seul corps, le citrate de fer en badigeonnage, a produit des effets identiques à ceux obtenus par le sulfate de fer peu ou pas acide. Cette découverte aurait une grande portée, en ce sens qu'elle permettrait d'étendre l'aire d'adaptation des porte-greffes communs et de reconstituer les terrainsles plusmauvais, comme calcaire crayeux, avec certains porte-greffes encore peu répandus dans la pratique courante.

En même temps, la question de la chlorose s'éclaircit de plus en plus. On en voit mieux la cause et le remède au point de vue de la cause. Les travaux de MM. Houdaille, Semichon, Mazade ont définitivement établi que

(1) Bulletin de novembre 1894, p. 628.

le calcaire était la vraie cause delà chlorose et qu'il était d'autant plus nuisible qu'il était plus assimilable.

De nombreuses discussions ont eu lieu relativement à une maladie bactérienne de la vigne étudiée par MM. Prillieux et Delacroix, sous le nom de gommose bacillaire (1); par MM. Viala et Foëx, sous le nom de gelivure ; par M. Prunet, sous le nom de chytridiose ; par M. Couderc, sous le nom de dartrose, etc. Cette maladie, dont la cause est fort discutée n'en est pas moins réelle. Elle amène un rabougrissement graduel et la mort du cep. Les nombreux travaux et les expériences auxquels se consacrent les spécialistes les plus distingués, nous font espérer que l'on parviendra bientôt à connaître le traitement de cette maladie.

Notons au passage, comme intéressant directement la viticulture, les résultats des recherches de M. Aimé Girard relatives aux effets que peut avoir sur la végétation l'accumulation dans le sol des sels de cuivre employés constamment pour combattre les maladies parasitaires des plantes (2). Ces recherches établissent d'une façon indiscutable que les traitements aux sels de cuivre, même répétés indéfiniment, ne peuvent faire aucun tort à la végétation. En dissipant une préoccupation qui s'était fait jour dans l'esprit de certains agriculteurs, notre confrère a acquis de nouveaux droits à notre reconnaissance.

Retenons encore, comme une indication précieuse, le procédé de conservation du raisin imaginé par M. Petit, chef des travaux du laboratoire de recherches horticoles à l'Ecole nationale d'horticulture de Versailles. C'est

(1) Annales de l'Institut agronomique, 1895.

(2) Bulletin de mai 1895, p. 27.

M. Tisserand qui nous en a fait les honneurs. La conservation du raisin est assurée par la saturation de l'atmosphère au moyen de vapeur d'eau et de vapeur d'alcool. La vente du raisin conservé pourrait être considérablement développée, si ce procédé entrait dans la pratique (1).

On a beaucoup parlé de l'emploi des feuilles de vigne comme nourriture des animaux (2) , mais on en a peu parlé comme motifs de décoration. Certaines espèces de vignes américaines fournissent cependant de très jolies feuilles qui pourraient être substituées aux feuilles d'érable et de platane pour la présentation des fruits sur la table.

J'ai le regret d'annoncer que la persistance des pluies et des vents humides du sud-est pendant tout le mois de juin a eu, sur le vignoble bordelais notamment, le plus fâcheux contre-coup. Recrudescence de la chlorose, anémie, coulure, intensité des maladies cryptogamiques, invasion du black-rot, telles sont les mauvaises nouvelles qui nous arrivent. Le printemps de 1895 met en relief une fois de plus la nécessité des traitements préventifs.

Au point de vue scientifique, l'industrie fruitière et en particulier la pomiculture ne nous a fourni rien de saillant. La publication le Cidre et le Poiré réunit tous les documents et tous les renseignements relatifs à cette partie de notre économie rurale. Il est seulement nécessaire de signaler lecongrès d'arboriculture fruitière tenu, à la fin de l'année dernière, à Saint-Pétersbourg. M. Cornu en a dirigé les débats avec talent et en a recueilli les

(1) Bulletin de janvier 1895, p. 34.

(2) Bulletin de décembre 1894, p. 679.

honneurs. On trouvera dans le Bulletin les résolutions votées par le Congrès (1).

L'horticulture vient au second rang dans notre Section des cultures spéciales. Ses destinées sont conduites depuis longtemps par la Société nationale d'horticulture dont nous ne sommes point jaloux. Nous félicitons nos confrères qui soutiennent avec éclat cette belle association, dont les études ont été jadis exclusivement les nôtres et que nous avons été heureux de partager avec elle. Nous applaudissons aux succès croissants de ces magnifiques expositions, dans lesquelles MM. Léon Say et de Vilmorin reçoivent toutes les félicitations.

Quand une Section possède des hommes comme M. de Vilmorin et M. André, on peut êtrecertain qu'elle tient l'horticulture dans ses mains. C'est sur leur avis motivé que nous décernons des médailles d'or à M. Baltet, pour l'ouvrage intitulé : l 'Horticulture dans les cinq parties du monde, àM. Maurice de Vilmorin, pour T Horticulture aux États-Unis, et à M. Lachmann pour le Jardin alpin de Chamrousse, enDauphiné. Ce jardin, créé par la Société des touristes du Dauphiné et par la Société horticoagricole de Grenoble, parait destiné, comme nousl'a promis M. Chatin, à mériter avant peu d'années nos plus hautes récompenses. Les créateurs de Chamrousse, non seulement travaillent à conserver les espèces rares de nos montagnes, mais à vérifier quelles espèces maraîchères, forestières et fourragères pourraient s'acclimater dans ces hautes altitudes (2).

Je ne puis passer sous silence l'ouverture du labora-

(1) Bulletin de novembre 1894, p. 631.

(2) Rapports sur les récompenses, 1895.

h ANNÉE AGRICOLE 1894-1895. 51!)

toire de recherches de l'Ecole nationale d'horticulture de Versailles. M. André a loué dignement cette nouvelle institution. Combien il a raison de dire que les procédés généralement empiriques que le jardinage emploie, ont besoin de l'expérimentation scientifique, et qu'au fond, l'horticulture est le creuset de l'agriculture. Les plantes les plus utiles ont passé par les jardins avant de constituer des cultures en pleine campagne, et nous ne doutons pas qu'il ne s'établisse bientôt un accord fécond entre le nouveau laboratoire de Versailles et les autres laboratoires consacrés spécialement aux recherches agricoles.

On conçoit aisément que le hasard seul porte la discussion sur tel ou tel produit de nos colonies.

La plus importante question est assurément celle de la canne à sucre, qui paraît, malgré les efforts les plus soutenus, être destinée à la ruine ou à une transformation scientifique. Des maladies, dont nous avons discouru l'année dernière à la suite des communications de M. Cornu et des rapports de M. Blanchard, il a toujours été question. M. Prillieux nous a offert l'étude qu'il a faite avec M. Delacroix sur le Coniothyrium melasporum, mais beaucoup de maladies tiennent à la décadence de la canne à sucre sur les terrains qui n'ont pas été renouvelés par l'engrais et traités scientifiquement (1). M. Dehérain, nous le savons, prépare sur ce sujet une communication. De même que nous voyons en France nos cultivateurs adopter résolument telle ou telle culture quand la précédente ne réussit plus, de même il conviendrait d'introduire, à côté de la

(1) Bulletin de juillet 1894, p. 526.

canne à sucre, d'autres cultures, comme l'indigo, par exemple, et le café. On a parlé du thé. M. de Vilmorin nous a communiqué un rapport sur la culture du thé à Ceylan et sur son introduction dans l'île de la Réunion. Il paraît que l'entreprise serait très aléatoire et devrait être menée avec beaucoup de prudence. Le succès financier de l'entreprise dépendrait des droits de douane (1). Nous reviendrons certainement l'année prochaine sur les sujets si divers et si nouveaux que nous offre l'agriculture de nos colonies.

M. Ghatin nous a ramenés de l'Orient dans la Tunisie, qui est presque une de nos colonies, pour disserter encore devant vous sur les truffes de Smyrne et de Tunisie (2), puis, il y a quelques jours, sur les truffes de la Sardaigne et du Maroc (3). Les truffes qui lui ont été gracieusement offertes sont venues donner à notre éminent confrère l'occasion d'affirmer les relations qui existent entre les truffes et les plantes nourricières. Tout ramène donc à ce principe que les truffes sont alimentées par les produits d'excrétion et de décomposition des plantes nourricières .

La Section de sylviculture a, dans son doyen, le plus dévoué de nos confrères. M. Bouquetde la Grye, toujours vif et alerte, toujours prêt et dévoué, sera remercié pour la direction qu'il veut bien donner à notre domaine forestier d'Harcourt. C'est une lourde tâche qui mérite

(1) Bulletin de mars 1895, p. 144.

(2) Bulletin d'octobre 1894, p. 560 et 567, de février 1895, p. 100, de juin 1895.

(3) Bulletin de juin 1895, p. 307.

L Ai>NÉE AGRICOLE 1894-1895. 521

notre reconnaissance. Le système Gurnaud, que nous avons adopté pour l'exploitation de nos bois, sera, comme on l'a dit si justement, une leçon de choses pour tout le monde et même pour nous-mêmes. Plusieurs de nos confrères viennent de visiter notre domaine et nous avons entendu avec le plus grand plaisir Je rapport favorable de M. Sagnier (1).

Dans les études que peuvent susciter la conduite des arbres et les théories sur leur accroissement, M. Emile Mer s'est engagé par des expériences et a disserté devant nous sur les conséquences de l'élagage des sapins au point de vue de la croissance du tronc et de l'occlusion des plaies (2). Tl se trouvait bien préparé pour nous présenter et nous faire récompenser le livre de M. Huffel, professeur à l'Ecole forestière de Nancy : Les arbres et les peuplements forestiers. C'est le résumé curieux des travaux récents des Allemands sur l'étude de l'accroissement des arbres et des massifs.

Nous avons accueilli avec faveur la communication de notre confrère, M. Doumet-Adanson, sur deux arbres étrangers qui ne sont pas assez répandus dans nos jardins : ce sont le Pterocaryacaucasica, qui appartient à la famille des noyers, et le Populus siînonis, qui est un peuplier très élégant. Il faut citer le Citrus triptera, qui peut faire des clôtures de premier ordre et des haies productives et rémunératrices (3).

Il est clair qu'il faut produire du bois, mais du bois de bonne qualité. De même que nous voyons, de tous les côtés, des exploitations agricoles conduites avec suc-

(1) Bulletin de juin 1895, p. 318.

(2) Bulletin de février 1895, p. 125.

(3) Bulletin de février 1895, p. 107.

ces et talent, de même nous voyons des propriétaires se consacrer à leurs forêts et s'en faire un grand honneur. M. des Cars s'est plu à nous exposer les travaux de M. du Pré de Saint-Maur dans sa propriété de Saulières (1). Ce domaine est dans le Morvan, et la transformation que M. du Pré de Saint-Maur lui a fait subir nous montre que le talent du sylviculteur est d'approprier au sol qu'il cultive et au climat qu'il subit les essences qui répondent le mieux à ce sol et à ce climat. Malheureusement, le prix des bois tend sans cesse à tomber et cette belle partie de l'économie rurale trouve en France, dans bien des circonstances, des obstacles à son développement. L'autrejour, notre confrère, M. Bouquet delaGrye,nousenrévélaitpeut-être une descauses, en analysant un article de M. iVrnould publié dans la Revue des Eaux et Forêts du 10 juin dernier. N'est-il pas extraordinaire que notre législation permette que les domaines forestiers paient plus d'impôts qu'ils ne donnent de produits à leurs propriétaires? M. de Luçay, qui connaît admirablement toutes ces questions de législation, reconnaît que la situation actuelle de la propriété forestière est lamentable, mais il croit que l'administration et les propriétaires ne sont pas à l'abri de tout reproche. Quoiqu'il en soit, le fait est trop grave pour qu'il n'ait pas été l'objet de nos observations et de nos regrets (2).

Nous voici parvenus à l'importante Section d'économie des animaux.

Je relis mon compte rendu de l'année dernière et je

(1) Rapport sur les récompenses, 1895.

(2) Bulletin de juin 1895, p. 322.

me trouve en présence des mêmes faits et des mêmes opinions. Les questions de zootechnie sont restées au second plan, un peu délaissées dans la presse et dans les concours. Des diverses races bovines, ovines ou porcines, il ;n'a pas été sérieusement ou, si vous voulez, scientifiquement question. Les durhams eux-mêmes n'excitent plus l'ardeur jadis belliqueuse des éleveurs, et nous nous bornons à récompenser une étude de M. Bouquet, ancien élève de Grignon, sur la race bovine de l'arrondissement de Montbéliard. Toutefois, on discute souvent et on peut même se disputer à propos des chevaux. L'histoire de l'élevage du cheval de trait dans une des races françaises nous avait paru un sujet digne du prix Léonce de Lavergne. M. Furne, secrétaire de la Société d'agriculture de Boulogne-sur-Mer, nous a soumis un mémoire sous ce titre : Production, élevage et commerce de la race chevaline boulonnaise. Ce travail, sans être complet, a mérité les éloges de notre rapporteur, M. Lavalard. Il apprendra aux éleveurs à sélectionner les deux variétés de la race boulonnaise : l'une très forte et capable de traîner les plus lourds fardeaux, et l'autre, donnant le cheval de trait vite et endurant, et au besoin le cheval à deux fins. Les chevaux ont cet avantage d'exciter une émulation générale.

M. Lavalard ne manque pas de nous communiquer tous les ans ses réflexions, de nous renouveler ses opinions originales avec la plus loyale fermeté. Sa parole, toujours écoutée, a le mérite de provoquer des observations (1). Nous les connaissons, ces opinions. Le cultivateur doit compter sur son habileté et non pas sur le

(1) Bulletin de décembre 1894, p. 672.

secours de l'Etat ou d'autrui. L'éleveur a plus d'avantage à renouveler son écurie dans les pays de production qu'à céder à l'appât de primes qui sont une illusion, et à produire chez lui de futurs étalons. Le progrès doit être cherché dans les associations locales. Il faut imiter les associations qui, en Angleterre, ont mis en honneur les hunters, les hackneys et les clydesdales.

Un jour, la conversation s'engageant sur la proportion de chevaux affectés au travail agricole (2 000 000 sur 3 000 000), on mit en relief ce fait curieux que la cavalerie urbaine tend à augmenter sans cesse et dans une proportiomplus rapide que la population des villes. A Paris, depuis 1870, la cavalerie urbaine a doublé. M. Lavalard ajouta que plus les moyens de locomotion augmentent, depuis le chemin de fer jusqu'à la bicyclette, plus le nombre des chevaux augmente aussi. Quelques-uns s'en étonnèrent et il répondit par l'exemple des Etats-Unis, où le nombre des chevaux a été porté de 4 à 16 millions, pendant que tous les moyens de locomotion se sont multipliés avec une rapidité vertigineuse.

Un autre jour, après avoir avancé que tous les genres de chevaux sont dans un état prospère, M. Lavalard attaqua le système du cheval de guerre et ses conséquences. « On trouve dans nos campagnes, dit-il, un cheval h deux fins qui est propre aux services de la paix comme de la guerre, et quand, récemment, on a essayé, à Senlis et à Limoges, de monter deux régiments avec des chevaux du pays, on a réussi. » Donc, il est inutile d'élever spécialement un cheval de guerre. M. Trasbot a répondu à M. Lavalard, point par point. Il lui fait cette concession que la production du cheval de trait est beau-

coup plus prospère que ne semblent l'indiquer les statistiques officielles, et il avoue que l'État pourrait s'en désintéresser ; mais il est obligé de soutenir que la production systématiquement poursuivie d'un cheval de cavalerie est nécessaire. Elle est nécessaire parce qu'on ne monte plus à cheval en France. L'Etat reste à peu près le seul acheteur du cheval de selle. Si l'expérience démobilisation faite à Senlis a réussi, c'est que, clans cette contrée, des particuliers peuvent fournir des chevaux capables de former des régiments de cuirassiers, mais ce succès local ne doit pas être tourné en règle générale (1). Comme on parlait des chevaux de trait et de selle, M. Gornevin, qui était présent, prend la parole. Il vient de parcourir l'Europe centrale pour examiner la situation du commerce des chevaux (2). Il n'y a rien à faire, dit-il, pour nous autres Français, au point de vue du commerce du cheval de selle, mais tout est à faire au point de vue du commerce du cheval de trait. Je conclus. L'opinion de la Compagnie demeure ce qu'elle était : nous possédons en France d'admirables races de chevaux et surtout de chevaux de trait. L'écurie est assurément une des parties les plus prospères de l'exploitation agricole.

Parcourez maintenant le compte rendu de nos séances et les organes de notre presse scientifique, et vous verrez le rang qu'y tient l'alimentation des animaux. Ouvrez le Journal de la Société royale d'agriculture d'Angleterre et vous trouverez le récit nouveau des nombreuses expériences de MM. Lawes et Gilbert. En France, en Angleterre, aux États-Unis, partout les savants et les

(1) Bulletin de février 1895, p. 109.

(2) Bulletin de février 1895, p. 114.

praticiens étudient cette question capitale de l'alimentation des animaux de la ferme.

D'intéressantes discussions ont animé vos séances l'année dernière, au sujet de l'emploi du blé dans la nourriture des animaux. Beaucoup de cultivateurs se sont aperçus que le blé, à 17 francs les 100 kilos, était un aliment beaucoup meilleur marché que l'avoine à 19 francs; ils ont vendu leur avoine et ils ont essayé de nourrir les animaux avec du pain de blé et ils ont bien fait. Ces essais ne peuvent entrer d'un coup dans la pratique. Les habitants de nos campagnes ont une répugnance instinctive à donner à des animaux la nourriture qui convient à l'homme. Toutefois, le préjugé tend à disparaître et le cultivateur, qui sait aujourd'hui tout calculer, prendra le parti de son intérêt. Nous remercions notre correspondant, M. Petiot, de la communication qu'il nous a faite. M. Petiot a prouvé, par des expériences personnelles, que l'emploi des céréales sous forme de pain de blé, dans la nourriture du bétail et des chevaux est un grand progrès (1).

Quand un problème pratique se pose dans un pays, il se pose dans tous les pays. Le blé donné au bétail est une question couramment traitée aux Etats-Unis comme en Angleterre. Ce n'est pas sans raison que le docteur Salmon, chef du bureau de l'Industrie animale à Washington, a écrit une brochure publiée par le département fédéral de l'agriculture des Etats-Unis où il donne la formule de rations composées pour les animaux en pleine croissance ou pour les animaux à l'engrais. « Le blé, dit-il, est particulièrement propre à l'alimentation

(1) Bulletin d'octobre 1894, p. 589.

L AKNÉE AGRICOLE 1894-1895. 527

des animaux jeunes et en pleine croissance; il doit être écrasé ou moulu grossièrement, puismélangéparmoitié avec le maïs pour les animaux à l'engrais. Chacune de ces céréales ne doit pas être donnée isolément. » En Angleterre, un assez grand nombre d'agriculteurs emploient le blé, surtout en farine ou écrasé et mêlé avec des tourteaux de maïs et de la paille hachée. En Amérique, comme en Angleterre, on est d'accord pour introduire le blé dans les rations, peu à peu et avec beaucoup de prudence. En France, le pain fait avec du blé semble la meilleure des solutions.

Quoiqu'une heureuse récolte ait ramené l'abondance dans les greniers et la prospérité dans les étables, quelques-uns de nos confrères, M. de Fontenay entre autres, ont continué leurs études sur l'emploi des ramilles. Au fond, c'est une question jugée (1) . Si, l'an dernier, ce mode de nourriture eût été universellement connu et pratiqué, bien des propriétaires affolés n'auraient pas envoyé leur bétail à l'abattoir. 11 faut seulement, dans une année de prospérité, ne pas oublier la leçon qui nous a été donnée et répandre partout cette vérité que nos savants, Muntz, Dehérain, Grandeau, Ch. Girard nous ont démontrée et que nos agronomes MM. Cormouls- Houles, de Fontenay, de Tourville ont heureusement pratiquée : les ramilles ont une haute qualité nutritive et la forêt, tout aussi bien que la plaine, peut fournir l'alimentation de nos bestiaux.

Vous vous souvenez que, pendant la sécheresse de 1893, tous les regards se sont portés vers la vesce velue. Le mouvement avait été si vif qu'il a survécu comme

(1) Essai de la ramille et de la feuille des arbres, comme complément de nourriture pour nos animaux de ferme, 1894.

les ramilles à la crise de la sécheresse dernière, et beaucoup de nos confrères, MM. de Yilmorin, de Dampierre, Heuzé, notamment, se sont trouvés en mesure de nous donner leur opinion personnelle sur ce nouvel aliment (1). La note dominante reste très favorable à la vesce velue. On n'a peut-être pas pour elle l'enthousiasme des premiers jours, mais on lui accorde généralement une très grande estime.

Nous arrivons aux travaux de M. Aimé Girard, dont le compte rendu de l'année dernière vous a donné la primeur.

C'est dans maintes contrées, a dit M. Aimé Girard, qu'existe une coutume ancienne de faire concourir accidentellement et dans une mesure limitée, la pomme de terre à l'alimentation des animaux. Il y a bien longtemps que Mathieu de Dombasle a signalé l'emploi de cet aliment et que, dans l'Est, la pomme de terre est employée comme une ration d'hiver. Deux de nos confrères, MM. Pluchetct Cormouls-Houlès, se sont distingués par des expériences bien faites, et vous en ont apporté l'analyse et le succès (2). M. Aimé Girard s'est chargé de prendre la question d'ensemble et de déterminer la mesure et le prix de revient de l'entretien et de l'engraissement des bœufs et des moutons par la pomme de terre (3). Cet examen nouveau, poursuivi avec un zèle scrupuleux à la ferme de la Faisanderie annexée à l'Institut agronomique, a traduit, par des chiffres précis, les avantages considérables que doit trouver le cultivateur dans des rations alimentaires de pomme de terre et

(1) Bulletins d'avril 1895, p. 214 et do juin, p. 317. ,2) Bulletin de mai 1895, p. 261.

(3) Bulletin de juillet 1894, p. 486

de foin haché ou en botte. Augmentation du poids vif, rendement supérieur en viande nette, qualité supérieure de la viande, supériorité de la race bovine limousine pour assimiler les principes nutritifs de la pomme de terre; enfin, bénéfice certain : tels sont les résultats bien acquis des expériences de M. Girard. C'est un nouveau et grand service rendu à l'agriculture française. On ne saurait trop répandre les deux mémoires qu'il a publiés sur ce sujet; il faut les relire et les méditer (1). Ce n'est pas tout. M. Aimé Girard a prié notre confrère, M. Cornevin, d'étudier l'influence de l'alimentation à la pomme de terre sur les vaches laitières et sur la production du lait. Donnée crue aux animaux, la pomme de terre favorise la production du lait; servie cuite, elle pousse à la formation de la graisse. Sous l'influence d'un régime à base de pommes de terre cuites, la teneur du lait en sucre s'élève notablement, mais ne persiste pas dès que le régime change (2). Les expériences de M. Cornevin font corps avec les expériences de M. Aimé Girard.

De même que M. Aimé Girard a réussi à montrer le débouché indispensable que réclame aujourd'hui la culture intensive de la pomme de terre, de même on cherche à tirer le meilleur parti possible de la culture de la betterave. La baisse des sucres a conduit plusieurs comices à chercher des remèdes dans l'extension de la consommation intérieure. Une campagne a été vivement ouverte pour employer le sucre à l'alimentation du bétail. C'est M. Vivien, professeur de technologie sucrière à l'Ecole nationale des industries agricoles de Douai, qui a ouvert cette campagne, et plusieurs de nos

(1) Bulletin de mai 1895, p. 24.

(2) Bulletin de juillet 1894, p. 493.

confrères, M. Pluchet en tête, la soutiennent avec énergie (1). La question est du plus haut intérêt : car le sucre est producteur d'énergie musculaire. En Angleterre, depuis plusieurs années, les cultivateurs donnent lamélasse comme ration journalière et ils s'en trouvent bien, même au point de vue de l'engraissement et de la lactation. Notre confrère, M. Pluchet, en dissertant sur ce sujet, a sollicité du gouvernement et des cultivateurs des expériences dans les écoles d'agriculture et dans les étables particulières. Voilà encore un beau sujet d'étude pour M. Aimé Girard qui, jadis, a protégé la betterave comme il protège aujourd'hui la pomme de terre? La Société des agriculteurs de France a ouvert un concours sur l'emploi du sucre de canne ou de betterave, des glucosides et de lamélasse dans l'alimentation du bétail. Un mouvement d'attention publique se fait et se propage et bientôt peut-être un mouvement d'opinion publique.

Si nous en jugeons par les institutions qui ont devancé les associations formées pour soutenir et développer l'industrie laitière ; si nous en jugeons par les livres excellents qui, depuis quelques années, ont enrichi notre littérature agricole, nous devrions avoir le premier rang de la production beurrière. Rien de plus complet, nous dit M. Saint-Yves Ménard, que le Manuel de l'industrie laitière de M. Bochet. Rien de plus propre à faire l'éducation des cultivateurs que Les vaches laitières de M. Emile Thierry. Nous récompensons ces deux ouvrages, mais, cette justice rendue, nous sera-t-ii défendu de jeter un triste regard sur la situation de

(1) Bulletin de décembre 1894, p. 657.

notre exportation beurrière? Il y a six ans à peine, la marque française régnait en maîtresse sur les marches de l'Angleterre. La coupable avidité de quelques-uns a introduit, dans les beurres fins de la Normandie, la traîtresse margarine : et pendant ce [temps,' le Danemark, ne s'occupant que de faire bien et bon, de la marchandise loyale et sûre, est venu prendre sur le marché de Londres la place jadis occupée par la France. Le mal est fait, et notre devoir est de le déplorer. Que la margarine entre dans les usages de la vie quotidienne, soit; mais honnêtement et au grand jour. Le Parlement encourt une grande responsabilité en ne tranchant pas une question qui lui a été posée par les défenseurs autorisés de l'agriculture nationale. Il me semble que des concours spéciaux comme le récent concours de Cambridge seraient une leçon utile. Je vous en ai rendu un compte détaillé. Nous ne cesserons de répéter que des épreuves scientifiques devraient être organisées comme on le fait partout en Europe, avec la notation des quantités fournies par les traites, l'examen des qualités du lait par le microscope, les lactomètres et crémomètres, avec des concours de barattes et des conférences pratiques. Assurément, on trouverait dans de pareilles réunions l'occasion de juger utilement les procédés de falsification et un moyen de moraliser le commerce des beurres.

C'est avec une vive satisfaction que je constate la bonne santé de notre bétail national. Point d'épidémies générales : tout marche à souhait dans nos écuries et nos étables. En Angleterre, en Belgique, en France, quand on a vu qu'attirés par le relèvement des prix, les Américains expédiaient des milliers d'animaux, chacun s'est défendu par des interdictions de débarquement.

Les communications de MM. Têtard et Sagnier sur les bœufs d'Amérique expédiés en France, ou d'Australie à Londres disent clairement la situation, les dangers et le remède.

Notre Compagnie ne- peut rien ajouter aux témoignages de sympathie qu'elle a donnés à la belle campagne entreprise par M. Nocard contre la tuberculose (1) et aux félicitations qu'elle a adressées, l'année dernière, à M. Arloing pour sa découverte du microbe de la péripneumonie. Pour marquer de nouveau ces sympathies, notre éminent confrère, M. Chauveau, nous a prié de couronner les études de M. Robcis, vétérinaire délégué du département de la Seine, concernant cette pneumobacilline qui, comme la tnberculine et la malléine, a pour but de faire découvrir aux praticiens une maladie dont les manifestations n'ont pas toujours des caractères certains. M. Robcis a comparé les traitements Willems et Arloing et la comparaison a tourné tout en faveur de M. Arloing.

La science vétérinaire est cultivée maintenant par des maîtres en zootechnie et les éloges que MM. Chauveau, Saint-Yves Ménard et Trasbot ont donnés aux ouvrages que nous couronnons aujourd'hui :]e Traité des maladies contagieuses des animaux domestiques, de M. Galtier, les ouvrages touchant l'art vétérinaire de M. Gallier, la Tubercidose d'origine alimentaire, par M. Moreau, les Éléments d'hygiène et de zootechnie appliqués, par MM. Rossignol et Dechambre, nous dispensent de tout commentaire.

Je ne puis parler ou faire allusion à la tuberculine, à

(1) Nocard. Les tuberculoses animales, leurs rapports avec la tuberculose humaine, 1895.

la malléine, à la pneumobacilline, sans toucher un mot de la sérothérapie appliquée à la diphtérie. Comment ne pas renouveler l'hommage que nous avons rendu à notre illustre confrère, M. Pasteur, lors de la découverte de M. le docteur Roux, son collaborateur et notre ancien lauréat (1). L'homme et l'animal se confondent au point de vue de la science delà biologie, et si l'animal peut nuire à l'homme en lui donnant la fièvre scarlatine, la morve, la rage, il peut aussi venir à son secours en fournissant des liquides vaccinateurs et en détruisant les effets infectieux de certains microbes. C'est aux méthodes pasteuriennes que nous devons ces découvertes qui défendent la vie humaine contre le fléau de maladies qu'on cherchait à combattre sans les comprendre, et c'est à ces méthodes que nous devrons assurément des succès inattendus, que les disciples de Pasteur nous révéleront peu à peu, pour le soulagement de l'humanité souffrante.

Comme il faut qu'il y ait toujours une ombre au tableau, l'ostréiculture, qui dépend de la Section d'économie des animaux et qui est l'objet du zèle de M. Chatin et de M. Chabot-Karlen, mérite, paraît-il, nos doléances. M. Chatin, dont le nom restera attaché, dans la postérité, aux huîtres aussi bien qu'aux truffes, a poursuivi, avec M. Miïntz, ses études chimiques sur l'huître ellemême et finalement sur la coquille d'huître (2). M. Chabot-Karlen, reconnaissant que l'huître n'a plus de secrets pour M. Chatin, Ta supplié de s'occuper de la maladie du pied qui fait subir, en ce moment, à l'huître deMarennes la crise la plus dangereuse (3). Le marché français est

(1) Bulletin de novembre 1894, p. 646.

(2) Bulletin de mars 1895, p. 165.

(3) Bulletins de mars 1895, p. 170 ; d'avril, p. 203.

envahi par l'huître portugaise, et voici qu'au même moment MM. Chatin et Miintz constatent d'une part que le phosphore fait partie de la chair des huîtres comme de leur coquille, que cette chair a le mérite d'être fort azotée et riche en fer et en phosphore, de l'autre que les huîtres françaises sont inférieures des deux tiers, en teneur de phosphore, aux huîtres portugaises. Au point de vue des qualités nutritives, cette supériorité des huîtres portugaises est importante (1). La présence du phosphore justifie également certaines pratiques agricoles et médicales. C'est le phosphore, joint au brome et à l'iode, qui explique l'emploi, depuis Ambroise Paré jusqu'à Gendrin, des écailles d'huîtres calcinées contre le rachitisme et les mauvais ulcères.

Si l'ostréiculture française est dominée par l'ostréiculture hollandaise, il faut reconnaître que notre administration a pris des mesures dignes d'être publiquement approuvées. L'expérience prouve que les huîtrières ne résistent pas aux causes naturelles de destruction, si l'homme vient augmenter ces causes par des exploitations précipitées et intéressées. L'existence des huîtrières dépend d'une réglementation méthodique et d'une surveillance active; l'administration a pris une bonne mesure en appliquant le système de la coupe réglée aux huîtrières de Bretagne.

Quant à la pisciculture elle-même, M. Chabot-Karlen nous a parlé avec émotion de l'ancien Huningue français que les Allemands transforment en un établissement d'industrie et de nos établissements de pisciculture, qui suivent le cours de leurs destinées. Depuis longtemps,

(1) Bulletin de mai 1895, p. 260.

notre Compagnie a formulé cette opinion que la meilleure manière de repeupler nos rivières serait, non seulement d'empêcher le braconnage, mais d'empêcher les établissements industriels d'empoisonner les rivières. Malheureusement, on réempoissonne et on empoisonne. L'administration ne peut se décider à prendre le parti de favoriser, par l'application rigoureuse des lois et des règlements, le travail admirablement fécond de la nature (1).

Pour revenir à des discussions de détail, je citerai le débat engagé entre M. Le Play, M. Chabot-Karlen et M. Blanchard. M. Raveret-Watel, qui dirige une Station de pisciculture près de Fécamp, tire, pour l'élevage des alevins de salmonidés, un grand avantage de l'emploi de bacs d'alevinage à fonds de zinc perforé avec panneaux en toile métallique (2). Cet appareil, qui peut être un appareil d'éclosion, mais qui est surtout une caisse d'élevage, a bien réussi. Cependant, M. Le Play et M. Chabot-Karlen sont d'accord qu'on ne peut élever des truites avec profit en les nourrissant artificiellement. Ajoutons qu'un peuplement utile ne peut être tenté qu'avec des stations dans les têtes de bassins et en lâchant les alevins au moment de îa résorption de la vésicule. La discussion a été plus animée entre M. Le Play, communiquant une note de M. Vitalis et M. Blanchard. M. Yitalis ayant entrepris le peuplement d'un étang dans l'Hérault assure que les saumons Quinnats, ou saumons de Californie, ont frayé dans des eaux fermées. M. Blanchard tient que les salmonidés ne peuvent vivre dans les eaux vaseuses; ils périssent dans les

(1) Bulletin de juillet 1894, p. 504.

(2) Bulletin de mars 1895, p. 141.

mêmes étangs où prospèrent les carpes. Entre les salmonidés et les cyprinicles, il existe des différences importantes dans l'appareil respiratoire et dans l'appareil de la circulation du sang (1).

C'est à la Section d'histoire naturelle agricole qu'est spécialement dévolu le soin de nous entretenir des maladies des plantes ou des insectes nuisibles. Nous avons reçu peu de communications à cet égard. M. Prillieux nous a fait part d'un nouveau traitement que M. Seltensperger , professeur d'agriculture à Charolles, applique aux choux attaqués de la maladie dite du « gros pied» (2). Jusqu'à présent, on ne connaissait d'autre remède que la destruction des pieds malades et l'alternance des cultures. On propose aujourd'hui de déposer au pied de chaque plant, après ou pendant le repiquage, une forte poignée de chaux vive de 30 à 40 grammes. M. Prillieux nous a encore présenté une note de M. Lavergne sur l'utilité de contrôler la pureté des graines de tabac, pour combattre FOrobanche rameuse. M. des Gars nous a révélé les ravages du chancre des peupliers sur l'espèce dite du Canada (3) ; voilà tout.

Dans les Annales agronomiques, MM. Prillieux et Delacroix ont publié un important mémoire sur les maladies des mûriers. Toutes ces maladies sont dues à des végétations cryptogamiques. Elles affectent les feuilles, les troncs, les branches et les racines. Quelles que soient les différences que ces champignons présentent dans

(1) Bulletin de janvier 1895, p. 53.

(2) Bulletin d'octobre 1894, p. 577.

(3) Bulletin d'avril 1895, p. 223.

leur mode d'évolution, leurs attaques sont désastreuses. Dès que le mal est signalé, il faut arracher les arbres et les brûler. On ne peut combattre ces maladies qu'en les empêchant de se produire.

Plus nombreuses et plus importantes sont les communications et discussions consacrées aux animaux utiles ou nuisibles à l'agriculture.

La cause des oiseaux a, depuis quelques années, gagné beaucoup de terrain, et notre Compagnie la soutient, toutes les fois qu'une occasion se présente. Elle salue avec confiance la réunion du congrès que la France vient de provoquer pour assurer la protection des oiseaux. Il est vrai que les uns sont nuisibles, les autres utiles, et certains utiles et nuisibles, suivant les moments et les lieux. Parmi ces derniers figurent les moineaux, les pigeons ramiers, les corbeaux surtout qui, au printemps, dévorent les hannetons, les larves de hannetons et les vers gris et qui, à l'automne, se permettent aussi de détruire les semences. M. Têtard nous a rappelé que le corbeau fuyait certaines odeurs, et qu'en pralinant la semence avec une mixture de goudron, de pétrole et d'acide phénique, d'ailleurs parfaitement inoffensive, on se débarrassait des corbeaux qui entendent n'être pas dérangés dans leurs repas par des sensations désagréables. Cette note a eu un grand retentissement; il conviendra de la publier à nouveau Tannée prochaine (1).

Notre confrère, M. Laboulbène, a déclaré une guerre sans merci à toutes les chenilles et à tous les insectes funestes à l'agriculture. « Je me joins, disait-il récemment, à tous ceux qui réclamentlaprotection des oiseaux

(1) Bulletin d'octobre 1894, p. 569.

et de tous les animaux insectivores. Partout on les détruit sans merci et partout on devrait leur prêter aide et secours. » Il parlait ainsi à propos de la Neuronia popularis dont les chenilles forment des bandes, qui marchent comme des corps d'armée à la conquête et à la destruction des pâturages (1 ) . Vous connaissez la méthode excellente de notre distingué et dévoué confrère. Aussitôt qu'on nous signale des dégâts produits par des insectes, M. Laboulbène nous apporte les coupables sous leurs différents états de chenilles, de chrysalides ou d'insectes parfaits, et il en trace l'histoire dans des petits mémoires d'une élégante précision. Ces mémoires ont pour objet l'étude de la transformation des insectes, et nous indiquent les moyens de les détruire à chaque moment de leur évolution biologique.

Tout récemment, d'accord avec notre confrère, M. Blanchard, qu'il appelle son maître, M. Laboulbène nous a communiqué une note sur le moucheron du blé, sur la Cecidomyia destructor, sur cette célèbre mouche de Hesse qui fit tant de ravages aux Etats-Unis etqui, on ne sait pourquoi, a fait son apparition sur divers points de la France (2). Cette fois, elle ne s'attaque plus seulement au blé, à l'orge, au seigle. Elle-même ou une espèce voisine s'attaque aussi à l'avoine. L'alternance des cultures, sur laquelle M. Laboulbène avait insisté l'année dernière, a été négligée (3). C'est un regret pour nous; car les larves sont très difficiles à détruire étant enkystées dans un puparium qui les protège contre les intempéries des saisons. Puis est venue une autre note

(1) Bulletin de janvier 1895, p. 60.

(2) Bulletin de novembre 1894, p. 643.

(3) Bulletin de mai 1894, p. 341.

sur les dégâts causés par YOtiorhynchus ligustici aux arbres fruitiers ainsi qu'aux champs de luzerne (1). Secouer la nuit les arbres fruitiers, recueillir les insectes, qui tombent en pluie, et les détruire, voilà le remède le plus simple. Enfin, une troisième note sur plusieurs insectes nuisibles aux vignes des sables du littoi^al du midi de la France, et particulièrement sur les Rliyachites Betuleti, Opatrnm sabulosum, Perltelus senex (2). Assurément, le travail le plus important est celui dans lequel M. Laboulbène a mis en relief, à propos de la notice de M. Jules Fallou : Sut les vers gris, un nouveau moyen de s'opposer aux ravages de ces dévoreurs. Ce moyen est la chasse à la miellée (3). On détruirait aisément le ver gris parvenu à sa dernière forme de papillon, en enduisant des planches ou des cordes avec du miel ou de la mélasse, sur lesquelles ces papillons viennent se poser la nuit et se livrer à la mort. Le moment est arrivé où nous engageons notre confrère à réunir toutes ces notes, si savantes et si pratiques, dans un petit volume qui nous fera autant d'honneur qu'à lui-même. Je pense en ce moment aux publications si populaires de Whitehead en Angleterre et de Riley aux États-Unis. Pour détruire ces invasions d'insectes, on est obligé de revenir sans cesse aux mêmes moyens et de renouveler sans cesse les mêmes avis. Que de fois, par exemple, n'a-t-on pas conseillé d'employer des aspersions de liquides destructeurs? tantôt les eaux savonneuses, tantôt les eaux alcalines avec du pétrole et bien d'autres? M. Fouquier d'Hérouel prétend, lui, que le silphe opaque

(1) Bulletin d'avril 1895, p. 197.

ne peut résister à un liquide de sa composition. Excellente nouvelle que la presse agricole s'est empressée de propager et à laquelle M. Aimé Girard a donné l'appui de sa popularité. Au moment où les silphes commencent à attaquer les jeunes pousses, on projette, dit M. Fouquier d'Hérouel, au moyen d'un pulvérisateur, sur les lignes de betteraves, uneémulsionqui se compose d'huile de colza, de savon vert et d'eau. Quand la composition est fraîche et surtout quand il fait chaud, les silphes opaques sont foudroyés. Notez qu'après cet exploit, la betterave ne s'en porte que mieux (1).

On nous signale en ce moment une invasion considérable de chenilles du Bombyx du Pin. Que faut-il faire? L'année dernière, les plantations résineuses de la Champagne étaient envahies; nous avions conseillé des aspersions de pétrole et d'eau. On nous répond que ces aspersions sont difficiles et qu'elles n'atteignent pas toutes les parties de l'arbre. Alors entourons le tronc de cet arbre d'une ceinture de goudron ou de glu. Aidons les ennemis de ces méchantes chenilles, car elles ont des ennemis, insectes et ichneumons, qui se multiplient avec elles. Ceci sera dévoré par cela, mais quand? Il faudrait un effort universel pour combattre le fléau.

Le moyen de défense qu'offrent les parasites aux invasions des insectes nuisibles, nous ramène vers la destruction vainement espérée des mans par le Botrytis tenella. Comment se fait-il que le Botrytis tenella soit moins en vogue, et que ses préparations soient moins efficaces? Un de nos lauréats, M. Magnien, professeur d'agriculture de la Côte-d'Or, ne lâche pas la proie. Il

(1) Bulletin de mai 1895, p. 273.

a publié des instructions excellentes contre ces impitoyables ennemis de l'agriculture et se sert de tous les moyens.

YII

Au point où en est arrivée ]a machinerie agricole, il semble qu'il soit assez difficile de découvrir de nouveaux instruments. Chaque instrument reçoit de petits perfectionnements qui le transforment et le progrès s'affirme par le détail, dans tout l'ensemble de la machinerie agricole. Votre Section de mécanique ne nous a point signalé de grandes nouveautés, mais nous savons, par les praticiens, nos confrères, que l'usage des instruments perfectionnés se propage avec une rapidité inattendue. Assurément, tous les cultivateurs, grands et petits, ont compris, non pas l'avantage mais la nécessité de faciliter le travail agricole, et nous nous laissons dire que toutes les maisons françaises ne suffisent pas aux demandes qui leur sont adressées. Si le marché français semble demeurer à l'abri de la concurrence américaine, nos constructeurs ne paraissent pas avoir profité, comme les Américains, des débouchés qu'offrent les progrès de l'agriculture en Russie et dans la République Argentine. Il faut lire, dans le rapport déjà cité de M. Morton, avec quel dégagement on se console, aux Etats-Unis, de labaisse inévitable des prix du blé par les grands profits qu'on tire, par compensation, de la vente dans tous les pays, surtout en Russie, des machines et des outils aratoires. Les Annales du Conservatoire des Arts et Métiers viennent de publier, sur ce sujet international des machines aratoires, un rapport complet de M. Ringelmann qui a pour titre : V Agriculture aux États-Unis.

Maintenant, pour se rendre un compte exact des progrès accomplis en France, il faut visiter l'exposition qui accompagne le grand concours de Paris au mois de février. M. Ringelmann, l'habile directeur de la Station d'essai des machines agricoles, est un excellent juge, et son rapport met au jour les questions intéressantes de chaque exposition(l). Cette année, M. Ringelmann nous a envoyé une note originale par l'entremise de notre confrère, M. Liébaut, sur le travail des brise-tourteaux. C'est le fruit d'expériences faites à Grignon. Nous n'avions pas besoin de ce souvenir pour conserver toujours présents à la mémoire les services qu'a rendus notre ancien lauréat.

L'année dernière, je me suis étendu sur le concours des moteurs à pétrole et sur la part importante qu'y avait prise la Société. Je ne reviendrais pas sur cette question, si notre confrère, M. Tresca, ne l'avait rajeunie dans un rapport magistral. En déposant, sur le bureau delà Société, le rapport de M. Ringelmann sur les nombreux essais faits à l'occasion de ce concours, il nous a donné les indications les plus précises sur l'emploi de ces moteurs à pétrole et sur leur avenir dans les exploitations industrielles et agricoles. En définitive, dans leur état actuel, les moteurs à pétrole peuvent entrer dès maintenant dans la pratique agricole et industrielle, quoique des perfectionnenents de détail soient nécessaires pour en rendre le fonctionnement plus certain et la conduite plus facile (2).

M. Cheysson a été frappé des résultats économiques obtenus, en Tunisie, par l'emploi d'un appareil

(1) Journal d'agriculture pratique, 1895, tome Ier.

(2) Bulletin de' février 1895, p. 119.

L'ANNÉE AGRICOLE J 894-1095. 5i3

de labourage à vapeur pour l'ouverture de tranchées de chemins de fer. On peut dire, d'une manière générale, que la question du labourage à vapeur est posée et connue. Si elle n'a pas fait plus de progrès, c'est que le progrès doit venir d'en haut. Il appartient aux ingénieurs et aux riches propriétaires d'étudier d'accord la solution de la question; il leur appartient de fixer les conditions de revient de l'opération ellemême. Mais il faut bien avouer que le labourage à vapeur ne convient ni à tous les cultivateurs ni à tous les terrains ; car, en nous parlant du succès de l'opération faite en Tunisie, M. Cheysson avoue que la méthode sera avantageuse, « quand on aura devant soi un terrain favorable, ne comprenant ni gravier, ni pierre, n'étant ni trop sec, ni trop humide, ni trop inégal, ni trop déclive; enfin, quand il s'agit de profondeurs uniformes et faibles sur un long parcours». Ce sont de justes réserves. L'usage du labourage à vapeur sera forcément limité par les conditions mêmes du terrain, quand il ne le sera pas par la cherté de l'outillage.

A ces divers points de vue, M. Alfred Debains vient d'apporter à l'étude de la mécanique agricole une heureuse contribution. Dans trois fascicules consacrés, l'un au labour, l'autre aux semailles, le troisième aux récoltes, il a groupé la description de tous les instruments inventés pour ces diverses opérations, et montré au cultivateur les prix de revient de ces opérations, suivant qu'on emploiera tel ou tel instrument. L'ouvrage est un excellent guide pour le maniement de ces engins que la pratique agricole tend à populariser et il répond parfaitement à son titre : les Machines agricoles sur le terrain. La Société récompense cet ouvrage et

félicite son auteur. J'ai le grand plaisir de clore le chapitre relatif à la Section de mécanique agricole, en vous annonçant la publication du dernier volume du bel ouvrage'que notre confrère, M. Tresca, publie sous le titre : Le matériel agricole moderne.

Je suis toujours bien embarrassé pour vous dire tout ce que je devrais sur les matières qui sont déférées par nos statuts à la Section d'économie, de statistique et de législation. Combien il est aisé de prendre un de nos confrères qui s'occupe de la pratique agricole ou de la science pure et de l'accompagner dans les champs, dans son laboratoire ou dans les sociétés scientifiques au milieu desquelles il passe sa vie. Qu'il parle ou qu'il écrive, qu'il professe ou qu'il discute, il nous appartient, il est notre bien, il est mon bien, et je prends mon bien où je le trouve; mais, dans une Section où les discussions s'engagent sur les sujets les plus divers, et souvent sur des faits contradictoires pour se terminer par des considérations que ne domine pas toujours l'esprit scientifique, il est beaucoup plus malaisé de dégager, dans les écrits ou dans les discours de nos confrères, des considérations d'un ordre général. Gomment saisirai-je, d'ailleurs, dans leur prodigieuse activité, des esprits aussi vifs et aussi féconds que M. Léon Say, M. Paul Leroy-Beaulieu et M. Henry Sagnier. Nous les trouvons partout débattant les questions les plus délicates dans la presse et passant de l'une à l'autre avec la rapidité d'un jour qui succède à un jour. Avec M. de Luçay et M. Levasseurje sais que l'un traitera des questions d'administra-

tion, au point de vue agricole, l'autre des questions d'économie politique. Tous deux apportent à nos travaux le secours d'un ardent dévouement. Les discours que M. de Luçay a prononcés devant nous, au sujet de l'impôt sur les propriétés non bâties, et au sujet des vœux delà Société des agriculteurs de France, contiennent des enseignements précieux pour tous les membres du parlement, et les communications de M. Levasseur ont, quelque sujet qu'il aborde, un caractère supérieur de sincérité qui impose le respect à toutes les contradictions. Les Etats-Unis sont de plus en plus le point de mire, d'envie, de crainte, d'étonnement et d'admiration de toute la vieille Europe. 11 était naturel qu'après l'exposition de Chicago la comparaison entre l'agriculture des Etats-Unis et celle de l'ancienne Europe portât M. Levasseur et plusieurs de nos confrères à nous présenter des observations dans le cours de nos séances ; mais c'est avec une certaine fierté que je vous rappelle la publication récente du tome 136 de nos Mémoires, dans lequel se trouve le grand ouvrage de M. Levasseur, V Agriculture aux Etats-Unis . La réputation de cet ouvrage est déjà bien établie; le nouveau volume peut dès maintenant être regardé comme un des plus importants de notre collection.

Si des travaux de nos confrères nous passons, comme c'est notre devoir, aux travaux de tous ceux qui s'occupent de l'agriculture, au point de vue de l'administration ou de l'économie politique, aussitôt je m'arrête; notre confrère, M. Le Play, vous a signalé le mérite des Feuilles de semaine pour la comptabilité des fermes, par M. Hérisson ; je laisse à notre confrère, M. Josseau, le plaisir de louer les ouvrages de MM. Claude Silvestre,

Auguste Rayer, Charles Pelletier, de peur de donner trop d'envie et de regrets à ceux qui pourraient être couronnés en même temps. Moi, je me réserve le devoir le plus agréable et le plus impérieux, c'est d'adresser à M. Menaull nos félicitations pour les Leçons de choses qu'il nous a plusieurs fois offertes, et nos remerciements les plus sincères pour ses comptes rendus dans le Journal Officie/, où la Société et tous ses membres sonl traités avec une sympathie et un agrément dont nous sommes vivement touchés.

Ma tâche est accomplie. J'ai rempli mon devoir en vous racontant aussi simplement que brièvement l'histoire de l'année agricole par l'examen de vos travaux; mais, faut-il vous l'avouer, pendant la composition de ce travail, un peu sec dans ses enseignements trop rapides, je n'ai pu me dérober au souvenir de Virgile et de ses Géorgriques. Au moment où j'entre dans la Section de grande culture, pour passer dans la Section des cultures spéciales, puis dans la Section d'économie des animaux, il me semble que j'entre dans l'ordonnance du poème de Virgile. « Je chante, a dit notre poète, Fart de rendre les moissons abondantes, sous quel signe il faut ouvrir la terre et marier la vigne à l'ormeau, les soins que demandent les grands troupeaux, la manière de multiplier le bétail »

Quand j'analyse les communications de nos confrères les praticiens, je me souviens que Virgile a dit ce que nous répétons souvent trop solennellement : « Il faut étudier la nature du climat, les procédés de l'expérience, les traditions locales, enfin les productions qu'accepte ou refuse le terrain, suivant sa nature. »

Pourquoi ne penserais-je pas aux célèbres légumineuses de MM. Berthelot et Schlœsiug, lorsque je vois notre Virgile conseiller de mettre entre deux récoltes de froment une récolte de pois verts, de vesces légères et de lupins? Pourquoi ne penserais-je pas à M. Dehérain, lorsqu'il répète avec Virgile qu'il faut écraser chaque motte de terre et tourmenter sans relâche le sol poulie rendre fertile? A M. de Vilmorin, lorsque Virgile parle, comme il parlerait lui-même, de la sélection des semences ?

Assurément, l'antiquité avait découvert, par des méditations qu'enfantèrent d'heureux ou de malheureux exemples, bien des secrets de la nature ; mais, ce qu'elle ne pouvait avoir et ce qu'elle n'eut pas, ce que nous possédons depuis un siècle à peine, c'est l'esprit scientifique : c'est la recherche et la connaissance des raisons pour lesquelles sont les choses de la nature. Toutes les académies, toutes les associations, qui ont pour objet le progrès matériel de l'humanité^ s'appliquent à poursuivre la découverte des actions mutuelles que toutes les parties de la création exercent les unes sur les autres. La connaissance de ces relations, c'est le fond de la science, et, c'est notre honneur comme notre devoir, à nous, Académie de l'agriculture, de recueillir tous les faits, et de louer toutes les découvertes qui peuvent nous faire pénétrer au fond du grand art que nous voulons servir.

Virgile a exhalé ses regrets et les regrets de l'antiquité tout entière, quand il a confessé qu'il ne savait pas le pourquoi et le comment des choses humaines. Nous sommes plus heureux, non pas que nous sachions beaucoup, mais parce que nous avons des moyens d'ap-

prendre et de travailler à apprendre ce que nous ne savons pas. Nous connaissons par ses bienfaits la puissance de la science; et la connaître, c'est l'aimer. Virgile n'a-t-il pas eu la vision poétique de la science contemporaine, lorsqu'il a dit, dans un vers célèbre qui résume nos espérances et notre foi :

Félix quipotuii rerum cognoscere causas.

Heureux qui a pu pénétrer les secrets de la nature ! Heureux qui a pu pénétrer la raison des choses !

DISCOURS

'ROXOXCK Al'X

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