SUR LA STATUE DU MOCOON
que ce chef-d’œuvre de l’antiquité est postérieur de plusieurs siècles à celui auquel on l’attribue communément , et ils fondent leur opinion sur ce qu’ils regardent comme impossible que ses auteurs aient pu l’exécuter sans avoir lu l’Enéide. C’est le Laocoon de Virgile, disent -ils, qui leur a servi de modèle ; c’est-à-dire que sans huit ou dix vers latins, ce chef-d’œuvre n’existerait pas. Il faut que ces savans aient eu une ' étrange idée de la sagacité des artistes , pour imaginer que les sculpteurs grecs , qui ont conçu et exécuté ce groupe célèbre , aient eu besoin du poète latin , pour sentir qu’il était convenable , sous le rapport de leur art , d’enlacer ensemble les trois figures par les serpens; car voilà la seule ressemblance qui existe entre les artistes et le poète. Il est utile encore d’observer que Montfaucon prétend que le texte latin ne dit pas même que le père fut enlacé par les serpens avec ses enfans.
D’autres savans, comme Richardson et Maffei, ont pensé, au contraire, que c’était le poète qui avait imité les artistes. Je ne m’arrêterai pas davantage à cette idée, sans doute plus vraisemblable; mais j’insisterai ,sur ce que ce groupe a du précéder de plusieurs siècles celui d’Auguste; cari} me paraît incontestable
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que ce chef-d’œuvre, le plus parfait de l’antiquité , a été fait à l’époque où l’art était , en Grèce , à son plus haut degré de perfection , et non pas à celle où il était depuis long-temps dans la décadence.
Lessing , dans une assez longue discussion , compare les vers de Virgile au groupe de Laocoon ; comme s’il y avait quelque comparaison à faire entre huit ou dix vers et un groupe de trois figures. Ce parallèle paraîtra sans doute aussi déplacé aux connaisseurs que pourrait l’être celui d’un doigt de l’une de ces figures, avec le poème entier de l’Enéide.
On part d’un principe également faux, lorsqu’on imagine que si un peintre ou un sculpteur puisent leurs sujets dans l’histoire ou dans la poésie , c’est parce que leur génie ne peut rien inventer, et qu’il a besoin de celui du poète ou de l’historien pour faire naître ou développer ses conceptions. Sans doute le génie de la poésie et celui de la peinture ont une grande analogie , et ils peuvent mutuellement s’inspirer et s’entr’aider ; mais l’artiste et le poète ont aussi chacun leur génie particulier, celui qui est analogue à leur art. Le peintre peut composer un sujet aussi poétiquement qu’un homme de lettres ; mais comme il ne