‹ Mélanges sur les beaux-artsChapitre 19 sur 46 · SUR LA STATUE 1)U LAOCOON · texte numérisé non relu

SUR LA STATUE 1)U LAOCOON

peut rendre qu’un instant, quelque claire que soit sa pensée , il serait difficile aux spectateurs de la deviner, s’il ne la rattachait à un sujet bien connu , et par - conséquent déjà célébré par l’histoire ou la poésie. Si l’artiste a souvent recours à l’une et à l’autre , ce n’est donc pas les ressources de son génie qui lui manquent, mais plutôt celles de son art. C’est cependant ce qui ne lui arrive pas , lorsqu’il étend ses idées dans une suite de tableaux historiques ou allégoriques, comme l’a fait Rubens dans l’iiistoire de Marie de Médicis , et Le Brun , dans la galerie de Versailles; car alors l’artiste devient lui-même poète et historien : comme eux, préparant à loisir l’imagination du spectateur, il l’amène par degré au point où il le veut pour lui faire sentir le développement de ses idées , les beautés et les effets de son dénouement. Au reste, il existe une grandeanalogie entre ces deux arts : l’un met à contribution la poésie , pour augmenter le charme de ses tableaux , comme l’autre se sert de tableaux pour enrichir et orner ses poésies.

Le traducteur de Lcssing annonce, dans sa préface, que cet homme célèbre devait donner encore deux volumes sur le Laocoon. En lisant celui qui a été publié , qui est rempli de

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réflexions neuves, sages et intéressantes sur les limites de la poésie et de la peinture , dans lequel cependant l’auteur est sorti souvent de son sujet, on ne peut se dissimuler que ce premier volume ne contienne beaucoup de longueurs et de dissertations inutiles; et l’on ne sait trop comment il eût pu remplir encore les pages de deux nouveaux volumes sur ce sujet. Cela nous enhardit à nous permettre une observation générale sur beaucoup d’ouvrages de ce genre : c’est que si leurs auteurs avaient autant de connaissances dans les arts qu’ils ont d’érudition, ils atteindraient plus directement le but qu’ils se proposent ; ils seraient par-conséquent beaucoup plus concis, plus d’accord avec les principes des beaux-arts et du bon goût ; leurs ouvrages alors deviendraient plus utiles, par-conséquent plus recherchés, plus classiques, et plus dignes de leur réputation

DE LANALOGIE ËNTRE LES SCIENCES, ETC. 2l5

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