‹ Mélanges sur les beaux-artsChapitre 42 sur 46 · SUR JOSEPH-BENOIT SUVÉE · texte numérisé non relu

SUR JOSEPH-BENOIT SUVÉE

Directeur de l’Académie de France à Rome, Membre de la Légiond’Honneur, Correspondant de l’Institut, de la ci- devant Académie de Peinture, l’un des Professeurs de l’Ecole spéciale de Peinture de Paris , de l’Athénée des Arts , etc.

Lue à l’Ecole spéciale de Peinture et à l’Athénée.

J oseph-Benoît Süvée naquit à Bruges en 1 7^3. Ayant manifesté de bonne heure d’heureuses

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dispositions pour les beaux-arts , ses parens le placèrent chez un peintre de cette ville, où il fit en peu de temps de rapides progrès. Cependant le désir d’atteindre à la perfection l’ayant déterminé à se rendre à Paris , il arriva dans cette ville en 1 760 , et se mit sous la direction de M. Bachelier, professeur à l’école de peinture. Plusieurs années d’études sérieuses , jointes à une grande application, l’ayant mis en état de concourir pour le grand prix, il obtint la couronne en 1771. Comme étranger , Suvée était à la veille de se voir frustré d’une récompense qu’il avait si justement méritée, lorsque le Gouvernement , convaincu que les savans et les artistes habiles sont toujours trop rares dans un pays, crut devoir déroger à la loi en sa faveur. Empressé de revoir sa patrie avant de parcourir celle des Raphaël et des Michel -Ange, Suvée partit pour la Flandre. Son entrée à Bruges devint pour lui un véritable triomphe ; ce fut une fête publique à laquelle toute la ville prit part. Cette fête , trèspropre à honorer et à encourager les arts , rappela aux Belges de glorieux souvenirs , la mémoire immortelle des Rubens et des Vandick. Arrivé à Rome, après s’être dérobé aux embrassemens de sa famille et de ses amis,.

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Suvée , assez sage pour sentir qu’un jeune homme qui a remporté le prix de peinture n’est encore qu’à l’entrée de sa carrière, redoubla d’efforts, et de veilles afin de profiter de la communication des chefs-d’œuvre qui étaient offerts à sa vue dans la capitale des arts. De retour à Paris, le temps du pensionnat expiré, il ne tarda pas à recevoir la récompense de ses travaux ; en 1779, il fut agréé de l’Académie , et l’année suivante il s’assit au milieu de ses maîtres.

L’étude particulière qu’il avait faite des principes de son art , ainsi que toutes les connaissances qui concourent aux progrès de l’enseignement, auxquelles il s’était appliqué, le portèrent en peu de temps au professorat.

Si Suvée ne possédait pas cette vigueur de couleur , cette fierté de touche , qui imposent au premier coup-d’œil , il connaissait parfaitement cette harmonie , cette suavité qui plaisent toujours. La grâce de ses compositions, l’expression de ses têtes, douce, sentimentale, forment le caractère distinctif de ses productions. Parmi ses ouvrages, assez nombreux , on distingue une Descente du Saint-Esprit , une Adoration des trois Rois que possède la ville d’Ypres , ainsi qu’une

Résurrection, faite pour l'église de Saint-Donat. Son morceau d’agrément à l’Académie , représentant la Naissance de la Vierge, et le tableau de la Mort de Coligny dans le costume français , lui firent aussi beaucoup d’honneur : le premier surtout obtient tous les suffrages. On se rappelle encore avec plaisir sa Notre-Dame du Rosaire , son Saint-François de Sales , et madame de Chantal, ainsi que son Saint-Denis apportant la foi en France.

Suvée fut nommé directeur de l’Académie de France à Rome, en 1792. Les orages de la révolution suspendirent son départ jusqu’à l’époque où, le calme s’étant rétabli, il s’empressa d’aller remplir une place aussi intéressante pour les arts , quelle est honorable pour celui qui est appelé à la remplir. Avant de se rendre à Rome , pressentant peut-être qu’il ne reverrait jamais sa patrie, ni même sa patrie adoptive , il fit un voyage à Bruges , où il reçut de nouveaux témoignages de l’affection de ses concitoyens , qui s’empressèrent de célébrer sa présence, et la gloire que sa nomination à une place aussi honorable faisait rejaillir sur sa ville natale. Arrivé enfin à sa destination , le premier soin de Suvée fut de réorganiser l’Académie , entièrement anéantie. Son assiduité au

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travail , son amour pour son art , le désir de remplir dignement les fonctions qui lui avaient été confiées , lui firent surmonter rapidement les différens obstacles qu’il avait à vaincre. Lorsque l’école fut transportée et établie à la villa Médicis, il allait jouir du repos, il voyait même avec satisfaction arriver l’instant de revenir à Paris recevoir la douce récompense de ses travaux , les témoignages de l’estime publique, et les embrassemens de ses amis, lorsque la mort vint subitement l’arrêter dans ses projets, le 9 février 1807.

Au-dessus de ces sentimens de jalousie, qui trop souvent obscurcissent les idées libérales des artistes , Suvée , alors pensionnaire à l’école de Rome , s’apercevant que l’un de ses camarades , rival dangereux pour lui , se détournait de la bonne route, en adoptant une manière propre à étouffer les heureuses dispositions dont la nature l’avait doué, employa l’ascendant de la persuasion et de l’amitié pour le remettre dans le bon chemin ; et cet artiste reconnaissant, décédé depuis peu , l’un des premiers peintres de l’École française , s’empressa de publier qu’il lui devait peut-être la brillante réputation qu’il a obtenue.

Bienfaisant et sensible , Suvée sut se faire

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des amis , et eut le secret plus rare encore de les conserver. Une domestique , très-âgée, affligée d’une infirmité donnant beaucoup d’embarras et exigeant de grands soins, qu’il garda constamment chez lui jusqu’à la mort ; beaucoup d’autres traits de sensibilité qui l’honorent également, prouvent, plus que tout ce que l’on pourrait dire , combien il était compatissant et bon.

Incarcéré pendant la tourmente révolutionnaire , et à la veille d’augmenter le nombre des victimes qui furent moissonnées à cette époque déplorable, rien ne put troubler la sérénité de l’âme de Suvée. Exerçant son art dans la prison , il le consacrait tout entier à conserver à une épouse éplorée , à une mère dans la douleur, l’image consolante de l’objet de leur amour, qu’ils étaient à la veille de perdre. Occupé de ces respectables travaux , lorsqu’on vint lui annoncer sa liberté, l’amour de son art, et peut-être plus encore celui de l’humanité , lui firent remettre sa sortie au lendemain , afin de terminer un portrait dont la possession devait répandre un beaume consolateur sur une femme et des enfans à la veille d’être séparés pour jamais de l’objet de leur tendresse.

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