SUR ANTOINE RENOU
Peintre , Secrétaire perpétuel de la ci-devant Académie royale de Peinture.
Lue à l’École spéciale de Peinture , et à la Société des Sciences , etc.
Les beaux-arts et les belles-lettres ont une telle analogie, que Ton voit souvent des artistes distingués charmer leurs loisirs par les travaux littéraires , et enrichir le domaine des sciences ou celui des lettres. L’artiste estimable dont je vais vous entretenir , nous en fournira un exemple sensible.
Antoine Renou , secrétaire perpétuel de la ci-devant Académie royale de Peinture , membre de celles de Saint-Pétersbourg , de Philadelphie , de Richemont en Virginie , de Rouen, et de la Société des sciences , belles-lettres et beaux-arts de Paris , naquit dans cette dernière ville, en 1731. Il y fit de fort bonnes études , d’abord au collège des Jésuites , et ensuite à celui des Quatre-Nations, où il étudia la rhétorique. L’amour des lettres , celui de la gloire stimulant ses efforts , il fut toujours le premier , ou au-moins le second de sa classe :
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distingué également dans tous les concours , il obtint souvent des couronnes à l’Université.
Cependant, un penchant irrésistible portant son génie vers les arts du dessin , la peinture parvint à le fixer. Ses premiers essais se firent sous la direction de M. Pierre , dont il quitta bientôt l’atelier pour l’école de M. Vien. Ayant fait de rapides progrès sous les yeux d’un aussi habile maître , il se vit bientôt en état de concourir pour le grand prix de peinture, et ne tarda pas à conquérir la seconde palme ; il était prêt d’atteindre à la première , lorsque , vers l’an 1 760 , il fut appelé à la cour du roi Stanislas , avec le titre de peintre de ce prince , auprès duquel il jouit de toute la considération ainsi que de tous les avantages que ses qualités personnelles devaient lui faire obtenir. Estimé, recherché de toute la cour, distingué par un prince dont les malheurs avaient rendu les vertus et la bonté encore plus intéressantes, M. Renou se trouva en quelque sorte nécessaire à cette cour, par la diversité de ses talens. Doué d’une belle figure, d’une taille avantageuse et d’un bel organe, possédant cette politesse , ce ton de la bonne société , qui semblent distinguer particulièrement les Français du XVIII. e siècle, il brillait également à Luné-
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ville, soit qu’il y prît le masque de Thalie, la lyre d’Anacréon , ou le pinceau d’Apelles. Malheureusement les bons princes ne sont point immortels : Stanislas , fort avancé en âge , paya le tribut à la nature , et notre jeune artiste, forcé de renoncer aux douces illusions que son séjour à la cour avait pu lui faire naître, revint à Paris, où, se livrant à l’étude de la peinture avec une ardeur nouvelle, il se fit agréer à l’Académie, en 1766, sur un tableau représentant Jésus-Christ parmi les Docteurs . M. Cochin, depuis long-temps secrétaire perpétuel de cette Académie , désirant s’adjoindre l’un de ses confrères pour le suppléer au besoin , les talens littéraires de M. Renou le firent préférer à tous ses concurrens : il fut nommé à cette place en 1776. M. Cochin étant venu à mourir en 1 790 , il en devint titulaire.
L’Académie de peinture ayant été supprimée à l’époque de la révolution , M. Rënou resta attaché aux écoles spéciales de peinture , avec le même titre de secrétaire , auquel on joignit celui de surveillant des études , fonctions qu’il a exercées jusqu’à sa mort. Parmi tous les tableaux de cet artiste , l’on remarque particulièrement le plafond représentant Y Aurore > exécuté dans la galerie d’Apollon : ce tableau ,
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peint en 1781 , est son morceau de réception à l’Académie. Il a exécuté encore deux autres plafonds , l’un , d’une très - grande dimension, pour le Théâtre Favart, et l’autre pour l’Hôtel des Monnaies de Paris : le premier a été détruit lors de la restauration de la salle. Son tableau représentant Agrippine débarquant à Brindes, et apportant l’urne qui contient les cendres de Germanicus, qu’il fit pour le Roi, et un autre dont le sujet est une Annonciation, qui se voyait dans un couvent de religieuses à Saint- Germain-en-Laye, fixèrent l’attention des connaisseurs. En général, les tableaux de M. Renou sont d’une ordonnance sage , ses compositions sont bien pensées ; l’on remarque toujours dans ses ouvrages l’homme d’esprit instruit, qui ne s’écarte jamais des convenances , ni de la vérité des costumes, et qui joint à un génie éclairé une érudition profonde. Cependant l’on s’aperçoit facilement que , contrarié par les circonstances , il n’avait pas vu les chefs-d’œuvre des grands maîtres de l’Italie.
Nous venons de considérer M. Renou sous le rapport des arts , il nous reste maintenant à le considérer sous celui de la littérature. Il venait d’être agréé à l’Académie; et jusque là il n’avait regardé la poésie que comme un délassement , lorsque se trouvant un jour dans
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une société d’hommes de lettres connus, la discussion s’engagea sur la prééminence et sur les difficultés de la peinture et celles de la poésie , dispute qui , sans rien prouver , aigrit souvent des hommes qui ne devraient rivaliser que d’estime et d’amitié. Le Mierre, présent à cette dispute , soutint vivement la suprématie de l’art de Boileau, Renou celle de l’art de Raphaël; enfin Renou, poussé à bout, défie Le Mierre de faire un tableau , et s’engage à faire une tragédie. Effectivement, la tragédie fut faite et jouée au Théâtre Français : cette pièce est imprimée ; c’est celle de Terée et Pki lomele. L’on y remarque non -seulement de beaux vers, mais encore de belles scènes; le premier acte surtout réunit tous les suffrages: une intrigue de coulisse en suspendit les représentations ; pour le tableau , il est encore à faire.
Cette lutte, de laquelle M Renou se tira avec gloire, le détermina à suivre la carrière des lettres, et à se délasser des travaux dun art par le charme d’un autre. Quelque affaiblissement qu’il ressentit alors dans l’organe de la vue , lui laissant plus de temps à consacrer à la poésie, il entreprit la traduction en vers du poème latin de Dufresnoy sur la peinture : il était là dans son domaine; aussi cet
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ouvrage ( surtout pour les notes qui raccompagnent) a-t-il obtenu l’estime des artistes et celle des connaisseurs. Enhardi par ce succès, M. Renou essaya de traduire en vers la Jérusalem délivrée. La perte qu’il fit des quatre premiers chants de ce poème , loin de le décourager, redoublant son ardeur, il les recommença , et ce grand ouvrage est heureusement entièrement terminé. Toujours dévoué à la peinture , M. Renou ne laissait guère passer d’exposition publique , sans travailler à éclairer l’opinion sur les productions de ses confrères ; mais bien loin de chercher, comme beaucoup de critiques, à les affliger par des sarcasmes virulens, ou des censures amères, son but fut toujours plutôt de mettre le public dans la confidence des arts, que de donner des alimens è sa malignité , et tromper sa raison pour amuser son esprit. Cependant il avait trouvé le secret d’égayer la matière : on se rappelle encore les lettres du marin , et celles de M. Bonnard, marchand bonnetier.
Quoique d’un caractère assez grave, quelquefois même un peu sévère , M. Renou était aimable en société ; il avait su se faire aimer des jeunes gens, avec lesquels sa place de surveillant des études le mettait dans un rapport
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habituel. Les discours qu’il prononçait chaque année lors de la distribution des prix des écoles de dessin, sont tous des modèles dans leur genre. Il semble voir un bon père converser avec ses enfans , et leur donner ses avis , avec cet intérêt tendre , cette sollicitude qu’inspire la jeunesse aux vieillards animés de l’amour de leurs semblables.
Chargé plusieurs fois , soit pour l’intérêt général des arts , ou pour l’intérêt particulier des artistes , de porter au sein de l’Assemblée nationale , ou auprès des grandes autorités de l’Etat, les vœux ou les demandes de ses confrères , il remplit toujours ces importantes missions avec le courage du philosophe , l’empressement du devoir, et le zèle de l’amitié.
Parvenu à l’âge de soixante-seize ans, toujours plus occupé des arts et des lettres que des calculs de l’intérêt , ou des spéculations de la fortune , M. Renou a terminé sa carrière en décembre 1 806 , laissant une veuve et deux jeunes enfans , plus riches des vertus de leur époux et de leur père , de l’estime et de la considération qu’il avait obtenues , que du patrimoine qu’il leur a laissé.