‹ Mélanges sur les beaux-artsChapitre 5 sur 46 · OL · texte numérisé non relu

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Menchoux, ainsi que les Betchys et les Orotchys, emploient une partie de leur fortune à élever des tombeaux et des effigies aux héros de leur pays, ainsi qu’à leurs parens qui ont illustré la patrie. L’Egypte embaumait ses grands hommes; la Chine encense les siens.

(24) C’est à Périclès que l’on dut les grands talens qui honorèrent la Grèce. Voulant tenir en haleine le génie des Grecs pendant la paix , il déploya le faste des monumens et les richesses des beaux-arts ; les fêtes devinrent brillantes, les spectacles pompeux; le moindre évènement était célébré par les arts , et la vue des productions du génie national enflammait le patriotisme des citoyens. ( Plut Tom. I, pag. i58. — Diod. Sic., Lib . XII , pag. 7 2.)

(25) Quoi qu’en aient dit quelques savans estimables, qui ont attribué à l’ignorance des artistes les invraisemblances qu’ils ont cru trouver dans le costume de quelques figures, il est arrivé souvent que ces prétendus défauts étaient une preuve manifeste du goût et de l’amour du beau dont ces mêmes artistes étaient pénétrés. Aussi je pense que les artistes modernes peuvent se permettre, pour le progrès de l’art, de découvrir quelques parties de leurs figures, afin d’éviter la monotonie et de développer leur savoir, en alliant cependant ces licences avec la nature et la vérité.

(26) Les dispositions de la nature ne se développent pas tout-à-coup. Souvent, dans la jeunesse, les circonstances ou votre famille vous forcent d’embrasser

io 2 essai sur l’état des arts

une profession , tandis que votre goût particulier vous aurait porté vers une autre. Mais , comme l’a dit La Fontaine :

Chassez le naturel , il revient au galop.

Il arrive une époque où votre génie , si j’ose m’exprimer ainsi, fait explosion : alors il vous ramène vers le genre auquel la nature vous avait destiné. Quelquefois aussi les rapports qui existent entre les différentes sciences, ou des idées nouvelles qui vous surviennent, vous entraînent irrésistiblement vers un nouvel objet d’étude. C’est ainsi que cette passion devient semblable à un torrent dont rien ne peut modérer l’impétuosité; souvent alors le génie enfante de belles choses : témoin Perrault , qui d’habile médecin est devenu célèbre architecte.

(27) Polyclète, d’Argos, contemporain de Phidias, vivait vers l’an 5oo avant l’ère nouvelle : il fut un des statuaires qui contribuèrent le plus à hâter les progrès de l’art; il était aussi habile architecte. Il paraît que cet artiste ne traitait que des sujets gracieux, et qu’il n’a fait que des figures d’une nature coulante : celle dont il est question ici, et que ses émules appelèrent le canon ou la règle , ne nous a pas été transmise , ou au-moins aucun auteur n’en a fait mention.

(28) On voit, par le peu de progrès que firent les Grecs dans l’astronomie , et le nombre de siècles qui s’écoulèrent avant qu’ils vinssent à bout de faire concorder l’année solaire avec l’année lunaire , le peu d’aptitude de

CHEZ LES GRECS

ces peuples pour les sciences exactes. Leurs connaissances en géographie furent toujours extrêmement bornées ; ils n’avaient aucune idée des pays au-delà de la ligne, ni même de ceux qui avoisinent les pôles ; et des cinq zones, les deux zones tempérées seulement, suivant eux, étaient habitées. Il ne paraît pas que leurs progrès aient été beaucoup plus rapides dans les sciences physiques que dans les sciences mathématiques; alors donc tous leurs efforts se portèrent vers la philosophie , la poésie, l’éloquence et les arts du dessin.

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