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les autres à les imiter. Celle d’un général victorieux produisait des héros ; celle d’un philosophe inspirait la sagesse. Ainsi un grand artiste, en retraçant l’image d’un sauveur de la patrie, pouvait dire : Et moi aussi j’ai servi l’Etat ; car mon chef-d’œuvre va exciter l’enthousiasme et faire naître des prodiges. Alors il jouissait lui-même de l’immortalité qu’il s’efforcait de mériter en la procurant aux autres. Avec de telles dispositions , toutes les vues se portant du côté des arts,, il était impossible que les Grecs de toutes les classes n’en fussent pas de justes appréciateurs. D’ailleurs, leur langue, riche et poétique comme leur imagination , leur sol riant et fertile comme leur génie, tout chez eux rappelait leurs organes au sentiment et à la sensibilité.
Les statues des Grecs, recherchées par toutes les nations, étaient moulées et reproduites sans cesse , et leurs tableaux multipliés par les copies : à-peine pouvaient-ils satisfaire à l’empressement des étrangers , qui venaient les chercher de toutes les contrées. Ce commerce, qui était très-considérable , augmentait le produit de ces différens objets , et contribuait à entretenir les artistes dans l’aisance, et accroissait chez leurs voisins la considération dont ils
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jouissaient dans leur patrie. Les chefs-d’œuvre sortis de leurs ateliers excitent depuis vingt siècles l’envie et l'admiration de tous les peuples. C'est un grand bonheur pour les arts sans doute que les Romains aient dépouillé les Grecs d’une partie de leurs merveilles , et les aient soustraites ainsi à la fureur dévastatrice des barbares qui ont asservi cette superbe contrée. Depuis cette époque , nous avons vu les chefs-d’œuvre des Grecs devenir tour-à-tour le prix le plus flatteur de la victoire chez les différens. peuples.
Les arts déclinèrent en Grèce , lorsque les Grecs n’eurent plus de patrie, lorsque les dissensions civiles d’Athènes et de Sparte y eurent fait une diversion funeste. Dès que la liberté se perdit , les vertus s’anéantirent, et avec elles la prospérité et les arts. Alors l’ambition , la jalousie , l’injustice remplacèrent chez eux l’amour de la gloire et la pratique de ces mêmes vertus , et ces vices amenèrent la ruine totale de ce peuple infortuné.
Les grandes découvertes, les grands talens, immortalisent les siècles et les contrées qui les ont produits; les hommes qui en ont été les instrumens partagent cette immortalité ; ceux qui les suivent dans la carrière et qui per-
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fectionnent ces mêmes découvertes , obtiennent encore un rameau de leur laurier. Mais il est un terme à tout ; il arrive enfin une époque où les hommes de génie n’ayant plus une carrière aussi vaste à parcourir, sont relégués dans la classe des hommes ordinaires. Les révolutions physiques et morales viennent ensuite changer les peuples et même les climats ; le génie s’assoupit ou s’éteint; les sciences, les arts s’anéantissent , et les entrailles de la terre en consument les débris : c’est ce qui est arrivé dans la Grèce.
Mais le soleil des arts est-il couché pour toujours sur ce beau pays? Ne le verra-t-on pas bientôt reparaître avec un nouvel éclat sur les rives du Péloponèse? Oui, sans doute, ce temps n’est pas éloigné. La patrie d’Homère, celle de tant de grands hommes va renaître de sa cendre. De nouvelles villes vont se rebâtir sur les ruines de Delphes et de Sicyone, et les arts vont refleurir sur les bords de l’Alphée et du Céphise. Paros ouvrira encore son sein aux statuaires grecs ; de nouveaux chefs-d’œuvre sortiront de leurs mains. Mais alors ils ne seront plus les seuls sur la terre; des rivaux dignes d’eux leur disputeront la palme des arts : alors , sans doute, les Grecs et les Français partageront entre eux l’admiration de tous les peuples de l’Univers.
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NOTES
(1) Avant la révolution, un petit nombre d’amateurs (parmi lesquels plusieurs n’avaient que de médiocres connaissances) s’étaient érigés en dispensateurs des réputations, et exerçaient une espèce de censure sur les anciens et sur les modernes, qu’ils élevaient ou déprimaient à leur gré suivant les circonstances Ces amateurs auraient voulu faire des artistes des espèces de machines pour l’exécution, et se réserver la direction des travaux et la distribution des grâces. Ils semblaient leur dire : Opérez, et nous, nous raisonnerons. Ils avaient grand soin de répandre par-tout, et de faire croire aux artistes eux -mêmes, qu’ils devaient bien se garder de parler et d’écrire sur leur art, afin de réserver pour eux seuls cette faculté.
Pour juger sainement des objets d’arts, j’oserai dire que l’étude du dessin est indispensable; car l’homme qui a reçu l’éducation la plus ordinaire n’a rien appris qui n’ait un rapport direct avec la littérature et la connaissance des auteurs, tandis que dans tout ce qu’il a lu et étudié, il n’a rien rencontré qui ait pu lui donner la plus légère idée des beaux-arts : aussi voyons -nous des hommes qui ont une certaine réputation dans les lettres, déraisonner complètement quand ils veulent parler sur
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cette matière. Il y a beaucoup de mérite sans doute à puiser dans l’antiquité les notions nécessaires à la partie historique des beaux-arts , à en classer les origines et les époques; mais toutes ces connaissances, quelque profondes qu’elles soient, n’instruisent que des objets relatifs aux convenances, au costume, et ne peuvent donner la plus légère idée du mérite réel d’une statue. Quand on voit les artistes du premier mérite ne prononcer qu’en tremblant sur les beautés d’un ouvrage, n’a-t-on pas droit de s’étonner du ton tranchant que prennent quelques prétendus savans qui , attachant souvent plus d’importance à la forme d’une courroie qu’au caractère d’une tête ou au sentiment d’une phalange, ressemblent à nos anciens nobles, qui prétendaient savoir parfaitement ce qu’ils n’avaient jamais étudié ? Si nous avons vu , après la mort de Lebrun, la peinture dégénérer en France, on ne peut en attribuer la cause qu’au faux goût des amateurs, qui ont forcé les artistes, même ceux qui avaient reçu les plus belles dispositions de la nature, à changer non-seulement leur couleur, mais même les formes de la nature. Entre plusieurs exemples, nous citerons celui de Boucher. Ceux qui connaissent les premières productions de cet artiste , sentiront qu’il était fait pour aller loin; mais les amateurs du couleur de rose et des déesses de l’opéra l’ont détourné de la bonne route : et comme cette nouvelle manière, qui plaisait aux ignorans, lui faisait gagner beaucoup d’argent, ses confrères ont eu peine à résister A la séduction , et plusieurs d’entre eux se sont laissé entraîner par le torrent.
(2) On doit regarder comme des exagérations ridi-
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cules tout ce que les Persans disent de Manès, le seul peintre national dont le nom soit connu. Il ne reste aucun de ses ouvrages; mais, à en juger d’après toutes les productions orientales, il ne devait être qu’un barbouilleur. Indépendamment du peu de goût et de connaissances des Persans dans les arts, ce qui peut encore faire suspecter la justesse de leur jugement à cet égard, c’est que ce Manès était chef de la secte des manichéens : il n’est donc pas étonnant qu’il ait été beaucoup vanté par ceux de cette secte, et son nom conservé dans la légende. On a vu souvent l’esprit de parti élever un pygmée aux nues , tandis que l’homme de génie , isolé et vraiment célèbre , languissait dans l’oubli.
(5) Indépendamment de leurs deux styles tiès-distincts, la manière des Egyptiens a éprouvé quelques autres variétés, mais qui ne sont pas aussi sensibles, et dont on ne peut fixer l’époque. Winkelmann attribue l’origine de ce changement de style au temps de la conquête de l’Egypte par Cambyse , ce qui paraît d’autant moins vraisemblable, que le caractère féroce de ce conquérant ne dut pas être favorable aux progrès des arts. D’autres écrivains ont pensé que ce changement eut lieu à une époque postérieure : Paw, Hans ses Recherches philosophiques sur les Egyptiens , le fixe au règne des Ptolomées. A cette époque, ces princes amis des arts vinrent fixer leur résidence en Egypte ; les artistes grecs vinrent aussi y exercer leur art; plusieurs statiîaires égyptiens voyagèrent alors en Grèce ; en sorte qu’il n’est pas étonnant que la manière de ces derniers se trouvât améliorée par cette double communication. Les productions des
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arts de la première époque chez les Égyptiens sont sans grâces; les contours en sont raides, les figures sans mouvement et les têtes sans expression : il règne une monotonie désagréable dans les attitudes; les os et les muscles sont à peine indiqués. Les productions de la seconde sont moins imparfaites; les profils de leurs figures approchent un peu plus de la forme grecque; les rotules, les côtes, les clavicules, les omoplates et les muscles, à peine indiqués dans le premier âge de l’art, sont suffisamment sentis dans celui-ci, et sont en général d’un assez bon style. Ce qui peut déterminer plus précisément encore l’opinion de ceux qui n’ont que de médiocres connaissances dans le dessin, c’est que les figures du second âge ne sont point accompagnées d’hiéroglyphes, tandis que presque toutes celles du premier en sont surchargées.
(4) Il paraît que les Égyptiens, en général, étaient basanés, et d’une configuration désagréable : selon Aristote, ils avaient les os de la jambe tournés et arqués. Le caractère de leur figure avait beaucoup de rapport avec celle des Éthiopiens : ils avaient comme eux le nez écrasé; ce qui ne doit pas étonner, quand on réfléchit qu’ils ont eu dix-huit de leurs rois originaires d’Éthiopie; ce qui peut faire présumer que le sang de ces deux peuples a été souvent mêlé. Les femmes de cette contrée avaient la gorge d’une excessive grosseur, et les hommes étaient fort maigres. Il paraît qu’au contraire aujourd’hui ils sont fort replets , et ont surtout le ventre fort gros : la vie active qu’ils menaient autrefois, et l’oisiveté dans
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laquelle ils languissent aujourd’hui, sont sans contredit les causes de cette différence.
(5) Il faut en excepter cependant les simulacres pratiqués sur leurs édifices. Comme les dieux de l’Égypte (autres que les animaux) étaient des rois qui avaient jadis gouverné le pays , et que les anciens rois étaient prêtres eux-mêmes, il s’ensuit donc que l’art était réduit à la représentation d’un seul genre de figure, à laquelle même il était interdit de donner une attitude pittoresque. Ajoutez à cela, qu’au -lieu de récompenser les artistes qui exécutaient de bons ouvrages, on avait trouvé beaucoup plus simple de punir ceux qui en faisaient de mauvais. ( Elien , Hist. Var., Lib. IV, cap . 4.)
(6) M. Paw prétend que Winkelmann s’est trompé en avançant que les Egyptiens ignoraient l’anatomie, parce que, dit-il, plusieurs souverains de ce pays ont fait disséquer des cadavres pour connaître les maladies. Quand ce fait, qui ne me paraît pas bien prouvé, serait vrai, il ne détruirait pas la justesse de l’observation de Winkelmann; car de ce que l’on aurait, par ordre du monarque, disséqué quelques cadavres pour rechercher dans les parties internes les causes des maladies , il ne s’ensuivrait pas qu’on eût disséqué les parties extérieures, les seules qui eussent pu être un objet d’étude pour les artistes égyptiens.
(?) M. Paw (Recherches phil. sur les Egyp ., Tom.I, sect. 4) assure que cet usage n’a jamais existé; il prétend même qu’il est impraticable, parce que , dit-il. si
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les peintres et les sculpteurs eussent eu beaucoup d’enfans, le nombre des artistes se serait accru progressivement d’une manière effrayante, et ils auraient fini par mourir de faim. Cette observation ne me paraît pas juste; car si un peintre eût eu six enfans, six autres auraient pu n’en pas avoir un seul, et alors la balance se serait conservée, et le nombre des artistes n’aurait pu s’accroître d’une manière sensible, que proportionnellement à l’augmentation générale de la population.
(8) Saumaise , et d’après lui Wesseling, prétendent que c’est de Memnon Aménophis, roi de Thèbes (en Egypte) , prince d’une beauté ravissante, et dont les statues étaient dans le temple de cette ville , qu’il est ici question , et non pas du sculpteur de ce nom.
(9) Ce fut après la guerre de Troie que les Etrusques jouirent long-temps des douceurs de la paix; ce fut aussi là l’époque de leur prospérité ainsi que celle de leurs succès dans les arts. La constitution républicaine qu’ils adoptèrent alors, éleva leur âme, et influa beaucoup sur l’esprit de la nation; D’après les fragmens des arts qui nous restent d’eux, eL dont une partie même est attribuée aux Grecs par quelques savans , on peut juger qu’ils ont poussé assez loin la perfection dans l’art du statuaire. Les dévastations des Gaulois, des Samnites, et même celles des Romains, qui finirent, après une guerre de trente ans, par subjuguer ce peuple, contribuèrent encore plus que les ravages du temps à l’anéantissement des productions des artistes de cette contrée. ( V oyez Addition G de M. Haines, sur les Etrusques .)
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(10) L’Etrurie fut appelée la mère et la nourrice de la superstition. On se rappelle que, l’an de Rome Sgg, les prêtres étrusques, à la tête des Tarquiniens, armés de serpens et de torches allumées , fondirent sur les Romains .[Tite-Live, Liv. VII, chap . 17.) Les funérailles de ces peuples étaient ordinairement accompagnées de combats de gladiateurs ( Dempst. Etrus. , Tom. I , lib. 3.); et Platon [Polit., p. 3i5) prétend qu’on y sacrifiait des victimes humaines. On distingue facilement les urnes sépulcrales des Etrusques de celles des Grecs; car, indépendamment du Style, celles des premiers sont toujours ornées de bas-reliefs représentant des luttes de gladiateurs, tandis que celles des autres n’offrent que des sujets agréables ou sentimentaux.
(11) Les Samnites, les Yolsques, les Campaniens et les Liguriens même ont aussi cultivé les arts; mais il nous reste si peu de choses de leurs productions, que je n’ai pas cru devoir en faire mention. Il paraît que les seuls monumens qui nous soient parvenus des Yolsques et des Samnites, sont deux médailles. A l’égard des Campaniens, on possède un assez bon nombre de leurs vases d’argile peints, que mal-à-propos l’on confond souvent avec les vases étrusques, quoiqu’ils aient été découverts et qu’on en découvre encore tous les jours dans cette contrée. On a aussi quelques-unes de leurs médailles. Il paraît, parle style des vases, qu’ils ont été faits la plupart par des artistes grecs venus dans la Campanie, ou au-moins par des élèves qu’ils y auront formés.
(12) La décadence des Romains, celle des républiques
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grecques , et île tant d’autres empires florissans, parvenus, si j’ose m’exprimer ainsi, à la quintessence de la civilisation, prouvent suffisamment ce que nous avançons ici. Les siècles qui ont suivi ^anarchie, la guerre civile, et tant d’autres calamités politiques, ont souvent été brillans ; mais le despotisme , les préjugés et la démoralisation , ont toujours eu des suites funestes.
(i3) Winkelmann, qui paraît avoir consulté plutôt l’élévation du pôle que les dispositions physiques et locales de la Grèce, est de l’opinion que les saisons y sont fort modérées. Théophraste, Cicéron, Hippocrate, Pline, Sénèque, Hésiode, Wehler, M. Paw, et beaucoup d’autres auteurs, sont d’une opinion contraire. «Les Athéniens, très -sensibles aux impressions du » froid, dans un transport religieux, se prosternaient à » genoux à l’aspect des milans , oiseaux précurseurs du » printemps dans ces contrées». ( Aristophane et son scoliastc, sur la comédie des oiseaux .)
En général, les productions des arts du dessin des contrées septentrionales, la poésie même, sont dépourvues, non pas toujours de cette énergie et de cette chaleur qui tiennent au caractère, mais de ces grâces, de ce charme que produisent la délicatesse et la sensibilité. Certainement les poésies bardes, les ouvrages de Shakespear, de Milton, sont remplis de beautés; mais les âmes sensibles leur préféreront toujours Euripide, Virgile, le Tasse et Racine. Quant aux productions du pinceau et du ciseau, si vous exceptez, pour la peinture, l’école flamande, vous ne trouverez rien chez les peuples du nord, ni inertie en Angleterre et en
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Allemagne, qui puisse faire espérer d’y voir naître un jour une école célèbre. Les Anglais, qui paraissent les moins éloignés du bon genre, ne sont que les singes des Italiens : ils prennent souvent les contorsions pour l’expression, et toujours la grimace pour le sentiment. J’excepterai cependant Reynolds pour le portrait , et quelques paysagistes qui cherchent Claude Lorrain; la gravure du paysage y a fait aussi de grands progrès.
(i4) Les Grecs modernes avaient autant perdu de leur énergie primitive, et de cette élévation d’âme que donne l’amour de la liberté, que de la perfection de leur stature. Ils avaient mêlé leur sang à celui de tant de nations, que leur dégénération n’a rien qui doive surprendre : cependant il existe encore dans quelques coins écartés de ce beau pays des hommes superbes. Uniquement occupés pendant long-temps de disputes de controverse, c’était là le seul objet qui fixait leur attention. Alors, ils n’avaient pas pensé à conserver des écoles, ni aucun des objets qui pouvaient entretenir parmi eux l’amour des sciences et des beaux-arts ; et les riches débris de ces mêmes arts qu’ils foulaient aux pieds, leur reprochaient sans cesse l’abrutissement dans lequel ils étaient tombés. Les moines qui les obsédaient, et que les Turcs leur avaient laissés, peut-être par malice, étaient les seuls objets de leur respect et les seuls dépositaires de leur confiance.
(i5) Les Grecs, qui faisaient le commerce d’esclaves, nommés Andrapodocapeloi , qui élevaient de jeunes filles pour les voluptueux d’Athènes , comprimaient
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violemment leurs hanches avec des bandeaux et des nœuds de cordes. Il paraît que le même motif avait introduit généralement cet usage, à quelques modifications prés , jusque chez les jeunes citoyennes les plus estimées. ( Paw, Rech. phil. sur les Grecs , part. 1, sec . 2. )
Les jeunes Grecques se servaient aussi, pour prévenir ou diminuer l’ampleur de leur gorge, d’une pierre de File de Naxos , réduite en poudre, qu’elles s’appliquaient sur cette partie. ( Dioscor ., Lib. V \ cap. 168.)
(16) On voyait partout dans la ville d’Athènes ces mots écrits en gros caractères : KAAOS AHMOZ, ce qui signifie Demus,Jîls de Pryrilampe , est beau et surpasse son père. Il n’est pas question là d’une seule peuplade de l’Attique, comme Fa prétendu à tort un traducteur latin d’Aristophane.
La beauté était tellement en vénération chez les Grecs, que Phryné fut absoute de la peine de mort qu’elle avait encourue pour avoir prophané les mystères d’Eleusis. A l’instant le plus pathétique de son plaidoyer, Hypéride, son défenseur, arracha le voile qui couvrait le sein de cette courtisanne; et les juges, ravis d’admiration à la vue de tant de charmes , proclamèrent son innocence tout d’une voix. ( Athénée , Lib. XIII, pag. 590.) On rapporte que deux filles de Syracuse firent un mariage très-riche sur la réputation qu’elles avaient obtenue, à cause d’une beauté particulière dont elles étaient pourvues; en reconnaissance , elles élevèrent un temple à Yénus-Callipyge. Phryné et Gratine, maîtresses de Praxitèle, lui servirent de modèle pour sa Vénus de
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Gnide; aussi des dévots de son temps lui voulurent-ils faire un crime, ainsi qu’aux autres artistes ses contemporains, d’avoir rendu leurs maîtresses l’objet de la vénération des peuples. Cependant l’on n’eut pas toujours cette même délicatesse, puisque Strabon ( Lib . VI, pag . 272) donne la dénomination de corps saints aux femmes vouées au culte de Vénus; et que Pindare, dans une ode à Xénophon, trois fois vainqueur aux jeux olympiques, et adressée aux mêmes femmes, commence ainsi : «Jeunes filles, dispensatrices du plaisir, » et prêtresses de la persuasion dans la riche ville de » Corinthe, etc. ».
Il y a loin cependant des charmes qui peuvent séduire les hommes qui n’ont aucune connaissance dans les arts et les artistes eux-mêmes ( quand le sentiment l’emporte chez eux sur l’admiration ) , aux perfections qui constituent essentiellement la beauté. Aussi, que de femmes l’on compare tous les jours à Vénus, et qui pourraient cà peine servir de modèle pour une Tisiphone !
(17) Platon parut aux jeux isthmiques à Corinthe, et aux pythiques à Delphes. ( Diog . Laërce, Lib. III, pag. 166.) Pythagore remporta le prix en Elide, et y introduisit Eurymène, qui devint aussi vainqueur aux mêmes jeux. ( Bentley , Diss. upon. Phalar. , pag. 53.) Mais ces hommes célèbres , ainsi que tous les citoyens distingués qui, comme eux, s’exercaient dans les gymnases, ne le faisaient que momentanément, et parconséquent sans courir les risques de la déformation.
(18) La liberté existait dans la Grèce, même du
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temps des rois, qui n’étaient, comme Pa fort bien dit Homère en parlant d’Agamemnon , que les pasteurs des peuples [Aristote, ethnie Lib. VIII , cap. 11.). Si la liberté fut comprimée à l’époque des trente tyrans qui despotisèrent Athènes, cette calamité passagère ne fut pas assez longue pour dénaturer le caractère moral de ce peuple.
(19) L’humanité des Grecs et la férocité des Romains , ne se distinguaient pas moins dans les explois guerriers de ces deux peuples. Presque toujours les premiers, et surtout les Athéniens, adoucissaient, autant qu’il leur était possible, les horreurs de la guerre; tandis que les Romains au contraire ne se contentaient pas, à la suite d’une ville prise d’assaut , de passer au fil de l’épée toutes les créatures humaines , mais les animaux même n’échappaient point à leur fureur.
(20) Dans les temps les plus florissans de la Grèce , les premières années de la vie se passaient à méditer; alors l’esprit déployait de bonne heure toute son activité : comme on n’avait pas de livres, on ne pouvait l’orner des connaissances des autres ; il fallait créer toutes ses idées , et la mémoire ne pouvait suppléer au génie. Excepté ce qu’on pouvait retenir des leçons des philosophes, il fallait tout tirer de son propre fonds : aussi le jugement parvenait-il beaucoup plus tôt à sa maturité.
(21) Polygnote ayant peint le Pecile d’Athènes, représenté la prise de Troie dans un édifice public à
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Delphes , et n’ayant pas voulu accepter le prix de son travail , reput des remercîmens solennels du conseilgénéral des Grecs, qui lui assigna des logemens aux dépens du peuple dans toutes les villes de la Grèce. Ces logemens, auxquels était joint un traitement magnifique , se nommaient Tessere, l’hospitalité.
Cette conduite diffère beaucoup de celle de quelques ministres modernes , qui prennent plaisir à abreuver de dégoût et d’injustice les hommes dont les vertus et les talens illustrent leur patrie, et se rendent ainsi l’objet de la haine et du mépris public.
L’art du statuaire était; pratiqué dans la Grèce par un nombre de citoyens des plus distingués ; des philosophes, Socrate même, tenaient à honneur de l’exercer. Il y a tel sculpteur de l’antiquité qui a peut-être fait cent statues en sa vie; et à peine en compte-t-on un parmi nous qui en ait fait six : on doit donc regarder comme surprenant les succès que nous avons obtenus en ce genre , surtout étant loin de posséder d’aussi beaux modèles que les Grecs. Adarii , sculpteur français, mécontent de ne pas trouver un modèle qui mît dans son pied l’expression qui convenait à celui de sa figure de Prométhée, fit mouler le sien, dans lequel il avait fait passer le sentiment qui l’animait.
L’amour de la perfection était portée en Grèce jusque sur les objets les plus ordinaires. Platon a immortalisé dans ses écrits Théarion, boulanger, à cause de son habileté dans sa profession, ainsi que Sarambus, fameux traiteur.
(sia) Pausanias ( Lib . FI, pag. 490) nous apprend que
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déT la trente-huitième olympiade, on éleva à Elis une statue à un athlète Spartiate nommé Eutélidas. Dans les jeux moins importans, on se contentait de graver sur une pierre, dressée à cet effet, le nom du vainqueur, pour le transmettre ainsi à la postérité. Les premières statues furent élevées en l’honneur de ceux qui excellaient dans les exercices du corps. Gela devait être ainsi chez un peuple qui préférait les avantages naturels aux avantages acquis : alors la plus haute gloire , aux yeux de la nation , était celle de vaincre dans les jeux olympiques. Les vainqueurs à ces jeux n’avaient plus d’inquiétude sur leur sort; ils#étuient entretenus toute leur vie aux dépens du public, et à leur mort on leur faisait de pompeuses funérailles.
(23) Les Romains adoptèrent cet usage des Grecs, et l’étendirent même à leurs ennemis , à ceux qui par leurs grandes actions avaient mérité leur estime. Annibal eut jusqu’à trois statues dans différens quartiers de Rome. [ Pline, Lib. XXXIV, cap. 6.)
Plusieurs temples à la Chine sont consacrés à la mémoire des héros ; les villages même contiennent des monumens de la reconnaissance publique. Hang-Tceonfou, capitale de la province Sehe-Kiang, est décorée partout de temples et d’arcs-dc-triomphe en l’honneur des mandarins célèbres. A Katay, en Tartarie, il existe un temple dédié à la reconnaissance, qui est orné de l’effigie des héros. C’est dans cette ville qu’existe cette fameuse statue à mille mains, exécutée en cuivre, et pesant cent mille quintaux, dédiée au mandarin qui défendit cette ville contre les Menchoux. Ces mêmes
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