‹ Mélanges sur Richard WagnerChapitre 14 sur 22 · RIRE · texte numérisé non relu

RIRE

Premier acte. — La toile se lève sur le décor d’un jardin magnifique où les fées mêlent joyeusement leurs danses et leurs chants.

La mélodie exposée par le cor éveille le souvenir de certaines phrases d’'Obéron; chose curieuse, on y rencontre déjà cet accord de septième si caractéristique par lequel s’ap-

pellent les sirènes au début de Zannhäuser.

Andante quasi allegretto.

Cor.

D RES teen ANRT Sn der

La scène est courte, mais délicate et suffi- : samment pittoresque. Une fée, Zemira, ne prend point de part aux jeux de ses sœurs, et son entretien avec une autre fée, Farzana, nous apprend qu'Ada, la propre fille de leur roi, s’est éprise d’un mortel, le prince Arin-

dal, et que pour cet amour elle a renoncé

fau dE À des 7 7%

à l'immortalité. Toutes se désolent et finissent par appeler à leur aide le chœur des génies, afin de séparer les amants et, s’il est possible, de reconquérir Ada: ensemble vivement mené selon les procédés de l'époque et qui nous conduit, comme une sorte de bref prologue, au second tableau.

C’est un site désolé où se rencontrent à leur grande surprise d’une part Gernot, écuyer d'Arindal, de l’autre Morald et Gunther, ses amis qui le cherchent, car on a besoin de son bras pour sauver le royaume : son vieux père est mort; Lora, sa sœur, est-convoitée par un ennemi cruel dont les armées assiègent déjà la capitale.

A son tour, Gernot leur apprend comment, il y a huit ans, son maître et lui ont plongé dans une rivière pour y suivre une biche qui leur avait montré le chemin en s'y pré-

cipitant elle-même. Cette biche était une

fée dont Arindal n’a pas manqué de s’éprendre, et elle lui a dit: « Je t'aime comme tu m'aimes; mais pour être à toi, 1l faut que tu passes par bien des épreuves; avant tout, pendant huit années, tu devras ne jamais me demander qui je suis.» Gernot avait tenté de détourner le prince, mais vainement, car deux enfants étaient nés, gages de leur passion coupable. Or, un jour, la question fatale a été posée et brusquement le château enchanté a disparu; maître et serviteur se sont retrouvés dans

cet affreux désert. Toute cette histoire

assez conforme, on le voit, à la fable ima+

ginée par Gozzi, est traitée par le musicien en récitatifs, tantôt libres, tantôt mesurés.

Les trois personnages se retirent discrètement pour discuter leur plan de campagne et laisser Arindal exhaler sa tristesse dans un

air avec récitatif, cantabile, allegro et strette.

RTE CESR DE

UN OPÉRA DE JEUNESSE AT Il y a là pourtant un peu plus d’indépendance que ne le laisserait prévoir une coupe aussi classique; ce dessin mouvementé, haletant, du début, répond très justement à l’état d'âme du malheureux et l’accompagne-

ment prend partout le pas sur le chant:

Allegro agitato. * Arindal.

RE , — — ss sen" Se

RL : pre

Nach Par Ge - gend,

Rdh CS

Quant à la phrase principale, d’une coupe médiocrement originale, d’ailleurs, elle est symphoniquement annoncée par une série de fragments que se repassent tour à tour le violoncelle, le violon, l’alto et ia flûte; elle se mêle enfin aux plaintes de la clarinette qui dialogue avec la voix, procédé où se dénote au moins une tendance à quitter les sentiers battus.

À ce moment reparaît Gernot dont le caractère comique s'affirme par le tour leste et piquant du récitatif: c’est une sorte de Leporello qui voudrait démontrer à Don Juan que les femmes sont haïssables, surtout celles qui s'occupent de magie, et, à l'appui de son dire, il cite l'exemple de «Madame Dilnovaz», une vieille et laide qui semblait jeune et belle parce qu’elle portait une bague enchantée; le roi qui

l’aimait, dans un accès de jalousie lui coupa

le doigt où brillait la bague, et la sorcière se montra telle qu’elle était, hideuse. Ce morceau, que Wagner nomme, on ne sait trop pourquoi, romance, est une ballade qui rappelle même en un point celle du Vaisseau Fantôme; seulement la note est ici plaisante; vers la fin, notamment, il convient de signaler la spirituelle suspension de la mélodie sur le mot «la bien-aimée », et l’'insistance avec laquelle le mot se répète: «la bien-aimée, la bienaimée... n'était qu'une horrible vieille. »

C’est de la comédie musicale au bon sens du mot.

L’éloquence de Gernot reste sans effet ; celle de Gunther et de Morald réussit au contraire. Transformés par la baguette de Groma, le génie bienfaisant de la famille, ils se présentent successivement, le premier sous la figure d’un vénérable

prêtre, le second sous les traits du feu roi, père d’Arindal, l’un disant qu'il faut fuir les sortilèges pour sauver son âme, l’autre qu’il faut le suivre pour sauver son royaume: trio qui se transforme en quatuor sans offrir sous sa forme vieillotte d’autre attrait que celui d’une certaine animation scénique.

Arindal promet de partir le lendemain.

Une force invincible le retient un jour encore en ces lieux: il s'endort en effet, et voit dans son rêve celle qu’il va quitter. Au fond d’un jardin merveilleux se dresse le palais des fées et Ada vient elle-même, richement parée, se plaindre de sa grandeur et chanter sa détresse. Le changement dé décor se fait sur une musique expressive et douce, où le cor se mêle poétiquement au timbre des instruments à vent. Par

malheur, la cavatine d'Ada n’est qu’un

Page 1