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gena dans la }/ñte enchanté, ou encorë de Scherasmin et Fatime dans Obéron.
La musique est plaisamment adaptée aux paroles; les parties dialoguent avec aisance; on comprend, en lisant ces pages, que plus tard le même auteur ait pu écrire es Maîtres Chanteurs, et dessiner en particulier la figure juvénile et aimable de l'apprenti David.
Les amoureux partis, sans plus de raison qu'ils ne sont venus, la scène reste vide, et c’est le moment que choisit la fée Ada pour nous expliquer dans un grand air la destinée qui l'attend. Le besoin s’en faisait d'autant moins sentir qu'elle raconte d'avance une partie des événements auxquels le spectateur va assister, procédé antidramatique par excellence. Mais la première chanteuse avait besoin d’un long morceau pour y briller à l'aise, et
Wagner a trouvé dans Weber des modèles qu'il n’a eu garde d'oublier. Le motif en a inspiré l’ouverture, de même que l'air d’Agathe avait inspiré l’ouverture du Ærerschütz. Nous l'avons suffisamment caractérisé plus haut.
Cependant les troupes assiégées vont livrer un dernier combat, conduites par Morald; car Arindal est comme anéanti: de sombres pressentiments l’agitent et se réalisent en effet. Ada survient, lui aménant ses deux fils, et lui rappelant son serment.
Au signal donné par elle, un brasier magique
s'allume, et, malgré les supplications du
père, elle y plonge les enfants. L'assemblée |
pousse, on le comprend, des cris d'horreur et d'imprécation contre cette mère dénaturée. Arindal pleure; Ada elle-même se désespère d’être l'instrument aveugle et
fatal d'une volonté à laquelle elle ne peut se
soustraire. Cette première épreuve ne suffit pas. Un guerrier accourt, annonçant que les renforts amenés par lui ont été détruits, après s'être heurtés à une armée qu’une femme commandait, et cette femme est celle qu'il voit dans ce palais, au milieu de tous, Ada. À ces mots la colère d’Arindal éclate enfin! Le père s'était tu; le roi se révolte, qualifie de traîtresse celle qui s’alliait avec ses ennemis et finalement la maudit. La fée explique alors son terrible et étrange secret. Pour appartenir à Arindal, elle avait renoncé au privilège de l’immortalité, mais une condition lui était imposée: pendant huit ans, son époux devait se garder de l’interroger sur son origine, et, ce temps écoulé, il ne devait jamais la maudire, quoi qu’elle fit ou même eût l'air de faire. Sinon, elle resterait immortelle, perdrait à jamais celui
u’elle adorait, et serait pour un siècle q *
changée en pierre. Arindal n’a pas été maître de lui: la destinée s’accomplira.
Loin l’un de l'autre ils vivront, et la prospérité renaîtra dans le royaume, car le charme des fâcheux sortiléges touche à sa fin. Déjà même, elle lui rend ses enfants que le feu n'avait pas consumés, et lui annonce la victoire décisive de
Morald qui rentre avec ses troupes, au
milieu des acclamations de la foule. Mais
le pauvre Arindal n'entend et ne distingue plus rien. Sa raison s’est égarée; il se traine vainement aux pieds d'Ada qui le repousse et disparaît, emmenée par Farzana et Zemira, ses sœurs, dans le pays des fées. | Comme on le voit, le finale est long et compliqué; les épisodes s’y succèdent, nombreux et variés; la situation, en dépit
de sa singularité, ne laisse pas que d’être
dramatique, et 1l fallait une riche palette pour trouver les couleurs propres à cette immense toile décorative. Ce morceau est le seul, au reste, dont Wagner plus tard daignait se souvenir avec quelque satisfaction, disant qu'il en avait «attendu un grand effet ». L'événement n’a pas démenti ses prévisions; il s'inspire des situations et les traduit avec une sûreté, une force et une ampleur remarquables. Au début, l’agitation des combattants, puis l'entrée des enfants d'Ada, si gracieusement soulignée par l'orchestre, et, à leur vue, la joie d’Arindal rendue par une phrase de coupe italienne, mais si simplement expressive que Bellini l'aurait pu signer; plus loin la scène lugubre du brasier, et la douleur du bourreau involontaire où reparaît la jolie phrase de l’ouverture; l’indignation de la
foule avec ses progressions chromatiques
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ascendantes comparables à celles de Rieuzi; la malédiction d’Arindal amenée par les rappels systématiques de la ballade que chantait l’écuyer au premier acte, en faisant allusion à la fausseté des sorcières; le grand récit d'Ada, soutenu par des accords, non dépourvus de noblesse; les chœurs des soldats, revenant victorieux, avec leurs sonorités vigoureuses, tout cela forme un ensemble un peu long, mais où la netteté du plan général, l’heureux agencement des parties, l'opposition des groupes, la pro-
gression de l'effet, révèlent déjà un homme
de théâtre, sûr de sa plume et maître de
son inspiration.
UN OPÉRA DE JEUNESSE 47 % *# * Troisième acte. — Lorsque le rideau se
lève sur la grande salle du palais d’Arindal, le peuple fête la victoire de Morald et ses fiançailles avec la princesse Lora. Déjà même on l’acclame comme roi, puisque le vrai souverain, tombé en démence, ne peut plus gouverner ses États. Un chœur dansé * anime cétte scène dont le rythme général est celui d’un menuet lent et dont la première phrase n’est pas sans une vague analogie avec celle du chœur nuptial de
l’Africaine « Remparts de gaze. »
Moderato e maestoso.
À cette riante scène d'exposition succède la plus belle page de la partition. Les assistants invoquent le Très-Haut et appellent sa pitié sur le prince dont la raison a disparu: cette prière monte vers le ciel avec une suavité d'expression, une pureté de contours qui séduisent et ravissent. Les voix sont divisées en deux groupes: d’une part un chœur mixte, de l’autre les solistes . Lora, Drolla, Gunther, Morald, Gernot.
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Pas d'accompagnement d'orchestre: c’est un ensemble a capella avec cinq parties réelles soutenues par un chœur à quatre parties. La phrase, majestueuse et sereine, se déroule en une pure harmonie et prend une forme nouvelle dans les complications sans cesse plus serrées de ce contrepoint vocal. Il n'y a que trente-six mesures en tout ; mais elles mériteraient à elles seules de sauver tout l'ouvrage de l'oubli.
L’air suivant sans être aussi remarquable, a une réelle valeur. Arindal se présente seul, les yeux hagards; il croit encore mener cette chasse fatale où 1l a rencontré la biche merveilleuse ; il la frappe de sa flèche et pénètre dans ce palais enchanté où il a goûté les délices des élus; puis 1l retombe dans la misère ; il est maudit; son âme souffre ; la la nuit l'enveloppe et il s’abat sans force sur les marches du trône où il s'endort.
. 5o MÉLANGES SUR RICHARD WAGNER
Les diverses phases de ce petit drame sont exprimées avec une singulière éner-
gie. En dépit du titre, pas d'air propre-
ment dit, mais une déclamation vigoureuse
et soutenue. Le chant ne quitte guère l'orchestre où la symphonie revét un caractère nettement descriptif: la chasse, avec ses appels de cors, et son accord caractéristique de quinte augmentée que Wagner utilisera plus tard pour le chœur
de Gôütterdämmerung,
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. L'entrée dans le royaume des fées avec sa ritournelle caressante, la fin agitée et abou-
tissant à un émouvant pianissimo, forment
les trois parties de ce morceau. presque
entièrement construit en dehors des formules dont Wagner, en écrivant son premier opéra, na pas toujours secoué le joug. |
Pendant son sommeil, Arindal entend la
voix d'Ada, et celle de Groma, son bien-
faiteur, qui promet de le sauver. À ses
pieds tombent un bouclier, une épée et
une lyre: ainsi commence la série des
prestiges qui vont maintenant se succéder
jusqu’à la fin de l’opéra. Lorsqu’Arindal revient à lui, 1l trouve à ses côtés les deux fées Farzana et Zemira qui l’excitent à tenter la délivrance de sa bien-aimée, avec le secret espoir qu'il échouera dans
sa tentative et se perdra sans retour : trio
médiocre qui par son allure pseudo-chevaleresque se rapprocherait de certain
duo de Meyerbeer. E -vlaçant Bertram,
«Auras-tu ce courage?» et celui-ci répond comme son aîné: « Des chevaliers de ma patrie,» avec une vocalise ascendante dont l'éclat ne rachète point la
les fées demandent au nouveau Robert:
banalité.
Allegro di molto.
Arindal.
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Voici les épreuves par lesquelles Arindal doit passer, comme Tamino dans la Flûte enchantée. Au fond des abimes, les fées l’ont entraîné dans un gouffre où les esprits de la terre essayent de l’arrêter: il agite son. bouclier et les disperse, célébrant sa facile victoire par un chant joyeux auquel répond, comme un écho, le chœur des
esprits, de Groma, mélodieux et doux.
Conduit dans une autre partie de l'empire souterrain, il se heurte à des hommes d’airain qui lui barrent la route et psalmodient lugubrement une menace monotone et lourde, composée d’une seule note répétée avecinsistance: il brandit son épée et ses adversaires se dispersent, tandis qu’il reprend une tierce plus haut son chant de triomphe auquel répond encore la voix des esprits de Groma. Enfin il arrive devant un rocher de forme humaine. Farzana cherche à le dé:-
tourner de ses projets, l’avertissant qu'il
sera lui-même changé en pierre, s’il échoue.
Mais le bienfaisant Groma l'invite à saisir sa lyre, èt le pouvoir de la musique rompt le charme, en délivrant Ada qui se jette dans les bras de son sauveur. Peut-être pouvait-on attendre du nouvel Orphée üne mélodie plus expressive et partant plus
éloquente: celle-ci est à peine suffisante.
PINS CTI ST
Larghetto.
, Arindal.
Avec son accompagnement obstiné de harpe, elle rappelle certains fragments du concours des chanteurs dans Zannhœuser, mais avec beaucoup moins de justesse d’accent et de puissance: seuls les accords parfaits du début de l'ouverture reviennent ici avec une noblesse caractéristique et planent majestueusement sur cette fin de scène.
L'ouvrage se termine par une brillante apothéose. Arindal abandonne à sa sœur Lora, le royaume de la terre, et franchit avec Ada le palais des Fées, où l’immor-
talité récompensera son amour. ha
Une analyse aussi serrée que la précédente est un procès-verbal où l’on enregistre les qualités et les défauts de l’œuvre au fur et à mesure qu'on les rencontre. La conclusion générale ressort aisément de ces jugements partiels.
Au point de vue du poème, la critique l'emporte sur les louanges. Dépouillée de ses hors-d'œuvre satiriques et bouffons, réduite au seul élément fantastique, la pièce de Gozzi aboutit à une féerie un peu enfantine qui tient plus du roman que du théâtre. C'était là un gros écueil, et Wagner n'a pas réussi à l’éviter. Il a bien cousu
plusieurs tableaux les uns au bout des autres; mais 1l n’a pas trouvé ce fil dramatique, ou, si l’on veut, cette ficelle qui rattache entre eux les épisodes et varie l'intérêt en ménageant la curiosité.
L'action s’engage avec peine; elle s’embarrasse dans une foule de récits qui encombrent et alourdissent le premier acte et la moitié du second. Les entrées et sorties des personnages sont souvent maladroites ; la facilité qu'avait l’auteur de les faire paraître et disparaître l’a rendu négligent; 1l a cru qu'un coup de baguette par-ci et un coup de tonnerre par-là dispensaient de toute préparation scénique. En dépit des changements de décors, la monotonie n’est pas évitée parce que les sentiments exprimés sont souvent analogues : Arindal, Ada et Lora ne connaissent que la douleur et
multiplient leurs gémissements. De plus
al
la part du merveilleux est trop prépondérante en ce sens que les héros n’ont plus d'énergie personnelle, de vitalité propre ; les deux amants surtout ne sont que des marionnettes dont la destinée tient les fils, et les épreuves suprêmes ne sauraient nous émouvoir, car elles n'impliquent nul effort chez celui qui les traverse, un talisman à la main.
En revanche, au milieu de cette fantasmagorie se dégage une allure poétique très personnelle, une imagination ardente, une richesse de langue et de pensée, supérieures aux travaux habituels des auteurs de vingt ans. Sans doute Wagner n’use pas encore de la rime et de l’assonance, ces deux procédés, dont il a tiré par la suite de si grands effets: le poème est écrit tout entier en vers iambiques non rimés. Mais déjà sa pa-
role ést imagée, et dans les livrets de
cette époque, on ne trouverait peut-être pas beaucoup de scènes traitées, par exemple,
comme celle de la folie d’Arindal :
«Halal! lâchez tous les chiens! Là-bas, là-bas, voyez la biche! Par 1ci, vous chasseurs, par ici! En avant, toi piqueur, et bravement! Ah! le cor résonne. Voyez, déjà la bête est lasse! saisissez-la! Je décoche la flèche: Comme elle fend l’air! J'ai bien visé, ha! ha! le cœur est touché. — Maïs, regardez! la bête pleure, une larme brille en ses yeux. Oh! comme elle me regarde, ainsi blessée! Mais, Ô prodige! C’est Ada, ma bien-aimée. Ah! comme elle est belle!
Voici que là-bas s’ouvre le ciel avec ses
portes lumineuses. Quelles splendeurs et
quels parfums! Suis-je un dieu pour éprou-
ver ce que Jéprouve? Mon âme apaisée