‹ Mélanges sur Richard WagnerChapitre 20 sur 22 · scène que le FapprACHEREN devient plus · texte numérisé non relu

scène que le FapprACHEREN devient plus

précis. Haydn n’a pas, comme Walther, l’indécision du génie qui s’ignore: il sait ce qu'il vaut et ce qu ‘il veut. Mais ce type de

lintrigant classique italien, avec ses bagues,

ses manchettes, ses jabots et ses vêtements 2

écarlates, Rondonelli, a plus d'un trait

commun avec Beckmesser. Il sait la musique et prétend la connaître mieux que son rival : aussi le traite-t-il avec quelque dédain, l'interrogeant et lui faisant passer une sorte d'examen, ainsi qu'il arrive à Walther.

Par exemple, il s'exprime ainsi:

Voyons, je veux juger un peu, Mon ami, de votre science.

Et, comme Haydn répond modestement :

Je suis bien loin, j'en fais l’aveu, De posséder votre science,

Rondonelli ajoute, d’abord à part:

Combien je vais rire!

Car le pauvre sire Ne m’entendra pas.

Et puis, tout haut:

Or ça, mon cher, - Que l’on m’écoute!

Il est un air Que vous connaissez sans doute.

Mon chef-d'œuvre, en un mot: c’est vous en dire Lui seul, il réunit l'exemple difficile [assez 00 Et des règles et du bon style:

Et nous verrons si vous les connaissez.

Lee.

Ne semble-t-il pas qu'on touche [à pres- ‘à

que aux lois de la tablature, et qu’on T4 aperçoit déjà le tableau noir où seront.

marquées les fautes du délinquant? Au #3] surplus, le pédant chante son air et. les corrections d'Haydn provoquent son im. patience et sa rage. Il trépigne, comme M

ee:

Beckmesser à la fin du premier acte « des Maîtres Chanteurs, et s'en va répé-

tant:

S’attaquer à mon génie!

Critiquer mon harmonie!

A cette audace infinie, Je ne pardonnerai pas;

et la musique se trouve allumer ainsi la guerre entre les deux rivaux. De Preislied il n’est pas question à proprement parler, et cependant ne pourrait-on rappeler à ce sujet le grand air qui suit le duo; Walther invoque la nature et l'amour; Haydn invoque la mélodie: de part et d'autre, naissent ainsi, après le conflit brutal de deux intérêts, l'aspiration vers l'idéal, l'évocation du rêve, le libre essor du

génie.

Certes nous ne prétendons point à l'honneur d’une insigne découverte, pour avoir retrouvé au fond d'une bibliothèque Z’ Élève de Presbourg. Mais il suffit d’un point de contact avec une œuvre de Wagner pour donner à l'ouvrage une importance que par” lui-même il n'avait pas. Rien de ce qui

touche aux grands hommes, en effet, n'est

indifférent ; leur vie et leurs œuvres, de-

viennent l’objet de commentaires où s’exer-

cent la patience et l’ingéniosité des critiques.

C’est ainsi que la genèse des drames de: 4

Victor Hugo a servi de prétexte à plus. à

d’une étude, , et que, récemment, une cer-

taine conformité de situation entre un roman du XVII siècle et une comédie de Molière a suffi pour fournir la matière d’un long et curieux travail.

: Somme toute, entre L'Élève de Presbourg et Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, il y a naturellement l’abîme qui sépare une bluette oubliée d’un chef-d'œuvre consacré. Il n’en resté pas moins ce fait singulier, c'est qu'on peut, et nous l’avons montré au début de cet article, se servir des mêmes termes pour résumer le scenario des deux $ oûvrages! | |

De là, il ne faudrait pas conclure au moindre-plagiat. Mais peut-être est-il permis de supposer qu'un vague souvenir de cet opuscule pouvait flotter dans l'esprit de Wagner, quand. il mit son opéra sur le chantier. Il voulait, il l’a dit, faire. une

contre-partie comique de 7Zannhäuser ; il

avait besoin d’une intrigue dont le fil, si léger qu’il füt, reliât les divers épisodes de cette satire dramatisée. Peut-être alors s'est-il rappelé, sans chercher même à en préciser l'origine, cette rivalité de deux artistes et cette variante nouvelle de la fable du geai paré des plumes du paon. Qui sait donc, à propos des Maîtres Chanteurs, si, fortuitement, L’Élève de Presbourg n’a pas fourni le point de départ de l’action, comme le Hans Sachs de Deinhardtstein et de Lortzing fournissait le cadre du tableau ?

L'hypothèse est assez séduisante pour

mériter qu’on la présente ici, car elle na u À

rien en soi que de très vraisemblable.

Volontaires ou non, ces emprunts se retrou-

vent dans l’œuvre des plus grands artistes ‘1

et n'en diminuent guère la valeur, surtout aux yeux de la postérité. Mais, en pareil.

cas, on doit, à force de maîtrise et “de

talent, faire véritablement sienne la chose empruntée, et donner à l'imitation une valeur telle que nul ne soit plus tenté de jamais songer au modèle primitif. C’est ce qu'à Bayreuth, devant un ami qui nous l’a rapporté, Wagner traduisait un jour par cette formule énergique: « Quand on vole, il faut tuer!»

L'histoire abonde en «meurtres » de ce genre, et l’on sait, par exemple, comment, dans sa préface de Zarare, Beaumarchais s'est défendu d’avoir tiré le sujet de son opéra d'un conte publié dans Ze Cabinet des Fées :

« Depuis que l'ouvrage est fini, j'ai trouvé dans un conte arabe quelques situations qui se rapprochent de Zarare; elles m'ont rappelé qu’autrefois j'avais entendu lire ce eonte à la campagne. Heureux, disais-je en

le feuilletant de nouveau, d’avoir eu si

faible mémoire! Ce quim est resté du conte . 5

a son prix; le reste est impraticable. sil le +4

lecteur fait comme moi, s’il a la patience 4

de lire le volume IIT des Génies, il: verra ce qui m appartient, ce que je dois au conte arabe, comment le SOUVENT. confus d’ un ob.

Jet qui nous à frappés se | fertilise dans [is es- ‘4 prit, peut fermenter dans la mémoire, sans qu'on en soit même averti.»

Voilà probablement la réponse que Wag- | ner aurait faite, si on lui avait parlé de L' Elève de Presbourg à propos des Maîtres

Chanteurs. Nul n’est en effet à l'abri de ces

vagues et lointaines réminiscences. L'œuvre

d'art ne naît pas tout d’une pièce dans le 30

cerveau de son auteur; elle résulte d'efforts multiples, d’influences diverses, et, quelque- à

fois, créer n’est que se souvenir. :

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