LEON
dèle qu'on modifie tout en l’imitant. Ce fut
une pièce de Gozzi, intitulée Za Femme
Serpent qui servit à cette espèce d'ini-
tiation.
Le théâtre du noble Vénitien, si célèbre en son temps, n'intéresse plus aujourd’hui que les curieux. On cite quelques noms de pièces et l’on oublie la longue lutte soutenue, au mieu du XVII: siècle, par Goldoni et l’abbé Chiari d’une part, essayant d’acchimater la Commedia flebile ou Comédie sentimentale, importée de France en Italie, et Carlo Gozzi de l’autre, continuant la tradition de /a Commedia dell arte, mais renouvelant le vieux fonds national par l’aimable addition de la féerie, créant ainsi la Comédie fiabesche où Comédie fabuleuse, dans laquelle se mélent à dose égale la fantaisie et la gaieté, où, parmi les aven-
tures les plus baroques, se retrouvent
encore les joyeux types de Pantalon, du 4 Docteur et de Truffaldin. v.
Ces œuvres étaient connues en Alle- 1 magne dès le siècle dernier, grâce à une tra- ë ê duction, parue sans nom d'auteur, à Berne ce À (Société typographique, 1777). Schiller avait | dû surtout les imposer à à l'attention de ses compatriotes en prenant la peine d'arranger l’une d’entre elles, Zwrandot. Le succès :
obtenu par cette adaptation était propre à né piquer la curiosité de Wagner dont les lectures, à cette époque de sa vie, se poussaient un peu de tous côtés, il nous pe ‘i | même, depuis la tragédie grecque jusqu’au #24 drame shakespearien. Dans cette. mine italienne où Schiller avait heureusement | «à puisé, ne pouvait-on pratiquer d'autres fouilles? Il lui fallait un scenario, et il le 3 découvrit dans les aventures du prince 7.
Farruscad et de la fée Kérestani, représen:
. tées sous le titre de Za Donna Serpente, au théâtre San Samuel de Venise, en octobre 1762.
Voici d’ailleurs en quelques lignes l’histoire étrange que Gozzi avait imaginée.
La scène se passe dans une Géorgie fantastique, dont la capitale, Tiflis, est gouvernée par le vieux roi Atalmouk, père de la princesse Canzade et du prince Farruscad. Ce dernier voit un jour, à la chasse, une biche plonger dans l’eau et disparaître brusquement. Poussé par une folle curiosité, il s’élance comme l’animal qu’il poursuivait et se trouve tout à coup transporté dans une grotte merveilleuse, dont lui fait les honneurs la biche elle-même, devenue femme.
Cette fée, nommée Kérestani, jeune et belle, comme 1il convient à toute fée, ne
manque pas d'allumer les désirs du hardi
chasseur; elle lui fait promettre de ne PR jamais lui demander d’où elle vient et qui dE 4 elle est, et, cet engagement conclu, tous deux filent pendant quatre années le par- sh fait amour. Mais au bout de ce temps, un. à ee secret démon le poussant, Farruscad pose ‘4 la fatale question, et, pour toute réponse, il est rejeté sur la terre, où il rend | :
qu’en son absence les affaires de sa cons ke : ontpris un assez vilain tour. Le roi, son père, 4 est mort; sa sœur est tombée au pouvoir nt | du roi Morgone, lequel occupe les trois | A ë quarts du pays et, pour le moment, assiège fs la capitale. 1 C'est alors que Farruscad regrette : sa.
chère Kérestani et les deux enfants qu ‘elle Æ lui avait donnés, la petite Rézia et le petit
mt 4 L + <\ à, [e
Bédrédin. Il voudrait les reconquérir, Fa :
voudrait racheter sa faute. La fée lui ap-
EL Î 1% a
parait, et, après des reproches assez natu- # e
“pels, ui apprend qu'il devra subir bien des épreuves dont il n’est pas sûr de sortir vainqueur. Il faudra, par exemple, qu'il ne s'étonne de rien, quoi qu'il arrive, et surtout qu'il ne la maudisse jamais, quoi qu’elle fasse. Et, pour commencer, elle jette les deux enfants dans une fournaise ardente ; le malheureux se voile la face et garde le silence. Mais, comme roi, il souffre plus que comme père ; les maux qu’endure son peuple l’impressionnent plus encore que la perte de ses enfants. La ville est affamée par un long siège, à moitié détruite, prête à se rendre. Alors son cœur déborde et il éclate en imprécations contre celle qui a causé tous ces malheurs; il maudit la fée Kérestani, qui lui apparaît une seconde fois : « Lorsque je t'ai perdu, lui dit-elle, «j'ai demandé à notre souverain la grâce
« de ne pas te survivre et de mourir avec
« toi. Cette grâce m'a été accordée à la «condition que pendant huit années celui
«qui avait été mon mari ne me maudirat
«pas, quelque action que je fisse pour «provoquer cette malédiction. Tu viens «de me condamner: je vais subir ma
L2 LL LL | À «peine. Ne crains plus rien pour tes
«enfants, le feu les a épargnés; 1ls seront …
«des mortels comme toi. Quant à moi,
«hélas! je vais pour deux siècles être.
«changée en un monstrueux serpent, à.
«moins que tu ne parviennes à me sau-
«ver; mais ce serait sans doute un
«trop grand effort à t'imposer. Ne risque | “4
«donc pas ta vie pour la mienne; elle !
«m'est toujours chère, quoique je sois loin.
« de toi.»
Farruscad, désespéré, ne l’entend pas ainsi; il est coupable et il doit expier sa
faute. Tout d’abordil défait le roi Morgone;