DE JAMET LE JEUNE
une clianson de Ferrand ou de Lainez à la Cassandre de Lycophron. Moins indifférent sur ces notes échappées à sa plume qu'on ne le croiroit au peu de soin qu'il a mis à leur rédaction , il en avoit i-ecueilli un nombre imm^ense sous le titre peu commun de Strornates , qui leui^ convenoit doublement , au sens figuré de variétés ou mélanges , et au sens propre d'enveloppes ou couvertm^es de livres, parce que c'étoit là cpi'il déposoit ordinairement les premières pensées cjue ses lectures lui suggéroient. Ce recueil , qui faisoit partie de la bibliothécjTie de M. Chardin , doit être passé dans celle du Roi; il contient, à côté de quelcpies observations piquantes, une foule d'inutilités, et je l'ai trouvé moins agréable à lire , quant à la forme, que ces notes subites des marges qui révèlent la fougue, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'ivresse d'une inspiration un peu déréglée. Il j a de bonnes choses qui sont mauvaises à copier, comme il y a d'excellens mots qui perdent à être redits.
Le nom de Jamet me conduiroit assez naturellement à un chapitre de bibliologie fort curieux, mais que je ne ferai cpi'indicpier ici , parce cpi'il est réservé de le traiter à des écrivains plus habiles, et plus maîtres sui'tout du choix de leurs études ; je l'intitulerois : Des hommes célèbres qui ont signé ou annoté leurs livres. A l'époque actuelle, où la multitude des ouvrages imprimés force les vrais
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nmateurs à accomplii' le cercle vicieux de la typoi^raphie et à revenir aux manuscrits , ces notes et ces signatures ajoutent infiniment au prix des livres; nous connoissons même des curieux bizarres ovi raffinés qui n'en admettent plus d'autres. Les signatures manuscrites sont assez rares dans les premiers temps de l'imprim^erie ; il y avoit alors une modestie naïve qui ne permettoit pas à un savant de penser cpie les générations suivantes attacheroient de la valeur aux choses qui lui auroient appartenu. Tout au plus, quand un volume étoit le gage d'une amitié réciproque dont il devoit rester le monument , cette consécration touchante étoit tracée sur le frontispice ; mais , j'aime à le croire, sans égard à l'accpiéreur inconnu qui devoit un jour en recueillir le trésor. Je possède des volumes de ce genre donnés par Josias Mercier à Savaron (i) ,
(i) Cail Sollii Apollinaris Sidonii , Arvernorum Episcopi , opéra castigata etrestituta. Lugduni , apud Jolian. Tornaesium, i552, in-8. 56o pages; mar. vert, rel. par Thouvenin.
Exemplaire non rogné.
On lit au haut du frontispice, ces mots, écrits de la main de Savaron : Spes mea Christus. Savaron. Le nom de Savaron est bifiFé , mais lisible. Au-dessous du titre sont écrits les mots suivans, sur une seule ligne : Ex dono Josiac Mercerj v. doctiss. et opt. Ils étoient également signés de Savaron , dont le nom est encore biffé. Sous le grand insigne des de Tournes , Quod tibi fieri non vis, alteri ne feceris , on voit la signature de Louis Carrion, L. Carrionis. Enfin, la page est terminée par une note de six lignes qui commence ainsi : Andréas Schottus contuli eu. mss. Jo. Amaritonis et CL Puieani, etc. Toutes les marges sont