‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 13 sur 85 · DE JAMET LE JEUNE · texte numérisé non relu

DE JAMET LE JEUNE

et par Baïf à Mui'et (i). M. Renouard, plus heureux que moi, conserve dans sa magnifique bibliothèque un volume donné par Montaigne à Charron, et signé ou annoté de tous deux. Quand des éditions

chargées de ces leçons d'André Schott, et d'une foule de scolies curieuses de IMercier et de Carrion. Savaron, excellent éditeur du Sidonius Apolliiiaris de 1609, a certainement fait usage de ce volume, qu'il désigne en ces termes dans VEpistola lectori, page XX de son édition : Josiae Merccii lib. cwn mss. Amarit. et Putea. coUatus , manu And. Schotti et Lndoici Cnrrinnis. Il est probable que ce livTe fut volé aux héritiers de Savaron, mort en 1622, et que c'est pour cela que son nom fut raturé sur le titi'e aux deux places où il se trouvoit , sans que l'on touchât aux autres. Cet exemplaire , dont l'existence étoit consacrée en littérature par le témoignage de Savaron, est donc une espèce d'album enrichi par quatre des hommes les plus doctes du seizième siècle. Ce qu'il y a d'exti-aordinairement heureux, c'est que, perdu depuis deux cents ans, il se soit conservé sans aucune altération. Un bon volume de cette époque dans toutes ses marges, est déjà, comme on sait, une curieuse rai'eté. Celui-ci m'a coûté six sous sur un quai. J'espère cpie la charmante reliure dont Thouvenin l'a orné le mettra désormais à l'abri des chances de destruction auxquelles il a été exposé si long-temps.

(i) Fratris Micliaelis Menoti scrmones quadragesimaîes. — Opus aureum. — Michaelis Menoti — peipulcher traclaius. {Parisiis) Jean Petit, absq., anno , pet. in-8. mai\ violet, rel. pai" Ginain.

De la main de Baïf est écrit sur le frontispice : Antonius Baijius M. Antonio Mureto dono dédit Lutctiœ , anno i56i, mense dccembri. On trou\e dans le cours du livre quelques notes de la même écriture , et les passages qui ont acquis la célébrité du ridicule y sont marqués avec soin d'un trait de plume. J'ai orné cet exemplaire du portrait de Baïf par Gaucher et de celui de 3Iuret par Fiquet.

sans cesse renouvelées eurent multiplié les livres au point de faire perdre à chaque exemplaire en particulier tout caractère d'authenticité qui pouvoit en faire reconnoître le propriétaire, et que celui-ci eut peine lui-même à fixer dans sa mémoire le signalement de ses richesses, il fut naturel d'en constater la possession par un chiffre, par un sceau, par une signature; malheureusement peu de nos gi'ands homm.es ont eu assez de livres ou ont pris assez d'intérèt à leurs livres pour que ce signe heureux, qui centupleroit aujourd'hui leur valeur, soit devenu fort commun. La signature de Jacq.- Aug. de Thou se lit sur quelques uns des beaux volumes qui composoieiît sa fameuse bibliothèque. On voit quelquefois le nom de P. Corneille sur des exemplaires de son Imitation de Jésus-Christ , en vers françois , envoyés en présent; Racine a tracé le sien avec des notes grecques, latines ou françoises sur les marges des principaux poètes dramaticpies de l'antiquité. La Bibliothèque du Roi a son Euripide et son Aristophane ;, la bibliothèque de M. Renouard son Sophocle ; j'ai le bonheur de posséder son Eschyle (i). Qui trouvera jamais ce Théagène et Chariclée, dont il disoit , jeune encore : Vous brûleriez inutilement celui-là , car

(i) AIlXTAOT nPOMH0ET2> etc. Patisiis, ex afficina Adriani ^Furnebi, iSSa , in-8. 4 f- ^ra pages; mar. rouge. Exemplaire annoté pai' Racine.

5è ANNOTATIONS MSS. SUR LES LIVRES.

maintenant je le sais par cœur7 II l'avoit certainement annoté, et je saurois gré au génie de Racine de me faire comprendre ce ({ui kii avoit inspiré un tel enthousiasme pour un tel ouvrage. Balesdens , savant judicieux qui se défendit , avec une modestie si bien placée , de la concurrence de Corneille , écrivoit son nom sur tous ses livres, circonstance qui donne d'autant plus de prix h un exemplaire que c'étoit un excellent amateur, sévère sur le fond et sur la forme de ceux qui étoient admis à faiie partie de sa collection. Le docte Etienne Baluze (^Stephanus Baluzius Tutelensis) a souscrit de ces trois raiots, d'une belle et ferme écritui^e, chaque volume de sa nombreuse bibliothèque. Le savant Samuel Bochart jetoit ses premières pensées et faisoit , pour ainsi dire , son premier travail sur les ouvrages mêm.es cpi'il avoit à consulter. L'habile philologue Guiet préparoit ses éditions des classiques sur le texte de la meilleui^e des éditions antérieures; j'en parlerai avec plus de développemens dans mi article spécial (N° L). L'estimable M. Adry, dont l'érudition rappeloit les savans de la renaissance, et cjru'on peut appeler, relativement à eux , le dernier des Romains, faisoit la m.éme chose ; et je m^e trouve heureux d'avoir hérité de son Horace (i), cpii n'a jamais été publié.

{\) Q- Hornlii pnemain. Parisiis , ex officina Robcrti Slephani,

AJ>ÎN0ÏATÏ0NS MSS. SUR LES LIVRES. 5i

Heureux qui trouveroit le nom de L;i Fonlaine sur un Boccace, ou celui de Molière sur un Térence! La Monnoie n'écrivoit le sien que sous la forme d'une anagiamme ; on reconnoît ses livres à cette devise : a Delio nomen , et aux notes curieuses que sa plume leur confioit en traits prescjne microscopicjnes , mais élégans et bien formés. D. Durand y mettoit encore plus de coquetterie; il écrivoit ordinairement avec de l'encre rouge , et la figure de ses lettres offre la netteté de l'impression et le fini du dessin. Ce n'est pas cette qualité, tant s'en faut , qui distingue le griffonnage maigre et hâté des envois dédicatoires de Santeul.

Les gens de lettres du dix-huitième siècle s'occupèrent beaucoup moins de leur bibliothèque; on trouve cependant sur quelques volumes la signature de J.-J. Rousseau ou de courtes notes de Voltaire , mais cela est assez rare. J'ai vu présenter en vente bien des bouquins appuyés de cette recommandation , et j'en connois peu d'authentiques qui la justifient. Au dernier âge de la philologie, l'habitude d'écrire sur les livres se renouvela parmi les savans, et les curieux françois et étrangers se disputent quelques volumes revêtus de notes

i544j in-8. mar. rouge, doublé de mar. vert à compartimens, reL par Vogel.

Magnifique exemplaire , charg*^ de leçons comparées par Adry, et prêt pour l'impression.

piquantes , de la main de Morellet , de Grosley, de l'abbé Rive, de l'abbé Mercier de Saint-Léger, d'Adry, de Barbier, de Chardon de la Rochette , etc. Il n'est point de bibliophile cpii ne puisse donner à ce rapide aperçu de vastes développemens.

A défaut de notes et de signatures, il y a des livres qui se recommandent par d'autres indices , et sur lesquels des armoiries ou des devises, inhérentes à la reliure ou collées à la garde , fixent le choix des amateurs; tels sont les beaux volumes qui faisoient la richesse des somptueuses collections de Grolier, de de Thou , du comte d'Hoym , de Girardot de Préfond, de Longepierre, et fjrii tiendront toujours un rang distingué dans les bibliothèques , où il seroit impossible de les remplacer en exemplaires écpiivalens , ces illustres amateurs n'ayant rien épargné poiu^ s'en procurer de parfaits.

Je m^'aperçois, un peu tard, que j'ai tout-à-fait oublié les ineptes coq-à-l'àne de Maranzac, et que les notes de Jamet m'ont mené fort loin ; cette débauche de digression , dans laquelle il mi'a entraîné, peut-être par un penchant involontaire à l'imitation, donnera au reste une idée plus exacte de son incohérence habituelle de pensées qu'ime définition en formes.

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