‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 17 sur 85 · POEME MS. DU XVIT' SIÈCLE · texte numérisé non relu

POEME MS. DU XVIT' SIÈCLE

exception. Je crois qu'il n'en est pas un auquel César de Nostradamus , si ambitieux de la palme poétique , n'eût été contraint de la céder en bonne justice; aussi remarque-t-on qu'il ne trouva pas d'acquéreur pour son épopée, et que le nom du libraire resta en blanc sur ce frontispice, qui n'attendoit que le burin. La mort ne le sm^prit cependant pas, comme Viigile, avant d'avoir mis la dernière main à son ouvrage; il ne mouiTit qu'en 1629, sept ans après avoir achevé cette Hippiade, qu'il regardoit com.me un autre monumentum œre perennius, et dont il n'auroit jamais été question pourtant , si la destinée des bouquins , habent sua fata lihelli , n'avoit amené celui-ci dans ma bibliothèque. Ce n'est pas que César de Nostradamus fût un homme sans talent; tout au contraire; il en avoit mille fois plus que son père le prophète, dont la crédulité d'un peuple stupide a fait la ridicule réputation ; et ses travaux historiques , inspirés sans doute par l'exemple et les succès de Jean de Nostiadamus, son oncle, auteur de Y Histoire des Troubadours (i) , conservent, même de nos jours , quelques droits à l'estime des savans. UHippiade, toute mauvaise qu'elle est , comme poëme , n'est

{\) Les Vies des plus célchres et anciens Poètes provensaux , qui ont Jlouri du temps des comtes de Provence, par Jehan de Nostre-Dame. A Lyon, pour Alexandre Marsillij, i5']5, in-8. ; mar. rouge.

Exemplaire de Balesdens.

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pas sans mérite sous le rapport des recherches , et je m'étonne qu'elle n'ait pas trouvé un éditeui' dans le dix-septième siècle , où l'on s'occupoit avec zèle des illustrations de notre histoire. A conxbien de belles recherches et d'importantes découvertes n'auroit-elle pas donné lieu sur l'état personnel des croisés , sur leui's familles , leurs alliances , leurs blasons , leurs couleurs , richesses dédaignées par le Tasse et inappréciables aux yeux de nos érudits ! huJéj'usalem est un diamant pour rhom.me sensible et pour le poète; Y Hippiade auroit été une mine inépuisable pour ces éplucheurs de généalogies , cpii vieillissoient dans la poussière des chartes et des chroniques.

Ce temps est bien loin de nous , et il n'est plus à craindre que ces innocentes manies , cpii avoient du moins leur bon côté , redeviennent un jour à la mode; 1 âge des longs travaux et du savoir patient est fini sans retoui', et nous ne reverrons pas plus ses pesantes collections et ses vastes in-folio cpie nous ne reverrons ces masses colossales d'architecture gothique , fruit du labeur de dix générations obstinées à produire des merveilles dont elles ne dévoient point jouir. Comme V Hippiade de César de Nostradamus ne présenteroit d'ailleurs aucun intérêt , il est certain qu'on ne l'imprimera jamais; et c'est pour cela même cpie j'ai jugé à propos de lui accorder une mention un peu détaillée dans ces Analectes. Son discours prélimi-

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naire n'est point à dédaigner sous le rapport du style ; on y trouve , à la vérité , cette laxité verbeuse et cette abondance redondante si commune chez les prosateurs du même temps , mais qui ne manque ni de nombre dans la construction de la phrase , ni de pompe dans l'arrangement des pensées, et qui préludoit dès-lors aux perfectionnemens encore éloignés du langage. J'en rapporterai un passage, où César de Nostradamus se juge avec toute la complaisance d'un auteur content de lui ; mais qui est doublement piquant , parce qu'il donne une idée des études libérales auxquelles il s'étoit livré pour illustrer sa composition , et en ce qu'il consacre des noms alors célèbres dans les beaux-arts, dont un très petit nombre nous est parvenu. « Tu dois scauoir, dit-il , que la qualité de poète et de peintre m'ont permis ie ne scay quoy de galant et de hardy pour parm^y tant de mets variables choisir celuy qui s'est mieux et plus délicieusement attaché à ma langue et à mon palais ; tantost faysant l'architecte , tantost le ( sculpteur, yci le peintre , là le poète , en quel- ( qu'autre endroit l'historien, voire mesme le Roy ( d'armes , selon que le vol de ma plume prit l'es- ( sor et le vent. Je diray bien avec quelque rayon ( de vanité que soubs la faueur de trois présens que

< les trois Grâces m'ont faits, et la fureur de ces

< trois dieux Apollon , Apelle et Orphée : auxquels ( ie n'ay iamais cessé de faire des voeux et des con-

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