VERS INÉDITS DE RONSARD
suivantes , tracées sur les gardes du volume , où le même nom est plusieurs fois répété : Ce présent Hure appartient à Marie Des Marquets. Or, il ne faut pas être bien versé dans l'histoire littéraire de cette époque pour savoir qiie le nom de Des Marquets étoit porté par des sœurs dont les poètes du temps ont vanté le savoir et la beauté , et qui furent honorées de l'amitié et des éjoges de cet Apollon de la Source des Muses^ trop vanté de son vivant , mais trop méprisé aujoui^d'hui ; on croit même qu'un sentiment plus doux se m^êla dans leurs rapports avec Ronsard , qui s'enflammoit volontiers pour toutes les fem^mes, et qui n'étoit pas homme à borner au simple commerce de la poésie des relations dans lescpielles l'ascendant de sa renommée lui donnoit tant d'avantage. Il est probable que Marie Des Marquets est cette Marie du deuxième livre des Amours ^ qui fit oul^lier Cassandre au poète infidèle , et qui fut elle-même trop vite oubliée pour Sinope. Cette hypothèse est presque changée en certitude par ces deilx vers , où les deux soeurs se trouvent désignées , et qui ne se rapporteroient à d'autres cpie par un singulier jeu du hasard :
Je ue suis seulement amoiueux de Marie , Anne me tient aussy dans les liens d'amour, (i)
(i) Ce qui rend cette opinion douteuse, c'est que les biographes
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Quoi qu'il eu soit , voici d'autres vers cpii sont bien certainement adressés par Ronsard à Marie Des Marquets; car il les a écrits sur ses Heures, au-dessus des lignes où elle a écrit son nom :
Maugré l'enuye' ie suis du tout a elle , Mais ie vouldrois dans son cueur avoir leu Quelle ne veult et quelle na esleu Autre que moy pour bien estre aymé délie.
Bien elle scet que ie luy suis fidelle , Et quant a nioy iestime en son endroict Ce que en est , car elle ne vouldroit Autre que moy pour bien estre aymé délie.
Quoique l'écriture de Ronsard soit fort difficile il trouver, j'ai eu le bonheur de la vérifier sur un autographe authentique, et j'en avois besoin pour fixer mon opinion ; car Ronsard a été rarement aussi naïf et aussi gracieux qu'il me paroit l'être dans la première de ces deux stances.
J'avoue sincèrement que je ne crois pas qu'il y ait un homme assez étranger aux jouissances .souvent ridicules de la bibliomanie, pour blâmer celle que je goûte dans la possession d'un livre qui rappelle un pareil souvenir ; son seul aspect me rend tout entière une scène pleine d'intérêt et de
croient Anne Des Marquets Normande , et que Ronsard fait sa Marie Angevine ; mais peut-être a-t-il voulu la déguiser, et peutêtre encore , si les biographes ne se sont pas trompés , les deux soeurs ont-elles habité quelque temps des provinces différentes
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charme. Ronsard étoit déjà très célèbre, mais il étoit fort jeune encore; car, étant né en i524j il n'avoit que vingt-huit ans en 1 552 , date de notre volume , et les strophes sont bien de ce temps-là , un livre de cette nature qui contenoit un calendrier ayant dû se renouveler tous les ans sur le prie-dieu d'une femme à la mode. N'est-ce pas un petit monument propre à caractériser une époque que cette déclaration d'amour tracée à la fin d'un livre de prières , précisément en face des formules d'oraisons qui servent à la confession générale , et qui tiroit si peu à conséquence toutefois , dans cet âge de piété et de galanterie, que la jeune beauté à lacjuelle elle étoit adi^essée ne pensa pas à la détruire ? Ce seroit aujourd'hui une grande et juste occasion de scandale , non parce qu'on a raffiné la dévotion , mais parce qu'on a déshonoré l'amour. On voit qu'il y a matière à bien des réflexions dans les Heui'cs de Marie Des Marquets; mais ce n'est pas ici leur place.
Saint - Lambert criticjtié par Roucher, extrait d'un Manuscrit autographe et inédit. — Lettres inédites de Saint-Lanibert à la marquise du Chàtelet, et de Bernardin de Saint-Pierre à sa femme.
Les Saisons, poëme , (par Saint -Lambert.) A Amsterdam, (Paris, ) 1773, in-i2.
Je vois à ce seul titre s'indigner justement le bibliophile délicat, cjxii ne soufïriroit pas qu'un volume intrus deshonorât sa collection par un honteux voisinage. Les Saisons de Saint-Lambert ! s'écrie-t-il. Et quand ce seroit la plus élégante de toutes les éditions de Didot , avec le luxe déplacé des images et du vélin , c[ue pourroit-on dire d'un pareil ouvrage? Rien de fort piquant, j'en conviens; ce cpi'on ne lit plus ne vaut pas la peine d'être critiqué , et sous le rapport de la curiosité , l'exemplaire le plus richem^ent orné de ce livre , ne sera jamais qu'un médiocre bijou. Aussi n'est-ce point en considération de son mérite propre , ou de celui de cette édition, qui est la plus mauvaise de toutes , ou du luxe de quelques accessoires précieux dont le caprice l'auroit enrichi , qu'il figure avec
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honneur dans mes tablettes auprès d'André Chcnier (i), le seul poète du dix-huitième siècle dont l'impression récente et la tournure à la mode fassent disparate à leurs vénérables vieilleries. Il a devant moi une meilleure recommandation , l'avantage d'avoir servi à qnelcjnes études de Roucher , qui s'est souvent délassé des ennuis de la captivité , en jetant sur ses marges des notes pleines de goût , où il apprécie avec une rare finesse les défauts de l'école expirante. Ces jugemens ne sont pas sans un certain mélange d'acrimonie. Saint-Lambert avoit été son rival, et grâce à l'influence de la coterie encyclopédique, il avoit été son rival heu-
(i) Poésies d'André' Che'ider. Paris, Baudouin, 1820, in-12. Pap. Vél. Cuir de Russie.
On a réuni à cet exemplaire trois pièces autographes de l'auteur. (*)
(*) J'en rapporterai une ici, parce qu'elle est inédite. C'est un fragment de son poème intitulé YAincrique.
Plus beau que ce coursier, ce superbe Cyllare, Cher .ux lyres de Grèce , et que vit le Ténare Obéir à la main du frère de Castor ; Plus beau même que toi, coursier au uoble essor, Qu'élevoit Babylone aux amours de la Reine , Quand tu la vis souvent , la belle Assyrienne , Dans ta crèche de marbre elle-même t'offrir Et l'orge et le froment qui dévoient te nourrir. Et tresser de ses doigts ta crinière flottante , Et ton flanc retentir sous sa main caressante, etc.
reux; ils n'étoient pas d'ailleurs destinés à l'impression , et le hasard qui les a conservés doit être mis au rang des cas fortuits les plus extraordinaires; une fois la part de l'homme faite dans leur lecture , on ne peut qu'en profiter. La muse fausse et fardée à laquelle Roucher avoit trop souvent sacrifié lui-même , y est mise à découvert avec une énergique naïveté. On sent que l'auteur des Mois , sans répudier son ouvrage , est devenu digne de le perfectionner, de le refaire, de le concevoir autrement. La prétention pédantesque de cette poésie philosophicjue , qui ne s'énonce que par axiomes , l'afféterie puérile de cette poésie maniérée qui prend la fadeur pour la grâce , l'insipide manie de tout décrire, la fastidieuse ambition de tout exprimer, l'irréparable délabrement de ces haillons de la mythologie qui ont traîné partout , l'ennuyeuse symétrie de ces vers cousus de redondances et d'antithèses dont chaque hémistiche appelle un hémistiche inévitable, toute la pauvreté de cette pauvre Calliope du règne de Louis XV, si maussade sous son rouge , ses mouches et ses falbalas , a voient frappé l'esprit naturellement juste et délicat de Roucher. L'observation, l'étude, le malheur, avoient achevé de mûrir cette belle organisation; l'exemple et les leçons d'André Chénier, avec qui il alloit m^ourir, avoient échauffé son génie, et ses derniers accens furent effectivement le chant du cygne. Qui pourroit oublier ces vers adressés à sa
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femme et à sa fille, en leur envoyant son portrait :
Ne vous étonnez pas , objets charmans et doux , Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage ; Quand un pinceau savant dessinoit cette image , On dressoit l'échafaud, et je pensois à vous.
Comme on ne pourroit imprimer les notes de Roucher, sans réimprimer en même temps les Saisons de Saint-Lambert dont personne ne veut plus, il est présumable qu'elles ne paroitront jamais. On ne me saura donc pas m^auvais gré d'en consigner ici quelques unes à l'appui de l'opinion que je m'en suis formée; je ne choisis pas.
Je chante les saisons , et la marche féconde
De l'astre bienfaisant qui les dispense au monde.
(( Ces premiers vers sont purs de style et de (( forme; mais ils sont froids, et d'une poésie com- (( mune. Virgile n'auroit jamais dit, je chante les (f saisons ; il auroit usé d'une périphrase cpii eut (( donné à son début la physionomie poétique. Le « début de Thompson est bien diftérent ; l'imagi- (( nation du poète s'y montre déjà en mouvement , « et fraîche et fleurie comme le printemps. »
0 toi, qui de l'espace as peuplé les déserts.
(( Comparez cette invocation à celle de M. Rosset, « qui n'est pourtant pas un génie; la première vous
« paroîtra la prière d'un capucin , et l'autre celle (( d'un prophète. »
Toi dont la volonté créa l'ordre et le temps.
(( Ces idées abstraites ne sont pas faites pour la « poésie , encore moins pour le début d'un poëme « sur la nature physique , où tout doit parler aux (( sens. ))
L'astre victorieux perce le voile obscur. Il se peint sur les mers , il enflamme les nues, Les groupes variés de ces eaux suspendues Emportés par les vents, entassés dans les cieux, etc.
(( Ici commence la manière de l'auteur de faire « des vers avec des hémistiches et des mots entassés. « Cette manière est destructive de la phrase poé- « tique; elle fait sentir qu'un auteur ne travaille (( point de verve , car avec de la verve les vers s'en- « trelacent les uns dans les autres sans chevilles et « sans membres isolés. M. de Voltaire est souvent « tomJbé dans ce défaut, si opposé à la belle manière « de Racine. »
Et l'autre (l'agriculteur) en méditant contemple ces guérets Où sa main déposa les trésors de Cérès.
« En méditant n'est pas le mot. Un laboureur « ne médite pas en regardant ses blés , il rêve ; c'est (( le philosophe qui médite. »
Cueillez dans l'Yemen ce fruit délicieux
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Dont les sels irritans , les sucs spiritueux • Des chaînes du sommeil délivrent la pensée.
« Sucs spiritueux ! Quelles syllabes pour des (( vers , et quel mot que spiritueux ! »
La naïve bergère , assise au coin d'un bois ,
Chante, et roule un fuseau qui tourne sous ses doigts.
« Ces deux vers sont dignes de Virgile. » (i)
Il (l'agriculteur) se plaît dans sa peine ; il craint la pauvreté, Mais il craint encor plus la triste oisiveté.
« Mensonge qui ne pouvoit entrer que dans la « tête d'un philosophe. »
Il va semer ces grains si chers aux animaux, Compagnons éternels de ses nobles travaux ; La herse en les couvrant sous la glèbe amollie , Assure le dépôt qu'à la terre il confie.
« On s'est moqué (du second) de ces vers, et on
(i) Très bien jugé, et pourquoi ces vei^s sont-ils dignes de Yirgile , c'est-à-dire admirables ? parce qu'ils disent simplement ce qu'ils veulent dire, parce qu'au lieu d'une phrase vide et sonore, ils offrent une image naturelle et vraie, parce qu'ils occupent l'esprit d'mi tableau agréable dont il conserve avec plaisir l'impression. H y a loin de là à ces périodes retentissantes , bâties de mots longs comme le jDcntamètre de Rutilius,
Bellerop/ionteis sollicitudinibus ,
et qui ne laissent à la pensée que ries sons et du bruit, vcrba et voces, prœtercaquc Jiihil.
MANUSCRIT INÉDIT. m
<( a eu raison , à cause de ces deux grandes épil hètes : (( éternels et nobles. Les deux vers suivans, qui t( pouvoient et dévoient être poétiques , le sont « bien peu ; ils rampent sur la tei^re comme la (( herse. >•>
Voici de quelle manière Roucher juge le pâle épisode de Lindor : (( Cet épisode sur Fini ention (( des jardins est loin , bien loin de l'idjlle de (( Gessner sur le même sujet. Ici tout est froid , « pénible et didactique; dans Gessner tout est senu timent, tout est amoureux. Saint-Lam.bert , un {( peintre sans couleur ; Gessner, un brillant colo- (( riste. Dans les vers de Saint-Laml3ert , je crois {( lire de la prose; dans la prose de Gessner, je crois a lire des vers. »
Il parle ainsi de celui de la convalescence : (( Des (( soins pleins de charmes , hémistiche d'écolier. (( Tout le morceau de la convalescence auroit dû « être une fois moins long. L'auteur se traîne de c( détails en détails; son grand défaut est de n'avoir (( aucun de ces traits cjni descendent profondément (( dans le coeur. Ce sont des vers bien tournés , et (( voilà tout ; mais du reste , sans couleur, sans « mouvemient : en un mot , ce sont les vers d'un (( malade de langueur sans fièvre. »
Le premier chant tout entier n'est pas traité plus favorablement : ce Otez de ce chant, dit-il, (( deux ou trois tableaux et une cinquantaine de « vers beaux ou aimables, et vous aurez à peu près
« la somme des beautés dignes d'être conservées^ « du reste, point de verve, rarement de la couleur, « plus rarement encore de rharm.onie. Autant le i( plan est sage et bien ordonné, autant l'exécution « est foible, paresseuse et monotone. »
Roucher n'eut pas le temps d'achever ce commentaire improvisé; il ne le conduisit que jusque vers la lin du chant de YEté , comme s'il avoit écrit sous l'inspiration des saisons en comparant la copie au modèle, car son arrêt de mort interrompit ce travail si aimable et si insoucieusement fait à la fin de l'été de 1794^ il nionta sur l'échafaud le 25 juillet. Ce volume, ou sauvé par un ami ou soustrait par un voleur, s'est retrouvé dans une échoppe; je l'ai enrichi d'une lettre autographe de Saint-Lambert, adressée à une de ses nombreuses maîtresses. J'ai eu trop de plaisir à lire, dans le catalogue du bon Crévenna , quelques uns de ces monum.ens secrets de l'esprit et du caractère d'un homme célèbre , pom' ne pas essayer de procurer la même satisfaction à mes lecteurs. Qui ne voudroit savoir comment il écrivoit l'amour, le conquérant éblouissant aucpiel Rousseau disputoit vainement .un cœur! Je doute que beaucoup de femmes eussent préféré ce style à celui de Saint- Preux; on va en juger.
Liméville, iSjamier.
(( Je ne suis parti de Nanci cjii'après la poste , « parce que j'avois écrit au facteur de m'y renvoyer
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« tes lettres; j'attendois donc ce matin les trésors (f que je devois recevoir mercredi; je les ai reçus, w et j'en ai joui pendant ma route. Hélas ! ils ne « m'ont pas empêche de sentir cjue je mettois cinq c( lieues de plus entre nous. Me voilà donc , mon M cher amoui-, dans un lieu où j'ai bien moins de « cette précieuse liberté qui de jour en jour me « devient plus précieuse; je me trouve dans un « lieu où , quand le prince sera parti , je ne trou- » verai plus que deux âmes honnêtes , et je ne puis (( guères me dissimuler que ce sont deux sots ; je « ne me trouve plus au ton du reste. Il paroît u qu'il révolte le prince autant cpe moi, mais il (( s'en amuse davantage; il voit plus en ridicule, et « moi plus en mal; son lot vaut mieux. Quand j'ai (( passé quelque temps à Lunéville je trouve que « tout le monde y est devenu fou ; je suis quelque- (( fois tenté de penser que c'est moi qui le suis {( devenu; mais quand je vois le prince porter de « ces gens-ci le même jugement que moi , cela me « l'assure , car je ne puis douter de la sagesse du (( prince. Le Roi m'a reçu avec sa bonté ordinaire; « il est bien assurément de toute la cour ce que (( j'aime le mieux : je suis bien plus déterminé que (( jamais à ne donner m.on temps (jii'à lui , et à ne (( prendre absolument de tout mon vojage aucune i( dissipation c|ue celle que ma santé exige. Je re- (( viens à ta lettre ; il falloit que je fusse bien abattu i( pour ne t'écrire que quatre mots le jour que je
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(( t'ai tpiittée; j'avois à te dire tout ce fjue je te dis u ordinairement, tout ce que je te fais entendre, (f et puis tous mes regi-ets. Sois-en bien sûre , m.on « cher amoui', ils n'ont jamais été aussi vifs , aussi « vrais , et moins susceptibles d'être atFoiblis par « les dissipations ; la route m'accabloit sans me « distraire de toi , et toutes les dissipations qu'on (( pourroit m'otfrir seront repoussées par mes reu erets et par cette mélancolie tpii ne m'est que H trop naturelle , et qui aue;mente si fort par ton (( absence. Je sens mon existence d'une manière r( pénible, et tu me la rends chère pourtant dès que « je me souviens que tu m'aimes , et que je me dis « que je te reverrai. Mon cœur, fais-moi bien des « détails sur ta situation , sur la conduite de ton « mari, sui' tes amusemens surtout ; je n'ai jamais « pris un intérêt plus tendre, plus passionné, à « tout ce que tu es , tout ce que tu sens , tout ce (( cjiie tu fais, tout ce que tu peux être et devenir. (( Ménage bien ta santé , rafraîchis - toi souvent ; « souviens-toi du gi-and principe de mademoiselle « de This : Tout ce qui échauffe vieillit , tout ce qui <( rafraîchit rajeunit. Mange moins de graisses et « bois un peu plus d'eau, c'est un régime que je « crois nécessaire à ta bonne santé. Oh! si tu sça- « vois quel trésor je possède en toi , tu le ménagère rois bien ; sois sûre que toutes les impressions (( vives et délicieuses que j'ai reçues de toi se sont K conservées dans mon coeur, s'y sont même aug-
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wmcntées, s'y conserveront toujours. Il est bien ff impossible que rien fasse mon bonheur que toi, « et je serai toujours également rempli de ma (f tendi'e (sic) ; et content de le sentir, je te baise « et t'adore. »
A cette lettre inédite d'un philosophe qui ne crojoit pas en Dieu, et que Dieu a cruellement puni en lui donnant une âme si sèche et si prosaïque, j'opposerai avec plaisir une lettre d'un philosophe chrétien qui présidoit à la naissance de la nouvelle école littéraire , quand Saint-Lambert , honteux d'avoir survécu à l'autre, retranchoit sous de gros volumes de morale cynique son arrogante médiocrité. Ces lignes de Bernardin de Saint- Pierre sont d'autant plus précieuses qu'elles n'ont point paru dans sa correspondance, imprimée à une époque où j'en étois déjà possesseur; il est facile de voir qu'elles étoient adressées à sa seconde femm^e.
« Je me hâte de t'envoyer, ma tendre amie, la « lettre de mon ami Grandjean , qu'il m.'apporta (f hier au soir, et dont je ne pris lecture qu'après (( son départ. Tu ne peux rien faire de mieux que
(( de la faire passer sur-le-champ à M. de P Je
:4( suis bien fâché qu'il y ait tant de louanges pour '(( mon compte, mais je ne les ai pas dem^andées. ' « Hier matin j'en reçus une de toi qui me fit beauté coup plus de plaisir. Jeune Aurore, tu dis plus (( de tendresses à ton vieux Tithon que jamais
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« madame de Sëvigiié n'en a dit à sa fille. Ton « cœur est mi puits d'amour; il enflamme le mien. « J'étois presque décidé à attendre encore ici la H huitaine pour me trouver à l'assemblée publique (( de la classe des arts , mais je préfère de revenir (( ici de mardi en huit ; je suis trop long-temps « loin de toi. Peut-être te déterminerai-je h revenir (( avec moi pour qiie tu disposes du logement de « notre voisin ; nous retournerons ensuite en- (( semble. Quoi qu'il en arrive, je partirai mercredi « matin 5 septembre, pour ne te pas donner d'info (piiétude le soir ; et comme tu sais que ce n'est (( pas un petit embarras de se rendre à la messagerie (( de si bonne heure, j'irai coucher le jeudi au soir (( à Saint -Christophe. C'est un conseil que j'ai (( donné à ta tante , et (jTi'elle a suivi ; elle a dû (( partir ce matin pour aller voir sa fille. Elle (( compte être de retour mardi prochain , et en- « suite t'aller voir. J'espère qu'elle ne pourra guère (( exécuter ce projet que le lundi suivant, qui sera (( la veille de mon retour à Paris ; je souhaite qu'elle (( décide le tien promptement. Madame Didot a (( aussi le projet de t'aller voir avec M. Roger, mais (( pour un jour seulement; elle m^'a fait donner ma « parole d'honneur que j'accepterois à diner chez (( elle , jeudi prochain , avec M. Aymar, ajoutant (( d'un air riant qu'elle avoit à me dire (jiielque (( chose de très intéressant pour moi. Elle m'a (( parlé de toi avec enthousiasme. Puisque je suis
en train de renouveler nos anciennes connoissances , je me décide à en faire une nouvelle qui
pourra être utile à et à M. D J'irai
mercredi avec Grandjean diner chez M. D ;
mais n'en parle à personne , car je serois accablé de sollicitations. Je me hâte de terminer pour envoyer Annette quai des Miramiones acquitter vingt-cinq francs de contributions dont on m'a envoyé l'avertissement. Ma commissionnaire n'a point sa pareille ; c'est un vrai petit Encéphale pour la course. Je la compare quelcpiefois à ce fameux coursier dont tous les écuyers avoient méconnu les rares talens; mais ils n'échappèrent pas à l'oeil d'Alexandre, (i) (( L'idée de te revoir bientôt , chère amie , me donne un peu de gayeté ; si le temps est beau , et si tu es contente de nos enfans , amène-les avec l'âne au-devant de moi. Mon bagage sera fort mince ; un sac de nuit à moitié plein , des paniers vides où je tâcherai de mettre un bon
(1) 11 faut savoir, pour goûter ce joli passage, que Bernardin <le Saint-Pierre avoit pris cette pauvre fille à son service, quoi- (juelle fût si laide et si sotte que personne n'en vouloit. Il l'appelle son Bucépliale parce qu'elle i-emplissoit assez adroitement ses commissions, et il saisit l'occasion de relever son mérite par quelques éloges. Tel ctoit ce méchant homme dont on a diffamé la cendre dans un livre rédigé jiar une société de gens de lettres. Proh ptidorl
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(f melon , voilà tout. Embrasse-les tous pour moi, « ainsi que ta bonne mère; je te le rendi^ai au « centuple. A vendredi.
« Ton Bernardin.
(( J'attends ton panier de raisin , m.ais il n'est « que dix heiu'es.
« Ce lundi 2g. »