DE TH. LAU
De Théod. Lau, et de son athéisme. — Note biographique.
Meditatione.s. — Thèses. — Dubia philosophico-theolo- GiCA ; Placidœ eruditorum disquisilioni , religionis cujusvis et nationis; in magno mundi oratorio submissa; a veritatix eclecticœ amico (Theod. Ludot^. Lau). Freystadii , 17195 in-8. , 6 f. liminaires et 34 pages.
11 n'est pas étonnant cpie les bibliographes aient souvent négligé, de nos jours, les livres antireligieux , devenus si nombreux sous l'empire de la philosophie du dix-huitième siècle , et dont le seul catalogue rempliroit beaucoup de volumes. Les proscriptions mêmes des tribunaux ne sont plus pour ces dangereux ouvrages un titre de rareté; et tel pamphlet qui seroit resté inconnu leur a dû assez communém.ent son débit , sa vogue et sa réimpression. Sans cette prohibition inutile, et cpielquefois mal entendue, on connoitroit à peine l'existence d'une foule de libelles généralem^ent mal écrits, et ([ui ne se recommandent aux curieux que par une impiété effrontée. Il n'en est pas ainsi de.s anciens ouvrages du même genre , qui , proscrits
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avec beaucoup plus de soin et sous des peines beaucoup plus sévères, sont devenus réellement fort rares , et se distinguent ainsi par un mérite qui est le premier de tous aux yeux des bibliomanes. Telles sont les Meditationes de Lau, qxii n'ont certainement pas été réimprimées, et qui plus certainement ne le seront jamais. Le volum.e que nous annonçons avoit été précédé d'un autre , intitulé : Meditationes philosophicae de Deo ^ jnundo et honiine, 17 17, in-8., cpii avoit déjà été frappé des condamnations de la justice; mais l'auteur n'étoit pas homme à se rebuter d'une pareille disgrâce, comime il le témoigne en com.mençant son second ouvrage : Confiscatio et coinbustio lihrorum, dit-il dans son style aphorismatique , ex ratione status saepe est utilis. Ast uhi solo ex odio theologico y politico , philo sophico , prof ecta ; iyrannideni sapit litterariam. Ignorantiam promoi^et et errores. Solidam impedit eruditionem. Rationi adversatur et neritati. Autoribus intérim : taies qui patiuntur quasi pœnas : nullam ignominiae vel infamiae inurunt notam. Libri : gloriosmn sustinent martyrium. Autores : illustres pro veritate et ratione, martyres fiunt.
Les dernières Meditationes, beaucoup plus hardies c[ue les premières , excitèrent un immense scandale. Vogt, qui appelle les unes libelli impii et sacerrimi, qualifie les autres de liber atheisticus precedenti adliuc detestabilior. Jugler les classe
NOTE BIOGRAPHIQUE. lai
également parmi les productions les plus dangereuses des athées , quoique Lau se prononce positivement contre cette croyance négative : Aiheismus nulliis, atheae nationes nidlae, athei homines nulli; sa doctrine se rapproche beaucoup plus de Yindifférentisme ou d'un déisme sans culte et purement moral , comme on en peut juger par ces passages : P^erior et certior christianus ille : qui christiane mvit y quani qui christiane crédit. Puritio tamen unius : non est exclusio alterius.... Christianismi genuini , testimonium infallihile : Dei et proximi est amor. Is , ubi régnât : Christi ibi floret imperium. Fac hoc : et vii^es; Christi lex. Christi promissio. Ce qui présente un véritable danger dans les principes de Lau, et particulièrement dans ceux qu'il énonce sur la notion du bien et du mal , c'est la forme lucide et sentencieuse dont il les a revêtus, et qui les rend non seulement très propres à s'em.parer de l'esprit , mais encore à se fixer profondément dans la mémoire ; aussi s'est-on attaché à détruire ses livres, et surtout celui-ci, avec tant de zèle et de succès , qu'on n'en connoit d'exemplaire dans aucune de nos grandes collections , et qu'il y a peu d'ouvrages de cette espèce qui leur soit comparables en rareté.
Il est assez extraordinaire que Lau, qui a fait tant de bruit de son temps , n'ait pas conservé du nôtre une assez gi^ande part de célébrité pour trouver une place dans la Biographie univei^sellê.
laa NOTE BIOGRAPHIQUE.
On ne sera peut-être pas fâché de savoir qu'il étoit conseiller auliqne du duc de Courlande , dont il présida même le conseil privé; après la mort de ce prince , en 1 7 1 1 , il s'éloigna de la cour, vécut successivement en différentes villes d'Allemagne, et mourut, en ij4^, presque septuagénaire, à Hambourg, ou plutôt à Altona. Vogt pense que les secondes Méditations ont été imprimées à Francfort-sur-le-Mein. Si les auteurs du supplément de la Biographie jugent à propos de s'occuper de Lau , ils trouveront des détails beaucoup plus étendus dans la notice imprimée au-devant de la traduction Françoise des Méditations , sous le faux titre de Kœnigsberg , qui forme le tome VIII de la Bibliothèque du Bon-sens portatif . Londres, 177 5, in-i2.
Un oubli bien plus extraordinaire que celui des biographes, c'est celui de M. Barbier, qui omet dans son Dictionnaire des Anonymes latins les secondes Méditations , quoiqu'il soit évident qu'il ait consulté Vogt poui^ parler des premières ; il faut pour cela qu'il ait dédaigné de jeter les yeux audessous de l'article qu'il lui emprunte , le paragraphe suivant contenant la notice que son dictionnaire laisse h désirer, et qui méritoit moins d'être négligée que l'autre, pviisqu'elle est consacrée à un livre plus curieux et plus difficile à trouver. Ce lapsus oculi n est malheureusement pas le seul qui se fasse remarcpier dans l'ouvrage
NOTE BIOGRAPHIQUE. laS
d'ailleurs fort estimable de M. Barbier, surtout dans la partie latine, qui pouvoit être tout autrement picjnante , et qui est bien loin d'atteindre au degré de complet relatif qu'on a droit d'exiger d'une bibliographie.
iii4 QUELQUES MODIFICATIONS
Quelques progrès et quelques modifications de la Langue littéraire.
Les véritables Prétieuses , comédie. Siiwant la copie imprimée à Paris, chez Jean Ribou , l'an 1660, in-i2, 56 pages ; mar. citron , rel. par Vogcl.
Cette mauvaise petite comédie est du sieur Baudeau de Somaize , auteur du Dictionnaire des Prétieuses y et qui doit aux précieuses tout ce qu'on lui connoît de célébrité. Mon édition, qui est très jolie et fort rare , a poiu^ insigne la console portée sur un bouquet de fruits qui distingue quelques éditions Elzeviriennes ; je la crois sortie des presses de Louis et Daniel. ^
Ce volum.e est curieux par la manière dont le misérable auteur parle de Molière ; c'est une de ces turpitudes qu'il faut recueillir pour la consolation du génie méconnu et pour l'éternelle honte des sots. « Il est certain , dit le sieur de Somaize, que « Molière est singe en tout ce qu'il fait, et que non « seulement il a copié les Prétieuses de M. l'abbé (( de Pure , iouées par les Italiens ; mais encore f( qu'il a imité par une singerie dont il est seul
DE LA LANGUE LITTÉRAIRE. laS
(( capable, le Médecin volant, et plusieurs autres « pièces des mesmes Italiens , qu'il n'imite pas « seulement en ce qu'ils ont ioûé sur leur théâtre, « mais encor en leurs postures , contrefaisant sans « cesse sur le sien et Triuelin et Scaramouche. « Mais qu'attendre d'un homme qui tire toute sa u gloire des Mémoires de Gillot-Gorgeu , qu'il a « acheptez de sa veufue, et dont il s'adopte tous « les ouurages? » Convenons que Molière étoit bien jugé , et que cet arrêt contre l'auteur du Misanthrope, plagiaire de Guillot-Gorju , est merveilleusement digne de la capitale des lettres et du siècle du goût ! Pourquoi faut-il que les Somiaize soient contemporains des Molière? la nature fait payer cher ses miracles. .^j,<^
Une chose qui caractérise le tact exquis de Molière , c'est que les images et les expressions qu'il ^ reprises dans le jargon des précieuses sont toutes marquées d'un sceau de ridicule qui frappe les esprits les moins délicats, et qu'aucune n'a pu se conserver dans l'usage. L'habitude de l'affectation et de la manière , toute vicieuse qu'elle fût , devoit rencontrer cjrielquefois , par hasard , des figures heureuses et des tours ingénieux qu'un goût naturel n'eût pas dédaignés. Loin de les flétrir d'un sarcasme injuste, Molière s'en emparoit du droit de conquête; et, accoutumé à prendre son bien où il le trouvoit, il ne méprisoit pas plus un trait spirituel dans la langue de l'Hôtel de Rambouillet