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i48 DES POÉSIES PATOISES.
XYII.
Des Patois, des Poésies patoises, et spécialement de celles qui appartiennent à la Bourgogne et à la Franche-Comté.
ViRGiLLE VIRAI EN BoRGUiGNON. Livrc prcmci. ^i Dijon , cké Antone de Fay , imprimou vé le Palai , 1718, aivo parmission , 0. î. , 56 pages. — Deusaime livre, ibid. , 17 19, 58 pages. — Troisaime livre, ibid., 1720, 1^ pages. — 4. f. (le supplément, non lettrés ni chiffrés, in-12. ; mar. rouge, rel. par Ginain.
Exemplaire non rogné.
Nous apprenons de Papillon , Bibliothèque des auteurs de Bourgogne^ que le premier livre de cet ouvrage est tout entier de M. Dumaj, qui a aussi continué le second jusqu'au septième vers de la seizième page ,
Car, diso-ti , si dans la varve —
Après quoi M. Petit a composé ce qui nous reste ; mais Papillon, et M. Barbier, qui Ta suivi, n'indiquent rien au-delà du second livre. Cependant mon exemplaire conduit le troisièmie juscju'à la Ç[\t de la page 24 , cpii finit à ce vers :
Et brai desu , et hrai deso ,
DES POÉSIES PATOISES. i49
suivi de la réclame Tô. Il est présumable cpie , parvenu à ce point de son travail, le traducteur se lassa , ou que le mauvais succès de cette picjuante parodie relDuta le libraire. Le livre , ainsi abandonné, fut regardé tout naturellement com.me non avenu , et il n'en échappa qu'un très petit nombre d'exemplaires ; ceux c{ui ont le commencement du troisième livre n'excèdent pas le nombre de six. La Monnoje parle de l'ouvrage, page 216 de son Glossaire; mais il l'écrivoit en 1720 au plus tard, c'est-à-dire avant que M. Petit eût renoncé à sa traduction. On a même recueilli un fragment manuscrit qui appartiendroit au cpiatrième livre, et que j'ai emprunté aux Arnusemens philologiques du savant M. Peignot, Dijon y 1824, in-8. , pour en faire imprimer un exemplaire unicjue , propre à enrichir le mien. Comme les Arnusemens philologiques ont été eux-inêm.es tirés à petit nombre , je copierai ici ce passage ; ce sont les imprécations de Didon lorsqu'Énée lui déclare qu'il doit, par l'ordre des dieux , quitter Carthage pour se rendre en Italie.
Didon en padi contenance Et pendan qu'Aignlai debridoo , Lai daime vo le regadôo Depu lé pie jusqu'ai lai tète.
Quel Juda , fit elle , quei trète !
Et ton grand peire , càa Dardan ?
Et Jupitar aa ton pairan ?
i5o DES POÉSIES PATOISES.
Venu veut que de lei tu sote?
Çàa le grand diale qui t'empote.
Ton peire étôo quelque coucou ,
Vou bé pranture ein loup-garou ;
Et tai bone béte de meire
Te faisi dessu lé pareire ;
Jaimoi fanne ne te sevri ,
Çàa le borea qui t'ai nôri.
Ma regadé ce Jan dés Veigne ;
Dirôo-t-on ei sei froide meigne
Qu'ai scaivisse ran de celai?
J'ai padei beàa me désolai ,
Tiré mé poi , pissé des euïUe ,
Mon gros laidre àa lai qui me beuïUe
Sans me dire le moindre mô.
Et pu fié vos é cagô I
Ein jor j'en serai revongée.
Ne seu-je pas ben obligée
De l'honneu que me tait Jenon ?
Eh bé I ai qui se fieré-t-on ?
Ein coquin chaissé de l'Aisie ,
S'en sauve dedans lai Lybie ,
Ei menne cent gueu d'aivo lu ,
De tô cotai montran le eu.
Vai Cataige ses gen s'éréte ,
Ne saive où baillé de lai tête ,
Je lés reçoi p6 chairitai ,
Je lô baille ai boire ai deignai ,
Je recou tôte lô guenille
Sans qu'ai l'en coûte croi ne pile.
Que dirai-je? J'ai bé fai pei ;
J'ai baillé mai taule et mon lei
Ai ce Juda qui m'ai vendue ;
DES POÉSIES PATOISES. i5i
Cela me (ait coii lés rue.
Ç'àa Aipollon Ç'<*3 Jupitar
Ç'àa ein Marcu qui vole en l'ar
Ç'àa le gran diale qui l'envie
Charché foteugne en Italie.
Croyé celai , beuvé de l'eàa.
Ces gens-lai ont dans le cerveàa
Bé d'autre aiffaire que les tienne.
Pense-tu que je te retienne ?
Nennin ; des aujôdheu tu peu
Soti d'ici, si tu le veu. (
Vai t'en cori , vai , qui t'érète ?
Vai luttai contre lai tempête ;
Vai remontai su tés batteàa ;
Qu'ai pussein s'aibimai dans l'eàa ,
Et lai mar te faire tant boire
Qu'ai te revenne ai lai mémoire
Du vin , laidre , qu'ai ton gogo
Tô les jor tu beuvôo chez no !
Quan tai flotte serai gaugée ,
Que je lai voirai bé mouillée ;
Je t'envierai po lai soiché
Le prévôt d'aivo ses arche ,
Te breler sans misericode.
Tu brailleré , je serai sodé ,
Et je me moquerai de toi
Come tu te moque de moi.
Que si je meurs de mor subite,
Ne pense pas d'en être quitte ,
Tu n'en seré ni pei ni meîi ;
Je revarai tôte lés neu ,
Je renvarscrai ton maneige ,
Te dévorerai le visaigc.
sib DES POÉSIES PATOISES.
Tu me voiré soir et matin Te faire tôte peute fin.
Pranture qu'on me veinré dire Teu tés maux qui me feront ri ri' Quan on m'airôo mi por liaizar Dans le pu fin fon de l'enfar.
Aigniai contre eine tei furie.
Préparôo sei philosophie , Quan Didon pleine de depei To ei cô tone le darei.
Dedan sai chambre elle s'enfue ; Ai pone y fût-elle venue Qu'on cueudi qu'elle allôo meuri , Et se chambleire de cori.
Jusqu'elle fusse revenue , On lai jeutte tôte étandue Dessù son beàa lei de velor
Il paroît que le projet assez bizarre de traduire Virgile en vers boui^guignoiis , avoit été suggéré à Pierre Dumay par la vogue déjà bien établie des JVoéls de La Monnoye; en effet, ce piquant ouvrage, cju'on peut regarder comme un chef-d'oeuvre dans son genre , et cjui avoit été publié dès la première année du siècle (i) , venoit d'être réimprimé en 1717, à Dijon y sous le faux titre de Luxem-
( I ) Noei tô Noveâ , compôzai an lai rue de lai Roulôte , ansanne le' Noei compôzai ci devait an lai rue du Tillô. Le tô du nioinie auteu. Ai Dijon, che'Jan Ressayre, imprimeu et libraire ordignaire du Roi et de lai ville, ai lai Meignarve , 1701. — Noei compôzai l an 1 700 an lai rue du Tillô , deuzeime edicion , pu
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bourg. La charmante naïveté du poète , et surtout la hardiesse de certains traits d'une causticité peu commune , qui flattoient les opinions des incrédules sans provocpier les rigueurs de la justice, firent triompher ce livre du dédain aucpiel le Virgile avoit succombé, et il reparut en 1720 quand le Virgile cessoit de paroitre. Les Noé'ls bourguignons sont si connus, et les exemplaires s'en trouvent si facilement , que ce ne seroit vraiment pas la peine d'en parler ici , s'ils ne rappeloient quelques notions bibliographiques qui sont beaucoup moins vulgaires, et qu'il n'est peut-être pas inutile de recueillir une fois pour toutes.
L'édition de 1720, que je viens d'indiquer, et à laquelle les bibliophiles s'attachent , a été réiraiprimée en 1738 et quelques autres fois encore; mais elle a été , en outre , réimprimée plusieurs fois sous la date de 1720. Un amateur fort digne de confiance m'a assuré qu'il en avoit compté neuf éditions différentes ainsi datées, et j'ai eu l'occasion d'en reconnoître quatre. Je ne me suis attaché , dans ma collection, qu'à celles qui otfroient des particularités remarquables et de singulières différences.
meiglieure que lai premaire. Ibid, 1701, in-i2. 90 et 20 pages; V. fauve, rel. par Vogel.
Edition originale des JVoëls de la Roulote, et des Noëls réunis. Très rare, même en Bourgogne. ^
Exemplaire signé et annoté par Chardon.de La Rochette.
tM/f DES POÉSIES PATOISES.
lin". L'édition originale de 1720, qui est beaucoup mieux imprimée cjue les autres. Elle s'en distingue parfaitem^ent à la beauté de l'exécution , et à cette espèce de soins qui révèlent l'oeil du maitre. M. Brunet ditquon ne la recherche que lorsque la musique s'y trouve jointe ; c'est dire qu'on ne la recherche point , car la musique n'y est jamais, à moins qu'on ne l'y ait mise , et on ne comprend pas trop quel mérite cette espèce de plain-chant peut ajouter au mérite d'un livre charmant. Mon exemplaire, qui vient de la vente de M. de Ch., est en grand papier fm , et le seul de cette espèce qui me soit jamais tombé dans les mains. On reconnoît facilement cette édition à ces deux signes : 1°. le chiffre MDCCXX est imprimé ainsi , et sans points; dans les autres éditions de même date qui sont venues à ma connoissance , il est écrit M. DCC. XX.; 2". dans l'édition originale, la première ligne de l'avertissement commence ainsi : Des curieus ; dans les éditions suivantes cjue j'ai pu examiner, il y a : Des curieux, etc.
2". Une édition datée de 1720, et cpie je crois très peu postérieure à celle-ci , sur laquelle elle est copiée. Il sufïlra , pour la faire reconnoitre, de remarquer que Y errata de la première y a été entièrement corrigé , et avec tant de délicatesse , comme prôpô pour prôpo, ligne 20 de la page 7 , qu'il faut la regarder comme la meilleure qu'ait revue La Monnoye. La premici'e finit à la page 420
DES POÉSIES PATOISES. i5ô
et celle-ci k la paf^e 4^6 , parce que VeiTata n'y esl plus; il y a d'ailleurs quelques légers changemens. Mon exemplaire , qui est d'une des bonnes reliures de Padeloup , contient la musicjue manuscrite ; c'est peut-être cet enrichissement qui a donné l'idée de l'imprimer depuis.
3°. Ma troisième édition, datée de 1720, se recommande aussi par quelque mérite particulier. Mon exemplaire est broché ; il contient la musique imprimée , et de plus une pièce de sept pages chiffrées renfermant VEpicedium de La Monnoye par le Père Oudin ; précédé de sa dédicace à Jean du Tillot , et suivi d'une traduction en vers François par R. de R. (Richard de Ruffey). La Monnoye étant mort le i5 octobre 1728, il n'en faut pas davantage pour déceler la fraude du libraire; cependant cette édition est encore fort curieuse pour les augmentations, et toutes trois, réunies à l'édition originale , au Spécimen de M. Dubois , dont je vais parler, et à la traduction inédite en vers françois dont je fais ensuite mention, composent peut-être une collection unique dans les bibliothèques.
Quoique La Monnoye ne puisse pas être accusé d'avoir négligé l'édition de ses Noé'ls , et qu'aucun homme n'ait porté plus loin peut-être les connoissances lexicologiques nécessaires pour obtenir la meilleure orthographe et la meilleure accentuation possible de son patois, il avoit dû lui échap[>er
i56 DES POÉSIES PATOISES.
qiielcpies négligences parmi les immenses travaux dont il étoit toujours occupé, et c'est pour y parvenir que M. Dubois, de Lisieux , en avoit préparé à Cliàtillon-sur-Seine une nouvelle édition (i), exécutée avec le soin extraordinaire que cet excellent philologue porte dans ses moindres études; il avoit eu l'occasion de se procurer des couplets que La Monnoje, tout peu scrupuleux qu'il fût sui' ces matières, s'étoit cru obligé de sacrifier aux bienséances , et qui ne se conservent par conséquent que dans la tradition , mais dont il est impossible de méconnoitre le cachet. Je citerai celui-ci , dont la place est après le second du premier Noé'l , dans la Seule de Noei de lai Roidôte et du Tiïlô, page 88 de l'édition de 1720.
Corne ai no , dans lai boucote
De ce Dei nôvea , Le pei d'une femmelôte
Chiccli du laissea , Chiccli du laissea , mé f'raire ,
Chiccli du laissea.
Je ne sache pas que ce mot chiccli se trouve employé ailleurs dans les Noëls , et cependant La Monnoye l'a expliqué dans le Glossaire , en faisant
(i) Les mêmes Noëls. Châtillon-sw-Seine , Conillac Lambert, 1817, in-1.2. Le titre, et 122 pages; mar. rouge, doublé de tabis, rel. par Ginain.
Exemplaire non rogné.