‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 43 sur 85 · DES FALISQUES · texte numérisé non relu

DES FALISQUES

Je ne m'attache guère à constater la rareté d'un livre , quand je n'ai pas à tirer de ce fait quelques éclaircissemens curieux pour la biographie, pour la bibliographie, ou pour l'histoire littéraire. Il faut qne j'explique ici en peu de mots, ce qiii, dans celui dont je parle, m'a semblé digne d'attention.

Les Falisques étoient d'anciens peuples d'Italie qui habitoient les contrées placées depuis la mer de Toscane, vers Piombino, jusqu'au mont Soracte, vers les Veïes, Veïens ou Veïontins, avec lesquels il paroit qu'on les a mal à propos confondus. Il est fort question de ces Falisques dans Poljbe, dans Denis d'Halicarnasse, dans Tite Live et dans Pline. Lem^s principales villes étoient Falère et Hortanum dans les temps anciens. De nos jours on remarque sur leui^ territoire Città Castell ana, qui est la Civitas Castellana de Cm^sius, Montefiascone et Orti. Orti est évidemment Y Hortanum de Julius Roscius Hortinus. M. Noël traduit Hortinus , de Virgile, par habitant de la mile d'Horte, mais Horte n'est pas un nom latin, et il n'y a point de ville d'Italie qui s'appelle Horte. Quoi cju'il en soit, le morceau d'histoii^e qu'Antonius Massa a consacré aux Falisques , jouissoit d'une grande réputation du temps de Julius Roscius et de Damien Grana, qui l'appelle liber aureus, et c'est ce qui porta ces érudits à publier cette jolie et rarissime édition. Comme l'auteur avoit établi fjue la célèbre femme poète , Falconia Proba , étoit

Ï)ÊS PArJS(^tJËS. 2i$

née à Hortanuni , Julius Roscius se servit de cette transition toute naturelle pour grossir son petit livret du fameux centon viri»ilien , qui nous a conservé son nom. Il se sentit conduit tout aussi naturellement à y réunir les centons de son ami Jules Capilupi, par l'analogie de genre, et on ne se plaindi^a pas qu'il ait saisi une occasion si commode de faire connoître au public quelques uns de ses propres vers.

Les questions et les inductions qui résultent de tout cela, ne sont ni bien nombreuses, ni bien piquantes, mais je les crois de nature à n'être pas négligées par les biographes et les bibliographes à venir, et voilà pourquoi je les recueille.

r ". Existe-t-il deux Falconia ou Faltonia Proba ?

2°. Falconia Proba , auteur du centon in 'vetus ac riôifum Testamentum , étoit-elle née à Hortanum ou Orti?

5". On ne devoit omettre dans les biographies, ni le nom d'Antonius Massa , dont la monographie des Falisques est réellement un chef-d'oeuvre en son genre, ni celui de Julius Pioscius, bon criticjiie, élégant prosateur, et poète distingué.

4"- L'édition originale des centons de Jules Capilupi n'est donc pas de iSgo, comme on l'a toujours dit, mais de i588.

Spécimen fort rave de l'ascétisme le plus ridicule.

Dévote Salutation aux membres sacrez du corps de la glorieuse Vierge MÈRE DE Dieu, par R. P. I. H., capucin. Paris, Hautei'ille, lô'jS, une demi-feuille in-i6.; v. fauve ancien.

Très rare.

Si quelque chose avoit pu jeter un ridicule funeste et destructeur sur les mystères de la religion , ce sont les folies ascétiques des Artus Désiré , des Doré, des Beaulxamis, et de cette foule de fanaticjues stupides dont les livres occupent encore une place dans les bibliothèques curieuses. Il est même douteux que l'hérésie et le philosophisme aient porté autant de préjudice aux croyances que leurs extravagances mystiques. Je ne suis pas du nombre des amateurs qui aiment à les recueillir, car il est rare cpie le sel du titre de ces platitudes se retrouve dans leur composition; mais en voici une qui méritoit une exception toute spéciale. C'est l'expression de l'enthousiasme poéticjue d'un capucin pour les beautés corporelles de la Vierge.

Il est bien probable cpi'il n'existe pas six exemplaires de ce livret de seize pages , mais son exigiiité me permet heureusement de faire participer mon lecteur au plaisir cju'il m'a donné, et il en trouvera ici la réimpression exacte, à deux pages près de petites oraisons latines qui ne sont que pieuses.

A la Teste.

« Je vous salue souverain chef de Marie, empérière du ciel et de la terre , terreur des puissances de l'enfer, gloire de celles du ciel, couronne des plus éclatantes estoilles.

Aua^ Cheveux.

« Je vous salue cheveux charmants de Marie , rayons du soleil mystique , lignes du centre et de la circumférance de toute la perfection créée, veines d'or de la mine d'amour , liens de la prison de Dieu, racines de l'arbre de vie, ruisseaux de la fontaine du paradis , cordes de l'arc de la charité , filets de la prise de Jésus, et de la chasse des anies.

A la Face.

« Je vous salue belle face de Marie , miroir de la très haute Trinité, jmage de la pudeur, tableau de la modestie, m.icrocosme des merveilles, portrait de la divinité , simulachre de la beauté.

Aux Oreilles.

« Je vous salue oreilles intelligentes de Marie,

presicKaux de la princesse des pauvres, tribunaux de leurs requestes, salut de l'audience des misérables , vniversitez de la sapience divine , receveuses generalles des pupilles, percées des annelets de nos chaînes, emperlées de nos nécessitez.

Aux Joues.

(( Je vous salue joues florissantes de Marie , parterres d'oeillets et de lys , grenades escartelées , jardins de la contenance, paradis des plus belles fleurs, teintes dans la pourpre et les roses de la divine charité.

A la Bouche.

u Je vous salue bouche coralline de Marie, jnterprète de la miséricorde de Dieu, oracle de nos bonnes fortunes, messagère de nos bons succez, chapelle des louanges divines, parlement de revision favorable pour les causes desespérées.

A Palais.

« Je vous salue doux palais de la bouche de Marie, ruche à miel cpii ensucre ses lévites, qui coule le nectar du ciel, qui confit l'absynthe de nostre vie , qui adoucit nos amertmnes , cave du vin de l'amour qui réjouit le coeui^ des hommes.

Au Col.

(( Je vous salue col officieux de Marie, qui pliez sa teste et ses yeux sur les pitoyables olyjects de nos

misères , canal du nouveau cominerce eut re le ciel et la terre, passasse de communication eiitre la grâce et le péclic , laqs de l'union mystitjne entre le chef et les m^embres de l'Église militante et triomphante, roseau de sucre cjui dessale les acres humeurs de la justice qui descendent sur les criminels , col h qui toutes les vertus forment un précieux rang de perles.

Aux Espaules.

u Je vous salue espaules inébranlables de Marie, colomnes de l'univers, montagnes qui sauvent l'arche du déluge , boucliers de nostre défense , rempars de nostre protection , supports des âmes affligées , compagnes de leurs fardeaux et de leurs charges , comportatrices de leur croix , fondem«nts sur lescpiels se relèvent les ruines de la grâce.

Aax Bras. t

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(( Je vous salue bi'as laborieux de Marie, officiers de la dépence de Jésus , aîles de la Raine des séraphins , rames de la navire sacrée qui porte le pain de vie, bras qui étouffez le diable, bras qui embrassez les hommes, bras qui emprisonnez Dieu.

Aux Mains .

-' « Je vous salue mains libérales de Marie, trésorières des financés de Ja grâce et de la gloire; mains embaumées de myri'he, mains pleines d'or

23o SPECIMEN D'ASCÉTISME.

et d'hyacinthe , mains qui aiTachez les foudres des mains irritées de Dieu, mains qui lui faites, quand il vous plaist , signer le pardon de nos péchez et l'entérinement de nos grâces.

A la Poitrine.

(( Je vous salue poitrine charitable de Maïiie , port asseuré des naufragants, retraite des exilez, temple de nostre recours , cabinet des célestes pensées , litière de l'Enfant - Jésus , hospital des incurables, hospice des pèlerins, thrésor des délices de Dieu.

Aux Mammelles.

<( Je vous salue mammelles virginales de Marie, nourisses du nourissier de l'univers, aumonières de l'indigence et de la pauvreté de Dieu, procuratrices des aliments de Jésus, Aivandières célestes de ses innocents appétits, vases de rosée du ciel, fontaines de manne coulante, nacres de perles liquides, sources de sucre et de laict.

Au Cœur.

(f Je vous salue coem^ enflammé de Marie, fournaise des divines amours , carquois des ttesches séraphiques , forge des sainctes étincelles , centre des célestes désirs , foyer des charbons de charité , cœur scelé de l'image de Dieu et de toute la Trinité. ......

SPRCÎMEN D'ASCÉTISME. aSi

j4u P entre.

u Je vous salue ventre miraculeux de Marie , ofticine des prodiges de Dieu , arche de son alliance avec les hommes, lict nuptial des deux natures corporelles qui a uni deux métaux insociables, amas de bled environné de lys, sphère qui a porté le soleil, aurore qui a produit le jour.

^iux Genoux.

^' « Je vous salue pitoyables genoux de Marie, bases de l'autel de nos voeux, piliers du propitiatoire des pescheùrs , asylles des fugitifs , solliciteurs des orphelins , vainqueurs de la colère de Dieu.

Aux Pieds.

^' (( Je vous salue pieds infatigables de Marie, pôles du ciel animé, piédestals des colomnes sacrées qui portent le Louvre de Dieu, légats du saint Evangile, couiTiers de nostre foelicité, labouixurs du salut des âmes.

Au Sang.

(( Je vous salue sang inestimable de Marie , estolfe de laquelle s'est fait Thabit du Verbe incarné , pourpre du monarcpie des rois , substance que Dieu a briguée, foraiateur de qui vous a foniié, ouvrier de l'hostel miraculeux qui a logé corporellement toute la Divinité.

A tout le Corps.

i( Je vous salue corps incomparable de Marie, archétype de toute la perfection de la nature, hostel de JDieu , relicpiaire de toute la saincteté de la grâce , boette du plus précieux joyau de Dieu , tabernacle de la virginité , spectacle des séraphins , chef d'oeuure des idées éternelles.

y/ l Ame,

(( Je vous salue aine glorieuse de Marie , blessée et percée à jour par le glaive de douleiu', mei' amere des toiu^ments de la passion de Jésus-Christ, la plus parfaicte ressemblance de Dieu, Empirée de^ gloires divines , archive des secrets de la Trinité , couvent auquel toutes les vertus sont professes, spectatrice de l'essence de Dieu, exemple de la loy driginelle , non plus outre de la puissance de Dieu.

(( Je vQus salue rnère de Dieu , par la perfection de vostre corps , et par la vertu de vostrfi aijjije , et par les dons de la nature , et par les faveurs de la grâce, et par les privilèges infus , et par les mérites acquis , et par tous les actes jsurnaturels des puissances de vostre ame , et par l'obéissante coopération ^. tous les membres de vostre corps, et pajtous les plaisirs (jue Dieu ^ pa'is et prendi^a éternelleinent en vostre esprit, et par tous les agréables services que vos membres ont rendus à son Fils. Je

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vous supplie de réformer les défauts de mon ame et l'immodestie des membres de mon corps ; rendez-moy conforme avec vous comme vous l'avez esté avec vostre Fils, et lui avec le Père Eternel, consacrant par vostre intercession mon corps et mon ame en un temple vivant du Sainct-Esprit , et impétrez-moi la grâce en ceste vie et la gloire des bienheureux en l'autre. »

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