‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantiqueChapitre 11 sur 39 · PETRUS BOREL · texte numérisé non relu

PETRUS BOREL

i832 — Rhapsodies, par Petrus Bord. Paris, Levavasseur, au Palais-Royal. In-16, carré.

Vous dont les censures s'étendent Dessus les ouvrages de tous, Ce livre se moque de vous.

Malherbe.

Hautain, audacieux, conseiller de soi-même. Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il aime. Régnier.

La première édition a pour frontispice une gravure au vernis mou représentant un jeune homme coiffé du bonnet phrygien, assis sur un escabeau et appuyé sur une table recouverte d'un tapis. L'homme est en chemise et bras nus, et tient à la main un long et large couteau dont il paraît vouloir se frapper. Le mur de la chambre est bâti en colombage ; draperie retombant à gauche comme un rideau de théâtre. — Est-ce un portrait de l'auteur ? ou seulement une allégorie révolutionnaire? — Plus, deux vignettes lithographiées placées à l'intérieur du volume et signées Napol (probablement M. Napoléon Thomas, ami de l'auteur, qui a illustré quelques livres de i83o à 1840) : —

i° pour la pièce intitulée Fantaisie, un Bonsingot couché sur la paille d'un cachot; fers scellés dans la muraille, à gauche une cruche et un morceau de pain noir ; 2° Ma croisée; autre Bousingot en grande toilette, accoudé à une fenêtre encadrée de vigne.

Annoncés, comme sous presse, sur la couverture :

— Pâture à liseurs, parPetrus Borel, in-8° orné de vignettes, par Napol. Thomas et Joseph Bouchardy (i).

— Du même auteur: Appel aux jeunes Française cœurs de lions, brochure in-8°.

— Odelettes et études dramatiques, par Gérard(de Nerval.)

— Mosaïque, par Philippe O'Neddy (2) ;

— Odes artistiques, par Théophile Gautier.

— Mater Dolorosa, par Augustus Mac-Keat (M. Auguste Maquet).

— Essai sur V incommodité des commodes, par Jules Vavre (ou Vabre), architecte.

1 83 3 . — Deuxième édition, Bouquet, successeur de Levavasseur, au Palais-Royal. Même tirage. Le frontispice au vernis mou est remplacé par une vignette à l'eauforte de Célestin Nanteuil. — Cartouche estampé, encadré de figures de fantaisie.

Annoncés sur la couverture :

Du même auteur : — Faust, dauphin de France, un fort volume in-8°.

(1) Le dramaturge.

(2) Anagramme de Dondey. C'est l'auteur de Feu et Flamme, dont nous reparlons plus loin.

— Les Contes du Bousingo (sic), (i) par une camaraderie.

- Champ avert, contes immoraux, par Petrus Borel le lycantrophe. In-8°. Eug. Renduel.

(i) Comme la plupart des ouvrages annoncés dans cette liste, les Contes du Bousingo n'ont jamais paru. Une très-obligeante lettre de M. Th. Dondey de Santeny, l'auteur de Feu et Flamme, nous apprend quelle fut l'occasion de ce projet collectif et fixe en même le sens et l'orthographe du mot qui devait servir de titre au livre. Il ressort de cette lettre que la qualification de Bousingots ne fut jamais acceptée par la Jeune-France de la camaraderie de Petrus Borel. Elle leur fut au contraire infligée à l'occasion d'un procès au tribunal de police municipale, qui fit quelque bruit en son tems. Quelques-uns des camarades furent arrêtés une nuit dans les rues de Paris , pour avoir chanté trop haut et trop tard une chanson dont le refrain était: nous ferons, ou nous avons fait du Bousingo (du bruit, du bouzin.) C'était au moment du fameux complot de la rue de Prouvaires : la police alarmée engloba les perturbateurs dans la poursuite, et l'affaire se résolut pour quelques uns d'entre eux par une incarcération de quelques jours à Ste- Pélagie. Gérard de Nerval, un des incarcérés, a consacré dans un article intitulé Mes Prisons (inséré dans le Bohême Galante Michel Levy i855), le souvenir de cette algarade. Cependant l'affaire avait fait du bruit, et le mot Bousingo était devenu populaire. Les journaux bien pensants affectèrent désormais d'appeler Bousingots les ennemis de l'ordre et du repos public. Ce fut pour donner aux bourgeois et à leurs journalistes une leçon d'orthographe que les amis résolurent de composer collectivement un recueil de contes auquel on donnerait le titre de conte du Bousingo. Le projet comme je l'ai dit n'eut pas de suite. Le seul Gérard, m'a- t-on assuré, aurait fourni sa contribution ; et le charmant conte de la Main enchantée qu'il publia plus tard, fut composé exprès pour ce recueil.

Vignette sur bois de Jean Gigoux, gravée par Godard, sujet du troisième conte: André Vesale.

Petrus Borel marque une phase, ou plutôt une déviation du Romantisme, produite par l'invasion de la politique dans la littérature, après la révolution de Juillet. Cette phase a eu son symbole, son type, leBousingo (ou Bousingot), que l'on retrouve fréquemment dans les lithographies du temps, avec son gilet à la Robespierre, sa grosse canne, sa longue barbe et ses longs cheveux, coiffé tantôt de la casquette rouge à chaînette, tantôt du chapeau ciré. Le Bousingot transporta dans la vie politique le style et les allures de l'école Romantique. Ce fut une variété du genre Jeune- France, mais aussi rude, aussi cynique que les autres étaient dandies et raffinées. En véritable artiste il trouva tout de suite et avec génie la plastique de son idée. La passion de la couleur et de la localité avait poussé les écrivains romantiques vers le luxe et l'éclat. Le Bousingot plongea dans la crapule et affecta les habitudes populacières. Il opposa le brûle-gueule et le petit bleu aux narguilehs et aux hanaps. Des mêmes fusées, des mêmes soleils de métaphores qui se tiraient ailleurs en l'honneur des marchesines et des cathédrales, il fit des cartouches pour tirer sur le roi et sur les sergents de ville ; mais c'était bien au fond le même procédé et la même poétique. Romantiques et bousingots se rattachaient d'ailleurs par un point commun: la haine du bourgeois et l'horreur de la platitude. Les esprits les plus distingués de l'école subirent cette épidémie de la politique. Gérard de Nerval, qui avait chanté Napoléon sous la Restauration, en fut atteint des premiers, témoin la charmante Odelette qui commence ainsi :

Dans Sainte-Pélagie Sous ce règne élargie...

Théophile Gautier aussi a payé tribut à l'influença par ce

sonnet de son premier recueil, qui justement a pour épigraphe deux vers bousingots du même Gérard :

Liberté de Juillet, femme au buste divin, Et dont le corps finit en queue.

Gérard.

Avec ce siècle infâme il est temps que l'on rompe, Car à son front damné le doigt fatal a mis, Comme aux portes d'Enfer : Plus d'espérance! — Amis, Ennemis, peuple, rois, tout nous joue et nous trompe.

Un budget-éléphant boit notre or par sa trompe.

Dans leurs trônes d'hier encor mal affermis,

De leurs aînés déchus ils gardent tout, hormis

La main prompte à s'ouvrir et la royale pompe.

Cependant, en Juillet, sous le ciel indigo,

Sur les pavés mouvants ils ont fait des promesses,

Autant que Charles dix avait ouï de messes.

Seule, la poésie, incarnée en Hugo,

Ne nous a pas déçus ; et de palmes divines

Vers l'avenir tournée ombrage nos ruines.

Chez ceux-là, ce ne fut qu'affaire de mode et de fantaisie. La fusillade de Saint-Merry et les lois de septembre furent le Waterloo du bousingot. Du jour où il lui fut interdit de protester d'une manière visible, du moment où on lui retira

- 3o — ses insignes : son gilet, sa canne et sa pipe à tête de poire, le bousingot dut abdiquer. Il se fit homme grave, économiste et philosophe humanitaire, et écrivit, pour fronder la société et le pouvoir, des romans où l'idée prédominait sur la forme. Le Roman à tendances, cette monstruosité littéraire, est le seul legs que Bousingo ait laissé à la littérature du dix-neuvième siècle.

M. Petrus Borel, qui est mort en Algérie,il y a quatre ou cinq ans, avait publié, outre les ouvrages ci-desssus.

— Madame Putiphar, roman immoral, deux volumes moins illustrés par deux vignettes de Markl, que par la splendide composition poétique qui lui sert d'introduction ; Robinson Crusoë par D. de Foë, traduction de Petrus Borel, enrichie de la vie de Foë par Philarète Chasles, avec notice sur le matelot Selkirk par Sainte Hyacinthe, sur l'Ile de Juan Fernandez, sur les Caraïbes et les Puelches par Ferd. Denis, et d'une dissertation religieuse par l'abbé la Bouderie. — Fr. Borel et A. Varenne, i836, in-8°, 2 vol., 2 5o gr. s. bois, d'après Nanteuil, Devéria, Boulanger et Napoléon Thomas.

L'Obélisque de Louqsor, pamphlet publié originairement dans le livre des Cent et Un (t. XIII, i832).

Il a fait, vers 1846, dans le journal le Commerce, des articles de critique dramatique qui ont été fort remarqués. La troisième édition de la facétie intitulée ; Comme quoi Napoléon n'a jamais existé (i836), est précédée d'une préface signée P. B., qui est de Petrus Borel.

Jérôme Chasseibeuf, nouvelle, l'Artiste, 1634, t. VII, deux vignettes de Devéria.

— Le Trésor de la caverne d'Arcueil, Revue de Paris, 1843. V. l'Artiste et autres journaux littéraires du temps.

On a vu au salon de 1839, un portrait au pied de Petras Borel par Louis Boulanger. L'auteur de Champavert est représenté debout et la main appuyée sur la tête d'un gros chien assis à ses pieds. Ce portrait a été gravé à Teau-forte pour l'Artiste par M. Célestin Nanteuil.

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