A UNE JEUNE FILLE
Ode.
Du sein de ces torrents de gloire et de lumière, Où sur des harpes d'or les esprits immortels Aux pieds de Jéhovah redirent la prière De nos plaintifs autels;
Souvent un chérubin à chevelure blonde.
Raillant l'éclat de Dieu par son front reflété, Laisse au parvis des cieux son plumage argenté, Et descend sur le monde-
Comprenant du Très-Haut le sublime regard, Il vient sourire au pauvre à qui tout est souffrance, Et par son tendre aspect rappeler au vieillard Les doux jeux de l'enfance.
Il inscrit des méchants les tardifs repentirs; A la vierge amoureuse il accourt dire : Espère! Et le cœur plein de joie il compte les soupirs Qu'on donne à la misère.
De ces anges d'amour un seul est parmi nous Que le soin de notre heur égara dans sa route; En soupirant il tourne un regard triste et doux Vers l'éternelle voûte.
Ce n'est point de son front l'éclatante blancheur Qui m'a dit le secret de sa noble origine ; Mais son tendre sourire et l'accent enchanteur De sa plainte divine.
Ah! gardez, gardez bien de lui laisser revoir Le brillant séraphin qui vers les deux revole; Trop tôt il lui dirait la magique parole Que pour nager dans l'air ils prononcent le soir.
Vous les verriez, des nuits perçant les sombres voiles, Comme un point de l'aurore atteindre les étoiles,
De leur vol fraternel ; Et le marin, le soir, assis sur le rivage, Levant un doigt craintif aux campagnes du ciel. De leurs pieds lumineux montrerait le passage.