ANNALES ROMANTIQUES
1 823-1 836. Douze volumes in-18. Cette collection, qu'il est rare de trouver complète, a eu deux titres et trois éditeurs.
Le premier volume, celui de 1823, parut sous le titre de Tablettes romantiques, à Paris, chez Persan, rue de l'Arbre-Sec, et Péiicier, place du Palais-Royal (viij
et 446 p.), préface signée J. A. : « L'éditeur de ce
recueil est resté neutre dans cette grande question. Il a entendu dire que le genre romantique n'existe pas, et il a rassemblé les pièces qu'on va lire; il a entendu dire que le genre romantique est le genre détestable, et il a voulu mettre le public en état de juger, etc. » Ce premier volume a pour frontispice un dessin allégorique lithographie, représentant une femme voilée et drapée couronnée d'étoiles, et emportée dans les espaces sur un char antique attelé de deux chevaux noirs galopant.
La lettre nous dit que c'est là la Muse romantique; et cette symbolique nous déconcerte un peu actuellement. Il est au moins curieux de voir, dans ce dessin de Louis Boulanger, quels attributs on donnait alors à la poésie romantique : virginité, chasteté, éclat stellaire, aspiration indéfinie vers la pureté céleste. Qu'on livre cette allégorie en rébus aux esprits d'aujourd'hui, ils croiront reconnaître ou la poésie mystique ou la vierge classique des anciens palinods, ou encore la patronne de quelque hérésie nouvelle. Ce n'est pas la muse vigoureuse, agile et clairvoyante des Orientales ou de Emaux et Camées, qui se fait ainsi promener sur un char olympique là travers l'azur silencieux. — En plus, quatre portraits, ithographiés par A. Colin, de Soumet, Alexandre Guiraud, Ancelot et Charles Nodier. Les plus grands noms du temps se trouvent réunis dans ce volume : Chateaubriand, J. de Maistre, Lamennais, de Lamartine, C. Delavigne, Emile Deschamps, Alfred de Vigny, de La Touche, Victor Hugo, Nodier, Béranger, Fontanes, mesdames Valmore, Delphine Gay, etc. On y trouve un fragment du poème de Grâiml\le,\e Dernier Homme , inséré probablement par Ch. Nodier, et trois morceaux, deux de prose, un de vers, d'Eugène Hugo, le fécond frère de Victor Hugo, mort en .1837 (1) : la Dernière
(1) La Bibliog. universelle, qui nous donne cette date (suppl. t. 67), mentionne du même auteur une ode sur la mort du duc d'Enghien, et une ode à Murât. Le premier volume du Conteur, veille'es d'hiver, recueil publié par l'e'diteur Carpentier, à l'imita-
assemblée des Francs-Juges, fragment; la Bataille de Denain, ode, et le Duel du précipice, donné sans nom d'auteur. M. Sainte-Beuve, dans une première étude sur Victor Hugo {Revue des Deux-Mondes , i83i, tome III, 111e livraison), a dit quelques mots de ce frère, le cadet d'Abel Hugo, l'aîné de Victor, qu'il précéda dans la carrière poétique.
Après avoir parlé des doutes, des tourments, des orages qui assaillirent les poètes dans ce temps de renouvellement et d'enfantement pour la poésie : — « Eugène, dit-il, à qui nous devons bien ce triste et religieux souvenir, Eugène, plus en proie à la lutte, plus obsédé et moins triomphant de la vision qui saisit toutes les âmes au seuil du génie et les penche échevelées à la limite du réel sur l'abîme de l'invisible, a exprimé cette pensée pénible, cet antagonisme désespéré, ce Duel du précipice; la poésie soi-disant erse, qu'il a composée sous ce nom, est tout un symbolede lugubre destinée-Les nombreux articles decritique dans lesquels il juge les ouvrages et les drames nouveaux (i) respirent une conscience profonde et accusent un retour pénétrant sur lui-même, et comme un souci effaré de l'avenir. Après le succès de Marie Stuart, de M. Lebrun, il écrivit :
tion du Livre des Cent-et-Un et du Sahnigondi, contient une nouvelle d'Eugène Hugo, intitulée : Trahison pour Trahison.
(i) Dans le Conservateur littéraire, rédigé par Soumet, Pellieier, et qui parut de 1819 à 182 1 (V. Deschiens, Bibliographie des Journaux).
« En général, une chose nous a frappé dans les cornai positions de cette jeunesse qui se presse maintenant « surnos théâtres : ils en sont encore à se contenter «facilement d'eux-mêmes: il perdent à ramasser des « couronnes un temps qu'ils devraient consacrer à de « courageuses méditations ; ils réussissent, mais leurs « rivaux sortent joyeux de leurs triomphes. Veille^, « veille^ jeunes gens ; réunisse^ vos forces ,• vous en « aure-{ besoin le jour de la bataille : les faibles oi- « seaux prennent leur vol tout d'un trait; les aigles « rampent avant de s'élever sur leurs ailes. — Et pour- « tant son hardi et heureux frère ne rampait déjà plus !»
En 1825, le libraire Urbain Canel devient l'éditeur des Annales romantiques et il continue de l'être jusqu'en 1828.
Le volume de 1825 a pour frontispice une vignette de Devéria, gravée sur acier par Fauchery, qui représente une jeune mère défendant son enfant contre la mort; sujet tiré d'une des pièces du volume : la Mort, par madame Amable Tastu. — Charmante vignette.
On trouve dans ce volume : la Dolorida, d'Alfred de Vigny; un fragment sur l'amour, de Benjamin Constant; le Supplice des Suicidés, ode de Chénedollé; les Adieux au collège de Belley, de M. de Lamartine; deux fragments en prose de Chateaubriand.; le Sylphe, de Denne- Baron; le Juif et l'Athée, fragments par l'abbé de Lamennais; Voltaire, par le comte de Maistre; les Adieux aux Romantiques, de Charles Nodier; le Centaure, d'Alphonse Rabbe, etc. ; principaux collaborateurs :
Mesdames Tastu, Desbordes- Valmore, Delphine Gay, MM. Victor Hugo,, Béranger, de Latouche, Philarète Chasles, Casimir Delavigne, Emile Deschamps, de Fontanes, Victorin Fabre, A. Guiraud, Guttinger, Jules Lefèvre, Loyson, A. Malitourne, feu Millevoye, Marchangy, de Salvandy, Scribe, Gaspard de Pons, de Rességuier, Villemain.
1826. Frontispice : le Châtelain de Cro^an , sujet d'une ballade en prose de Henri de Latoucha, dessiné par Desenne, gravé par Leroux.
La Forêt, de Chateaubriand; un rondeau de Clotilde de Surville; YIdiot, ballade d'Ernest Fouinet; Ylnconstant, par madame Sophie Gay; la Douleur d'une Mère, par madame de Krudner (extrait de Valérie); Auguste et Crocotas, par Alphonse Rabbe; les Oies, fable, par Rouget de l'Isle ; Y Indifférence, par le comte de Peyronnet; la Cour d'Alphonse VI à Païenne, par M. Villemain, etc., etc.
1827-28 (en un seul volume). Frontispice : Y Esprit de Dieu, sujet de l'ode de Lamartine, publiée dans ce volume; dessiné par Desenne, gravé par Fontaine.
Ce volume contient particulièrement : un fragment AtY Homme sans nom, de Ballanche; Mon Grenier, chanson de Béranger; des vers adressés à lady Blessington, par lord Byron, et la réponse en vers de lady Blessington (avec la traduction); Y Aveugle, par Théodore Carlier; des vers inédits d'André Chenier :
Près des bords où Venise est reine de la mer...
la Résurrection , par Antony Deschamps; sur lord Byron et ses rapports avec la littérature actuelle, article en prose, par Victor Hugo, déjà publié dans la Muse Française; le Roi des Eaux, traduit de Lewis, par Loè've-Weimars; Dédicace à Chateaubriand, parElisa Mercœur; un fragment du comte de Montlosier; YOde à la Rime et le Dernier Vœu, de Sainte-Beuve (signés S.-B.); le Songe, de Jean Paul, traduit par madame de Staël; la Mort, sonnet de Monti, traduit par de Stendhal, et enfin deux pièces de vers de M. de Balzac, que je n'ai jamais vues réimprimées ailleurs :