‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantiqueChapitre 32 sur 39 · LA BATAILLE DE DENAIN · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE DENAIN

Dulce décorum est pro patria mori.

Hor.

Vous qui triomphez de vos frères.

Mortels, montrez-vous généreux; N'insultez pas à leurs misères, Et tremblez plutôt d'être heureux.

Songez qu'il suffit d'un outrage Pour rendre un reste de courage A l'orgueil qui vit dans leurs cœurs ; Souvent le lion se relève Terrible, au dernier coup du glaive, Et vient terrasser ses vainqueurs.

Pourquoi, monarques de la terre, Pourquoi ces nombreux étendards ?

Pourquoi cet appareil de guerre^ Et ces coursiers traînant des chars?

Où vont, à travers la poussière, Au bruit d'une marche guerrière, Ces bataillons audacieux Pareils aux troupeaux dans les plaines Qm, venant des terres lointaines, Chassent les sables jusqu'aux cieux?

Ils ont dit dans leur espérance :

Punissons d'orgueilleux succès.

Rendons à la superbe France Les maux que ses fils nous ont faits.

Déjà leurs phalanges sont prêtes A venger sur nous ces conquêtes Dont ils gardent le souvenir; Prompts à commettre en leur victoire Ces mêmes crimes de la gloire Que le ciel leur donne à punir.

Que fera donc ce vieux monarque Qui règne au trône des Français , Et qui, menacé parla Parque, L'est plus encor par leurs succès ?

La faim dévaste ses provinces, Le trépas a frappé ses princes Au sein des peuples effrayés.

Faudra-t-il donc qu'il s'humilie Et qu'en sa vieillesse il supplie Ceux qu'il vit jadis à ses pieds?

— içp —

Hochstedt en ses marais célèbres Avait vu périr nos soldats; Ramillie en ses champs funèbres Les voit se rendre sans combats; En vain, respirant la vengeance, Villars à Malplaquet s'avance; Nos jours de gloire n'étaient plus Et nos soldats, pleurant de rage, Dans cette plaine de carnage Enterraient leurs drapeaux vaincus.

Respectons le destin terrible D'un roi qui prie en s'abaissant Dieu seul, mortels, est invincible, Ce Dieu qui seul est tout puissant.

Il est beau, quand le sort nous dompte, De savoir accepter sa honte, Pour sauver un peuple abattu.

Avoir vaincu c'était la gloire; Mais savoir céder la victoire Mortels, c'est plus, c'est la vertu!

Mais l'étranger plein d'arrogance Croyant à des succès certains, Oubliait, dans son insolence, L'instabilité des destins.

Il n'accordait à nos prières Qu'une de ces paix meurtrières, Honte et ruine des états.

Et dans cet accord téméraire

Louis trouvait toujours la guerre Et l'honneur ne s'y trouvait pas.

Partez, Villars ! allez combattre Et, s'il le faut, allez mourir!

Nous, si le ciel veut nous abattre Sur vos pas nous irons périr.

Oui, si le sort vous est rebelle.

Moi-même, à mon peuple fidèle, Je veux annoncer leurs projets, Afin qu'à ma voix tout s'assemble, Et que du moins tombent ensemble Le roi, le trône et les sujets.

O vous que la France contemple Comme ses maîtres glorieux, Rois, que ce mémorable exemple Soit toujours présent à vos yeux !

Quelque danger qui les menace, Les Français peuvent sans audace Ne point abaisser leurs drapeaux, O nos Rois acceptez la guerre Vous frapperez du pied la terre Il en sortira des héros!

Pourtant l'armée imprévoyante De ces vainqueurs audacieux, Dormait dans sa joie imprudente Sous ses drapeaux victorieux.

Oubliant que dans sa colère, Le ciel, ou propice ou sévère,

Fait seul les combats malheureux, Les insensés, dans leur clémence, Méprisienta ces fils de la France Qu'ils supposaient vaincus par eux.

Soudain les trompettes sonnantes Ont retenti de toutes parts.

Et par cent bouches foudroyantes Leur camp voit battre ses remparts; Bientôt à travers la fumée S'avance à grands pas notre armée En poussant des cris de courroux.

Français ! voici le jour de gloire !

Osons essayer la victoire Marchons, et le camp est à nous!

Albemarle, qui s'épouvante Au sein de ses murs foudroyés, Ranime en vain l'ardeur tremblante De ses bataillons effrayés.

Partout Villars, dans la tempête, Calme et terrible à notre tête Dirige avec art le danger.

Tremblez,, Germains ! il faut se rendre Vaincus, cessez de vous défendre, C'est au salut qu'il faut songer!

En vain Eugène plein de rage Accourt pour sauver ses soldats ; En vain il tente le passage Du fleuve ouvert devant ses pas.

— ïgô —

Il voit, enchaîné sur les rives, Se rendre ses troupes craintives Que nul art ne peut protéger, Et remporte dans sa retraite L'affront d'avoir vu la défaite, Sans pouvoir même la venger.

Tout demeure en notre puissance, Armes, chefs, soldats et drapeaux ; Nous retrouvons cette espérance Qui parmi nous fait les héros.

Bientôt nos villes prisonnières Relèvent leurs blanches bannières, Libres enfin par ce succès.

Et les sauveurs de nos murailles, Vainqueurs sur le champ des batailles, S'arrêtent en criant : La paix !

Au bruit de ce coup de tonnerre, Qui jusqu'à Vienne a retenti, Le monde étonné considère Le roi qu'il crut anéanti.

Louis, content de sa vengeance, Consulte les maux de la France, Sans chercher de succès plus grands :

Et, redevenu formidable, Il signe une paix honorable Conquise sur les conquérans.

Honneur à toi, monarque illustre, Qui par un titre glorieux,

— i97 — Sut ajouter un nouveau lustre Au noble nom de tes aïeux.

La postérité qui t'admire, Aux jours brillans de ton empire, Fixera longtemps ses regards, Car toute grandeur te fut chère, Et sous les lauriers de la guerre Tu fis croître ceux des beaux-arts.

Qu'importe qu'aujourd'hui l'envie, T'accusant de vaines hauteurs, Cherche à flétrir ta noble vie Par ses cris calomniateurs !

La calomnie et les outrages Sont les plus nobles témoignages Qu'un héros conquiert ici-bas.

Sur la terre où le ciel l'exile, Sa tâche serait trop facile Si les mortels n'étaient ingrats

Aristide était grand peut-être, Il fut puni de ses vertus; On vit Socrate comparaître Devant les bourreaux d'Anitus.

Quand lui-même, un Dieu tutélaire Voulut descendre sur Ja terre Pour sauver un monde orgueilleux, Pour prix de ses leçons divines.

C'est le front couronné d'épines Qu'il fut renvoyé dans les cieux.

(c) PHILOTHÉE O'NEDDY (page i36).

La publication de cette notice dans un journal nous a valu de la part de l'écrivain qui en est l'objet une trèsobligeante lettre et très-instructive qui déjà nous a fourni un renseignement intéressant à l'article de Petrus Borel.

Cette lettre rectifie quelques-uns des détails donnés à la fin de l'article sur la personne et les écrits de l'auteur. Et d'abord c'est bien Philothée O'neddy qui a plus tard signé Théophile Dondey de Santeny, surnom ajouté, comme celui de Dupré, au nom de Dondey pour distinguer les fils d'une même famille.

Les ouvrages publiés sous ce dernier nom sont :

— L'abbé de Saint-Or, épisode paru en feuilleton dans YEstafette en octobre 1839. «Ce morceau était détaché d'un roman inédit intitulé Sodome et Solime, lequel n'est autre que le roman annoncé sur la couverture de Feu et Flamme, sous le titre de Chien et Loup;

— Le Lazare de l'amour, conte publié dans la Patrie (fév. 1843 —huit feuilletons);

— i99 — — Histoire d'un anneau enchanté, roman de chevalerie, prose et vers, 1844, collection Boulé. (C'est le même qui se trouve à tort dans notre article mentionné sous le titre de V Anneau de Salomon) ;

M. Théophile Dondey de Santeny a été, en 1843, chargé successivement du compte-rendu des théâtres à la Patrie et au Courrier Français. « Il a eu par conséquent l'honneur, bien précieux pour lui, de rendre compte de la représentation des Burgraves. »

Afin de compléter autant que possible cette physionomie de la littérature et de la librairie d'il y a trente ans, nous donnons ici la liste, aussi nombreuse que nos recherches l'ont pu faire, des romans et autres ouvrages littéraires pour lesquels Tony et Alfred Johannot, Mrs Gigoux et Célestin Nanteuil, les maîtres du temps, ont dessiné des vignettes et qui ne nous ont pas fourni le sujet d'articles spéciaux. Il va sans dire que ce catalogue restreint à un genre particulier — la vignette de roman — ne saurait avoir et n'a nullement la prétention d'embrasser l'œuvre de ces éminents artistes, et que ce n'est pas par ignorance que nous omettons, soit le Roi de Bohême, le Molière et le Don Quixote, soit le Gil Blas, soit la Jérusalem délivrée, ou tout autre ouvrage illustré par ces messieurs à un autre moment, et dans un autre genre. Nous nous renfermons, nous ne saurions trop le dire, dans un genre et dans une époque. Sans prétendre avoir donné une nomenclature parfaite, nous espérons cependant avoir fort avancé la tâche de l'historien définitif. Afin de faciliter autant qu'il était possible cette tâche, nous avons décrit les sujets les plus remarquables et cité ies noms des graveurs, toutes les fois qu'ils ont signé. Nous avons enfin indi-

que, autant que nous l'avons pu, les doubles vignettes publiées ou répétées dans les journaux d'art selon l'usage d'alors.

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