OBSERVATION I
MÉLANOSE DU POUMON ; CAVERNE MÉLANIQUE DES VEBTÈBBES COMMUNIQUANT AVEC UNE CAVERNE DU POUMON.
Legoff (Joseph), âgé de vingt-huit ans, raffincur, entre à rilospice général, salle Saint-rJoseph, n° 16, le 2 juillet 1859.
Sujet émacié, d'une constitution ftiible, d'un tempérament scrofulcux. — Dans la région sous-maxilhiire, cicatrices ayant succédé à des ulcérations slrumcuses ; un trajet fistuleux se remarque sur le dos de la main, il laisse échapper un pus séreux et fétide.
11 y a six mois, il était dans un état assez satisfaisant de santé, lorsque tout à coup des douleurs se manifestent dans la poitrine. Toux cl dyspnée depuis le début ; elles ont toujours été
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en augmenlanl. En môme temps, douleuis liès-vivcslelongdu rachis, s'irradiant le long des côtes; la taille du malade s'incurve; une gibbosilé se prononce d'une manière lente et graduelle.
A l'examen de la poitrine, nous constatons une matité trèsremarquable dans les deux régions sous-claviculaires : à gauche, affaiblissement très-prononcé du murmure vésiculaire ; à droite, gargouillement, pectoriloquie.
L'expectoration était fort remarquable; crachats abondants peu visqueux, striés de noir et contenant des grumeaux de même couleur si abondants, que, vus en grande masse, ils offraient une teinte noirâtre ou bleuâtre très-prononcée, rappelant la couleur de l'ardoise.
État général des plus désespérants : sueurs nocturnes, diarrhée coUiquativc ; du reste, pas de fièvre continue et bien marquée.
Il succombe le 31 juillet, à sept heures du soir.
Le traitemônt, comme on le pense, n'a été que palliatif, et n'a pas dû modiûer d'une manière sensible la marche de la maladie.
Autopsie vingt-quatre heures après la mort.
Cadavre amaigri ; œdème des membres inférieurs ; la poitrine, une dernière fois percutée, donne une matité de bois.
Poumons. — A l'ouverture, poumons adhérents aux parois thoraciques dans toute leur étendue; quoiqu'ils soient recouverts d'une plèvre un peu épaissie, ils présentent, à l'extérieur, une couleur noire très-prononcée.
En les arrachant des parois de la poitrine, on découvre, dans les vertèbres dorsales, une vaste caverne (fig. 1 ) communiquant, par un orifice de la grandeur d'un centimètre, avec une profonde excavation dont était creusée hi partie pos-
FiG. 1. — Caverne vertébrale inclanique communiquant avec une caverne mélanique du poumon. 'Observation I.)
Coupe sur la ligne médiane des vertèbres dorsales.
A, Paroi de la caverne osseuse infiltrée de mclanose.
B, Intérieur de la caverne mélanique du poumon.
C, Bronche s'ouvrant dans la caverne.
tcrieurc du poumon droit; cette dernière, du volume d'un œuf de poule, a des parois couleur d'encre, qui laissent suinter, un liquide noir et épais.
En pressant le poumon entre les doigts, on sent une foule de petites masses indurées, comme si des amas de matière tuberculeuse, ou mieux de petits noyaux apoplectiques, étaient disséminés dans l'épaisseur du parenchyme.
A la coupe, teinte bistre uniforme. En raclant la surface avec le tranchant du scalpel, nous recueillons aisément un liquide opaque et d'un noir d'encre ; ce liquide donne au linge une teinte de sépia qui s'enlève aisément en lavant.
Les noyaux indurés, que nous avions reconnus à la pression, se traduisent à la coupe en une concentration de la matière noire plus intimement condensée. Ces noyaux étaient assez nombreux et d'un volume variable; le plus ordinairement du volume d'une noix, autant que nous avons pu en juger, car leur circonférence était mal délimitée, et ils ne tranchaient pas d'une manière très-sensible sur le reste du tissu.
Le sommet du poumon droit offre cinq ou six cavernes différentes, dont plusieurs auraient aisément pu loger le pouce. Il n'en existe pas au sommet du poumon gauche. On se souvient que c'est au sommet du poumon doit que. les signes stéthoscopiques avaient révélé une altération plus avancée.
Le tissu pulmonaire était encore un peu crépitant; jeté sur l'eau, il surnageait. L'apparente densité du tissu, à la coupe, semblait annoncer un résultat tout opposé.
Les bronches et la trachée étaient remplies d'un liquide en tout analogue à celui que nous avait présenté l'expectoration. Ces crachats même paraissaient avoir altéré la couleur de la muqueuse bronchique, qui avait une teinte ardoisée assez prononcée.
Vertèbres. — L'e.\cavation creusée dans la substance des vertèbres était limitée, dans toute son étendue, par des parois
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osseuses, sauf dans un petit espace autour de son orifice, où elles étaient complétées par un tissu fibreux et ligamenteux, et en arrière, où l'on apercevait, dans une très-petite étendue, la dure-mère rachidienne.
Le corps de la quatrième vertèbre dorsale avait disparu presque en entier ; il n'en restait que quelques fragments faiblement adhérents aux vertèbres voisines. Les parties inférieure de la troisième vertèbre dorsale et supérieure de la cinquième étaient assez profondément excavées, et offraient chacune une surface anfractueuse faisant partie de la caverne. Dans leur intervalle, deux disques intervertébraux avaient subi une profonde altération. Ils étaient amincis, d'une couleur gris obscur, et n'offraient plus aucune trace d'organisation; quand on essayait de les saisir, ils s'en allaient en lamelles parallèles.
L'orifice de communication avec la caverne pulmonaire, situé à la partie médiane de la colonne, avait un centimètre d'étendue; son rebord était fermé entièrement par les tissus fibreux et ligamenteux épaissis et adhérents, dans une certaine étendue, aux deux feuillets de la plèvre.
A droite de cet orifice, descendait l'œsophage ; à gauche, l'aorte. Ils n'étaient le siège d'aucune lésion.
L'œsophi^ge obstruait légèrement l'orifice auquel il adhérait dans sa partie gauche. Les corps vertébraux étaient entourés d'un tissu fibreux épaissi et induré. Cette sorte de gaîne, en partie de nouvelle formation, n'était nullement adhérente aux vertèbres altérées. Entre elle et les disques osseux suintait un liquide séro-purulent et d'une teinte noirâtre.
Le tissu osseux qui entourait la caverne n'était pas exempt d'altérations ; il présentait une teinte noir charbon, dans une étendue d'un centimètre. Les lamelles qui composent le tissu spongieux sont hypertrophiées, et les cellules qu'elles circonscrivent sensiblement rétrécies. Le tissu, ainsi modifié, ressemble beaucoup au tissu compacte par ses propriétés physiques.
MÉLANOMES. 15 cf surtout par sa blancheur et sa densité. Cet clat de l'os, difficile à constater à un premier examen, a été de toute évidence après la macération. D'ailleurs, les lamelles osseuses paraissent coupées perpendiculairement, absolument comme les fibres ligneuses rongées par les vers. Cette portion du tissu ayant subi l'hypertrophie, comprenait une zone de 3 millimètres d'épaisseur. Le tissu hypertrophié se fondait, du reste, sans limite tranchée^ avec le tissu normal.
Une deuxième caverne était située sur la partie latérale du corps de la cinquième dorsale ; on ne pouvait l'apercevoir qu'en arrachant les fibres ligamenteuses entourant les disques vertébraux, elle contenait une masse semi-lluide, sorte de gelée noirâtre, mal liée, s'enlevant sous un filet d'eau. Qu'était devenu le tissu osseux qui remplissait cette excavation ? Il n'avait pas disparu en entier. Au centre de la caverne, il n'y en avait plus de trace, mais, sur les bords, on voyait encore des aiguilles osseuses considérablement amincies et évidemment en voie de résorption. Ainsi, raréfaction du tissu dans toute la partie infiltrée; autour de cette partie raréfiée existait une zone dans laquelle le tissu avait, au contraire, subi une condensation évidente.
Des végétations osseuses s'élevaient de différents points des vertèbres, ostoéphytes de nature évidemment inflammatoire.
Les côtes offrent, à leur partie antérieure, dans une étendue de 7 ou 8 centimètres, à partir de la colonne vertébrale, des concrétions blanches, peu denses, contenant beaucoup de vaisseaux, recouvertes d'un périoste épaissi et très-vasculaire Les seules côtes altérées étaient celles qui étaient dans le voisinage des vertèbres malades. Dans cette région, la plèvre et les tissus sous-jacents, imbibés de produits plastique d'une épaisseur d'un demi-centimètre, nous présentent à la coupe un aspect lardacé et comme cartilaginifié.
Tumeurblanche du poignet. ^ La peau, le tissu cellulaire et
les ligaments sont convertis en une masse cellulo-vasculaire.
Le ti-ajct Qstuleux, passant au travers de ces tissus, arrive h (les surfaces osseuses érodéeset dépouillées de cartilages. L'extrémité supérieure des deux derniers métacarpiens, le grand os et l'os crochu, ont subi chacun une perte de substance dans les parties où ils auraient dû se toucher. 11 en résulte une caverne à parois très-inégales; elle renferme un 'séquestre, du volume d'un pois, à lamelles d'un blanc éclatant.
Du reste, les parois de cette caverne présentent les caractères que nous avons vus dans celle des vertèbres : condensation du tissu osseux sur les bords.
Les autres organes n'ont été vus que superficiellement ; ils ne présentaient, à l'extérieur, aucune lésion.