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RÉFLEXIONS

Il est impossible de méconnaître dans ces poumons, remplis d'une matière noire comme de l'encre, l'infiltration du tissu par la matière des mélanoses, portée jusqu'au ramollissement.

11 ne nous paraît pas admissible que ce que nous avons vu puisse se rapporter à une coloration noirâtre produite par les progrès de l'âge, ou à une accumulation de particules charbonneuses, comme chez les mineurs ou les charbonniers. Notre sujet n'avait que vingt-huit ans, et ses travaux ne le retenaient point auprès de fojers en ignition. D'ailleurs, dans les cas dont nous parlons, les sujets, malgré la coloration noire de leurs poumons, n'en jouissent pas moins d'une bonne santé, tandis que dans le cas présent, la mort a été évidemment le résultat de leur altération organique.

Ceci est bien évident ; seulement, en face d'une maladie rare, nous devions écarter tous les doutes avant de de-

aussi

MÉLANOMES. 17 (luire de ce cas particulier quelques conséquences générales pour l'histoire de la mélanosc.

La mélanosc, nous l'avons vu, peut se manifester dans le poumon en masses non enkystées, d'un volume variable et d'une forme irrégulière.

Au lieu d'être réunie en masse, elle peut aussi se trouver disséminée dans le tissu pulmonaire et placée dans l'intervalle de ses molécules intégrantes.

Au fur et à mesure que la maladie avance, il peut se faire que la matière mclanique en masse se ramollisse, à la manière des tubercules, et donne lieu à des excavations après que la matière qui les contenait a été versée dans les bronches. Notre observation prouve incontestablement la possibilité de leur formation.

Je ne parle point ici de l'altération de la colonne vertébrale ; en ayant trouvé une de même nature dans un second cas, j'en parlerai après avoir cité l'observation ; je puis faire ressortir toutefois ce que le siège de l'affection lui donne de particulier.

La communication d'une caverne du poumon avec une vaste caverne des vertèbres n'avait peut-être jamais été observée. Toutefois, c'est un cas dont on pouvait assez facilement admettre à priori l'existence, lorsque, par suite d'une affection ancienne ou autre, le poumon a contracté des adhérences intimes avec les parois thoraciques.

Avec quel étonnemenl ne verrait-on pas un malade expectorer des fragments d'os ? Cependant le fait est possible, et il aurait pu se produire s'il avait existé dans la caverne de ces petits séquestres éburnés qui existent généralement dans les cas ordinaires de mal de Pott.

S'il se présentait jamais un cas semblable, je crois qu'on pourrait hardiment indiquer l'origine des séquestres expulsés. La coexistence d'tme gibbosité, comme dans le cas qui nous occupe, faciliterait singulièrement le diagnostic.

St/mptômes. — La mélanosc du poumon hc s'esl présentée à nous avec aucun signe stélhoscopiquc spécial. L'expectoration, avec les caractères que nous avons rapportés, offre une importance très-grande; j'insiste sur la couleur ardoisée, qui paraît avoir quelque chose de pathognomonique.

Le diagnostic de la mélanose du poumon ne peut être possible que dans un cas : celui où l'expectoration se présente avec ses caractères connus. Onrencontre également quelquefois des crachats noirs dans la gangrène du poumon, mais le diagnostic ne saurait errer : l'odeur infecte qu'exhale le malade dans la gangrène suffira toujours pour faire reconnaître l'affection.

D'ailleurs, l'aspect des crachats, quoique ayant quelque chose de commun, est loin d'être identique. Dans la gangrène, et j'en ai en ce moment-ci un cas sous les yeux, les crachais contiennent des détritus pulmonaires infects.

Dans la phthisie pulmonaire, j'ai rencontré dans l'expectoration de petits grumeaux avec les caractères que nous avons signalés dans la mélanose ; mais toujours ces grumeaux ont été isolés et en très-petite quantité. Je les attribue à l'envahissement par le produit morbide de portions de poumon renfermant de la matière noire physiologique, dont l'existence est, on le sait, très-fréquente chez les phthisiques, tant dans le tissu pulmonaire que dans les ganglions bronchiques.

Si l'expectoration manque, le diagnostic est impossible. Dans le cas où elle existe, elle nous apprend du premier coup d'œil qu'il y a mélanose et que déjà des masses mélaniques sont en voie de ramollissement ; de plus, par son abondance, elle nous fait assister à la désorganisation progressive du tissu.

Il est remarquable qu'avec une désorganisation si rapide du tissu pulmonaire, il n'y ait eu que peu de fièvre.

Pronostic. — La mélanose du poumon, dans le cas que nous avons sous les yeux, a suivi une marche presque aiguë; dans

quatre ou cinq mois, elle a conduit le malade au tombeau ; il est vrai que nous avions affaire à un sujet déjà sous l'influence d'une diathèse strumeuse ; il nous est impossible, d'après ce cas particulier, de rien préjuger sur sa durée ordinaire.

Nous avons laissé de côté l'étiologie, parce que notre observation ne nous a rien appris sur cette question. Toutefois, nous ferons remarquer que le sujet était scrofuleux, ce qui a dû produire une singulière prédisposition, et qu'il travaillait dans une raffinerie, où les ouvriers, sans cesse exposés presque nus à d'énormes changements de température, prennent souvent les germes d'affections chroniques de poitrine.

Ferons-nous maintenant, avec Bayle, une espèce particulière de phthisie des cas dans lesquels on rencontre dans le poumon des mélanoses en masses distinctes, ou l'infiltration du tissu pulmonaire par la même matière morbifique.

Cette classification des mélanoses, parmi les espèces de phthisie, paraît à Laennec aussi mal fondée sous le rapport pratique que sous le rapport anatomique. Nous ne donnerons point les raisons sur lesquelles il s'appuie, ce serait oublier le but que nous nous proposons. Disons, toutefois, que Laenneo n'avait jamais observé de cavernes mélaniques dans le poumon; que l'existence d'une caverne établit une analogie complète entre les deux afi"ections pulmonaires, analogie que vient encore corroborer la complète similitude des signes stéthoscopiques.

L'expression de Bayle, phthisie rnélanique, nous paraît donc devoir être conservée, sinon pour tous les cas de mélanose du poumon, du moins pour ceux qui se présentent avec les caractères que nous avons observés. Il a l'avantage de montrer du premier coup les rapports intimes qui unissent la masse mélanique et le produit tuberculeux.

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