‹ Melchior Grimm, Thomme de lettres, le factotum--le diplomate, avec un appendice sur la correspondance secrète de MétraChapitre 1 sur 18 · RUE AUBER · texte numérisé non relu

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La renommée de Grimm a été tardive. A Fexceplion de deux ouvrages célèbres et dans lesquels il apparaît surtout comme mêlé à des événements de la vie privée, son nom tient peu de place dans les souvenirs et les correspondances du temps. Voltaire, qui le prenait pour un gentilhomme bohémien, ne le connut qu'assez tard et en Suisse. Marmontel avait été des dîners de garçons que donnait à quelques amis le jeune secrétaire du comte de Frise, mais c'est tout ce qu'il en dit. Dans cette galerie de portraits un peu trop étudiés, posés un peu trop noblement, agréables du reste, qui orne ses Mémoires.

celui de Grimm est absent. Les mémoires de Tabbé

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Moreliet présentent la même lacune, et elle est encore plus inattendue chez un ami de Diderot, un partisan de la musique italienne et un liôle assidu des salons littéraires. Moreliet ne nomme Grimm qu'une fois, pour l'avoir vu aux vendredis de madame Necker, et il l'oublie dans la liste des hommes de lettres dont il avait fait la connaissance chez le baron d'Holbach. Garât, à la vérité, met Grimm au nombre des étrangers de distinction que Suard avait rencontrés dans le monde, mais Garât déjà était averti; il écrivait après la publication des Confessions de Rousseau et de la Correspondance liUérai/e elle-même. Qu'est-ce à dire, et comment s'expliquer rindifférence apparente des contemporains à l'égard d'un homme qui nous paraît tenir, au contraire, une place assez considérable dans l'histoire littéraire du XVIII* siècle? Comment concilier un rôle si effacé avec l'attachement extraordinaire que Diderot portait à Grimm, avec le portrait surtout que nous a laissé Rousseau, c'est-à-dire le peintre le moins prévenu en faveur de son modèle qui ait jamais tenu le pinceau? Grimm, dans les Confessions, est un bon compagnon, recherché, fôté, des plus répandus, doué en même temps d'un ascendant naturel devant lequel pliaient ses amis. Le problème, à y regarder de plus près, ne semble pas insoluble. Les pages des Confessions auxquelles je viens de faire allusion se rap-

portent à la jeunesse de Grimm, aux premières années de son séjour à Paris. Il était alors, en effet, homme du monde, passionné de musique et de spectacles, et son amour pour mademoiselle Fcl, son rôle comme tenant du coin de la reine, son Petit Prophète l'avaient mis à la mode. Peu à peu, cependant, sa vie changea. Il avait entrepris la rédaction de la Correspondance^ tAche considérable, à laquelle il était obHgé de donner beaucoup de temps. De là des habitudes sédentaires. Ses relations avec madame d'Épinay, femme d'une mauvaise santé, achevèrent de l'enlever au monde. C'était une éclipse. L'éclipsé fut plus complote encore lorsque Grimm devint courtisan et diplomate, fit de fréquents voyages en Allemagne et de longs séjours en Russie. Forcément éloigné des cercles littéraires, ceux-ci finirent par l'oublier. Ainsi s'explique le silence qui se fait de plus en plus autour de son nom à mesure qu'on avance dans la seconde moitié du siècle. La personne de Grimm, ne l'oublions pas, ne nous est devenue familière que par les Confessions de Rousseau et les Mémoires de madame d'Epinay. Or la seconde partie des Confessions, celle où il est question de Grimm, ne parut qu'en 1788, à la veille de la Révolution, et les Mémoires ne virent le jour que trente années plus tard, lorsque l'ami de madame d'Épinay était mort depuis onze ans. C'est à

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nous également qu'il était réservé d'apprendre loule la valeur de Grimm comme écrivain, sa réputation littéraire reposant essentiellement, on peut le dire, sur une correspondance qui était destinée à être secrète et qui Test restée, en effet, jusqu'en 181i5. On comprend dès lors ce qui est arrivé. Le Griinm que nous connaissons avait échappé à ses contemporains. Ses débuts, à la vérité, avaient été brillants, ses premiers succès assez vifs, mais il s'était ensuite condamné à une sorte de retraite; il avait disparu, et les révélations qui ont fait de Grimm, pour nous, Tune des figures du xviu* siècle, sont postérieures à Texistcnce de la société qui personnifie ce siècle à nos yeux. La célébrité de Grimm est une célébrité posthume. Ajoutons que, pour nous-mêmes, elle était jusqu'ici restée dans le demi-jour. Grimm a été longtemps négligé au milieu des recherches dont l'époque où il vivait est devenue l'objet. Aucune étude importante ne lui avait été consacrée, sauf deux articles de Sainte-Beuve, en 1853, articles d'un grand prix comme tout ce qui est sorti de cette plume, mais dans lesquels le critique s'était exclusivement attaché aux jugements littéraires de son confrère et précurseur. Le fait est qu'on manquait d'informations suffisantes. Une sorte d'anonymat continuait à peser sur le personnage. On avait à peu près dit tout ce que l'on en savait lorsqu'on avait résumé les récits

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de son ennemi et de sa maîtresse, el, quant à la Correspondance, personne n'était d'humeur à faire de ces nombreux volumes l'analyse rigoureuse, le dépouillementcomplet sans lesquels il était impossible d'apprécier le penseur, le critique, récrivain, el, sous ces diverses faces, de retrouver Tliomme.

îlâtons-nous de reconnaître qu'il n'en est plus ainsi. Plusieurs découvertes sont venues coup sur coup, et par une coïncidence inopinée, nous fournir une partie des renseignements qui nous faisaient défaut.

On ne saurait proprement ranger au nombre des sources récemment ouvertes l'ouvrage allemand de M. Danzel sur Gotlsrhed et son temps, qui a paru en 1848, mais ce qui est vrai, c'est qu'on avait jusqu'ici négligé d'y chercher les passages qui concernent Grimm. Gotlsched avait exercé une influence considérable sur la liltérature de son pays. Il en avait été le législateur, l'oracle. Il reste comme le principal représentant de l'époque où régnaient les règles, el où ces règles consistaient dans l'imitation de nos écrivains du xvii" siècle. Ce rôle, soutenu par une incessante activité el de nombreux ouvrages, avait donné au professeur de Leipzig une certaine notoriété de notre côté même du Rhin. Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer dans le volume de M. Danzel un chapitre consacré aux relations de

fiottsched avec les hommes de lettres de noire pays, et moins encore de trouver dans ce chapitre des lettres de Grimm, puisque celui-ci avait connu Gottsched avant d'arriveràParis. Ces lettres ont un double prix pour nous : elle sont curieuses par ellesmêmes, et elles jettent du jour sur une période de la vie de l'écrivain qui était entièrement ignorée.

Les Mémoires de madame d'Kpinay, où Grimm occupe une si grande place, nous étaient connus sous une forme incomplète; le premier éditeur en avait eu entre les mains une copie défectueuse, ou il s'était permis des retranchements. De nouvelles recherches ont récemment découvert le tort qui nous avait été fait et l'ont réparé. MM. Lucien Perey et Gaston Maugras ne se sont pas contentés de consulter un second manuscrit qui se trouve pour partie aux Archives et pour le reste à la bibliothèque de l'Arsenal ; ils se sont, en outre, mis en rapport avec les membres de la famille d'Épinay qui vivent encore, et ils ont été assez heureux pour en obtenir la communication d'un grand nombre de lettres. De ces matériaux sont sortis deux volumes, dont le premier, consacré à la jeunesse de madame d'Épinay, renferme des morceaux qui ne le cèdent en rien aux meilleures pages des Mémoires. Le portrait de madame de Roncherolles, ceux de madame de Maupeou et de M. de Preux sont des chefs-d'œuvre de piquant et de grâce.

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Le second volume, qui nous reiracc les dernières années de madame d'Épinay, n est pas sans quelques longueurs. Le récit de la ruine du mari et des extravagances du fils y lient trop de place. Mais ce défaut est racheté par les détails donnés sur le séjour de madame d'Épinay à Genève, sur Voltaire, sur Grimm enfin et les voyages toujours plus fréquents auxquels Tobligeaient ses aspirations diplomatiques. Cette partie de la carrière de l'écrivain avait justement, et à régal de sa jeunesse, besoin d'éclaircissements. On remarquera en particulier, dans l'ouvrage de MM. Perey et Maugras, un fait qui était resté inconnu, rimprudencc qui obligea Grimm de donner sa démission des fonctions de ministre de la ville libre de Francfort à Paris.

La publication de la correspondance entre Grimm et Catherine a été un événement, j'ose le dire, pour la mémoire de l'un et de l'autre. L'impératrice s'y montre avec tant d'abandon, elle y laisse si bien voir la femme à côté de la souveraine, tout ce spectacle est si nouveau, si étrange, qu'on se prend d'abord à oublier la place que Grimm occupe dans ce commerce épistolaire. El, cependant, c'est une addition bien précieuse aussi à la biograpliie de récrivain que le chapitre dont elle vient ainjsi de s'enrichir. On y prend sur le fait le courtisan, l'homme d'îiffaires, l'agent politique; on saisit quel-

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que chose de cette activité secrète qu'on savait avoir rempli sa vie pendant les vingt années qui précédèrent la Révolution, mais dont on ignorait absolument les détails. La publication de ces inestimables documents est due à la Société impériale d'histoire de Russie, dont les travaux avaient déjii mis au jour plusieurs pièces intéressantes pour l'histoire et la littérature de notre pays. Les lettres de Catherine, qui ont paru en 1878, remplissent tout un volume de la collection ;Grimm avait religieusement conservé ces lettres, il était parvenu à faire sortir de France celles qu'il avait reçues avant 1791, et il avait pris des mesures pourque le tout fût renvoyé à Pétersbourg après sa mort. Il neparaîtpas que Catherine eût mis tout à fait le même soin à conserver les réponses de Grimm . Le fascicule qu'en donna la Société d'histoire russe en 1880 ne renfermait que les débris d'une correspondance qui avait duré vingt ans, mais une heureuse trouvaille dans un château de Pologne en a dernièrement doublé le recueil, et les éditeurs, au lieu de faire de ces lettres un supplément au volume déjà imprimé, ont jugé avec raison qu'il valait mieux les fondre dans une réimpression. M. Jacques Grot, qui s'est chargé de cetle nouvelle tâche comme il s'était cliargé de la première, vient d'achever un travail auquel il a apporté autant de compétence que de zèle. C'est lui qui a

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bien voulu obtenir pour moi do la Soriélé d'Iiistoiiv russe la rommunication dos honnos lonillos do I.i publîoalion dont il s'afrit;jo le |)rio do lOi-evoir, ainsi que ses roUùgiies, Toxprcssion do ma re<'onnaissance pour cet artc de confralornih» lith'rairo. Je n'ai pas été moins sensible aux services que m'ont rendus M. Wilhelm Creizcnacli, anjonnrimi prolVssour à Tuniversito do Cracovio, on me fournissant divers éolaircissomenls, et M.WallIior, doDarm^tadl, en faisant copier pour moi les lotlros di» firimm qni sont conservées dans les archives grand-dmalos lio celle ville.

Apres lonl, le vrai litre de firimm à notre attention, ce n'est ni ses relations avec Callierine, ni sa liaison avec madame d'Kpinay, ni sa brouille avec Rousseau; tout cela exriiorail ovidommonl moins d'intcrot si Griram n'i'lail ranteur do la Corrr^ipo}}daure littéraire dont M. Maurice Tourneiix vient do nous donner une meillouro rdilion. Parmi les documents donl la n'cenle publication sond)lo aj^poler une nouvelle otiido sur Tocrivain qui va nous occuper, les volumes de M. Tourncux prennent le premier rang.

\Âi Corrcfipnntlftnre littéraire de Grimm «Hait restéiy seorète pendant tout lo temps qu'i'llo dura. On a même Hou de s'rtonnor que lo mystère ait ^H^\ si bien respecté, car il n'est pas un passap:e, dans les

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écrits conlemporainSy qui trahisse la connaissance du travail si assidu, cependant, si absorbant, auquel se livraient l'auteur et ses secrétaires. L'existence du journal manuscrit ne fut guère révélée que par la publication qui en fut faite en 1812 et 1813. La copie qui servit à cette impression avait été trouvée, dit-on, en 1806, à Berlin, lors de Toccupalion française. L'ouvrage, malgré les mutilations qu'il avait subies du fait tant des éditeurs que de la censure, appela tout de suite l'attention, et à l'étranger aussi bien qu'en France. Il s'en fit môme une réim- |)ression en Angleterre. Jeffrey, dans la Revue iVÉdimhourg, lui consacra deux articles; la Quarierly alla jusqu'à trois. Byron lisait Grimm à Ravennc, en 1821 : « Un grand homme en son genre, > écrivait-il. Ce succès, non moins que les imperfections de l'édilion, engagea M. Taschereau à en donner une seconde, qui parut en 1829 et 1830, en quinze volumes, auxquels on joint un volume de supplément formé des morceaux jadis supprimés par la police impériale. Il restait cependant encore beaucoup à faire pour donner la Correspondance littéraire en un étal qui pût être appelé définitif. Un f?:rand nombre de passîiges étaient restés inédits malgré le supplément de 1829 : il importait de les rétablir. Le manuscrit sur lequel avait été faite la première édition ayant été détruit, il fallait tâcher

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d'en découvrir un autre afin d'instituer une collation sans laquelle le texte aurait manqué d'une autorité suffisante. Il y avait enfin à ajouter, et beaucoup, aux annotations des précédents éditeurs. Telle est la tâche que s'est imposée M. Tourneux, déjà mis en train et en goût de recherches par la part qu'il avait prise à l'édition des œuvres de Diderot. Son zélé l'a d'ailleurs bien servi. Ayant su que la bibliothèque ducale de Gotha possédait un exemplaire des feuilles manuscrites de Grimm, et s'étant rendu sur les lieux pour en prendre connaissance, il y trouva, outre ce qu'il cherchait, une autre correspondance. C'est celle qu'avait rédigée l'abbé Raynal, et dont l'entreprise de Grimm fut proprement la continuation. Il était donc naturel de l'y joindre, et personne ne reprochera à M. Tourneux de l'avoir mise au jour. Mais le plus grand service que le jeune savant ait rendu au lecteur est incontestablement d'avoir séparé ce qui, dans la Correspondance littérairey appartient au rédacteur principal et ce qui a été l'œuvre de ses collaborateurs et coni inuateurs. Grimm , après quinze années de labeur, se lassa de sa tâche de nouvelliste et tourna ses vues vers des occupations à la fois plus lucratives et plus honorifiques. Dès 1 768, il se néglige, s'absente, et laisse volontiers la plume à Diderot. Madame d'Épinay, qui l'avait certainement déjà aidé, prend également

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une part croissante au travail de son ami. Puis vint l'abandon définitif. Grimm, en 1773, partant pour l'Allemagne et la Russie, s'en était remis, pour le gros delà Correspondance j à Ilonrî Mcister, un jeune Zurichois qu'il s'était attaché comme secrétaire ; de retour à Paris après dix-huit mois d'absence, il fit plus, et, selon l'expression de Meislcr lui-même, il c lui remit toute la boutique avec ses charges et ses bénéfices >. Il en résulte que, de 1773 à 1790, époque à laquelle le journal prit fin, ce journal n'est plus l'ouvrage de Grimm, et que, pour connaître les opinions et apprécier le talent de celui-ci, c'est aux vingt années précédentes, c'est-à-dire à huit volumes environ sur les seize de l'édition nouvelle, que nous devons nous en tenir. L'importance de cette distinction est mise dans tout son jour par l'erreur où, faute d'avoir été averti comme nous le serons désormais, Sainte-Beuve est tombé dans ses articles des Lundis. Il y attribue à Grimm, sur Sliakspcare et Montaigne, sur Duclos et Rousseau, des jugements qui datent d'une époque où Grimm était devenu étranger à la Correspondance. Le morceau sur Montaigne, en parliculier, que Sainte-Beuve qualifie de délicieux^ porte visiblement l'empreinte d'une autre manière. Il est plus délicat que n'était Grimm, et moins échauffé que n'était Diderot; je n'hésite point, pour ma part, à le mettre au compte

de madame d'Épinay, une fine cl charmante plume et qui ne me semble pas estimée à son prix*.

Aux obligations que nous avons à M. Tourneux pour la manière dont il a rempli ses fonctions d'éditeur, nous devons ajouter un texte beaucoup plus complet que celui des éditions précédentes, un grand nombre de lettres jusqu'ici dispersées dans d'autres publications ou inédites, l'abondance des notes, enlin et surtout une table générale à laquelle, après un long usage, je n'ai véritablement pas grand'chosc à reprocher. C'est dans celte table qu'on trouvera l'indication, au moyen d'un astérisque, des morceaux qui paraissent aujourd'hui pour la première fois. A la bonne heure, mais pourquoi ne pas avoir plutôt fourni celte indication dans le cours de l'ouvrage, en tète de chacun des articles qu'elle concerne? M. Tourneux s'est ainsi fait tort à lui-même

en dissimulant tout ce que son édition présente de vraiment nouveau. Comment aussi ne pas regretter que la table des noms propres n'ait pas été suivie d'un index des sujets traités dans ces volumes? Un pareil travail aurait considérablement facilité l'usage d'un livre destiné à être consulté plutôt qu'à ùlre lu.

1. Une indication du manuscrit de <iotha parait attribuer raiticlc dont il s'agit ù Mcister, mais Mcister déclare lui-mèuie qu'il arrangeait à sa faron les pages que lui fournissait madame d'Êpinay, et telle a clé vraisemblablement ici la part des deux écrivains.

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Quant à la biographie de Grimm, M. Tourneux n'a pas cru devoir ou pouvoir Taborder ; nul, cependant, n'était mieux en état que lui de combler cette lacune de notre littérature, et j'avoue que je lui en veux un peu de m'en avoir laissé le soin.

Frédéric-Melchior Grimm naquit à Ralisbonne, le 26 septembre 1723. « Je suis né, dit-il quelque part dans la Correspondance, citoyen libre d'une ville impériale. » Et ailleurs, écrivant à Catherine : e Je suis venu au monde sans fortune. :» Son père, Tun des pasteurs de la ville, était recteur ou président (superintendent) des églises luthériennes du haut Palatinat. Nous ne savons rien de sa famille que par quelques lettres. Sa mère vivait encore en 1769, âgée de quatre-vingt-cinq ans. 11 la revit à cette époque, ainsi que des frères, des neveux et des nièces, et se montra enchanté de la visite qu'il leur avait faite. La vanité pouvait y être pour quelque chose, car il avait retrouvé les siens en possession d'une position honorable dans sa ville natale. < Si

Voire Altesse, disait-il à la landgrave de Hesse, passe jamais par Ratisbonne, c'est mon frère aîné qui aura Thonneur de la haranguer en bel allemand, à la têle du magistrat (c'est-à-dire du corps municipal), en lui présentant le vin d'honneur. » Grimm recueillit plus tard quelque héritage de ce côté-là.

Fils de pasteur, l'éducation de Grimm dut être soignée. Ses goûts littéraires, en tout cas, furent précoces, témoin la lettre suivante adressée à Gollsched, professeur de philosophie et de poésie à l'université de Leipzig. Grimm n'avait pas dix-huit ans lorsqu'il écrivit cettle lettre, et il n'avait pas encore quitté Ratisbonne.

« C'est véritablement un acle d'audace inouïe que je me permets, mais le respect inexprimable que m'inspire votre immense mérite m'a donné un tel désir de faire votre connaissance que je n'ai pu y résister plus longtemps. Il est vrai que j'aurais quelques prétextes à alléguer pour excuser ma démarche. Mon frère, qui a servi de compagnon à M. le D' Steger dans ses voyages, qui a eu l'honneur de faire la connaissance de Votre Magnificence, et qui se trouve en ce moment à Francfort, dans la suite et comme hofmeister du baron de Schœnberg, à l'occasion de l'élection impériale, m'a chargé de rassembler pour vous et de vous envoyer les pièces ci-jointes. Je ne nierai pas, cependant, que mon principal motif ne

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soit de montrer à Votre Magnificence quelle vénération j*éprouve pour ses incomparables mérites. Je l'avouerai donc sans détour, je suis un jeune homme qui doit se rendre à l'université de Leipzig dans un an et demi. Outre que j'étudie ici, au gymnase, la langue latine et autres branches de la littérature, je trouve mon plus grand plaisir dans les ouvrages des moralistes, et, en général, dans les livres qui me paraissent bien écrits... Notre Ratisbonne, malheureusement, n'a pas une seule véritable boutique de libraire. C'est ainsi que je n'y ai jamais rencontré un seul des incomparables écrits de Votre Magnificence. Mais mon frère, celui dont je parlais tout à l'heure, m'a fait, il y a quelques années, et avant de paitir pour ses voyages, le plaisir de me donner voire Art poétique, ainsi que le Traité des études de Rollin, traduit par Schwab. Je ne saurais décrire la joie avec laquelle j'ai lu ces livres. Mes yeux se sont ouverts pour la première fois et ont vu ce que c'est que la véritable science. Mon frère, en outre, en revenant dernièrement de Leipzig, m'a apporté votre Traité de Vart oratoire, que j'ai lu avec la même avidité et qui a achevé de m'ouvrir l'esprit. J*ai découvert que j'avais souvent pris pour des beautés le vernis dont quelques faux savants aiment à se parer. Toutefois, que Votre Magnificence me permette de le lui dire, j'ai trouvé, dans les deux

ouvrages que je viens de nommer, une modestie exagérée. Je tiens pour sot et vil celui qui ne reconnaît pas que TAllemagne vous doit, à vous uniquement, le développement de sa langue, de sa poésie et de son éloquence, et j'espère vivre assez pour voir l'Allemagne dépasser l'étranger dans toutes ces branches de la littérature. Et c'est au grand Goltsched qu'on le devra, car c'est par ses glorieux efforts que le bon goût a été réhabilité dans notre patrie. C'est lui qui a éperonné ses concitoyens et les a poussés à la noble imitation des anciens Grecs et Romains et des modernes Français. Mais il m'est impossible, aujourd'hui, de croire que l'Allemagne ne soit pas tout aussi avancée que les autres États. En Italie, le mauvais goût règne généralement. La France est très avancée; mais à un Boileau, un Rollin, un Fontenelle, un Voltaire, en un mot à toutes les grandes lumières de ce pays, n'avons-nous pas notre Gottsched à opposer? Ce que l'Angleterre admire dans son Newton, son Addison, son Steele, etc., ne le vénérons-nous pas aujourd'hui dans notre immortel Gottsched? En lui toutseul nous possédons réuni tout ce qui, dans les autres pays, existe divisé. Et si la France se glorifie de sa madame Dacier, nous pouvons nous vanter de notre madame Gottsched !

» ... L'admiration que je ressens pour Votre Magnificence a été souvent pour moi d'un grand avan-

lage. C'est elle ca particulier qui m'a valu rintimc amitié de M. de Schœnberg, le digne fils du ministre de Saxe. D'une tête excellente cl d'un esprit ouvert, il a toujours trouvé son plus grand plaisir à feuilleter avec moi vos écrits. Il a fini par m'appeler le critique, parce que nous mettions tout en question et jugions tout selon notre sentiment : « Critique, me disait-il quelquefois, j'ai entendu aujourd'hui un mauvais sermon ; c'était contraire au bon goût ! » La letlie est longue et, quelque amusante qu'elle soit par sa naïveté, je n'ose la donner tout entière. Le jeune enthousiaste envoie au maître, avec diverses productions du cru natal, des poésies de sa propre façon, une satire contre les contempteurs de la philosophie et une ode. Il s'enhardit enfin et ne cache pas que son plus ardent désir serait, possédant déjà le portrait de Gotlsched en tête d'un de ses ouvrages, d'avoir également celui de madame Gottsched, auteur aussi de plusieurs livres. Il avait lu un de ceux-ci et il en avait remporté la conviction que personne n'était digne d'être uni à une pareille femme, excepté Gottsched lui-même. Grimm termine en se plaignant de nouveau de l'état de la librairie dans la villequ'il habite. Il a vu dans les journaux l'annonce du Théâtre allemand selon les règles des anciens Grecs et Romains, recueil de pièces dramatiques de divers auteurs, dont Gottsched avait commencé la publica-

tioa Tannée précédente; il a chargé son libraire de lui rapporter cet ouvrage de la foire de Leipzig, et il l'attend avec une impatience qu'il ne saurait décrire, mais il craint que ce ne soit en vain. Cet homme ne lui avait-il pas promis les Essais critiques depuis plus d'un an, et il ne lésa pas encore reçus : t Telle est, dit-il, la difficulté d'avoir de bons livres à Ratisbonne! >

La candeur juvénile de cette lettre n'aurait pas suffi pour me la faire citer, mais à partie coup d'œil qu'elle nous permet de jeter sur la condition des lettres en Allemagne au milieu du siècle dernier, il semble qu'on y saisisse déjà deux des traits du caractère de Grimm tel que nous le verrons se dessiner plus tard : la curiosité de Tesprit et le manque de mesure et de finesse dans la flatterie, — à moins pourtant que la finesse en ce genre ne soit précisément de n'y pas y mettre de mesure. Grimm était né courtisan. Précoce et utile savoir-faire ! N'oublions pas qu'il se trouva de bonne heure dans une position de dépendance et presque de domesticité. Les fils du pasteur de Ratisbonne avaient besoin de protecteurs. La lettre que je viens de citer a ceci de curieux qu'elle nous montre le frère aîné remplissant précisément les offices dans lesquels Melchior devait luimême débuter. Il sert de compagnon de voyage à l'un, il est attaché à la maison de l'autre. Nous allons

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bientôt voir notre Grîmm hofmeister à son tour et, qui plus est, dans la même famille. Ratisbonne élait, depuis quatre-vingts ans, le siège des diètes d'empire ; le baron, plus tard comte de Schœnberg, qui représentait la Saxe électorale à la diète, y résidait. Prolestant lui-même, il y avait fait la connaissance du superintendant ecclésiastique et s'était intéressé au sort de ses enfants. Ainsi que nous venons de le lire, il avait pris l'aîné à son service et l'avait emmené à Francfort. Le second, le nôtre, achevait pendant ce temps ses études au gymnase, où il avait pour camarade et ami l'un des fils du comte. Ces Schœnberg ou Schomberg, comme on les appelait chez nous, étaient, j'imagine, de la même souche que les Schomberg de Misnie qui s'étaient établis en France dès le xvi* siècle et qui nous ont donné trois maréchaux, celui, entre autres, qui épousa Marie de Hautefort, l'amie de Louis XIII et l'ennemie de Richelieu. Jean Frédéric de Schœnberg, le prolecteur deGrimm, était, en Saxe, conseiller privé, ministre du cabinet, et, nous l'avons dit, ambassadeur près la diète. Il eut deux fils, dont le second entra au service de son pays et suivit exactement la même carrière que son père, tandis que l'atné, Gottlob, entra au service de France, devint lieutenant général et ne quitta notre pays qu'à la Révolution. C'est avec celuici, plus jeune que lui de trois ans, queGrimm s'était

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lié sur les bancs de l'école : € C'est mon ami depuis l'âge de onze ans, écrivait-il à Catherine en 1790; il risque d'être ruiné de fond en comble par la sublime Assemblée nationale, ainsi que tout le militaire de France; mais il est philosophe et il n'a qu'une passion : c'est celle de la bonne femme. > (Catherine elle-même.) M. Tourneux a publié cinq lettres du général Schomberg à Grimm, auxquelles il en faut ajouter trois autres communiquées par Grimm à la tsarine. Ces lettres sont intéressantes à plus d'un titre. Schomberg s'y montre admirateur enthousiaste de Frédéric, de Catherine et de Voltaire, qu'il n'appelle que l'homme admirable. Il a conservé le goût des lettres, cite son Horace et se console dans l'émigration par la lecture de Plutarque, grâce auquel, dit-il, il est parvenu à se rendre presque aussi heureux que s'il était mort. Pessimiste prononcé, bien que sans aigreur, il se raille des profondeurs de sagesse et de bonté qu'on attribue à la Providence. Ses relations avec Grimm, après cinquante années de connaissance, étaient restées des plus affectueuses : « Veuillez, lui demande-t-il, écrire de temps en temps quelques lignes à voire ami le plus ancien, le plus fidèle et le plus tendre. » Le second des fils du comte de Schœnberg, celui qui revêtit des fonctions publiques en Saxe, avait huit ans de moins que son frère, de sorte que Grimm,

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gui avait été le camarade de l'un pul être le précepteur de Tautre. II Favait eu pour élève pendant quatre ans, dît-il à Catherine en le recommandant pour un cordon de Saint-André.

Mais revenons au collégien que nous avons laissé au gymnase de Ratisbonne, envoyant à Gottsched des épitres tout émues de crainte et d'admiration. Il annonce, dans une seconde lettre, un nouveau fruit de sa veine poétique. Il a fini par se procurer le Théâtre allemand^ et il s'est mis en tète de faire, lui aussi, une tragédie. Melchior en est déjà au troisième acte; il espère avoir fini pour l'époque de la foire et envoyer alors son ouvrage à Gottsched pour le soumettre à son jugement. Il faudra que le maître soit bien difficile pour ne pas être satisfait, car son disciple lui apprend qu'avant de se mettre à l'œuvre il a eu soin de lire la Poétique du professeur, et il l'assure qu'il s'est appliqué à observer les trois unités et toutes les autres règles dont il a connaissance. Gottsched, à en juger par une troisième lettre, accueillit, en effet, assez bien l'essai du jeune homme. Grimm lui écrit en vers, cette fois, et, dans un morceau où la pesanteur du style fait contraste avec l'ardeur des sentiments, il remercie de son approbation le grand esprit que l'on place à bon droit à côté d'Horace et auquel Boileau est obligé de céder la palme.

tA MELCHIOB GRIMM.

Le départ de Grimra pour l'université de Leipzig mit fin pour le moment à cette correspondance. Il allait faire la connaissance personnelle et entendre les leçons de l'illustre professeur! Gottsched l'accueillit paternellement; il lui donna des conseils au sujet de sa pièce, lui indiqua des lectures à faire, si bien que le jeune homme finit par mettre de côté son premier essai et par refaire l'ouvrage sur un nouveau plan. Ainsi refondue, Banise parut, en 1743, dans l'un des volumes du Théâtre allemand. L*auteur avait alors vingt ans. Il la revit encore, et, nous dit-on, l'améliora considérablement pour la seconde édition du recueil où elle figurait. Le succès ne se borna pas, d'ailleurs, à l'honneur de l'impression. La pièce fut représentée, en 1747, à Strasbourg et à Francfort, et, à ce que nous assure Gottsched, aux applaudissements des spectateurs. Les lecteurs de Goethe se rappelleront peut-être que Wilhelm Meisler avait trouvé la Deutsche Schaubûhne dans la bibliothèque de son grand-père, et que Chaumigrem, le tyran de la tragédie de Grimm, figure parmi les marionnettes du théâtre de l'enfant. Une gloire à laquelle Grimm fut certainement plus sensible encore est la flatterie recherchée dont flantse fournit l'occasion à Frédéric. Le roi, la première fois qu'il reçut Grimm, l'accueillit en lui déclamant le commencement de la pièce et en y mettant une verve

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dont le souvenir, longtemps après, attendrissait encore l'auteur. On se demande comment Frédéric, assez peu versé dans la littérature allemande, savait ces vers par cœur. Les avait-il appris tout exprès? Un juge plus compétent, il faut le dire, s'était mon* tré moins flatteur. Lessing rangeait Banise au nombre des pièces qu'il reprochait à Gottsched d'avoir fait fabriquer à la rfiode française au lieu de consulter le goût et le génie de sa nation. Mais à l'époque où Lessing s'exprimait ainsi, Grimm, nous le verrons, était devenu de Tavis de son critique et ne demandait pas mieux que de brûler lui-même ce qu'il avait adoré.

Grimm avait tiré le sujet de sa tragédie d'un roman d'aventures chevaleresques, la Banise asiatique, ou le Pégu sanglunt mais triomphant. Cet ouvrage, d'un auteur célèbre du siècle précédent, Anselm von Ziegler, avait eu une vogue extraordinaire en Allemagne. Outre les nombreuses éditions qui en avaient été faites, il avait donné lieu à toutes sortes d'imitations; il y eut une Banise allemande, une Banise anglaise, princesse de Sussex,une Banise égyptienne. Le théâtre s'était à son tour emparé du sujet, et l'héroïne orientale avait fourni à la scène quelques-unes de ces représentations populaires où la boursouflure se mêlait aux arlequinades et qui faisaient le désespoir de Gottsched. Grimm, au té-

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moignage de son maître, avait suivi d'aussi près qu'il avait pu le roman de Ziegler, mais en se proposant, bien entendu, d'exciter les vraies passions tragiques, la pitié et la terreur. A mon sens, il aurait voulu provoquer la gaieté qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Les unités y sont; l'action commence à Taub^, finit à midi et se passe tout entière dans un temple, où, comme dans Athalie, tout le monde semble s'être donné rendez-vous. Ce temple est celui de Karkovita, le dieu de la guerre du Pégu. 11 y a un usurpateur, Chaumigrem, qui a fait périr l'empereur légitime du pays et qui rappelle visiblement la fille de Jézabel, mais le défunt a laissé une fille, dont Chaumigrem entend se débarrasser en la sacrifiant sur l'autel de Karkovita, à moins pourtant qu'elle ne consente à l'épouser. Cette fille, qui est Banise, ne rappelle naturellement que de loin le petit Joas, mais, en revanche, il y a un mauvais grand-prêtre qui est tout à fait Matlian, et un chef des gardes du corps qui est copié sur Abner. Au second acle, le ton s'élève; on y lit un monologue de Banise adressé au jour qui va finir ses peines, puis une scène avec Chaumigrem, partagé entre la passion et la vengeance, et enfin un nouveau monologue de l'héroïne qu'il est difficile de lire en gardant son sérieux :

Dieux, donuez-nioi donc seulcnieDt la paix avec moi-même !

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Aujourd'hui un joug inconnu pèse continuellement sur moi; Rien ne me rassasie plus, et je Tavalo tout de môme '.

Je ne sais comment donner une idée de la versification de Banise. 11 faudrait pour cela remonter jusqu'à Tenfance de notre théâtre, et encore auraiton peine à y rencontrer quelque chose d'aussi parfaitement enfantin, une déclamation aussi plate, une manière aussi empêtrée. On dirait un écolier s'exerçant à écrire dans une langue qu'il est en train d'apprendre. Pas un vers heureux, pas un passage lisible. L'impression qui domine dans l'esprit du lecteur lorsqu'il a achevé cette étrange production est un sentiment de surprise en voyant d'où sont parties la langue et la littérature de l'Allemagne, ce qu'elles étaient encore au milieu du siècle dernier, ce qu'elles devinrent à cinquante ans de là.

Il semblerait que Grimm, à Leipzig, eût dû subir pour toute la vie l'influence du maître dont les écrits lui avaient inspiré tant d'admiration et près duquel ses débuts littéraires avaient trouvé un si bienveillant accueil. C'est le contraire qui arriva, et ce furent les leçons d'un autre professeur qui donnèrent à son esprit la direction définitive. Ernesti était un homme d'un mérite hors ligne et qui à une profonde érudition unissait un goût sévère. Ses éditions de

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